Fun : Mon Mont Blanc en mode debrief

Le Mont Blanc… Nous sommes beaucoup à rêver pouvoir en faire le tour mais aussi à vouloir grimper là-haut pour si la vue en vaut vraiment la peine. Ce projet je l’avais en tête depuis plusieurs années mais finalement il a fallu attendre août 2017 pour me lancer dans l’aventure.

 

Vous n’aurez pas le droit à un traditionnel récit perso parce que justement c’est un projet perso et je tiens à ce que cela le reste mais cela ne m’empêche pas de vous faire un petit débrief complet pour celles et ceux que cela intéresserait. Pour commencer, que les choses soient claires entre nous, non je ne me suis pas décidée à grimper au dernier moment puisque je ne l’avais pas annoncé sur mon mur FB… Ce projet je le muris depuis plusieurs années. Cela commence par le choix d’un guide. Evidemment j’imagine qu’on peut trouver toutes les infos, toutes les traces strava du monde mais on parle du Mont Blanc là… et ça ne s’improvise pas saperlipopette ! Donc on prend un guide professionnel pour ça et comble de joie, il se trouve qu’à Chamonix il y a les meilleurs du monde alors pourquoi se priver je vous le demande… Et pour aller plus loin on prend Tony Sbalbi et pis c’est tout. Plus sérieusement, pour le trouver j’ai commencé par faire le tour de tous mes copains du coin, et quand tu entends très souvent le même nom, tu te dis que tu tiens le bon. Mais chacun sera différent dans ses attentes, donc n’hésitez pas à prendre votre temps pour ça. Vous lui confiez votre vie… Alors oui ça a un coût mais il se trouve que je trouve justement que la mienne aussi.

 

 

 

Le matériel : le guide prête piolet, casque, crampons. A toi de prévoir les vêtements et tous les accessoires ! Non tu ne montes pas là-haut pour la première fois en short et en baskets sauf si :
– Tu as grandi dans la montagne, tu grimpes depuis toujours, tu es le meilleur traileur du monde, tu es un des meilleurs en ski alpiniste de ta génération et tes initiales sont KJ…
– Tu n’as aucune famille, aucune personne pour te regretter, te pleurer…
– Tu es suicidaire mais dans ce cas il y a des méthodes beaucoup plus sures pour réussir ton coup et qui éviteront aux gentils PGHM d’avoir à te ramener éparpillé façon puzzle dans un sac mortuaire…
Bref tout ça pour dire que j’avais au final quatre couches pour l’ascension finale et que je n’ai pas regretté une seule couche ! J’avais en bas un collant gore running coupe-vent et un pantalon de ski Helly Hansen. Sur les pieds deux paires de chaussettes sur les conseils du guide et franchement il avait bien raison. Une première fine et une vraie paire de chaussettes de montagne Brubeck. En haut j’avais un t-shirt gore running hiver en première peau, un t-shirt en mérinos Kari Traa, une doudoune sans manche Patagonia et une veste de montagne Helly Hansen. Sur les mains une première paire North Face et une paire de moufles Quechua que j’ai mise à notre arrêt à l’abri Vallot. Forcément un bonnet sur ma tête (d’où l’absence de la diffusion de photos ayant une tête à tout sauf au bonnet), des lunettes Oakley sur mes yeux avec des verres spécifiques glacier (avec une paire de rechange dans le sac si casse) et j’avais oublié mon buff mais Tony mon guide m’en a gentiment prêté un. Alors oui je sais ça semble faire beaucoup mais je vous jure que lorsque le vent s’est levé sur l’arête des Bosses je n’ai pas regretté une seule couche ! Je ne vous mets aucune référence puisque ce sont tous des anciens produits qui viennent de mon dressing perso et qui ont déjà plusieurs années pour certains, le but est uniquement de vous donner une idée, pas de vous vendre des produits. Ah oui j’oubliais : un sac à dos (mon Osprey du Jungle Marathon pour me porter chance avec le dossard encore accroché dessus) évidemment pour tout ce bazar et les vêtements de rechange, ma frontale puisque départ à 3h30 du mat et un minimum pour la nuit au goûter. Et forcément des chaussures de montagne, des vraies pures et dures louées chez Snell Sport. Ah oui j’oubliais encore, oui j’avais de la crème solaire, pas pour faire plaisir au maire de St Gervais mais juste parce que je n’ai pas l’intention de finir comme Hugh Jackman et d’enchaîner les cancers de la peau comme Lindsay Lohan les cures de désintox…

 

 

Ambiance refuge… ça ne fait pas très ravito sur un trail non ?

