Run : Verbier 2018, dans mon cœur à jamais…

Alors que je répète à tort et à travers que je n’aime pas refaire les courses plusieurs fois, cela fait 4 fois que je me retrouve début juillet à Verbier… Franchement il faudrait que je trouve un psy de toute urgence pour qu’il m’aide à analyser cette addiction totalement assumée !

 

Mon histoire avec cette course a commencé il y a quelques années grâce à une invitation de leur partenaire de l’époque. Je m’étais engagée sur la Traversée qui fut épique pour pleins de raisons et qui était restée un excellent souvenir pour moi, une vraie découverte d’un lieu, d’une course, d’une équipe et de nouveaux copains 😊. Après cet excellent souvenir, je me suis forcément dit que quitte à revenir, autant y aller pour faire le grand format. Ben tiens… la bonne idée que voilà ! Deux fois je me suis cognée à la X Alpine… La première fois, j’avoue, je n’aurais jamais dû prendre le départ. Au printemps on m’avait diagnostiqué un souci de thyroïde, un grand classique de l’ultra traileuse et j’ai voulu aller plus vite que la musique. Evidemment mon corps s’est vengé et j’ai bien cru y rester, avec un cœur en mode paniqué. L’année suivante, je reviens mais là le parcours a changé… Devenu plus alpin, je dois me résoudre à reconnaître que je n’ai pas le niveau pour affronter un monstre pareil. Alors forcément reste ce petit goût d’inachevé… Rester sur un échec me turlupinait et comme on annonçait un nouveau parcours sur la Traversée pour fêter dignement le 10ème anniversaire, j’avais mon excuse toute trouvée. J’étais bien décidée à rentrer enfin à Verbier sur mes deux pieds 😊


Non seulement le parcours change mais la distance est rallongée, 13 km de plus, une boucle qui s’annonce superbe, que demandez de plus je vous le demande ! Je suis en forme, je tiens mes séances d’entraînement, je suis parfaitement reposée, franchement sur le papier, tout est parfait. Seulement avec moi, il n’y a jamais le moyen que ça se passe comme je le voudrais… Jeudi matin je prends mon train (enfin mes 4 trains…) pour rejoindre la charmante petite station suisse. En sortant de ma douche, je glisse, et je m’étale de tout mon long sur la structure métallique de la porte et sur la petite marche en ciment. Mon dos déjà fragile amortit le choc… et je me retrouve totalement sonnée allongée par terre. Je vis ce moment que j’ai déjà connu lors de mon dernier accident de moto, celui qui m’a fait raccrocher mon casque définitivement, ce moment où pendant deux secondes tu te dis « punaise est-ce que je sens mes jambes ? ». Je connais trop les stats des accidents domestiques pour ne pas paniquer deux secondes. Ok, tout semble marcher, mais la douleur est juste atroce. Non seulement j’ai bien bloqué mes lombaires mais le coup porté sur le haut de la colonne m’a littéralement coupé le souffle. Génial… Je m’habille, file à la gare en marchant comme un robot, en me demandant si je ne fais pas une grosse bêtise mais je ne me vois pas renoncer maintenant.
Premier train pour Lyon Part Dieu, nous sommes peu à bord et j’ai la chance de pouvoir prendre mes aises. Tout se passe bien jusqu’à ce qu’on arrive en banlieue lyonnaise où là, j’entends le contrôleur nous annoncer « en raison d’un accident de personne, notre train ne s’arrêtera pas à Lyon Part Dieu, il continue jusqu’à Perrache son terminus ». Mais bien sur… Avant toute chose, je veux dire qu’à aucun moment j’accuse la SNCF de quoique ce soit. Je me mets à la place de ceux qui sont en train de nettoyer les voies, parce qu’on parle bien de ça. Je n’ose imaginer ce que ces hommes vivent à chaque fois que ce genre de drame arrive. Alors oui c’est pénible, oui ça engendre des retards, mais n’oublions pas qu’il y a derrière tout ça une personne suffisamment désespérée pour n’avoir trouvé que cette solution pour mettre fin à sa douleur. J’arrive à Perrache qui est tout mais alors tout sauf une gare capable d’absorber plusieurs TGV supplémentaires… Le personnel fait ce qu’il peut pour gérer le détournement de plusieurs trains sur leurs quais et après deux heures, nous embarquons enfin pour rejoindre Genève. Comble de l’ironie, un jeune homme est en charge de la distribution de questionnaires de satisfaction… Sympa le petit boulot d’été dans ces conditions. Un homme au verbe haut l’interpelle et immédiatement je prends sa défense. Inutile de vous préciser que le voyage vers Genève sera agité mais je ne me démonte pas, parce que bon c’est bien gentil de cracher toujours sur notre pays mais pour avoir voyagé un peu partout dans le monde, j’en connais aussi les qualités, sans parler que là, au moment où l’on se parlait, on annonçait peut-être à une mère, un père que son enfant était décédé… Nous voilà enfin en Suisse et mon adversaire se transforme pour s’excuser de son « agressivité ». Il m’accompagne même jusqu’à mon train puisque nous prenons le même. Et pour le coup heureusement qu’il est là parce que la CFF est joueuse… Elle n’affiche pas tous les arrêts que le train va faire, il faut se baser sur ton numéro et l’horaire et faire confiance 😊 Sincèrement jusqu’au passage du contrôleur qui me confirme que oui, pas d’inquiétude ce train va bien à Martigny même si ce n’est indiqué nulle part, j’étais bien stressée ! J’enchaine avec mon petit train pour le Chable et enfin je suis arrivée à destination. Je suis épuisée par le stress de la journée et je rêve juste d’un bon dîner et de mon lit.

