Run : Half HK100, pas la moitié d’un trail !

Dire que j’appréhendais cette course est en dessous de la réalité… J’étais plus en mode « panique à bord, sautons de la pagode et fuyons » que « tout va super bien se passer, tu es méga-prête, aucune raison de se mettre la rate au court-bouillon » …

Comme toujours avec moi, on commence par un petit retour en arrière :

  • Maxi Race en Afrique du Sud, malgré une prépa qui s’est plutôt correctement passée, je ne finis pas. Pire, je rentre à mon hôtel, totalement bloquée par une crise d’arthrose violente qui me paralyse. Je mets plusieurs jours à m’en remettre moralement et physiquement. A tel point que je me demande bien si je ne dois pas annuler tous mes projets futurs. Ras le bol de souffrir, pas de solution médicale viable… Je rumine en faisant un séjour express dans l’établissement thermal de l’autre côté de ma rue pour sauver ce qui peut l’être.
  • Saintexpress surprise début décembre en mode test. Un ami m’embarque dans cette aventure qui va, soyons parfaitement honnête, être une vraie galère pour moi. Ok, je finis cette fois, ce qui est déjà rassurant mais je subis la course. Je suis en mode « mais bordel qu’est-ce que je fous là, les pieds dans la boue, en pleine nuit, trempée jusqu’aux os à me les geler ». J’aime le trail mais pas à ce point-là !

Si vous suivez un peu mon compte insta, vous savez que j’ai repris l’entraînement en club. Alors que traditionnellement je coupe en décembre, là avec une course mi-janvier, c’est impossible évidemment. Je tente de trouver un juste équilibre entre mes séances de côtes et d’escalier, sans trop en faire pour ne pas me retrouver de nouveau totalement bloquée. C’est clair qu’il va me manquer du foncier parce que si j’allonge trop les séances je mets des jours à m’en remettre. Pour le moment je dois rester raisonnable si je ne veux pas encore me retrouver en mode déambulateur ou chaise à porteur…

Départ pour Hong Kong mercredi midi, c’est parti pour un vol de 12h qui va me faire arriver au petit matin à destination. Coup de chance, pas de voisin et même si je n’arrive pas à fermer l’œil une seule seconde, c’est toujours plus agréable d’avoir un peu de place. Concrètement pour moi il est une heure du matin alors qu’il est 8 heures chez eux. J’ai la chance de bénéficier d’un « early checking », ce qui me permet de profiter de ma chambre dès mon arrivée. J’ai rendez-vous avec mon guide pour le déjeuner, je fonce prendre une douche et je me couche tout de suite pour tenter une petite sieste réparatrice. J’arrive à dormir 2h, c’est toujours ça de gagné ! Déjeuner génial avec des dim sum arc-en-ciel et autres petites brioches farceuses, avant de filer randonner sur un parcours qui est en réalité les 10 derniers kilomètres du 100km qui aura lieu le samedi suivant. Je découvre un échantillon de ce qui va être mon pire cauchemar le lendemain… Ces foutues marches qui semblent avoir été volontairement taillées de travers pour niquer un maximum de chevilles et de genoux chez les traileurs d’opérette.

Dîner en mode dégustation de la cuisine cantonaise. J’avoue que je me suis bien amusée en pensant à la tête que certains de mes comparses auraient fait si on leur avait servi ça la veille d’un 56km… C’était absolument délicieux mais absolument pas compatible avec ce qu’on attend d’un dîner pré-course. Heureusement j’ai eu un peu de riz sauté ! Direction mon lit avec un objectif précis : tenter de dormir un maximum pour être un minimum lucide le lendemain matin à 5h du mat quand le réveil sonnera. Dois-je vous préciser que j’ai très mal dormi ? En mode « je regarde ma montre toutes les heures » avec la précision d’un coucou suisse… Avec la nuit blanche qui précédait, c’est exactement ce dont j’avais besoin ! Direction le hall de l’hôtel où je retrouve plusieurs participants qui logent eux-aussi au Park Hôtel. L’organisation a mis en place un système ultra pratique de ramassage scolaire qui franchement est topissime quand comme moi tu n’es pas du coin. Premier petit bus qui nous emmène rejoindre un grand bus qui nous emmène sur la ligne de départ. Il nous faut une heure pour rejoindre la ligne d’arrivée.

