Fun : Triathlon de Barcelone 2011, je rêvais d’être un numéro…

Oui je sais ce titre est de la provoc pure alors que généralement je revendique le contraire mais toute personne qui a couru un triathlon un jour le sait, le numéro dans ce type d’épreuve, ça compte !

J’avais eu la chance de couvrir 3 ironman comme journaliste dans ma vie et tout de suite j’avais accroché. Je m’étais retrouvée bouleversée par l’effort fourni par les athlètes, consciente à mon niveau de course à pied de l’investissement que ce type d’épreuve engendrait. Comme toujours chez moi ça avait planté une petite graine quelque part dans un coin de mon cerveau, un jour pourquoi pas quand j’en aurais marre de mon bac à sable… Mais je n’étais jamais été plus loin. Comme je le racontais dans mon blog ce triathlon de Barcelone est arrivé dans ma vie un peu par surprise. J’avais bien envisagé pendant l’été, lorsque j’avais compris que j’y participerai en vrai, de m’entraîner un peu à la rentrée mais voilà, UTMB raté, Aiguilles rouges sauvées, je me suis retrouvée fort dépourvue quand l’automne fut venu. Un bouclage à faire, un 20 km assez pathétique je l’avoue, la piscine à 25 km, bref je prends l’avion sans avoir jamais posé mes fesses sur un vélo hormis pour aller manger des crêpes cet été et sans avoir nagé plus que d’habitude pendant ma semaine megèvane. Ok je fais 1km mais de la brasse tranquillou pendant que les enfants jouent…

Je crois que jusqu’au bout j’ai refusé de voir la vérité en face rassurée par la présence de copains plusieurs fois rencontrés sur des voyages presse : il y a Grégoire de Garmin, Matthieu de Triathlète magasine, Julianna de Trimag et s’est joint au petit groupe José, un avion à réaction du team Garmin. Je découvre ce que je subodorais : faire du tri ce n’est pas simple, avec la housse de vélo et tout le toutim, ils ont plus de bagages que moi les garçons ! Yeah !!!
Avion, aéroport de Barcelone que je commence à connaître un peu, taxi, hôtel, déjeuner à l’espagnole c’est-à-dire à 4h de l’aprem, le soleil, une terrasse, le bonheur quoi. Matthieu me propose d’aller courir 45 min ce que j’accepte en me demandant comment je vais bien pouvoir m’habiller. Je n’ai pris que ma combi tri fonction et nous en avons d’ailleurs une 2ème qui nous attend dans nos chambres, le genre de truc qu’il me faut déjà 5 min pour comprendre comment ça s’enfile et surtout qui est tellement moulante que j’ai juste l’impression d’être nue. Le plaisir de courir pieds nus je ne connais pas vraiment alors courir toute nue dans la rue, vous imaginez ! Je ne me vois pas sortir dans la rue habillée comme ça, c’est idiot mais moi les trucs moulants j’ai du mal. Je file m’acheter un sweat bien large histoire de camoufler ce que j’ai à camoufler et c’est parti. Je sais qu’il est meilleur que moi et ça va se confirmer : sortie à une vitesse plus que correcte pour une fille qui comme moi espère un peu réveillée la coureuse qui sommeille en elle. Une douche en vitesse et il faut déjà repartir parce que nous sommes là surtout pour assister au lancement d’un vrai petit bijou de technologie destiné à la pratique du multisport et plus particulièrement au triathlon : le 910. Ce truc est ahurissant !!! Je n’arrive même pas à comprendre comment on fait pour rentrer autant de technologie dans une aussi petite montre mais là franchement rien que pour pouvoir jouer avec je me mettrais bien au tri moi. Il vous décompose tout : vitesse dans l’eau, nbre de mouvements pour juger de votre efficacité, distance parcourue, temps pour les transitions… C’est bien simple il fait vraiment tout et en plus il vibre !!! Le 910 le meilleur ami de la triathlète je vous dis !
Super diner avec le fameux poisson en vue et rencontre avec les Brownee et non les brownies… Même s’ils sont tellement mignons tous les 2 qu’on en mangerait ! Oh ça va je sais elle est pitoyable celle-là mais je rêvais de la faire ! Je vais faire ma groupie de base et me faire prendre en photo avec eux parce que ce n’est pas non plus tous les jours qu’on papote avec 2 futurs champions olympiques. Retour à l’hôtel où j’essaye de dormir et oh surprise j’y arrive. A défaut d’être entraînée je vais tenter d’être reposée surtout que le programme du samedi est encore intense.