 

Des pâtes, une gaufre à la Galerie du Chocolat… Bon le sac je l’ai juste pris en photo hein ?

J’ai la chance de dormir au Central qui comme son nom l’indique si bien est central ! Et je retrouve un de mes restaurants favoris « chez Martin » pour une pasta party des plus réconfortantes. Je me suis offert une assiette de pennes avec une sauce lait de coco curry crevettes, une vraie tuerie… C’est bien simple, j’ai saucé 😊. Je m’écroule dans mon lit bien décidée à récupérer de cette journée bien éprouvante nerveusement. Mon dos ne me laisse toujours aucun repos mais je trouve une position confortable avec moults oreillers et coussins. Réveil toujours dans la douleur mais heureuse d’avoir choisi d’arriver 24h avant le départ pour profiter pleinement de ce jour de repos. Surtout que j’ai un cours de yoga programmé le matin même chez Wholeycow, Le studio de la station. Je ne le sais pas encore mais ce cours que l’Office du Tourisme avait eu la gentillesse de me proposer est en réalité un cours individuel qui va sauver ma course. J’explique à Jo, ma coach du jour, le problème, ma chute, mon dos bloqué et que là franchement si on pouvait trouver une solution, ce serait génial. Elle va passer plus d’une heure après un état des lieux à me faire faire des étirements, des postures absolument pas instagrammables, à me masser soit avec ses mains, soit avec l’aide d’un rouleau. J’ai mal mais au fur et à mesure, je sens mon dos lâcher prise. Je sors de la séance lessivée mais rassurée, je pars avec un handicap de moins, c’est certain. Ce qui est complètement dingue c’est qu’au moment où j’écris ces lignes, mon dos est toujours en mode repos, pas parfait évidemment, je suis allée en Suisse, pas à Lourdes mais ça fait un bien fou pour moi qui ne connais que la souffrance depuis tellement d’années. Merci Jo !!! Elle m’a conseillé de rester au calme le plus possible l’après-midi et je respecte scrupuleusement les consignes. Tellement bien que même pour mon déjeuner, je choisis le seul plat vegan et gluten free proposé par Le Millenium, le restaurant à viande de Verbier ! Je me marre toute seule en dégustant mon tofu mais franchement je me régale. Je file m’allonger et je passe l’après-midi en mode romaine allongée dans mon lit à bouquiner. Je ne bouge que pour aller chercher mon dossard en prenant les télécabines pour redescendre au Chable et pour m’occuper de mes dernières courses ravito, à savoir mes traditionnelles barres Ovomaltine quand je suis en Suisse que je complète avec des m&m’s en prévision de la Chaux et des noix diverses et variées, sans oublier les traditionnelles compotes.

