Fun : Monte Rosa, le paradis quoi !

Je n’avais pas forcément prévu de parler de mes vacances mais j’ai vécu une expérience très différente de ce qui était prévue à la base et je voulais la partager avec vous. Mon Mont Rose presque comme si vous y étiez, c’est maintenant !

Flashback… Deux ans en arrière, je suis au sommet du Mont Blanc et je contemple le monde, les fesses dans la neige, en buvant un thé des montagnes sucré à mort. Dès le retour sur le plancher des vaches je sais que je veux retourner là-haut, quand, comment je ne le sais pas encore mais avec qui, ça je le sais déjà, ce sera avec Tony ! Je fais partie de celles et ceux qui considèrent qu’il existe des guides pour une très bonne raison : la montagne ne s’apprivoise pas comme ça, en une fraction de seconde, elle mérite respect et humilité. Je n’ai pas grandi près d’elle, mais j’ai grandi près de l’océan et si j’ai appris quelque chose auprès des marins que j’ai pu rencontrer dans ma vie, c’est que la nature gagne toujours à la fin.

Pour tous ceux qui traînent du côté de Chamonix je vous conseille vivement la Fruitière, le nouveau restaurant de la Folie Douce : terrasse avec vue unique, barbecue à gogo et dessert… les photos se passent de commentaire !

Lorsque j’ai demandé à Tony ce qu’il me recommandait comme nouveau projet, il m’a tout de suite parlé du Massif du Mont Rose et ce nom s’est rangé dans un coin de ma tête. Le temps d’économiser, de planifier, me voilà à Chamonix, prête à affronter la montagne. Enfin prête… C’est un bien grand mot et c’est en partie pour ça que j’ai fait le choix d’écrire cet article. Je ne suis pas au top, fatiguée physiquement et moralement pour maintes raisons qui ne regardent personne en dehors de mes proches et moi-même mais je suis bien consciente en allant louer mes chaussures de montagne que cela va s’avérer compliqué. J’évoque tout de suite le sujet lorsque Tony vient me rejoindre pour notre café pré expé à la Folie Douce où je réside et il se veut tout de suite rassurant : la particularité du Mont Rose c’est qu’il offre un tel terrain de jeu qu’on s’adaptera et qu’on trouvera de toute façon de quoi s’occuper un peu.

C’est là aussi que réside la force d’un guide qui connait parfaitement son métier : le plan B ! Ah tiens tant que j’y suis, je précise un truc : être seule est un choix volontaire de ma part. Certes cela ne permet pas de partager les frais mais aujourd’hui je préfère être seule dans la plupart de mes projets sportifs, c’est plus simple et si ça se passe mal, au moins il n’y a que moi à être impactée. Direction Greysonney la trinité à 1650m d’altitude en Italie donc, je ne gère rien, Tony s’occupe de tout ! La première étape va consister à rejoindre le refuge de Gnifetti à 3647m. Dès les premiers mètres en altitude, je comprends que cela va être plus compliqué que prévu… Mon esprit veut grimper, mes jambes et mon cardio veulent se reposer. On arrive gentiment mais surement au refuge où l’installation commence.

La mise en jambe, plutôt sympathique avec le cornu qui va bien pour nous accompagner quelques minutes, histoire de bien nous faire comprendre que nous sommes en montagne !

C’est tout une histoire de s’installer dans un refuge… Faut se déchausser, trouver des crocs à ta pointure ou tout du moins essayer, aller dire qu’on est bien arrivé puisque Tony a tout réservé, aller s’installer dans son dortoir, et surtout goûter avant d’aller se reposer. Le dîner est servi super tôt puisque pour la plupart nous serons dans la salle du petit déjeuner à 4h15 du matin. On papote avec les randonneurs, on fait connaissance de son voisin qui va dormir à 50 cm de toi alors que tu ne le connais même pas. Toujours penser à prendre masque de nuit et boules Quiès, le kit de survie indispensable si tu veux avoir une chance de dormir un peu. Dîner, dodo, la nuit se passe mal, il fallait s’en douter.

