Run : Etna Trail – Episode 1

Comme toujours avec moi, rien ne s’est passé comme prévu mais comme là tout s’est nettement mieux passé que prévu, je ne vais pas me plaindre ! En route pour l’Etna en mode runneuse avec podium improvisé (épisode 2 à venir – spoiler !) et accompagnatrice tout aussi improvisée.

Retour en arrière : Ultra 01XT, je fais la connaissance d’Alexandre qui est un des organisateurs et mon chauffeur pour me permettre de suivre un peu la course et découvrir l’Ain, ce département qui pour moi n’était qu’un numéro et une sortie d’autoroute. Lors de nos papotages, il évoque le fait qu’il va courir fin juillet un truc de dingue à l’Etna. « Quoi ? tu vas faire la Maxi Race toi aussi ? » « Euh tu es sûre que c’est la Maxi Race ? » « Ben écoute, je pense sincèrement qu’il n’y a pas deux courses concurrentes le même week-end en un même lieu ». Après vérification, nous allons bien au même endroit, à savoir l’Etna Trail mais pas pour la même distance : lui est engagé sur le 94, moi sur le 24. Pour celles et ceux que cela pourrait intéresser le circuit international est . Nous nous quittons en prenant rendez-vous sur sa ligne de départ. A ce moment-là, j’aurais presque déjà pu écrire « fin de l’histoire ».

Fin juillet, je descends de la montagne pour rejoindre Genève d’où je décolle à l’aube. J’en ai marre de me lever à 3h45 du mat moi ! J’ai failli dormir dans ma voiture mais Guillaume, à juste titre, me rappelle que ce n’est plus de mon âge ces conneries et sur ses conseils, je cherche un hôtel qui ne me demande pas de vendre un rein (mon corps vu mon âge justement… pas sûr que ça paye un Ibis budget !). Je tombe sur un hôtel situé à deux minutes de mon parking longue durée, vendu ce sera le Nash Pratik qui se révèle être vraiment très bien. Je file prendre mon avion, pas trop réveillée j’avoue, le tout en boitant parce que j’ai trouvé le moyen de m’exploser les pieds avec mes chaussures de randonnée. Le souci, c’est que pour des questions d’organisation, je suis en bagage cabine et je dois porter mes chaussures de trail dans l’avion. Les enfiler le matin a tenu du cauchemar… Je ne rêve que d’un truc : les virer et enfiler des sandales dès que je serai dans l’avion.

Leur crumble est juste à tomber !

J’arrive à l’heure, mon taxi est là et c’est parti pour Linguaglossa, la petite ville d’où part la course. Je retrouve Ana, journaliste espagnole qui loge dans le même B&B et qui, arrivée la veille, a déjà repéré les lieux. Nous filons prendre mon premier cappuccino sicilien avant de retrouver Marie Paturel journaliste pas du tout concurrente 😉 et Lionel Montico photographe, qui seront, eux-aussi, de la première activité de la journée : grimper en haut de l’Etna voir de plus prêt à quoi ressemble un volcan énervé. J’avoue je suis absolument ravie que cette activité se fasse en 4×4, je suis épuisée et l’idée de grimper à pied ne me fait absolument pas envie. J’appréhende d’ailleurs de plus en plus mon objectif dossard, mes pieds, surtout le gauche n’ayant absolument pas décidé de me foutre la paix.

Ligne de départ et d’arrivée in progress sur la petite place du village qui va bien !
Un inconnu qui m’offre une fleur… Pas de doute, je suis bien en Italie !

Nous avons la chance d’avoir un guide passionnant et j’apprends plein de choses sur la vie des volcans. La météo n’est pas topissime mais on se contentera de ce qu’il veut bien nous offrir. Pique-nique improvisé à l’observatoire avec forcément du vin sicilien, ça faisait longtemps que je n’avais pas picolé ! La balade au plus près du cratère va nous conforter dans l’idée qu’un volcan en activité reste quand même quelque chose d’assez impressionnant, même sans la lave en fusion et surtout nous parfumer à l’œuf pourri, savant mélange du chlore et du souffre qui surgissent des profondeurs. Pour celles et ceux qui voudraient le nom de mon guide il ne faut pas hésiter à demander, il était passionnant !

Des cailloux, du pinard, des coccinelles, des moutons, des arbres fossilisés… l’Etna est à la hauteur de sa réputation, à n’en pas douter ! Bon par contre faut que j’arrête de picoler la veille des courses, ça va mal terminer !