Le but de la journée sera de nous faire prendre en mains le petit bijou avec une séance de vélo statique pour le moment (dieu merci !) et une sortie en mer avec retour en nageant sur la plage. Pour le vélo, tout va bien puisque c’est comme de l’aquabiking sans l’eau ! Les vélos sont statiques mais moi tu me mets du guetta, je suis contente… Le seul truc c’est que je ne comprends rien aux vitesses, d’ailleurs je n’avais pas vu comment elles se passaient… J’ai bien cherché les petites manettes sur le cadre comme sur le vélo de mon papy mais il n’y en avait pas. J’ai compris ensuite que nous étions comme sur une voiture qui va vite avec changement au guidon. Il parait même qu’il y a des plateaux sans bouteille d’orangina dessus ! La position course n’est pas très confortable pour mon dos mais bon la séance passe vite surtout grâce à Matthieu qui tombe de son vélo en se mettant en danseuse, celui-ci n’était pas suffisamment fixé. Nous tenons donc notre séquence pour vidéogag…

Enfin je suis bien la seule à rire parce que je comprends aux visages crispés des mécanos que ce n’est pas aussi drôle que ça. Le vélo est cassé définitivement et j’apprends consternée le prix du bébé que j’ai sous les fesses : 3 fois le prix de ma voiture… Nom de dieu… Je peux me payer 6 paires de Louboutin si discrètement je repars avec… ça fait réfléchir quand même non ? Comme il ne rentre pas dans mon sac à main et qu’il n’est pas gonflable, j’abandonne l’idée. Pour l’instant, c’est super rigolo, la fille crie dans son casque, je suis face à la mer, il fait beau et comble de joie j’ai réussi à entrer dans ma combinaison tri fonction offerte par Garmin sans utiliser de chausse pied. Ok je ne peux plus respirer quand je la porte et j’ai juste l’impression d’être à poil devant tout le monde mais passons.

_DAV0834Nan mais sérieux… je vais devoir faire ça ???

Je file aux vestiaires pour sauter dans la combi de néoprène pour la sortie en mer. Je commence à l’enfiler et là je me rends compte qu’il serait plus malin de faire pipi avant de tout boucler à triple tour. Bon là les pro du tri il va falloir qu’on m’explique : vous faites comment pour faire pipi en vitesse 2 min avant un départ comme je le fais toujours avant une course parce que ma vessie de stressée refuse de se vider en une seule fois ? Pitié finalement ne me répondez pas !!! J’ai deviné toute seule !!!

Direction le bateau et surtout une mer plus qu’agitée. Nous allons un peu au large en ayant eu tout le temps de tester la température de l’eau qui envahit le bateau régulièrement. Moi je me régale, je suis bretonne ne l’oublions pas. Mais ça ne va pas durer. A environ 200 ou 300 m de la plage, le bateau s’arrête et tout le monde se jette à l’eau. Ah mince je n’ai pas mes lunettes moi, je les ai oubliées et je dois m’en racheter une paire…Grégoire gentiment m’en prête une et en une fraction de seconde ils sont tous partis comme des jet-ski. Ah mince, je ne sais pas plonger moi… Je n’ose pas leur demander de descendre l’échelle et je saute. Mais là pour comprendre la suite il va me falloir vous raconter ma vie, mon enfance, mon œuvre. Attention c’est parti pour 15 min de Psychologie Magazine… J’ai appris à nager normalement sachant que le maître-nageur n’a jamais proposé à mes parents de m’inscrire au club voyez-vous. J’avançais en brasse tranquille sans me poser de réelles questions. Avec l’école, je me retrouve comme tous les enfants de primaire à plonger en plein hiver dans la piscine municipale la plus proche pour rentrer ensuite les cheveux mouillés, le bonnet sur la tête attrapant la crève à tous les coups tout en mangeant des chocos BN parce que ça donne faim ce truc quand même. Un jour que le maître-nageur avait décidé de tous nous faire partir du plongeoir, je tente une explication : « moi monsieur je ne sais pas plonger, je sais descendre à l’échelle », « eh bien tu vas apprendre » et paff il me pousse à l’eau… Je me suis retrouvée sous l’eau à totalement paniquer sans lunettes, incapable d’ouvrir les yeux qui me brûlaient et ce sont des copains qui ont réalisé que je ne remontais pas à la surface… Depuis ce moment, j’ai comme qui dirait des légères difficultés à mettre la tête sous l’eau… En gros toute personne qui a tenté de renouveler l’expérience avec moi du « tiens je te pousse à l’eau » a définitivement été rayée de ma liste d’amis. Il a fallu qu’à Tahiti il y ait des requins à voir pour que la première fois je mette un masque et un tuba. Autant dire que le crawl n’est pas une nage que je maîtrise. J’ai pris des leçons l’année dernière dans l’espoir un jour de peut-être surmonter ça mais force est de constater que je n’ai pas les poumons de Jacques Maillol et que plus d’une longueur en apnée, c’est difficile à tenir.

