Fun : « Les finisseurs » vous frappent en plein cœur…

Je commence ma série « liste au Père Noël » avec un livre forcément parce que je reste une amoureuse du papier, de son odeur, de l’émotion que procure un beau livre lorsqu’on le reçoit. « Les finisseurs » fait définitivement partie de ceux-là, que l’on soit coureur d’ultra ou non d’ailleurs. Il suffit d’aimer son prochain et vouloir en apprendre un peu plus sur lui pour dévorer cet ouvrage extraordinairement réussi.

Le Pitch

L’histoire se répète chaque année au début du printemps. Une quarantaine de coureurs de tous horizons rallie le parc naturel de Frozen Head, dans l’est du Tennessee, pour prendre le départ de la Barkley, un mythe de l’ultra-trail. Bientôt, ils seront coupés du monde. Ils ont cinq tours à parcourir en moins de 60 heures, plus de 200 kilomètres avec 20 000 mètres de dénivelé, dans un décor ténébreux. Une prison abandonnée, des pentes abruptes, des livres cachés dans un dédale d’arbres dénudés et de ronces hérissées de griffes. Pas de balisage. Pas de ravitaillement en dehors du camp de base, où l’on revient entre chaque tour, résolu à repartir ou résigné à renoncer.


Un défi aux limites du possible, seulement terminé par 15 personnes depuis sa création, soit environ 1% des partants

Créée en 1986 dans l’anonymat le plus total, restée longtemps confidentielle, la Barkley est une course infernale, sur lequel veille jalousement son créateur: le magnétique Lazarus Lake. Un défi aux limites du possible, seulement terminé par 15 personnes depuis sa création, soit environ 1% des partants. Ces dernières années, de nombreux reportages et documentaires (Netflix, Canal +, France 2, L’Équipe, etc.) ont fait connaître la Barkley au grand public, faisant d’elle l’une des courses les plus scrutées de la planète. Au-delà des chiffres, il y a donc 15 visages, 15 noms dont on ne sait rien ou presque. 15 profils qui sont autant d’énigmes. Les finisseurs de la Barkley forment une communauté discrète, sans gloire ni trophée. Qui sont ces hommes – et ces femmes – capables de finir la course que personne ne finit ? Qu’ont-ils de plus ?


« Les finisseurs se racontent. Ils disent les miracles du corps
et les mécaniques de l’esprit confrontés à l’extrême. »

Les auteurs de ce grand livre de photographies, de récits et d’entretiens ont voulu tous les retrouver. Au printemps 2019, ils ont sillonné les États-Unis de long en large, à la rencontre de ces individus mus par des motivations et des capacités hors du commun. Les finisseurs se racontent. Ils disent les miracles du corps et les mécaniques de l’esprit confrontés à l’extrême. Ils retracent la naissance de l’ultra-trail, la culture des grands espaces, des sentiers de grande randonnée ou encore la tradition des records de vitesse, les fameux FKT. À travers leurs mots et leurs parcours, Les finisseurs assemblent aussi des fragments de l’histoire de l’Amérique, un pays qu’ils nous aident à mieux cerner.
Sous un porche de Virginie, dans un fauteuil en Oregon, face aux montagnes du Colorado ou sous le soleil de Californie, Les Finisseurs retracent 15 destins américains. Ils sont charpentier, glaciologue, ambulancier ou ingénieur… Des gens ordinaires qui cachent des hommes extraordinaires.

Ma fiche de lecture

Il faut savoir deux choses avant d’aller plus loin : La Barkley fut presque un des premiers ultras américains dont j’ai entendu parlé, si ce n’est pas le premier. Je débutais totalement dans cet univers dont j’ai fait la connaissance dès mes débuts de « runneuse d’opérette » parce que, le hasard des rencontres, j’ai croisé dans un univers professionnel qui à l’époque était à des années lumière du trail un UFO comme on disait à l’époque, un « ultrafondus » lecteur de la revue portant le même nom. En quelques minutes à ses côtés, j’apprends, alors que je commence tout juste à trottiner et qu’on me raconte qu’au delà de deux marathons par an tu meurs, que certains de mes congénères remplissent une poche à eau de coca à la tombée de la nuit et partent tranquillement en courant du 13ème arrondissement pour rejoindre Rouen où ils donneront le relais à une autre bande toute aussi folle. J’apprends aussi l’existence d’une revue, la très regrettée « Ultrafondus », ultra difficile à trouver en kiosque et je m’abonne dans la foulée. C’est là que je découvre l’existence de cette course que personne ne finit jamais.