 

Mon sac est prêt, je suis parée, je n’ai plus qu’à aller dîner à la Pergola pour mon risotto préféré. Je suis seule à ma table en train de regarder un documentaire que l’on m’a conseillé sur Netflix, Meru qui parle de haute montagne. Mon voisin est seul lui aussi, il porte le même bracelet pigeon voyageur que moi, je finis par faire connaissance. Nous papotons joyeusement de nos courses passées, de nos envies futures et il finit par me dire « il y en a une qui me fait rêver depuis que j’ai lu un article, elle s’appelle l’Ultra Fiord… Mais attendez, je crois que je vous connais en fait ! » 😊 Inutile de vous dire qu’on n’a pas vu la soirée passer et que seuls les cris des belges attablées devant l’écran au fond de la salle nous a perturbé. Je m’endors finalement plutôt facilement, j’ai une navette prévue à 6h15 et je n’ai pas l’intention de me lever avant 5h45, histoire de profiter au maximum de mon lit. La nuit n’est pas parfaite forcément mais j’ai connu pire. A une heure du matin, j’émerge, ça fait du bruit dehors… Oh ça va les belges on a compris que vous aviez gagné… Ah non mince, c’est le départ de la X Alpine, je les avais oubliés !
Douche, crémage des pieds, lavage des dents, je file rejoindre mes petits camarades de la journée et forcément je tombe sur Arthur et Thierry, mes nains de la 180. N’y voyez là rien de péjoratif mais pour ceux et celles qui n’auraient pas suivi, la 180 c’est l’aller-retour de la Saintélyon, que j’ai été la première fille à boucler en compagnie de 7 camarades, il neigeait à gros flocons cette année-là, inutile de vous dire qu’il n’a fallu deux secondes pour que tout le monde hérite d’un surnom ! Nous arrivons à la Fouly bien en avance et on se marre en se disant que finalement c’est quand même vachement plus simple de venir là en bus plutôt qu’en se cognant à Catogne et en grimpant à la Cabane d’Orny… Nous sommes tous des victimes consentantes de la X Alpine et la Fouly fut notre lieu d’abandon favori. L’ambiance est festive, l’organisation a prévu un lâcher de ballons (biodégradables, ne vous énervez pas !) pour le départ, et allez savoir pourquoi nous parlons frontales. Arthur soutient qu’il en faut deux et un autre lyonnais qui vient de nous rejoindre, soutient qu’il n’en faut qu’une, tout comme moi d’ailleurs. Eh mince… Trop tard pour commencer à discuter, la charmante épouse du dit lyonnais me dit qu’elle en a plusieurs dans sa voiture et qu’elle peut sans souci m’en prêter une. Il n’y a pas eu de contrôle des sacs la veille pour le retrait des dossards, juste une décharge à signer que j’ai signé machinalement. Où ai-je vu ce règlement ? Franchement je ne sais pas… mais tout est réglé, je pars bien équipée avec ma nao, un chargeur supplémentaire et une frontale de secours. Je suis parée !

 