Fin de la parenthèse, fermons les guillemets. Me voilà donc dans l’eau, au milieu des vagues qui n’ont pas du tout décidé de se calmer à tenter de tenir ma tête hors de l’eau. J’ai pour la première fois de ma vie une combi néoprène et le moins qu’on puisse dire c’est que je ne suis pas à l’aise. Je tente d’avancer au milieu de la houle, tout le monde est presque au niveau de la plage et moi j’ai dû faire 20m… Je vais boire 2 ou 3 fois la tasse à cause des vagues qui me tombent dessus et là je panique. Crise d’angoisse, mes poumons se rétrécissent façon ticket de métro, mon cœur bat dans mes oreilles, je vais mourir… Je fais signe au gentil monsieur sur sa planche chargé de la sécurité en mer (que Dieu le bénisse !), il me récupère, me rapproche du bateau et je finis en nageant trop heureuse de retrouver le pont du bateau. Je m’échoue lamentablement à l’arrière tentant déjà de retrouver mon souffle ayant pour l’instant l’impression que notre cher ministre des sports (notre cher David Douillet à l’époque des faits) est assis sur ma cage thoracique. Punaise je suis pitoyable… Je m’enferme dans ma bulle, j’essaye de faire abstraction du fait que je viens de me couvrir de ridicule, que demain la mer est annoncée agitée, que je vais me retrouver au bout de 5 min dans l’eau à lever le bras pour qu’on vienne me récupérer… Tout ça pour ça… Retour sur la terre ferme où je retrouve les nageurs à qui je tente d’expliquer ma déconvenue. Je sens bien aux regards de mes collègues que mon inquiétude est partagée. Mais comme ils sont adorables, tout le monde me dit que ça va le faire. Ils ne m’ont pas vu faire le goéland accroché à sa bouée attendant les secours pour dire ça !!!
Direction le camion des vélos et là je comprends que mes malheurs ne sont pas terminés. Je cherche désespérément le superbe vélo rose avec petit panier devant que j’avais demandé mais force est de constater que Garmin a l’amour du risque. Ils comptent me faire monter sur une de leur bête de course. Non mais c’est une blague ??? Les garçons eh oh !!! C’est moi !!! la blonde qui est tombée au bout de 30m la première fois de sa vie qu’elle est montée sur un VTT !!! Bon ok va pour le n° 19 mais là il faut me baisser la selle et m’installer des petites roues. Ah ça non plus ils n’en n’ont pas… Punaise… Le mécano absolument adorable se charge de 2 ou 3 réglages et me demande d’essayer le vélo pour voir. Ok reste calme… j’ai des ballerines de toute façon, pas l’idéal pour ce type de pédales mais bon. Le triathlète est quand même un animal spécial quand on y pense : il aime se faire mal, il n’est pas fidèle à un sport, il lui en faut 3 à la suite (quelle forme !) et en plus il aime qu’on lui attache les pieds… A mon avis le mec il était le premier au ciné le 14 février pour voir 50 machin truc au ciné avant les autres…