L’autre chose très importante à savoir, et qui surprend souvent les personnes avec lesquelles j’évoque le sujet, mais qui est importante : je n’éprouve absolument aucune fascination pour cette course. Vraiment… Le principe est rigolo si l’on veut, mais perso dépenser autant d’argent (parce que oui, arrêtons de dire n’importe quoi, le prix du dossard dans une course à l’étranger, surtout un coin aussi reculé des USA représente peanut dans le budget) pour aller trainer dans les ronces, très peu pour moi. Pour la même somme, je préfère aller courir dans le désert, parce que ça, je n’en ai pas à côté de chez moi. Mais c’est très personnel comme façon d’envisager les choses et je ne cherche absolument pas à convaincre qui que ce soit, dieu merci, sans parler du fait que j’ai plusieurs amies qui ont pris le départ et que j’ai évidemment vivement encouragées ! Je ne parle même pas de la personnalité de Laz le fondateur, qui est d’un sexisme crasse qui me rappelle mes débuts dans l’univers du running. Ah oui, je sais, il dit des choses mais au fond de lui, il ne les pense pas… Vous savez comme l’oncle raciste qui raconte des blagues limites à table mais qui au fond ne le pense pas non plus… Bref inutile d’insister, vous l’avez compris, cette course ne me fait pas envie. Alors pourquoi dépenser la somme de 39€ pour m’offrir un livre qui ne parle que d’elle ? (oui PEL je l’ai payé, j’ai même la facture si tu veux 😉)

Justement parce que le sujet n’est finalement pas la course en elle-même mais les hommes qui l’ont faite, ceux qui, par leurs sacrifices inouïs, ont mis parfois plusieurs années de leur vie entre parenthèse pour finir un truc de dingue. Ceux qui ont fait sa légende avant de retourner à leur vie et sombrer dans l’oubli. Parce que c’est aussi ça la particularité de cette course… Tout le monde en parle mais finalement c’est surtout le nom de l’organisateur que l’on a retenu. Tentons une petite expérience et retrouvons-nous à Chamonix. Installez-vous sur la petite place de l’église quelques minutes avant le départ de l’UTMB et demandez aux participants présents de citer trois noms de « finisseurs » de la Barkley, juste pour voir. Très peu en seront capables à part quelques passionnés, mais demandez-leur le nom de l’organisateur, vous devriez avoir un peu plus de succès. Demandez-leur ensuite de citer trois noms de gagnants de l’UTMB. Vous voyez où je veux en venir ? C’est un peu comme si les participants du tour du Mt Blanc, citaient Catherine avant Kilian, François et Xavier.

C’est ça pour moi la force de ce livre, rendre enfin leur juste place à ces hommes au parcours si différent les uns des autres et que la passion d’une course unit pourtant à jamais. Si vous espérez trouver la méthode pour finir la Barkley dans ce livre, passez votre chemin, vous allez être déçu. C’est totalement autre chose que vous y lirez. Vous découvrirez des hommes absolument passionnants qui même, sans plus courir ou presque pour certains, n’en restent pas moins des hommes à part. Vous découvrirez des parcours de vie où la Barkley fut un phare pendant plusieurs années, leur Saint Graal à eux. Vous découvrirez l’histoire inouïe des 3 copains qui ont tous finis… Il y a aussi pleins d’autres articles absolument passionnants mais je ne peux pas tout vous dire non plus, parce que découvrir un livre doit aussi rester une surprise.

J’adore l’idée du photographe de les avoir pris en photo chez eux, dans leur vraie vie, aujourd’hui. Cela illustre de la plus belle manière la phrase du communiqué de presse : « Des gens ordinaires qui cachent des hommes extraordinaires » et cela donne mille fois plus de force à leurs mots que des photos prises pendant la course assez paradoxalement. Sincèrement, et pourtant ma bibliothèque regorge de livres de trail, si vous deviez n’en avoir qu’un, ce serait celui-là. Je me disais hier soir en le rangeant dans mon bureau que s’il y avait un incendie chez moi et que je devais en sauver trois, ce serait « la folle histoire du trail » et « Voyage au bout de l’endurance » et « Les finisseurs » !

Prix : 39€ – Editions Mons

ps : même si vous n’êtes pas un « gros lecteur », il ne faut pas que ce livre vous fasse peur, parce qu’il est avant tout constitué de rencontres qui se lisent indépendamment des autres. Le style reste journalistique sans que cette remarque soit péjorative évidemment, c’est juste pour mettre en avant le côté fluide et accessible du style.

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