Je trouve le moyen de perdre les copains dans le sas de départ. Nous n’avions pas spécialement prévu de courir ensemble mais ça m’aurait fait plaisir de vivre ce moment avec eux. Et c’est parti ! J’ai en tête les barrières horaires qui me semblent vraiment larges, contrairement à celles de la X Alpine qui ne pardonnent rien mais ce n’est pas une raison pour me balader. La partie vers le Grand St Bernard est toujours aussi belle et chose à laquelle je ne suis plus habituée ces derniers temps, je ne vis pas les traditionnels bouchons. A peine 30 secondes d’attente pour une petite difficulté, franchement on ne va pas se plaindre ! J’en prends plein les yeux et plein les poumons aussi… J’ai le souffle court, un cardio en mode affolé, ok, on va juste se calmer et éviter de paniquer, la route est longue jusqu’à Verbier. Saint Bernard est là et j’en profite pour ravitailler en vitesse. La première barrière horaire est fixée à 22h30, ce qui en soit est à la fois rassurant et paniquant. On a toute la journée pour l’atteindre mais finalement je réalise que je n’ai pas de repaire et que si j’avais été un peu plus maline j’aurais dû imprimer le tableau réalisé par l’organisation. Ah ben tiens lui il l’a fait… et plastifié bien comme il faut… Ce n’est pas comme si j’avais une imprimante et une plastifieuse moi aussi. Bref, j’avance, je sais que la partie vers Bourg Saint Pierre est roulante et je profite pleinement du moment. Jusqu’à ce que j’entende du bruit, comme une radio qui ne diffuse pas de la musique mais bien la voix d’un homme qui parle anglais. Je comprends vite que le mec qui est devant moi écoute au grand air une conférence sur les marchés financiers ! Sérieux quoi ??? On est sur une course, pas dans une salle des marchés ! J’accélère, je le double et je vais veiller autant que possible à ne pas rester à proximité de ce crétin.
Cela me permet de rattraper un couple que j’observe au loin. Madame est en train de donner un cours de botanique à Monsieur qui semble tout sauf réceptif à l’information donnée. Je me marre et très vite nous faisons connaissance. Ils viennent d’Alsace et sont là pour préparer leur grand défi de l’année, la Diagonale des Fous. Nous allons rejoindre Bourg Saint Pierre ensemble, pause qui sera la bienvenue. Il fait chaud mais ça on le savait avant de partir, et même si un petit vent frais aide à supporter, les corps commencent à souffrir.

 

Mon dernier repas… Mais à ce moment-là, je ne le sais pas !

Je décide de faire étape pour manger un peu et me poser. Je m’offre une assiette de pâtes qui se révèlent al dente… Sérieux mais comment ils font ça ? Je finis avec quelques morceaux de pastèques. Je recharge mes flasques, un pipi dans de vrais wc et je repars. J’ai perdu mes vosgiens mais je ne le sais pas encore, je vais gagner un Sébastien, vous savez l’homme à temps de passage plastifiés ? Et surtout je ne le sais pas encore mais c’est le dernier repas que je prendrais de toute la course…

(pour info Madame ne finira pas et Monsieur finira pratiquement dans les mêmes temps que moi)

Des fois qu’on aurait encore un doute… on est bien en Suisse ! 

 

Les vues…

C’est bon Bernard, j’ai compris, Bourg St Pierre, c’est tout droit !

Direction la Cabane Mille, je sais que cela ne va faire que grimper, j’y suis préparée et j’ai donc un nouveau compagnon de route qui ne sait pas encore dans quoi il vient de s’embarquer. C’est sa première à Verbier et même si c’est loin d’être un lapin de trois semaines, il appréhende la distance et la difficulté annoncée de la nouvelle partie. Sincèrement le trajet se passe plutôt bien, nous alternons course et marche dès que le terrain le permet, et la Cabane est enfin là, perchée sur son promontoire. Barrière horaire ou pas, nous avons décidé d’un commun accord de nous poser un peu pour ravitailler. Il fait beau, nous sommes en terrasse, j’avale mon bouillon pates sans difficulté et nous repartons vers Brunet où la première barrière horaire est annoncée. Sur le papier aucun souci nous sommes largement dans les temps, je ne vois pas comment nous pourrions la rater. Nous avons commencé à faire des plans sur la comète, du genre « à ce rythme on est rentré à Verbier pour minuit ». Je plaisante en disant que si nous accélérons un peu nous pourrions être pile poil à la fermeture de la Galerie du Chocolat qui comme son nom ne l’indique pas forcément propose le soir des cocktails en terrasse… Je le sens bien ce petit Mojito… sauf que le mojito va vite être remplacé par vomito… Nous n’avons pas quitté le ravitaillement depuis cinq minutes que je ressens des nausées violentes qui se terminent comme vous l’avez deviné. Ah non, ça ne va pas recommencer comme à l’UTMB ! Bon, je sais déjà que ce n’est pas la même chose, les vomissements d’une intox alimentaires sont totalement différents mais ça commence à me stresser. Nous repartons et pour le moment, j’arrive finalement à remanger un peu pendant notre balade, même si ma barre passe vraiment avec difficulté. Je me rassure intérieurement en me disant que c’est peut-être parce que j’ai mangé trop vite ou que l’on est reparti trop vite. Enfin bref je fais encore l’autruche !