Ambiance refuge…

Tony vient vérifier que je suis bien réveillée, ce qui n’est pas compliqué puisque depuis des heures je tourne et je me retourne dans mon lit. Trop chaud, pas assez d’air, je ne sais pas mais dès que je pose le pied par terre je comprends que je ne vais pas bien. Je me force à petit déjeuner, mais je n’attendrais même pas les toilettes pour vomir le peu que mon estomac a accepté. Génial… la tête dans une enclume, je ne suis pas une montagnarde aguerrie mais je sais reconnaître un mal des montagnes quand j’en vois un. J’ai déjà subi ce mal en Bolivie mais le premier jour, alors que je pouvais rester au chaud tranquille à l’hôtel. Là c’est différent, je suis sensée partir à l’assaut d’une montagne alors que je n’ai qu’une envie, replonger dans mon lit… Ah non vomir aussi…

Le regard de Tony qui se demande si je vais venir ou pas, ou si je vais décider de me laisser mourir là !

Nous voilà partis quand même avec évidemment un dénivelé positif qui me donne juste le sentiment de gravir l’Everest. Sans parler du fait qu’il va falloir s’encorder, grimper, escalader à la force des bras et des jambes en s’aidant d’un piolet qu’il faut enfoncer de toutes ses forces. Grimper c’est une chose mais descendre va être encore pire. Je suis déjà une piètre descendeuse, je le sais mais alors quant tu as la tête dans un étaux, c’est encore pire. Le côté « face à la pente » me fait totalement paniquée et il faudra toute la patience de Tony et surtout son professionnalisme pour me permettre d’arriver enfin sur un terrain plus propice à la détente. Nous avons deux 4000 m à proximité mais là tout de suite maintenant, les gravir me semble totalement hors de portée. Nous décidons sagement d’aller nous poser au refuge qui nous attendait pour la nuit. J’ai besoin de manger, de dormir un peu et de trouver une solution pour faire passer mon mal de crâne.

La descente vers le refuge se passera relativement bien. Je suis à jeun mais j’ai réussi à boire du thé chaud, sans le rejeter, ce qui est plutôt bon signe et je commence en plus à avoir faim. Histoire de bien me rappeler que je suis en montagne, les derniers mètres se font à la verticale accrochée à une corde ! Enfin la terrasse, enfin un banc, je peux souffler, j’y suis arrivée. C’est le moment de tout enlever, baudrier, chaussures et chaussettes pour découvrir ce que je subodore depuis plusieurs heures : ce ne sont pas des ampoules que j’ai sur les talons mais de vrais steaks. Bon chaque chose en son temps, là je veux manger ! Les refuges italiens sont réputés pour leur cuisine et je vais être gâtée. Buffala, speak, c’est frais et vraiment délicieux. Malgré une carte des desserts affolante, je reste raisonnable, laissons à mon estomac le temps de se remettre un peu.

Une table de folie et des étagères bien rangées… le synonyme du paradis !

Je vais me coucher dans l’espoir que cela suffise à me soulager mais même si je dors plutôt bien, la migraine ne passe pas vraiment. Tony tente alors une autre méthode en me donnant un demi-cachet d’aspirine à prendre tout de suite, le reste avant le repas et miracle ça marche enfin ! Petit à petit l’étaux se libère, je commence à retrouver un semblant de forme. Le dîner s’avère un peu plus long qu’à l’accoutumée dans un refuge, il faut dire qu’il est complet. Nos voisins sont allemands mais l’un d’entre eux parlent français. Alors que Tony s’absente pour préparer nos affaires pour le lendemain, histoire de gagner du temps, il me demande s’il est bien mon guide. Je réponds par l’affirmative. « Ah nous on trouve ça trop cher un guide, on préfère s’en passer ». Ben oui prendre un guide ça a un coût c’est certain mais moi je ne suis pas une alpiniste, je reste une touriste et je préfère économiser plus longtemps pour me permettre d’aller en montagne en pleine sécurité plutôt que de prendre des risques inconsidérés. Je sens bien que la jeunesse ne comprend pas trop ma façon de voir les choses mais je ne suis pas leur mère 😊.