 

Le parcours : nous (je dis « nous » puisque nous étions deux pour nous partager les services de Tony) avions opté pour l’option classique du Goûter. Certains appellent ça le mode touriste… je t’en foutrais du tourisme tiens. Le principe : départ de la télécabine des Houches jusqu’à Bellevue, puis petit train pour le Nid d’Aigle. Là départ à pied vers le refuge de Tête Rousse en tenue de trail. Il faut ensuite traverser le Grand Couloir du Goûter, appelé également Couloir de la mort… Tout un programme ! Il est connu pour ses chutes de cailloux mortelles… Et ce n’est pas une vue de l’esprit puisqu’il y a eu encore un mort le jour où nous sommes redescendus. C’est là aussi que j’ai découvert mon malheur… Ce n’est pas du trail engagé, c’est de l’escalade pure et dure. Et il faut garder ses gants si on ne veut pas s’abîmer les mains avec les câbles métalliques qui s’effilochent parfois. Franchement quand j’ai vu la difficulté de la montée, j’ai tout fait pour faire abstraction de la descente, tellement elle me terrifiait à l’avance. On arrive enfin au fameux refuge où l’on passe la nuit. Si tout s’est bien passé tu arrives dans l’après-midi ce qui te permet de te remettre de tes émotions (et de manger une omelette) et t’adapter à l’altitude. Je reviens sur le fonctionnement propre du refuge plus tard parce que là aussi il y a deux ou trois trucs à savoir ! Le départ au petit matin est en réalité fixé par celui qui gère le refuge puisqu’il décide à quelle heure on peut prendre le petit déjeuner. Bon tu peux y aller à jeun si ça t’amuse j’imagine mais franchement je pense que cela tient d’une idée assez stupide… Dans mon cas le petit déjeuner fut servi à 3h du mat, ce qui nous a permis de partir à 3h40. J’ai juste retenu l’horaire, je n’avais pas de chrono non plus ! Et c’est parti pour la dernière ascension. Je ne vais pas vous mentir, je suis sacrément contente de l’avoir fait en partie de nuit parce que si j’avais vu le bordel de jour, je ne sais pas si j’aurai eu la force d’y aller… Ce n’est pas technique au sens strict du terme si tu as ce qu’il faut aux pieds. Oui c’est blanc, oui il y a de la neige mais parfois la neige laisse place à de la glace et qui dit glace dit vol plané parfois pas très contrôlé. Donc c’est crampons tirelipimpon pour éviter les pimpons justement, et encordés parce que ça s’appelle la sécurité. Ah d’ailleurs pour parler deux secondes de ça, autant être quarante douze attachés à une corde comme je l’ai vu je trouve ça limite dangereux, autant 3 me semble le chiffre parfait. Et perso le fait de savoir qu’ils seraient deux et non mon guide seul pour me rattraper au cas de vol plané où m’a sacrément rassurée. Surtout qu’on a eu des bourrasques de vent bien glacées et bien déstabilisantes.

 

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Tu le sens là le froid ???

Bon revenons-en à la montée… Elle n’en finit pas, elle a duré 3h45 pour nous… et nous avons doublé des cordées ! Mais au fur et à mesure que le soleil se lève, que tu découvres les montagnes autour, que disparaissent les petits points lumineux dans le fond de la vallée, tu te laisses juste porter et tu oublies presque que tes poumons refusent de se remplir au maximum de leurs capacités. Le sommet… le fameux qui à entendre certains ressemblerait maintenant à la plage de Palavas les Flots le 15 août. Alors oui nous ne l’avons pas eu pour nous tous seuls mais nous étions une dizaine à tout casser et y a de la place pour tout le monde ! Tu prends tes petites photos, tu bois ton thé de la montagne préparé par le refuge que tu trimballes dans ton thermos, tu regrettes qu’il manque sérieusement de vodka pour fêter ça et tu profites de l’instant présent. Pour la blague mon portable n’a pas supporté le grand froid et m’a laissé juste prendre une photo avant de s’éteindre ! J’ai donc fait mon Sean Penn dans Mitty et profiter de la vue de façon super égoïste mais après tout c’était mon cadeau d’anniversaire à moi et pis c’est tout…

 

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Mon unique photo là haut !