 

 

Je suis surtout super gênée vis-à-vis de Sébastien qui ne semble pas décider à me laisser seule avec ma galère et c’est tous les deux que nous arrivons à Brunet, très largement avant la barrière horaire. On nous annonce une partie un peu compliquée, là encore nous prenons notre temps pour manger, là encore je vais vomir… Ok, ça devient problématique cette histoire. Nous avons le col Avouillons à 2649m à passer pour redescendre et réattaquer la Panossière où nous pourrons de nouveau nous poser. A défaut de manger, je bois, enfin j’essaye de boire. Pour vous donner une idée, je ne vais jamais toucher à la deuxième flasque de toute la balade. Je profite de tous les ruisseaux pour me rafraîchir, bordel ce n’est pas possible quand même, mon dos est presque en mode repos et c’est mon estomac qui fait n’importe quoi. Heureusement que les paysages sont à tomber et me font oublier mes idées noires. Il faut dire qu’en plus Sébastien est un parfait compagnon de route qui sait papoter quand il le faut et ne pas parler quand il le faut aussi 😊. Comble de l’ironie nous avons découverts que nous résidions dans le même hôtel qui doit avoir 10 chambres à tout casser ! Plus de 800 coureurs au départ et nous nous sommes rencontrés, hasard ou coïncidence comme dirait ce cher Claude Lelouch, je ne sais pas mais on y a vu un signe tous les deux. La montée vers la Panossière se mérite mais mérite vraiment d’y aller. Enfin si on oublie la passerelle… Sérieux quoi, vous avez pensé aux gens qui ont le vertige ! On nous a prévenu qu’il ne fallait pas la passer en courant, je vous rassure tout de suite, jamais ça ne me serait venu à l’esprit ! Elle bouge tellement que rien qu’en marchant, on doit s’accrocher à la rembarde. J’ai pris une petite vidéo pour la partager mais après visionnage, mes cris ridicules de chouette effrayée m’ont fait la mettre à la poubelle immédiatement.

 

J’arrive de l’autre côté, le cardio claque dans mes oreilles, et je me demande toujours pourquoi je m’impose des trucs pareils. Pas le temps de réfléchir, il faut continuer à avancer parce que le sommet est encore loin. Le lieu est fascinant, très différent de ce qu’on a eu à admirer pour l’instant. C’est minéral à souhait, un glacier pour rafraîchir l’ensemble. Les sommets émergent à peine des nuages et pendant quelques minutes on croit voir le Mont Blanc… L’altitude forcément, c’est le Grand Combin qui veille sur nous. La montée au refuge n’en finit pas, je puise de plus en plus dans mes réserves pour avancer. Nous sommes toujours larges et avons l’intention de nous poser un peu avant de nous lancer vers Lourtier où nous attend la dernière vraie barrière horaire et surtout le dernier ravitaillement avant la Chaux, surnommée à juste titre « le Mur ».

 

La nuit est en train de tomber, le froid aussi. Nous nous mettons à l’abri à l’intérieur le temps de manger un bouillon avec des pates. Je m’allonge sous des couvertures à côté du poêle éteint, en espérant secrètement que le fait d’avoir mangé doucement jouera en ma faveur. Nous repartons équipés en mode nuit, veste et frontale. Je fais 50m, je vomis… Ok, c’est bon j’ai compris, c’est à jeun que je vais devoir finir ce truc, enfin tenter… J’arrive à peine à boire, une ou deux gorgées d’eau fraiche prise dans les rivières sont les seuls trucs que j’arrive à garder (et encore pas toujours) mais c’est largement insuffisant vu l’effort fourni. La descente vers Lourtier n’en finit pas. Mon gps est en mode totalement crazy, il m’a rajouté je ne sais combien de km. Les lumières que nous apercevons au loin nous font croire à tort que nous sommes arrivés. L’épuisant commence à nous guetter et j’avoue, je commence à douter sur ma capacité à finir. Nous tombons sur une route où nous retrouvons Fabrice, un coureur que nous avons croisé à plusieurs reprises. Il est en mode panique parce qu’il ne comprend pas pourquoi nous ne sommes pas arrivés au ravitaillement. Il a peur d’être perdu mais aucun doute, les points verts sont bien là, le balisage aussi. C’est juste que nous avions tous un peu zappé cette partie bitume. C’est marrant parce qu’après avoir pesté sur les pierriers et les racines rêvant d’un peu de route, maintenant que nous l’avons, nous râlons encore ! Jamais contents les traileurs 😊