Retour en ville, douche, shampoing, changement de tenue obligatoire ! Coup de téléphone d’Alex, il a décidé de venir profiter de la pasta party avant son départ à 23h. Je leur propose de les retrouver et de les laisser profiter de mon petit appartement à quelques pas du départ. Je vais faire la connaissance de Sébastien qui va jouer les accompagnateurs. De mon côté, j’ai appris que l’organisation n’a pas vraiment prévu de programme pour nous, hormis nous emmener à l’observatoire qui sert de ravitaillement. Moi l’idée de rester dans le froid plusieurs heures ne m’emballe pas outre mesure, surtout que je ne suis pas du tout équipée pour la circonstance. A voyager léger, et surtout à ne pas trop me renseigner, je n’ai rien de chaud avec moi, tout est resté dans le coffre de la voiture à Genève. Lionel m’a gentiment prêté une polaire, Ana un coupe-vent lors de notre balade mais je ne peux pas squatter leur dressing tout le temps de mon séjour. Je demande donc à Sébastien si je peux me joindre un peu à lui afin de profiter un peu de la course en en faisant le suivi. Dans ma tête, à ce moment-là, je me vois lui demander vers 2 ou 3h du matin de me ramener chez moi pour dormir un peu. Je ne sais pas encore que nous n’allions plus nous quitter jusqu’à l’arrivée.

Ah ben c’est sur, il est grand temps d’étudier le parcours les garçons ! 😂

Départ à 23 h sur la petite place où l’on récupérait les dossards. Ils sont une centaine de participants, italiens, français, pas mal d’allemands, l’ambiance est ultra conviviale et bonne enfant. La musique surtout est topissime ! On se marre avec Seb en disant qu’on va plutôt le laisser de débrouiller comme un grand et foncer à Taomina faire la fête en boite 😊. Trois, deux, un ils sont partis ! Nous rejoignons la voiture qu’ils ont loué, une fiat 500 très mignonne mais absolument pas compatible au séjour longue durée. L’idée est d’aller rejoindre Alex sur le premier ravitaillement uniquement pour le soutien moral mais très vite il faut se rendre à l’évidence : l’assistanat improvisé peut se révéler légèrement compliqué. Comment avons-nous réussi à trouver ce foutu premier ravitaillement, sincèrement je ne le sais pas encore. A un moment j’ai bien cru que nous passerions la nuit à errer dans la forêt sicilienne, dévorés par les loups affamés ! Les premiers arrivent déjà avec comme nous le soupçonnions la première féminine qui n’est clairement pas venue ici pour acheter du terrain. Tout d’un coup surgit Alex qui est juste dans le top 5… Euh, tu vas te calmer mon garçon, parce qu’à ce rythme-là, ce n’est pas l’Etna qui va exploser, c’est toi ! Remplissage de flasques et le voilà reparti. On saute dans la fiat 500 et c’est parti pour le prochain ravito. On galère un peu moins pour le trouver (quoique !) et c’est parti pour l’attente.

Je vais connaissance avec les bénévoles, une troupe de petits jeunes absolument adorables, je bois un thé pour tenter de me réchauffer, en mode suricate, à surveiller l’arrivée du notre coureur. Seb a prévu de faire quelques kilomètres avec lui, je sais donc que je vais être seule pour rejoindre le prochain CP, et j’avoue que j’appréhende un peu. Alex arrive, toujours dans le top 10, ravitaillement exprès et ils filent tous les deux. Me voilà toute seule avec ma jolie voiture sans trop savoir où je dois aller. Bon déjà commençons par le commencement : ils sont où les feux ? La marche arrière ? Ok, go, c’est parti mon kiki ! Nous avons prévu de nous retrouver à une intersection que je pense avoir trouvé si j’en crois les balises, je m’installe et j’attends… J’attends… Mince alors… Qu’ils n’arrivent pas c’est une chose mais qu’aucun coureur n’arrive ça commence à être très étrange, le groupe de tête étant encore à ce moment-là dans un mouchoir de poche. J’ai dû les rater, ce n’est pas possible autrement. Je saute dans ma voiture, repars de plus belle vers le ravitaillement suivant qui est un refuge et qui est donc fléché alléluia ! Oh des gens sur le bord de la route ! Je leur demande s’ils ont vu mes coureurs, ils me disent qu’ils sont passés il y a 5 minutes. Mince alors… Je file vers le refuge sans demander mon reste, limite si je ne me gare pas au frein à main sur le parking ! Je file rejoindre le ravitaillement et j’attends… J’attends… et mon téléphone vibre dans ma poche. C’est Sébastien : « ben tu es où ? je t’attends ». Ah… c’est le problème lorsque tu ne parles pas la langue du pays où tu cours, c’est que tu n’arrives pas toujours à te faire comprendre. Je pense qu’ils ont compris que je parlais des premiers de la course qui justement arrivent pour se ravitailler. Sébastien est bon pour quelques kilomètres de plus je le crains !