C’est une zone de départ de randonnée, avec un parking, des arrêts de bus (j’y reviens en fin de récit !), des tables de pique-nique super pratiques pour finaliser son petit bordel, des toilettes un peu partout et comble de bonheur, une boutique restauration déjà ouverte pour me permettre de m’offrir un thé bien chaud pour accompagner ma cliff barre qui va me servir de petit-déjeuner. Certains tenteront les brochettes de boulettes de poissons… J’en profite pour retirer mon dossard (c’est super pratique de pouvoir le faire juste avant le départ). Je découvre ravie la dotation hyper généreuse, tellement généreuse que je ne vais pas au fond du sac, ce que je vais regretter un peu plus tard dans la journée.

On avait ce type de bidons au départ et à chaque CP, tout comme on trouvait ce type de panneaux super clairs à chaque CP également. Et les baskets dorées étaient celles créées par le sponsor de la course pour l’occasion. J’adore !!!

1.2.3, c’est parti ! Il est 8h du matin, pour mon organisme, il est… je ne sais même plus quelle heure il est. J’ai noté les barrières horaires dans un coin de ma tête, la répartition à la louche des ravitaillements, histoire de gérer mon eau et roulez jeunesse. Il y avait bien un tatouage avec tout le parcours comme on en trouve souvent mais c’est écrit trop petit pour mes yeux tous pourris de future cinquantenaire ! Un peu de route pour étirer le peloton et surtout se réchauffer, il fait beaucoup plus frais que je m’y attendais. On pique à droite dans la forêt, un mini ralentissement juste pour dire qu’on a ralenti et c’est parti. J’essaye de garder un rythme à la fois correct sans trop chercher à aller vite pour ne pas me griller tout de suite. J’avoue que j’ai le souvenir d’une première partie de parcours beaucoup trop « bitumée » à mon goût, à me faire regretter mes chaussures de trail. Bien entendu dans quelques heures, je ne rêverais que d’une chose… du bitume, tellement je ne pourrai plus voir les racines et les foutues marches en peinture ! Jamais content le traileur de toute façon, surtout s’il est français 😊.

J’ai attendu… attendu… mais Daniel Craig n’est pas venu me sauver… Pourtant il y avait tout, la plage, l’eau translucide, j’étais une fille en détresse !

Très vite je comprends qu’une partie de ma balade se fera avec la mer de Chine en fond d’écran et j’avoue que cela me ravit au plus haut point. Le principe est relativement simple : on grimpe pour avoir la vue, on redescend sur une plage, on traverse la plage et on remonte pour rejoindre une autre plage… Oui, bon ok, c’est un peu simplifié mais ça donne quand même une bonne idée de la nature du parcours. Au lieu de faire ça sur des petits chemins en mode Heidi comme on en trouve partout dans les Alpes, ici ils ont eu la riche idée de tailler des escaliers partout… et à mon humble avis, on devait payer les ouvriers en pack de Tsingtao parce que leurs foutues marches ils les taillaient en mode australopithèque ! (Oui je fais les références que je veux… je vous laisse vous reporter au sketch de Gad Elmaleh pour comprendre la blagounette à deux balles).

Le deuxième ravitaillement est là sur une plage, qui traditionnellement accueille plutôt des surfeurs que des traileurs. Il faut dire que le sable blanc, la mer bleu turquoise… ça te donne plus envie de sortir le maillot que de balader ta poche à eau ! Je me pose deux secondes pour manger quelques amandes qui se révèlent absolument délicieuses et un twix parce que j’ai envie d’un twix et pis c’est tout. Je regarde mon chrono, je commence à être bien large sur les barrières horaires, ce qui est sacrément rassurant. Un rapide calcul me fait réaliser que si je tiens ce rythme, je devrais avoir fini avant la nuit, ce qui était plutôt inespéré le matin même. L’idée de ne pas avoir à sortir ma frontale me ravit au plus haut point, je me remets en marche bien décidée à ne rien lâcher. Je ne suis pas perturbée par des papotages, l’ambiance n’est pas du tout à l’esprit balade. Tout le monde semble concentré sur son objectif et finalement ça m’arrange bien. J’ai mis mes écouteurs, je suis dans ma bulle de musique en mode cinémascope. Les paysages se prêtent totalement à l’introspection, presque trop, j’ai envie de m’arrêter toutes les 5 minutes pour immortaliser une vue, mais bon c’est pas tout ça, faut quand même que je me bouge le cul !