 

Enfin le ravitaillement est là. A la base nous avions projeté de nous y arrêter et de profiter du risotto amoureusement préparé par les bénévoles pour nous requinquer avant d’attaquer la dernière ligne droite. Si Sébastien est en mode ravito, je suis toujours en mode vomito. Le seul truc qui me fait envie, ce sont les pommes fraîches à souhait. Certes ce n’est pas nourrissant mais c’est toujours ça de pris. Fabrice décide d’abandonner ici et va se coucher. Un coureur est en mode affolé parce que sa frontale l’a lâché. Je lui propose mon chargeur mais finalement un autre coureur lui propose sa frontale de secours. L’ambiance est vraiment spéciale, tout le monde sait ce qu’il attend et c’est assez troublant. Nous sommes pourtant tout proche de l’arrivée, il ne reste qu’une montée et une descente de 7km et la ligne est là. Mais ce qui nous attend semble terroriser tout le monde et un silence assez particulier règne. Nous repartons, je fais 200m, j’y crois… et je vomis de la compote… Ok maintenant il faut se décider à agir en conséquence. Je vire sans ménagement Sébastien qui m’a assez soutenu comme ça. Il est en forme, il n’a pas à me traîner sur toute la Chaux qui, je le sais, va être une longue agonie. Mon propre mari ne m’a jamais vu vomir comme ça en 22 ans de vie commune, même ado ou jeune adulte, je n’ai jamais pris de cuite au point d’avoir une copine qui me tenait les cheveux au-dessus de la cuvette… Quand je suis en souffrance, je veux être seule. Je négocie avec lui, je sous-entends que je vais redescendre au ravitaillement consulter un médecin mais j’attends juste qu’il soit éloigné pour repartir. Combien de temps ai-je mis à monter ? Franchement je n’en ai aucune idée… Je me suis assise sur un certain nombre de cailloux, dormi sur d’autres pendant quelques minutes, le temps qu’une frontale me réveille. Je tiens à remercier ici publiquement les coureurs qui se sont arrêtés pour prendre de mes nouvelles, pour m’encourager, pour me proposer de quoi me soulager. Je ne sais pas si l’Esprit Trail existe mais dans cette montée infernale, aucun doute, il fut au rendez-vous.
Alors que l’on sort de la forêt, alors que l’on aperçoit enfin au loin les lumières du dernier ravitaillement, je prie intérieurement pour enfin trouver une rivière. J’ai tenté l’eau gazeuse dans mes flasques pour tenter de me réhydrater plus efficacement mais elle ne passe pas du tout. Il me faut de l’eau plate absolument, fraîche de préférence. J’entends au loin le bruit, je sais qu’elle est là, mais où ? J’ai vraiment l’impression d’être en plein désert comme Tintin cherchant au loin l’oasis salvatrice. Enfin je l’aperçois, je trace à travers champs et je bois… et je vomis. Ok, ça n’en finira donc jamais. Je décide de repartir en me contentant d’une toute petite gorgée, qui me rafraîchit à défaut de me désaltérer. Je donnerais mon sac, ma garmin, je donnerais tout ce que j’ai sur moi pour une brosse à dent et du dentifrice, rien que pour ne plus sentir ce goût immonde dans la gorge. Enfin le ravitaillement ! Les bénévoles présents se pressent pour me demander ce que je veux manger, boire, je leur dis que je ne peux rien avaler depuis je ne sais plus combien de kilomètres. La « médicale » accourt, elle a entendu parler de moi, je crois qu’elle est à la fois rassurée de me voir arrivée et inquiète de voir que j’ai bien l’intention de repartir pour finir. Ils me bichonnent, tentent de me faire boire un bouillon… Je découvre que je suis encore capable de piquer un sprint pour aller aux toilettes… On me propose un sac comme dans les avions… On me propose de dormir mais je ne veux pas me poser là, si proche de l’arrivée. Je sais que je veux juste attendre que le jour se lève pour ne prendre aucun risque dans la dernière descente, ce qui semble rassurer tout le monde.
Le jour est enfin là, je me relève et je repars vers Verbier que je vais enfin rejoindre sur mes deux pieds. Je regarde ma montre qui certes affiche un chiffre délirant mais qui va être ma boussole pour la dernière descente. Mes pieds me faisant aussi bien souffrir (j’ai oublié de vous en parler mais à ce moment-là c’était le cadet de mes soucis !), j’ai l’impression de marcher sur des charbons ardents mais au moins je ne risque pas de m’endormir. Mon poignet vibre… 1km… 2km… 3km… 4km… plus de la moitié est faite, Verbier est là à mes pieds, je me mets à pleurer. Oh pas à chaudes larmes, juste un sanglot qui s’arrête tout de suite. Le jour est vraiment là maintenant, la montagne est belle sous les couleurs du soleil qui pointe à l’horizon, je tente de profiter de l’instant présent. Je tente de trottiner mais trop vite, je suis assoiffée. Au point où j’en suis de toute façon… Je suis largement avant la barrière horaire et plus à deux minutes de toute façon. A un kilomètre de l’arrivée, je suis dans Verbier et là les nerfs lâchent complètement. Une jeune femme qui monte surement à la rencontre d’un ou d’une participante me réconforte, me dit que c’est bon, que je l’ai fait, que la ligne est juste là. D’ailleurs c’est vrai, elle est juste là cette foutue ligne dans Verbier qui dort encore. Voilà c’est enfin terminé. Je peux aller récupérer mon t-shirt, faire ma photo finisher, saluer Arthur et Thierry tous propres qui ont fini dans la nuit. Je rentre à mon hôtel, j’envoie juste un petit message chez moi pour rassurer. Même pas le courage de me doucher, je jette mes vêtements dans un coin et m’écroule sur mon lit. Je ne sais pas si je peux être fière de moi, mais je sais une chose, il était hors de question que j’abandonne cette fois. Verbier, je suis venue, j’ai souffert peut-être mais j’ai vaincu ! 😊

