Run : Mon Thaïland by UTMB® façon OCC !

A la base, allez savoir pourquoi je m’étais mise en tête de prendre le départ du 100 ou Inthanon 5 et d’aller aussi loin que je le pouvais. La petite escapade de l’avant-veille dans la montagne m’a très vite faire comprendre que c’était du grand n’importe quoi…

Au bout de seulement 5km je dois me rendre à l’évidence, mes deux mois « le cul sur ma chaise de bureau » à, excusez cette expression légèrement vulgaire mais qui dit bien ce qu’elle veut dire « pisser la copie » avec pour seule sortie longue les 23 km de la Saintesprint, c’était forcément un peu trop léger. Bénéficiant d’un statut « privilégié » de journaliste, je demande s’il est possible de basculer sur une distance plus raisonnable. Il se trouve qu’en plus je dois absolument être présente sur la ligne d’arrivée pour un test PCR gentiment organisé par nos hôtes pour nous permettre de rentrer. Avec les règles qui changent tous les 4 matins, il faut être très prudent. Plus je fais mes calculs dans ma tête, plus il faut se rendre à l’évidence : je vais me retrouver à devoir abandonner on ne sait où dans la montagne avec le risque de finalement en plus être en retard. J’opte donc pour le 54k soit l’Inthanon 3 qui me semble beaucoup plus raisonnable. Ce sera toujours plus sympa d’être finisheuse avec les 9 runnings stones à l’arrivée que DNF et beaucoup de souffrance physique et mentale, franchement pas indispensables pour finir l’année. Je réalise un peu tard que ce changement de distance veut aussi dire changement d’horaire de départ, à la place du confortable 8h, je me retrouve à devoir partir à 6h du mat, ce qui signifie être dans la navette à 4h30… Mais cela signifie aussi plus d’heures à la fraiche, et c’est toujours ça de gagné !

Nuit plutôt correcte après un diner totalement improvisé au 7 Eleven de la station-service d’à côté. J’ai passé l’après-midi à crapahuter dans la montagne pour suivre le 100 miles. Parce que bon, je ne suis pas là uniquement pour courir mais aussi pour couvrir l’événement pour Esprit Trail. Réveil qui pique à 4h, enfilage de la tenue 100% Compressport (jupe, t-shirt et chaussettes, le test est là), tout sauf la culotte quoi 😉 avec le sac Camelback que je veux tester sur une plus longue distance, afin de voir ce qu’il vaut au-delà de 40km (l’article en question ici). Je me contente pour l’instant de boire un thé, je n’ai pas faim, mon cerveau n’est pas plus réveillé que mon estomac. Arrivée sur la ligne de départ j’ai la chance d’être accueillie sous la tente des élites (j’en rigole encore !). Très vite, un des gentils guides qui nous a accompagné pendant ces quelques jours arrive avec un bol de soupe de riz relevé de porc haché et d’une herbe que je n’ai pas encore identifiée. Ah d’accord… Eh ben voilà un petit déj plutôt sympa ! Ok, on est à 30 minutes du départ, mais je vous ai habitué à mon grand n’importe quoi question nutrition sportive et quand je vois la suite des événements, je me dis que ça annonçait bien le thème de la journée.

A écouter en lisant ce texte pour se mettre dans l’ambiance !

Ça s’agite sur la ligne de départ et là, comble de la rigolade, je comprends en entendant mon nom clamé par Sophia « le Ludo Collet local », que je suis attendue pour prendre le départ devant tout le monde telle une élite que je ne suis toujours définitivement pas ! Forcément ce genre de truc ça a un côté plutôt rigolo jusqu’à ce que la foule te double pendant 500 m au moins… te donnant le sentiment que tu es carrément à l’arrêt ! Pourtant, je vous jure que je suis sortie du village en faisant la fière, genre je me tiens droite et je lève les genoux pour donner l’impression que je cours vite ! Le parcours doit rejoindre celui du 100, il ne faut donc que 5km pour rejoindre le premier ravito, ce qui est un peu étrange mais finalement, comme j’arrive sur place avec une gourde déjà totalement vide, je me dis que ça tombe plutôt bien. Il faut savoir qu’il y a moult ravitos, tous les 10km environ, ce qui facilite grandement la gestion de ta course.