Je fais un petit aller-retour sur le parking, plutôt fière de moi de ne pas être tombée tout de suite et je rends vite le joli bébé. Vous auriez vu le regard désespéré du mécano… Je vous jure ça aurait mérité une photo. Il ne dit rien mais il le pense si fort que je l’entends : « mais où ils sont encore allés nous chercher cette blonde… Elle va me péter un truc c’est sur ». Moi je refuse même d’envisager un quart de seconde que je vais devoir faire 20km sur cet engin parce que sinon je vais vomir et je n’ai qu’une barre de céréales dans le ventre.
Direction le village du tri maintenant pour quelques achats. Ah ça je sais faire, je suis même championne du monde ! Il me manque donc des lunettes pour nager et j’opte pour des bien couvrantes. Apparemment le masque et le tuba sont interdits… Sont pas très rigolo sur le tri je trouve. Il y a un stand Seafish que les habitués de cette discipline connaissent bien et je compte m’équiper d’une nouvelle visière blanche pour compléter ma collec commencée avec la noire pour aller avec mes Oakley de la même couleur. Ouah trop beau le sweat assorti, et puis un comme ça j’en ai pas en plus. Je papote en anglais avec le responsable du stand de la marque et il me demande si je fais le tri le lendemain. Ça vous donne une idée de mon côté pro, même quand j’achète du matos on ne croit pas que je participe ! Je lui réponds que oui mais c’est mon premier, que moi c’est plutôt la course à pied et l’ultra mais que je connais la marque à cause de la visière que je me suis offerte parce qu’elle m’avait plu et qu’il se trouve que j’ai un tatouage qui rappelle le dessin (enfin je ne lui ai pas parlé de mon tatouage !!!). Je lui dis que cette visière me porte bonheur ou au moins je me plais à le penser. Il me dit que lui aussi fait de la course à pied et que d’ailleurs il a fait le marathon des Sables cette année. Il me dit amusé qu’il a d’ailleurs vu les photos d’une fille qui portait cette visière avec un papillon accroché dessus et je lui dis que la fille en question ben c’est moi ! C’est un signe ça non ? Enfin c’est surtout le signe que le monde est très petit, un peu comme quand je suis tombée à Orly la veille sur mon copain Pascal partant pour une autre destination plus équestre, et qui tentait depuis plusieurs mois de me convaincre que je devais tenter un tri pour découvrir son monde. Hasard ou coïncidence, je ne sais pas mais il faut parfois se laisser porter par le destin.

Punaise j’en suis à 3 pages et je n’ai toujours pas pris le départ ! Je vais passer rapidement sur le déjeuner superbe avec vue sur la ville, sur le moment où faisant une petite balade dans la ville je me suis retrouvée enfermée chez Zara pendant 30 min parce que le magasin était attaqué par des manifestants qui avaient envahi la ville. Oui je sais le monde s’indigne mais moi je voulais juste m’acheter un foulard impression python parce que dans ELLE, ils ont dit que c’était à la mode. Dîner pas gras du tout dans une vraie cantine catalane, dites c’est bien plein d’antioxydant l’ail ? Et les croquettes c’est du glycogène non ? Et les calamars à la romaine aussi dites ? Et je termine par un mystère garni pour les calories négatives ! Si je pouvais, je me saoulerais bien à la sangria mais je tiens si peu l’alcool que ce ne serait pas du tout raisonnable pour le coup.

la tenue

En XL vous n’avez pas ??? Parce que mes fesses ne rentreront jamais là dedans…

A ma grande surprise je dors plutôt bien, il faut dire que la cuisine espagnole entraîne facilement la sieste. Mes affaires sont plus ou moins prêtes à mes côtés et de toute façon le départ est à 12h10 ce qui me laisse largement le temps de me préparer puisque notre bus est prévu à 10h. Petit déjeuner classique et en route vers l’aventure. Nous allons avoir un peu de mal à retrouver le camion où sont rangés nos vélos et tout cela n’arrange pas mes affaires. J’ai attaqué consciencieusement les petites peaux autour de mes ongles ayant renoncé à 14 ans à les ronger. Ça se lit sur mon visage je pense parce que Matthieu ne cesse de me répéter « t’inquiète tout va bien se passer ». Arrivée au camion je demande au mécano qu’il enlève de toute urgence les cales pieds. Je ne peux pas partir avec ça, je vais me tuer. Il réagit au quart de tour, conscient je pense que s’il veut le revoir avec 2 roues son bébé il faut qu’il m’aide sur ce coup-là. Direction maintenant la zone de transition où je vais installer mes petites affaires. On trouve notre allée au milieu des centaines de vélos déjà installés. C’est impressionnant, ça y est, j’y suis, plus moyen de faire machine arrière. Comme dieu merci le hasard m’a donné le dossard qui suit celui de Matthieu, nous nous installons l’un à côté de l’autre et je fais tout comme lui ! Le casque sur le guidon, les lunettes prêtes, la serviette pour éponger les pieds, le porte dossard sur le guidon. Punaise on dirait une pro ! Je colle mes autocollants partout et à mon grand regret je vais comprendre que je n’aurais pas le droit à mon numéro écrit sur le bras… mais à un beau sticker sur mon bonnet jaune. Euh sinon je peux vomir un peu ? Si je pouvais avoir l’esprit de mes copines tri sur mon épaule ça m’arrangerait là tout de suite maintenant.

