Fast Girl : à lire … vite !!!

Que la couverture, volontairement provocatrice, ou le sous-titre qui ne l’est guère moins, les « Confessions d’une athlète devenue l’escort girl n°1 de Las Vegas » (d’ailleurs, c’est faux, elle s’est contentée de la 2e place) ne vous induisent surtout pas en erreur. Fast Girl (de Suzy Favor Hamilton avec l’aide de Sarah TomlinsonEditions Talent Sport) n’est ni un n-ième avatar de ces soft porn écrits à la chaîne par un(e) ado(e) à peine pubère dans son lit (à moins que ce ne soit par un (ro)bot Windows) ni un livre croustillant fourmillant d’anecdotes salaces sur quelques grands, sportifs ou pas, de ce monde. Alors,oui, c’est vrai, on y parle pas mal de sexe. Dans plusieurs (beaucoup de) chapitres.Mais quasiment uniquement en tant que … mot de 4 lettres 🙂 Si vous espériez pêcher quelques idées pour pimenter votre quotidien, passez votre chemin.

Après cette mise en garde nécessaire (au cas où), autant vous l’avouer tout de suite, ce livre m’a enthousiasmé. Juré passé et actuel de prix littéraires, ayant donc large matière à comparaison, je n’ai été ébloui ni par le style (en mode SVC – sujet / verbe / complément – et facts but no feelings – des faits sans aucune émotion), ni par la traduction faisant montre de répétitions trop nombreuses à mon goût ni par son schéma ultra-classique de bio à l’Américaine (je pars de rien, je monte tout en haut, je tombe un peu, je me relève alors qu’on me croyait fini, je monte plus haut, patatras, je touche le fond mais tel un phénix gaillard, avec l’aide d’un bon coup de pied au cul, je renais et atteint une sérénité rédemptrice) et à aucun moment je n’ai réussi à éprouver une réelle empathie pour « l’héroïne ».

« Héroïne » entre guillemets car il s’agit d’une histoire vraie contée brute, sans fard et sans excuse à base de verbiage psychanalytique de bas-étage. L’histoire d’une femme souffrant depuis son enfance de troubles psychologiques non puis mal diagnostiqués et mal soignés. Troubles qui, a posteriori, expliquent ses échecs répétés à 3 Olympiades (800m ou 1500m) en dépit d’un talent fou et surtout ses comportements extrêmes et addictifs une fois sa carrière sportive achevée, des comportements aux effets dévastateurs sur son quotidien, sa famille, son couple, sa fille. Ce livre est un témoignage, qu’on ne saurait qualifier de bouleversant car il est purement factuel, d’une rare force. Pour des raisons que je ne vous détaillerai pas, il m’a parlé. Sa portée est universelle. Il ne s’adresse pas aux femmes ou aux hommes mais à tous, en particulier aux parents ou à celles et ceux qui ont des parents.

Les sportifs et sportives à la recherche d’un dépassement permanent que nous sommes trouveront, dans la première partie du livre, intéressante matière à réflexion. Jusqu’à quels excès peuvent mener ce souci de toujours « faire mieux », comment expliquer, sans intervention extérieure, l’échec, le chemin qui y mène jusqu’à le provoquer (tomber volontairement en finale des J.O. …), comment se comporter face à la blessure, comment rebondir … Du classique, sans doute, mais n’oubliez pas l’arrière-plan psychologique de Fast Girl : une championne, pas spécialement sympathique, que d’aucuns ont admiré puis vilipendé sans avoir connaissance de ses fragilités.

La seconde moitié peut, pour celles et ceux que ça intéresse, pourvoir à conseils avisés pour devenir escort girl ou boy à 300 € de l’heure (quand même !) à Las Vegas. Plus sérieusement, c’est le récit implacable d’une longue descente aux enfers, encore que le terme est impropre, puisque pour Suzy Favor Hamilton, il s’agissait plus à l’époque d’une réelle montée au paradis ou tout au moins vécue comme telle. C’est aussi l’histoire d’un amour fort entre une femme et son mari, scellé sur les bancs de l’université et que rien n’a pu ébranler (je … résume la fin … car il y eut des hauts, il y eut des bas). Un amour sur lequel s’appuyer pour se reconstruire.

Alors oui j’ai adoré ce livre, un peu (franchement) page turner sur les bords. L’écriture n’y est pour rien, les sentiments, au rayon des denrées périmées, non plus mais de ce récit, se dégage quelque chose d’indéfinissable qui vous prend brutalement aux tripes. Vous n’êtes pas obligés d’aimer Suzy Favor Hamilton (d’ailleurs, comme je vous l’ai dit, ce n’est pas mon cas) une fois la dernière page lue mais, en tant que sportif/ive, en tant que femme, homme, parents, en tant que personne ayant eu maille à partir dans son entourage avec des problèmes psychologiques, vous ne pourrez sortir indemne de ce récit. A lire … VITE !!!

Le site web de Suzy Favor Hamilton : http://suzyfavorhamilton.com/