Allez zou, c’est pas tout ça mais on n’est pas là pour acheter du terrain et il faut rentrer. Et là ça se complique… Comme le disait si bien Tony, le Mont Blanc commence maintenant dans la descente et je confirme. Déjà il faut croiser des cordées qui arrivent et par moment, faut pas avoir le vertige, surtout que là le jour est là et que le danger tu le vois bien. Je ne vous dis pas la descente du goûter… Franchement nerveusement j’y ai laissé des plumes. Nous avons traversé le couloir en silence pour entendre le moindre bruit de la montagne qui pourrait nous alerter qu’un danger imminent de chutes de pierres pouvait nous tomber dessus. Je ne risquais pas d’avoir le cardio en mode affolé, mon cœur ne battait même plus ! Pour vous donner un ordre d’idée, nous avons réussi à prendre le train de 13h40 au nid d’aigle, pour ma part un peu sonnée de ce que je venais de faire. Et très sincèrement, je n’ai toujours pas réalisé que je l’ai fait !

 

cof

 

On est partout !

La préparation : alors pour être parfaitement honnête et claire, je n’étais pas prête… Oui j’ai réussi à aller au bout parce que je pense avec le recul que ma pratique de l’ultra à la con m’a quand même construit un mental qui fait que je m’accroche. Autre bonne surprise, je n’ai pas eu spécialement le mal de la montagne, juste un peu mal à la tête en arrivant au goûter qui est passé avec un simple nurofen. Forcément ça aide… Je le savais puisque je suis déjà montée plusieurs fois à 4000 pour des courses. J’avais déjà randonné un peu avec des crampons mais je me suis quand même vautrée deux ou trois fois sans gravité. Si je devais le refaire, je pense que je m’axerais ma prépa autour de km verticaux parce que finalement ce n’est que ça cette grimpette avec à chaque fois la descente sinon ce n’est pas drôle. Je l’ai fait en marchant donc oui on peut enchaîner les km en courant mais franchement il faut mieux se consacrer uniquement à la technique à mon humble avis et à la rando de montagne pure et dure. Je prendrais aussi le temps de faire de l’escalade pour apprendre à grimper de façon efficace, ce qui m’a clairement manqué et surtout à descendre, avec un gros travail de renfo histoire d’être là aussi plus efficace. Non, ce n’est pas du trail contrairement à ce que beaucoup semblent penser.

 

 

Sinon le Mont Blanc tu peux aussi le faire comme ça… 

 

Le refuge du goûter : deux ou trois petites choses à penser… non il n’y a pas de douche donc pas la peine de trimbaler votre serviette et votre savon… Cela vous évitera un grand moment de gène devant le fou rire de la fille de l’accueil ! Non il n’y a pas d’eau au robinet (enfin nous il n’y en avait plus depuis plusieurs jours apparemment), donc les filles vous oubliez les cups ou vous vous ruinez en eau en bouteille et vous aurez le bonheur de rincer tout ça devant les garçons qui font pipi juste à côté de vous, les toilettes sont mixste. Je me suis lavée les dents à la cristalline, au prix de l’eau là-haut je me suis prise pour Maria Carey… Pensez à prendre un sac de couchage en soie pour ne pas dormir directement dans les draps qui ne sont pas lavés à chaque fois. Question téléphonie mobile : orange ça passe, SFR boff, Bouygues boff ! Je confirme pour ce dernier, j’ai réussi à envoyer un sms le bras tendu dans le vide… On réserve sa place, on ne part pas du principe qu’il y en aura forcément un peu… Sinon on se retrouve comme un con à dormir sur un banc dans la pièce au matos dans une couverture qui gratte. Si on a des exigences question bouffe, tout est résumé ici !
Sincèrement le dortoir est nettement plus confortable que je l’espérais et en plus, comble de bonheur nous avons eu la chance inouïe de ne pas avoir de ronfleurs ! Non ce n’est pas parce que j’ai dormi trop profondément et que je ne les ai pas entendus, je n’ai réussi à fermer l’œil qu’une petite heure où j’ai rêvé thalassothérapie… A mon avis, un message subliminal de mon corps qui siffle l’arrêt de jeu !

 

Voilà tout ce que j’avais à dire sur cette incroyable expérience qui ne fait pas du tout de moi une alpiniste et qui m’a convaincu que 4800m ça suffirait bien à mon bonheur !