Apercevoir le soleil se lever au milieu de la végétation dense et tellement variée…

Je décide de carburer très vite à la boisson isotonique parce que je comprends aussi tout aussi rapidement que question nourriture, ça risque d’être un peu compliqué pour moi. Bon, je suis entièrement responsable hein ? Quand tu vas dans un pays étranger, surtout en Asie, tu sais qu’il va falloir être en totale autonomie. Mais j’étais restée sur mes expériences en Chine et plus particulièrement la dernière à Hong Kong. J’avais juste totalement zappé un léger détail… Le covid… et la longue liste de contraintes que les organisateurs ont dû mettre en place pour décrocher les précieuses autorisations. Moi qui me réjouissais à l’avance de dévorer des kg de pastèque, je comprends vite qu’il faudra faire sans. Impossible d’autoriser les fruits frais découpés dans lesquels les coureurs plongent leurs mains peut être contaminées… Je m’énerve d’autant plus que ça fait plusieurs jours que je suis avec l’orga, j’avais mille fois l’occasion de leur poser la question et d’aller faire des courses, sur le village de la course même où il y avait plusieurs magasins présents. Bref… J’arrête de me lamenter sur ma stupidité, il serait temps de passer la seconde parce qu’il y a quand même des BH sur cette course !

Je découvre ce que j’avais déjà subodoré lors de notre petite balade, on est plus en mode « dré dans le pentu » que douce montée… Et vous savez quoi ? J’ai décidé de partir sans mes bâtons pour voyager léger en valise cabine uniquement. Ben tiens, ça m’apprendra à vouloir jouer les grandes traileuses ! Les mains sur les cuisses, m’accrochant parfois à tout ce que je trouve, je grimpe avec ce mélange d’émerveillement devant les paysages rencontrés et des « bordel mais il est où le sommet ? ». Inutile de préciser qu’arrivée en haut, je comprends vite qu’il y avait un autre sommet juste derrière bien planqué que tu ne découvres qu’au dernier moment… Seule bonne surprise du jour, mon cardio semble vouloir rester dans les normes. Pour l’instant, on est face à une jungle accueillante, surtout pour moi qui connaissais uniquement la brésilienne, remplie de sales insectes plus dangereux les uns que les autres, de plantes qui te coupent, te brulent ou te piquent, bruyante avec les singes hurleurs qui te font bien comprendre que tu es l’envahisseur et que tu as intérêt à courir vite pour sortir de leur territoire. Mais le truc assez perturbant c’est que contrairement à chez nous où la forêt finit par s’arrêter pour donner lieu et place à une nature plus dégagée. Alors qu’ici, il faut vraiment arriver au sommet pour enfin voir le jour. Ce sentiment de tunnel de végétation te fait totalement perdre tes repaires, ce qui est assez étrange et plutôt dur psychologiquement parlant.

Ce qui est vraiment appréciable, c’est la taille des ravitos qui sont parfois des bases de vie pour le 100 miles. Tu trouves des plats chauds à chaque fois, avec du riz, les fameuses noddles, des gâteaux étranges et des produits énergétiques qui pour mon grand désespoir sont à base de banane, fruit auquel je suis allergique. Pas grave, va pour le riz ! Je vous garantis en tout cas que je ne suis pas morte de faim… Je bois toujours de la boisson isotonique que je mélange avec un peu d’eau parce qu’il commence à faire sacrément chaud ! Comble de l’ironie, alors que nous traversons le seul village du parcours, il n’y a personne dans les rues, pas fous, les thaïs travaillent au champ le matin tôt mais surement pas à midi, laissant cette folie aux traileurs ! Depuis plusieurs kilomètres, je fais partie d’un petit groupe qui avance au même rythme ou presque. On se double parfois mais très vite entre ceux qui sont plus forts en montée ou en descente, ce sont toujours les mêmes visages que j’aperçois. Ils s’excusent 20 fois quand ils te doublent et 40 s’ils ont le malheur de te bousculer légèrement lors du dépassement par inadvertance. J’adore l’Asie !