Réveil toujours à l’aube et petit déjeuner buffet super pratique. Je suis la reine de la biscotte ! Blague à part, je suis nettement mieux mais encore légèrement secouée. Je sais que c’est notre dernière journée tout là-haut au Paradis, et dans l’absolu je voudrais la vivre à fond mais je me sens encore super faible. Nous décidons de la jouer prudence et de voir au fur et à mesure de la matinée comment cela va se passer. Frontale allumée, nous repartons à l’assaut du Mont St Vincent et du Christ triomphant. Des petites lucioles partent un peu partout autour de nous, c’est en réalité assez fascinant à observer, ces hommes et ces femmes qui cheminent vers un même objectif, plus ou moins vite mais avec détermination. Je suis encordée à Tony, et pour la première fois, je ne vis pas ce lien comme une punition mais vraiment comme une sécurité, un lien vers la vie, la symbolique du cordon ombilical n’est pas loin, surtout que nous ne sommes que deux. Mais bon ça fait Psycho magazine à deux balles alors je vais en rester à des considérations sécuritaires !

Photo du sauvetage qui ne rend hélas rien du mon stress à ce moment précis…

Alors que nous avançons, mon regard se lève et j’aperçois deux alpinistes qui cheminent à notre gauche. Et là en une fraction de seconde ils ne sont plus qu’un… Tony comprend très vite ce qui se passe, l’un d’entre eux est tombé dans une crevasse et son compagnon n’arrive pas à l’en sortir. Opération « il faut sauver Raoul » lancée, nous nous rendons sur les lieux, je reste en arrière, je dois assurée Tony qui sera vite rejoint par un autre guide pour les aider dans l’opération de sauvetage. Je peux vous dire que comme réveil, ça secoue un peu… Il leur faudra facilement 30 minutes pour le sortir de là. Inutile de vous préciser que nos deux montagnards sont évidemment nos voisins de la veille au soir, les mêmes qui doutaient de l’utilité d’avoir un guide avec soi mais qui, ce jour-là, étaient bien contents de le trouver le mien payé trop cher à leur goût.

Nous repartons enfin et j’avoue que tout cela m’a bien secoué. Je ne veux pas prendre de risque inutile, et je vais me contenter ce matin de deux sommets : nous irons voir le Christ triomphant et le Mont St Vincent avec une vue à tomber à la renverse. J’ai choisi le plaisir avant tout et puis c’est tout. Nous redescendrons tranquillement au refuge pour ranger les crampons, boire un thé et filer prendre les télécabines qui nous ramèneront à la voiture. Je n’ai absolument aucun regret de n’avoir pu faire plus. Je savais qu’avec mon état de fatigue important, je prenais un risque. J’ai joué, j’ai perdu mais j’ai finalement réussi, grâce à la patience et au professionnalisme de mon guide à gérer ça au mieux, étant donné les circonstances.

Ce que je retiens de tout cela ? C’est que le Mont Rose est un lieu absolument incroyable et qui mériterait que j’y retourne l’année prochaine. Que je vais investir dans des chaussures de montagne et arrêter de les louer pour enfin avoir ma paire que je vais faire en les portant régulièrement. Que la montagne est incroyablement fascinante mais qu’elle mérite un respect infini et de l’appréhender en totale humilité. Que j’ai encore plus envie d’aller au Népal, pas pour faire des sommets mais juste pour avoir la chance d’admirer ces paysages qui me font tellement envie. Je ne suis et ne serai jamais une alpiniste, mais bien entourée, bien conseillée, je compte continuer à m’y amuser un peu.
Encore merci Tony pour tout et rendez-vous l’année prochaine !

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