Ils sont enfin là, tout a l’air d’aller le mieux du monde. Ravito exprès et c’est reparti ! Nous partons de notre côté nous installer au pied de l’Etna pour dormir un peu parce que nous le savons, Alex attaque seul la première grande difficulté du parcours et le ravito suivant n’est pas accessible en voiture. Il devra se débrouiller comme un grand. Nous retrouvons les accompagnateurs des premiers de la course qui eux aussi vont tenter de dormir un peu. Enfin dormir… Allez dormir dans une Fiat 500 vous ! Surtout que j’ai très froid maintenant. Ça se termine avec une tentative de couverture improvisée avec la serviette éponge destinée à Alex et un t-shirt de Seb. Si on dort une heure, c’est un grand maximum et déjà le soleil se lève. Ce lever de soleil mes amis… Une vraie merveille ! Surtout que le petit café a eu l’idée génial d’ouvrir pour nous en lançant une tournée de croissants au chocolat qui embaume le parking. Premier cappuccino de la journée, que du bonheur ! Si du côté des accompagnateurs tout va bien, du côté du coureur c’est une autre limonade… Alex débarque avec un visage fermé, il est officiellement dans le dur et c’est là qu’une équipe peut vraiment faire la différence. On passe en mode « il faut sauver le soldat Alex » en l’aidant à se changer presque entièrement, on nettoie un peu ses jambes noires et surtout les coupures qu’il s’est fait en tombant dans la roche volcanique. Toute personne sensible à la vue du sang doit le savoir, cette course n’est pas pour lui 😊 !

Cette vue-là avec le cappuccino qui va bien et le croissant au chocolat… On n’est pas bien là ?

Ma grande inquiétude vient du fait que je trouve qu’il ne mange pas beaucoup. Je lui prépare une assiette de riz noyée dans un bouillon salé. Pour moi qui commence quand même à bien connaître cette foutue discipline qu’est l’ultra, c’est un test : s’il arrive à manger sans difficulté, même si pour le moment il ressemble quand même bien à un mort vivant, ça devrait le faire. Non seulement il mange mais il reprend même un peu de bouillon. Ok, c’est bon, y a plus qu’à le remettre debout et le virer rapidement en dehors du ravito parce que bon c’est bien gentil mais il est quand même là pour courir, pas uniquement pour se faire masser ! Il est reparti, et là encore, nous savons que nous allons avoir un bon temps devant nous avant de le revoir au même endroit. Décision est prise de rentrer en ville, pour une petite douche et une petite sieste dans un truc qui s’appelle un lit ! Enfin pour moi, Seb hérite du canapé, ce qui n’a pas eu l’air de le déranger, vu la façon dont il s’est écroulé dessus. Le filet de bave que je vais retrouver sur mon oreiller me prouve que j’ai fait la même chose…

Réveil pour vérifier où est notre champion, on repart forcément beaucoup trop tôt mais comme on retrouve nos petits camarades de jeu, ça passe le temps agréablement. Il commence à faire super chaud, on s’installe donc à l’ombre pour regarder de façon intense le volcan, comme si notre volonté pouvait faire apparaître Alex spontanément. Tout d’un coup un gros nuage apparaît au sommet et ne semble pas du tout décidé à se calmer. Je ne sais pas encore, je l’apprendrais via une vidéo de mon guide du premier jour présent là-haut à ce moment-là mais le volcan vient de faire des siennes et une coulée de lave dévale l’autre versant. Nous on se contente avec Seb de voir ce nuage qui grossit et qui envahit l’horizon. Et la fatigue aidant, nous commençons clairement à divaguer… Bon on fait quoi si ça s’aggrave ? On court jusqu’à la Fiat 500 pour fuir à travers bois avec la lave qui nous poursuit ? On s’imagine finissant tous les deux fossilisés au musée de la ville, avec un cercueil pareil en Italie, on mériterait une salle entière rien que pour nous non ?

Enfin Alex arrive ! Nous arrêtons notre délire et nous filons nous occuper de lui. C’est la dernière fois, la prochaine sera pour l’accueillir sur la ligne d’arrivée. Il maintient plus ou moins son classement et semble carrément en forme pour quelqu’un qui vient de faire plus de 70km dont une bonne partie sur un volcan avec un sol terrible, je le découvrirais moi-même dimanche. Il prend le temps de se changer, ravitailler, et roulez jeunesse ! Notre rôle est fini, il est temps de manger ! Retour en ville, superbe salade Caprese pour fêter ça, sorbet citron parce que sacrebleu qu’est-ce qu’il fait chaud et retour sur la ligne d’arrivée où nous voyons les uns après les autres les compagnons de route d’Alex. L’ordre est respecté et c’est sans surprise que nous le voyons franchir l’arche en 9ème position chez les hommes sachant qu’il avait annoncé un top 10 (je précise parce qu’il y a deux femmes dans le top 10 au scratch, faudrait pas les oublier !). Mission remplie que ce soit pour le coureur et pour les accompagnateurs ! Douche, repos, remise des prix, pizza, dodo ! Il est temps de se reposer un peu, parce que dimanche, ok ce ne sont que 24km que je vais avoir à parcourir mais si je pouvais être un peu reposée, ce serait toujours ça de gagner !

Crédit photo ouverture : Cyril Cointre – Maxi Race – Etna Trail

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