Alors que j’arrive à l’avant dernier CP, je maintiens toujours mon heure d’avance sur les BH à la sortie du ravito. Je suis à mon rythme, tout se passe bien et je profite du ravito pour faire le plein parce que je sais ce qui m’attend. Les 10km pour rejoindre les pagodes sacrées sont « le gros » morceau de la course. Pour celles et ceux qui connaissent, c’est la grimpette de la Chaux du Trail Verbier St Bernard, la jungle en plus et bien sûr, la chaleur même si là ça commence à retomber un peu. Comment je vais me maudire d’avoir zappé mes bâtons… Même si finalement je tiens plutôt le rythme. Je monte doucement mais surement, en cherchant désespérément du regard ces foutues pagodes qui bien entendu vont apparaitre quasiment dans les derniers mètres. Sachant que l’organisateur va prendre un malin plaisir à nous refaire plonger dans la jungle pour nous faire regrimper un mur bien vertical histoire de nous rappeler qu’on est quand même là pour en chier. Enfin le jardin, enfin le dernier ravito ! Alors qu’il me reste 9km je prends quand même le temps de manger un peu et de boire un grand verre de coca bien frais. Je réalise d’ailleurs que j’ai oublié de vous dire ce qui est presque le plus important de l’aventure : le coca était toujours frais !!!! Limite si on ne nous proposait pas une tranche de citron !!!! Le truc de ouf. Dit comme ça, ça parait un détail mais je peux vous dire qu’avec la température ambiante, ça n’en est pas un du tout. J’envoie un petit message à un de mes camarades de jeu, Florian qui a forcément fini depuis longtemps pour le prévenir que j’attaque la dernière descente. Il me dit juste « fais gaffe aux 3, 4 derniers km, c’est vraiment hard ». Ah… sachant qu’il est beaucoup plus aguerri que moi dans la montagne, ce message n’a absolument rien de rassurant.

On commence comme prévu par 4km de descente sur la route. Ok, ça n’est pas le plus sympathique surtout que franchement mes quadris ne sont pas du tout coopératifs pour le coup, mais je sais donc maintenant qu’il faut les savourer comme il se doit. Nous arrivons comme prévu à ce qui pourrait s’apparenter à un guichet de la police et là on pique direct dans la jungle, gauche toute ! Ok, il ne fait pas encore nuit sur la route mais dans la végétation dense et touffue, c’est autre chose. Je sors immédiatement ma frontale, ce serait trop con de se faire une cheville à 4km de l’arrivée quand même ! Au début franchement ça le fait, et j’en viens à douter de la parole de Florian… jusqu’à ce que je comprenne le problème. Entre les arbres en travers, les lianes pas du tout coopératives, et surtout la descente quasi verticale, je suis plus lente en descente qu’en montée, un comble ! Je m’accroche à tout ce que je peux et je reste en embuscade derrière un petit groupe qui semble avoir décidé d’affronter ce bordel ensemble. Je finis quand même par les doubler à la suite d’un petit groupe un peu plus rapide. Quelques centaines de mètres seule et là je rejoins un autre coureur qui semble totalement dépité devant le spectacle qui s’offre à lui. Vous voyez une piste de ski rouge ou même noire dans certaines stations ? Ben là c’est pareil mais sans la neige avec à la place une espèce de sable noir justement ultra glissant. Je n’ose même pas imaginer ce qu’ont vécu les participants l’année dernière, alors qu’il pleuvait. Mon compagnon d’infortune a des bâtons lui et tout de suite il décide de m’accompagner pour en gros me rattraper si je venais à me vautrer lamentablement. Ce que bien entendu je fais mais rien de cassé, juste mon égo légèrement éméché.

