J’ai lu : « Transamericana » de Rickey Gates – Editions Mons

Vous allez croire que je suis payée par les Editions Mons pour dire du bien de tous les ouvrages qu’ils publient mais je vous jure que non ! Ils ne veulent même pas me publier, c’est dire si je pourrais leur en vouloir en plus 😉. Mais voilà, question éditorial, ils ont l’art et la manière de faire d’excellents choix et on ne peut pas leur en vouloir pour ça. « Transamericana » est de ceux-là et je vous dis pourquoi.

J’ai entendu parlé de cette histoire bien avant de savoir qu’il y aurait un livre. Avec de nombreux amis runners voir ultra runners américains et pour la plupart, il faut bien l’avouer démocrates, l’histoire de Rickey ne pouvait pas m’échapper. Flashback : il est dans un bar avec Liz sa petite amie, persuadé qu’il est là pour fêter l’élection triomphale de la première femme présidente des USA. Inutile de vous dire que le réveil est brutal… Gueule de bois au sens propre mais surtout au figuré… avec une question qui l’obsède : « comment moi américain n’ai-je pas vu venir le résultat de ce vote ? Comment se fait-il que je ne connaisse pas plus mon pays et surtout ceux qui le composent ? ». C’est là qu’il a une idée géniale : traverser son pays d’est en ouest pour partir à sa découverte mais surtout à la rencontre des hommes et des femmes qui en font toute sa richesse et sa complexité.

Rickey est loin d’être un Forrest Gump c’est important de le préciser. Coureur professionnel, il détient de nombreux titres, records de course en montagne et autres trails. Si son CV complet vous intéresse, on le trouve facilement sur wikipedia, je vous laisse y aller comme des grands, pour ça vous n’avez pas besoin de moi. Juste pour la petite histoire, la première fois que j’ai entendu son nom, c’était en 2012, même si en réalité c’est d’un autre coureur que j’avais retenu à l’époque. Speedgoat 50k, Kilian Jornet gagne mais comme il a pris des raccourcis (ce qui n’était pas formellement interdit dans le règlement, il n’est donc pas disqualifié de la course) il ne peut pas se prévaloir de la prime de record sur le parcours. C’est Rickey arrivé deuxième qui la remporte finalement.

Mais revenons-en à notre traversée de l’Amérique ! 6000 kilomètres en courant, sans la motivation d’un moindre record à l’arrivée, il lui faudra presque 5 mois pour les boucler. Il s’arrêtera même une semaine chez sa maman qui vit toujours dans le Colorado, c’est dire s’il n’était pas pressé. Détail qui n’en est pas un en réalité, il finance son projet sur ses propres fonds, son sponsor Salomon se limitant au matériel. Au gré des rencontres qu’il fait, on l’accueille parfois dans une grange ou sur le canapé du salon… Certains vont même jusqu’à lui offrir une nuit à l’hôtel, beaucoup lui offrent un café ou un repas, venant même à sa rencontre pour quelques heures avec lui. Il prend des photos, des portraits qui sont comme des instantanés de ce pays qui nous fascine tellement, par ses bons et ses mauvais côtés. On sent à travers ses textes courts et ciselés au mot près mais aussi avec ses photos que sa vision évolue. Ce n’est pas un photographe professionnel mais certains portraits sont saisissants et mériteraient une salle de musée ou encore mieux, les murs de ma maison !

Ce que j’ai adoré, c’est qu’il n’y a finalement absolument aucun jugement dans ses textes. Il n’est pas là en mode « le bon, la brute et le truand », mais en quelques mots de conclusion il peut parfois renverser une opinion trop rapidement envisagée. Evidemment, cette quête de vérité sur son pays est aussi un peu une quête de l’homme qu’il était, qu’il est et qu’il souhaite devenir.

Si vous avez adoré « Forrest Gump » et que vous êtes resté frustré que cette scène ne dure finalement que 5 minutes, c’est le livre idéal pour vous. Question style, on est à des années lumière des livres ultra philosophiques, alors si votre kiff ultime c’est Proust revisité par Sylvain Tesson, forcément vous resterez sur votre faim mais pour tous les autres, promis juré, vous allez vous régaler ! A déguster sans modération en attendant que le barbecue soit à la bonne température, une bière bien fraiche à la main.

Prix : 29€

PS : son nouveau projet se concentre sur San Francisco où il vit maintenant avec sa fiancée devenue son épouse. Il a décidé de partir à la découverte de sa ville en courant dans absolument toutes les rues qui la composent, avec son appareil photo évidemment. N’hésitez pas à suivre son compte insta ici, il en poste déjà beaucoup.

PSS : si vous ne l’avez pas encore lu, les Finisseurs à découvrir ici sont un incontournable de la bibliothèque de tout passionné de trail et de l’humain dans sa globalité.

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