La deuxième partie du parcours est nettement plus forestière mais reste toujours aussi rocailleuse. Sincèrement c’est épuisant et j’appréhende toutes les descentes, priant tous les dieux du running pour que mon dos encaisse les coups sur ces foutues marches. Le côté « je descends telle une petite ballerine sautillante sur l’avant du pied », s’est très vite dégradé… Maintenant je suis plus en mode hippopotame dans Fantasia… J’ai toujours le tutu mais c’est bien tout ce qui rappelle que je fus un jour légère et gracieuse. Il n’empêche que je fais tout pour garder le rythme en jetant régulièrement un coup d’œil sur le chrono. Le CP2 est là pour mon plus grand bonheur, je sais que le 4 sera quasiment à l’arrivée, je peux en profiter pour me poser un peu. Une poignée de fruits secs, un verre de coca et tout d’un coup j’aperçois un pot de salade de fruits immense. Vous savez la salade de fruits au sirop qu’on nous servait à la cantine ? Allez savoir pourquoi, mais là tout de suite maintenant elle me fait sacrément envie cette salade de fruits jolie jolie. Je remplis ma tasse en plastique écolo machin truc muche et je demande si on peut me filer une cuillère. Et là panique à bord, personne n’en a en rabe. En quelques secondes une gentille bénévole me trouve une solution : ce sera un gant type chirurgical qu’ils utilisent pour réaliser les sandwichs au beurre de cacahuètes qu’ils servent à tous les ravitos. Ok pas de souci, j’en ai tellement envie que manger avec les doigts ne me gênent absolument pas ! J’avoue que sur le moment je ne comprends pas trop où était l’intérêt de nous proposer ce genre d’aliment sans nous offrir de quoi les manger… Pauv’fille que je suis… Si j’avais ouvert un peu plus le sac de ma dotation j’aurais trouvé la super cuillère fourchette pliante en métal ultra légère gentiment offerte à tous les participants. Quelle cruche je te jure !

Ma salade de fruits !

Autre grand moment de solitude, une de mes flasques décident de la jouer rebelle, en refusant de se revisser correctement. Je finis par m’énerver, je visse ça comme une dingue, je la range et je file. Inutile de vous préciser que très vite je me retrouve avec le t-shirt trempé, ce qui n’est pas sans me rappeler les montées de lait, mais ça il faut être une fille pour comprendre de quoi je parle ! L’esthétique est le cadet de mes soucis pour le moment, ce qui m’exaspère c’est surtout que je perds de l’eau et que même si ce n’est pas la canicule, je voudrais avoir sur moi de quoi boire sans me rationner.

Bon en attendant je ne suis pas d’ici, il est grand temps de repartir si je veux rester dans mon objectif d’arriver avant la nuit. Et c’est reparti pour un tour de montagnes russes même si maintenant plus de plages, il faudra se contenter de champs et autres forêts tropicales. Ah ben c’est sûr que ça nous manquait des racines en plus des cailloux… Mais il commence à se passer un truc plutôt sympathique pour mon moral, je suis passée en mode Pac-Man ! Petit à petit je commence à remonter et à doubler. Bon on se calme hein ? Au moment où je commence à grignoter mes collègues, les premiers sont déjà rentrés en ville, la remise de prix ayant surement déjà eu lieu. Alors que j’arrive au CP3, les premiers sont en train de se faire masser ! J’attrape encore quelques fruits secs, je tente une nouvelle fois un remplissage de flasque qui se termine une nouvelle fois par un dégoulinage de flotte… S’il n’était pas précisé dans le règlement qu’on doit avoir sur soi de quoi transporter un litre de flotte je la jetais là tout de suite pour ne plus la voir. Mais l’idée de me prendre une pénalité à l’arrivée pour ça m’énerverait encore plus.

Je repars, remets Pac-Man en action et c’est parti, mon objectif « j’arrive avant la nuit » semble toujours jouable, ce qui me booste littéralement. J’ai très mal au pied droit, enfin plus précisément au petit orteil du pied droit, ce qui me fait penser à juste titre que j’ai surement une jolie ampoule mais même si j’ai le culot de dire dans tous les articles sur le sujet qu’il faut prendre le temps de les soigner tout de suite pour éviter la cata plus tard, et même si j’ai tout ce qu’il faut pour la soigner dans mon sac à dos, je serre les dents et je fonce toujours. Ouais je sais… faites ce que je dis que je disais… Au détour d’un chemin, on aperçoit des tombeaux disséminés ici ou là dans la montagne. Aujourd’hui la pratique n’est plus autorisée mais bien entendu, personne ne touche aux tombeaux des ancêtres. Enfin tombeaux… Ce sont des ossuaires puisque comme c’est le cas en Amérique du Sud, la tradition voulait qu’on enterre d’abord les corps pour ensuite les déterrer, récupérer les os que l’on nettoyait avant de les ranger dans une jarre en terre qui était alors installer dans des petits sanctuaires. Voilà c’était ma minute culturelle du jour !