Le plus dur, c’est que tu entends le speaker au loin, dont la voix se rapproche de plus en plus, tu vois les lumières de la ligne d’arrivée, mais toi tu es toujours là à t’accrocher désespérément aux branches pour éviter de te vautrer une nouvelle fois. Enfin le bitume !!! Nous prenons 2 minutes pour reprendre nos esprits et c’est parti ! Maintenant je sais qu’il y a de la route pour le dernier petit kilomètre qui me sépare de la ligne d’arrivée. Je suis revenue à la civilisation, entourée de petites maisons avec des enfants dans la cour qui nous regardent passer, des petites échoppes qui vendent des plats typiques à déguster dans la rue ou sur une petite table de camping en plastique. Ça sent tellement bon !!! Je dois presque me faire violence pour continuer à courir. La ligne est là, ma médaille en porcelaine vert pale est là aussi, sans oublier la veste finisheur avec des manches et mes running stones 😁.

Eh ben mes cadets quelle aventure ! Ok ce n’est pas le 105 mais de toute façon ça ne serait pas passé donc absolument aucun regret. J’ai passé une journée incroyable avec des gens adorables et des paysages de toute beauté, mais que demandez de plus je vous le demande ! Ce que je retiens de cette course, c’est avant tout l’incroyable gentillesse des bénévoles qui, malgré très souvent la barrière de la langue ont fait tout leur possible pour répondre à mes questions et m’apporter toute l’aide possible. Un parcours et une organisation à la hauteur de la licence UTMB parce que bon, soyons honnête, c’est bien de ça dont on parle aujourd’hui. J’ai profité de ma balade pour papoter avec des participants et tous étaient unanimes pour dire que cette course était bien d’un niveau au-dessus de la plupart des trails locaux question orga. Il faut savoir une chose importante pour comprendre ce qui se passe actuellement. Autant l’Europe est en train d’arriver doucement mais surement sur un plateau question nombre de pratiquants, autant l’Asie explose littéralement. En Thaïlande en 4 ans à peine avec une crise sanitaire comme nous le savons tous au milieu, on trouve un trail organisé tous les week-ends dans le pays avec un nombre d’ultra trails tout simplement hallucinants ! C’est la nouvelle activité à la mode là-bas et ça se sent. C’était très amusant d’ailleurs d’observer les équipements. Concrètement sur mon parcours, j’ai vu, allez à la louche 70% de Hoka, 20% d’Altra et le reste un petit mixte entre Kaïra la marque chinoise voisine et d’autres marques connues. Les sacs étaient en très grande majorité des Salomons, un peu d’Ultimate et quelques Evadict. Décathlon ne s’est pas trompé, il ouvre des magasins dans tout le pays en ce moment.

Attention en tout cas à toute personne qui comme souvent imagine que les courses « UTMB® » sont des « sous courses » comme je l’ai souvent entendu, ce n’est absolument pas le cas ! Comme pour Oman que j’ai aussi eu la chance de tester, on est sur du très bon niveau, forcément différent des Alpes mais avec d’autres difficultés à gérer et non des moindres. Le lieu est unique, le parcours l’est aussi puisqu’il permet de fouler les chemins d’un parc national et ça, c’est beaucoup plus compliqué qu’il n’y parait de décrocher les autorisations. Je ne parle même pas de la traversée du jardin des pagodes où reposent des reliques de Bouddha. Ça revient un peu à organiser un trail qui passerait dans la cathédrale de Turin là où repose le St Suaire. Sans oublier les vues à 360° en mode waouh ! Si cette course grâce à cet article vient de rejoindre votre To do list, je vous invite à aller lire l’article « débrief orga » que j’ai écrit pour vous donner des pistes pour l’édition 2022.

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A lire également : l’avant-course ici et le débrief après-course là.

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