Run : Jérusalem, le marathon émotion

Courir à Jérusalem n’est pas un choix anodin… Qu’elles soient religieuses, culturelles, politiques ou simplement sportives, toutes les motivations sont bonnes ! Si vous rêvez d’un marathon différent, que l’on court aussi avec le cœur et la tête, foncez.

 

J’ai longtemps hésité à venir vous parler de cette expérience vécue il y a deux ans maintenant parce que dès qu’on parle de cette ville, de ce pays, on bascule vite dans des discussions politiques sans fin… Je n’ai pas couru le marathon ce jour-là, me contentant du semi, sans grand regret quand j’ai découvert la difficulté du parcours ! Sans mauvais jeux de mots, Jérusalem c’est l’anti-Berlin ! Ça monte, ça descend, ce n’est plus un marathon, mais une attraction de fête foraine… Question préparation, il faut donc « manger » de la côte. Et côté motivation, il faut chercher autre chose que la perf. Je ne m’en cache pas, j’ai été élevée chez les sœurs puis chez les jésuites, surtout pour des raisons tactiques : ils avaient les meilleurs résultats au bac de la région. Mais forcément, ça laisse des traces. Mes études d’Histoire m’ont rendue imbattable sur les destructions du Temple de Jérusalem et mon goût du cinéma m’a fait apprécier « Kingdown of Heaven », de Ridley Scott (O.K. surtout pour Orlando Bloom). J’avais donc envie depuis longtemps de voir à quoi cette sacrée ville ressemble en vrai, cette ville qui a fait traverser à pied l’Europe entière aux Croisés avec un espoir infime de revoir leur terre natale et qui reste au centre d’un conflit qui semble sans fin.

 

“Ici, on oublie la notion de performance et on plonge

dans un grand bain d’Histoire et d’émotions.”

 

Un parcours façon grand huit…
Dès l’arrivée à l’aéroport, il est clair que vous n’allez pas à Ibiza… Contrôle de sécurité, gardes armés, il faut être patient et il en sera de même à l’arrivée. Pour rejoindre la ville, comptez 45 minutes de voiture. L’idéal est de tout organiser à l’avance avec un guide, car l’hébreu n’est pas une langue accessible. La première grande surprise vient du fait que contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, il n’y a pas de présence militaire ou si peu. Pour avoir couru à New York l’édition du marathon qui a suivi l’attentat de Boston, je peux l’affirmer ! Concernant le running expo local, partez en paix, vous y trouverez de quoi satisfaire votre fièvre acheteuse. La course a lieu le vendredi puisque la semaine s’articule autour de Shabbat, le samedi étant un jour sans activité totalement tourné vers la prière mais surtout vers la famille pour la plupart des Israéliens. Vous pouvez choisir entre le marathon, le semi et même un 10 km, ce qui donne 25 000 coureurs qui se dirigent vers le Sacher Park pour le départ. Et là aucune présence policière, aucun contrôle, vous êtes sur un village marathon normal si l’on fait abstraction de la tente synagogue ! L’atelier trampoline pour s’échauffer vous tend aussi les bras, tout comme le stand bière, prêt à rafraîchir les marathoniens à leur arrivée. Parce que nous sommes en mars, mais les températures peuvent monter à 25°. Aucun problème question hydratation puisqu’on trouve des ravitaillements tous les 2,5 km environ avec de petites bouteilles d’eau. C’est un marathon à l’américaine en revanche, alors prévoyez vos propres ravitos solides. Mais la plus grande difficulté de ce marathon reste le parcours qui est l’un des plus compliqués que j’ai eu à courir. On oublie la notion de performance ! D’ailleurs il suffit de voir du côté des élites qui mettront 10 bonnes minutes de plus que sur un marathon classique mais qui surtout viennent pour la plupart d’Afrique du Sud où elles se sont illustrées sur les Comrades, ultra sur route et surtout ultra vallonné.

 

 

On vient à Jérusalem pour autre chose, pour le symbole, pour vivre une course où toutes les religions se mêlent. Il n’y a plus de juifs, de musulmans ni de catholiques, il n’y a plus que des dossards, des personnes qui pratiquent le même sport et le vivent ensemble. Je ne vais pas vous mentir, j’avais juste envie de crier « mais bordel, vous êtes capable de courir 42 bornes ensemble, vivez ensemble tout le reste de l’année ! ». Le passage dans la vieille ville reste un moment d’une émotion rare. On rentre porte de Jaffa pour ressortir porte de Sion, on foule des pavés qui ont vu tant de personnes prêtes à mourir pour posséder ces foutus murs. L’émotion est là, et j’ai pleuré à chaudes larmes, moi qui ne suis pas « religieuse ». L’Histoire, avec un grand H est là, partout, elle suinte des murs, ça ne s’explique pas, ça se vit.

 

 

Jérusalem pour les nuls
– Il faut un passeport ayant plus de 6 mois de validité.
– A 13h en France, il est 14h là-bas.
– Pas d’adaptateur à prévoir pour recharger votre GPS, c’est déjà ça !
– 1 euro = 5 shekels environ.
– Pour choisir votre hôtel, pensez que le centre ville sera fermé pour le jour J, ce qui vous obligera à vous rendre au départ à pied et donc à revenir à pied.
– Le lieu de retrait du dossard n’est pas en centre ville, mais vous pouvez vous y rendre en transports ou en taxi.
– N’oubliez pas que le samedi est chômé, il faut donc anticiper.
– Dans la ville ancienne, les quartiers forment un labyrinthe. Un moment inoubliable : la prière du vendredi soir au mur des Lamentations …
– A cette date, vous êtes en période « creuse ». Il y a du monde mais on est très loin de la foule estivales. Et question météo, il ne fait ni trop chaud ni trop froid. N’hésitez surtout pas à embaucher un guide historique ou suivre des visites organisées parce qu’on se perd facilement dans les ruelles et c’est passionnant d’avoir quelqu’un de compétent à ses côtés pour comprendre ou tenter de comprendre cette ville qui depuis des siècles et des siècles est convoitée par tant de monde.
– N’hésitez pas à bouger : Tel-Aviv est, par exemple, une ville moderne avec des plages et des kilomètres de pistes où l’on peut profiter des embruns en « décrassant » après le marathon. Des agences proposent d’ailleurs des packages avec découverte de lieux historiques après le marathon.

 


Mes adresses :
Dormir – Le Prima King Hotel , à 15 minutes à pied du départ, de l’arrivée et du centre historique de la ville. On y mange bien, et ils servent le petit déjeuner à 5h du matin le jour J (www.prima-hotels-israel.com).
A voir – Les ruines de Masada, en ayant pris la précaution de voir le film avec Peter O’Toole avant de partir. N’hésitez pas à vous plonger un peu dans les textes des historiens pour avoir la bonne version des faits !
A faire – Se baigner dans la mer Morte ! Les sensations sont étonnantes. Emportez une paire de tongs ou de chaussons type voile.

 

Crédit photos : organisation du marathon – office du Tourisme – Noam Chem