Nous croisons quand même quelques êtres vivants je vous rassure ! Quelques randonneurs sont aussi de la partie et nous saluent toujours avec enthousiasme. Autre originalité de l’événement, comme par la force des choses il n’y a pas d’habitants ou presque dans la région que nous traversons, l’organisation a mis en place des postes de « volontaires » qui ne sont là que pour faire la claque et nous encourager. Nous avons le droit aux applaudissements de réfugiés qui sont là pour nous remercier indirectement puisqu’une partie de nos inscriptions est reversée à l’association qui s’occupe d’eux. « Run » pour la nommer s’occuper de redonner le sourire à des personnes qui ont souffert et souvent subis des violences dans leur pays d’origine avant de trouver refuge à HK, via la pratique du running ou juste de la randonnée. C’est pour ça qu’ils sont là, pour nous redonner à leur tour le sourire avec leurs encouragements nourris.

Together we can do anything… Tout est dit !

CP4, arrêt au stand en mode formule 1. Je recharge uniquement la flasque qui ne fait pas des siennes, je vide l’autre qui rejoint le fond de mon sac. Une poignée d’amandes et c’est reparti ! J’ai 6km à parcourir, je prie intérieurement pour que ce soit plat jusqu’à l’arrivée… Evidemment, à peine ai-je fini mon pater et mon ave maria que la grimpette est là. Forcément, comment pouvait-il en être autrement ? Je vois bien que la lumière baisse de plus en plus, alors j’accélère autant que je peux pour tenir mon objectif. Mon rythme respiratoire est presque branché sur celui de mon gps dont j’attends la vibration me donnant l’indication d’un km de plus avalé pour enfin respirer. Enfin la route est là et qui dit route dit éclairage urbain. Au bout de 100m, je réalise que je suis presque arrivée, que la lumière rouge à gauche c’est tout simplement la ligne que je vais franchir pile poil alors que la nuit s’installe. Le speaker écorche mon nom mais je m’en fous, j’ai fini, j’ai atteint l’objectif que je m’étais fixé, il est temps d’aller manger !

Enfin manger… En arrivant devant le buffet alors qu’ils servent pourtant de la soupe miso, truc que j’adore et que je découvre une machine à hot dog (y a même des saucisses vegan !), je suis prise de nausées. Ok on va éviter de charger mon estomac qui semble pour le moment capricieux. Je file récupérer mon sac, et sans vraiment le comprendre à ce moment-là, je réalise qu’il en reste encore quand même pas mal. Mais je suis trop fatiguée pour analyser tout ça, et je file à l’arrêt de bus pour rentrer me doucher au plus vite. Mon guide m’avait conseillé de prendre un taxi mais finalement j’opte pour les transports en commun pour rentrer chez moi. Je vous en parlerai dans mon article « tourisme » mais je ne regrette pas de n’avoir finalement rien avalé à l’arrivée, le bus impérial ça bouge bien quand on grimpe là-haut, un truc à faire vomito ! Un participant qui m’avait reconnu comme résidant au même hôtel que moi est là lui aussi, nous rentrons donc tous les deux, ce qui m’arrange grandement. Il n’est pas de Hong Kong mais lui au moins il parle chinois, ça pourrait nous être utile, sait-on jamais !

Le bonheur parfois c’est simple comme un riz sauté et un sprite !

Finalement tout se passe super bien et je rentre à mon hôtel nettement plus facilement que je l’aurais imaginé. Douche chaude, assiette géante de riz sauté, je m’écroule littéralement dans mon lit à l’heure où se ferme la ligne d’arrivée à des kilomètres de là. Je crois pouvoir dire que je souriais en m’endormant lorsque j’ai réalisé ça !

En attendant la suite de mes articles axés Tourisme pur, n’hésitez pas à aller voir du côté de ce site Discover Hong Kong, pour achever de vous donner envie de vivre l’aventure à votre tour !

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