Epilogue : avec le recul j’ai essayé de savoir ce qui s’était passé. Je cours dans le désert depuis plusieurs années et je ne m’étais jamais déshydratée de la sorte. Je pense avoir trouvé un début d’explication dans le fait que pour des raisons de santé, j’ai choisi de largement limité le sel dans mon alimentation quotidienne quelques jours avant le début de la course et je suis restée trop longtemps sur du sucré pendant la course, écoutant mes envies et non mes besoins. Le vent frais ne m’a pas assez alerté sur la chaleur ambiante. Je m’hydratais comme d’habitude mais j’aurais dû surement prendre du salé dès le premier ravitaillement. Si j’ai fait le choix de m’accrocher, c’est avant tout parce que je connais mon organisme, mes ultras à la noix me font faire des distances très longues sous-alimentées. Ce n’est pas raisonnable, cela va de soi mais j’ai déjà vécu ce type d’expérience. Et surtout j’ai surveillé mes reins qui ont continué à fonctionner correctement. Il est évident que si j’avais aperçu la moindre trace de sang dans mes urines je mettais le cligno dans la seconde. Je suis têtue certes mais pas stupide et inconsciente non plus.
J’ai évidemment retrouvé Sébastien dimanche matin, désolé de m’avoir laissé et rassuré de me savoir arrivée en vie et finalement pas aussi tard que ça après lui. Son épouse l’attendait et je ne voulais pas lui rajouter du stress en le voyant prendre autant de temps pour faire les derniers kilomètres. Si jamais tu passes par-là, sache que je te remercie vraiment pour ta patience dans ces moments difficiles, tu as été parfait et je ne sais pas si je me serais accrochée comme ça sans ta présence rassurante à mes côtés. J’ai mené la première partie, toi la deuxième, nous sommes quittes et je te dois toujours un mojito 😊

edf

Vous ne le saviez peut-être pas mais la région est très connue pour ses abricots et ses tartes délicieuses 🙂 

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