véloRanger ça je sais faire !

Direction la mer pour le départ et là il faut le reconnaître Poséidon n’est pas mon ami. Il n’a rien écouté de mes supplications, l’eau bouge toujours. Certes moins qu’hier mais je suis loin, très loin de mes souvenirs de mer d’huile à Maresme pour l’Ironman. Ce sera en plus un départ en vague de 500 coureurs environ, la lessiveuse quoi. J’ai renoncé à la combi néoprène parce que l’eau est à 24° et que je ne suis pas assez à l’aise avec ce truc-là. Peut-être qu’avec le crawl ça passe bien mais moi j’ai l’impression d’être enfermée dans quelque chose qui m’étouffe. J’écoute aussi les conseils de mon coach d’un jour : au fond à droite ! Je sais que si quelqu’un, même involontairement, me met la tête sous l’eau, je risque la crise de panique et c’est foutu. De toute façon je sais que la natation sera mon point faible alors autant limiter la casse. Le coup de fusil retentit, tout le monde court se jeter à l’eau sauf moi ! J’y vais mollo, je rentre tranquille, je ne vais pas me faire une hydrocution quand même non ? Et c’est parti pour 750m au milieu des vagues, surtout ne pas penser, surtout ne pas paniquer, tu y vas doucement mais surement ma grande. Alors que je croyais que les 2 bouées jaunes au loin servaient à nous créer un chenal il n’en est rien, il faut contourner la 2ème, tourner à gauche direction l’autre bouée, retourner à gauche et direction la plage. Inutile de vous préciser que toute l’équipe de sécurité n’est pas très loin de moi ! Mais j’avance, régulièrement comme à la piscine, pas vite mais surement. En fait je vais même me surprendre à commencer à doubler des gens, bon pas 40 non plus mais je vois certains qui sont surement partis trop vite. Je vise la plage, j’essaye de tenir la tête hors de l’eau et de ne pas paniquer alors que je bois un peu d’eau de mer. Après tout c’est un ravitaillement comme un autre : de l’eau, des pastilles de sel, on se croirait au marathon des Sables ! J’arrive enfin à la plage où le public est là à nous encourager. Je vous le dis tout de suite, ce n’est pas une sirène d’Alerte à Malibu qui sort de l’eau puisqu’une vague me pousse et je m’échoue comme une méduse sur le sable. Contente d’être en Espagne et de ne connaître personne moi tiens… Je me relève et je fonce.

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C’est pas moi qui plisse… c’est la trifonction !

La transition est plus longue que prévue parce que la mer agitée a changé le programme, ils ont décalé le départ à la plage d’à côté. Mais courir ça je sais ! Je passe la seconde et je me permets même de doubler encore des participants. Je m’attendais tellement à sortir bonne dernière de l’eau que mon moral remonte un peu je l’avoue. Avantage d’être entourée de mobylettes c’est que lorsque vous rentrez dans le parc à vélo, ben y a plus que le votre de vélo justement ! Et comme j’ai mon sac de sport mauve bien visible, je ne risque pas de le rater. Pour toutes celles et ceux qui ont fait du tri un jour, ils ont compris qu’en n’ayant pas de néoprène à enlever ça va forcément aller beaucoup plus vite question transition. Je saute dans mes chaussures, je mets mon casque, ma ceinture porte dossard et zou je file. Mon vélo est d’une telle légèreté que je me demande s’il ne va pas casser sous mon poids. J’avale un gel en vitesse histoire de jeter l’emballage dans une poubelle, je sors et je monte sur mon vélo. Eh ben mes enfants c’est pas gagné cette histoire. Clairement je ne suis pas à l’aise sur ce type de véhicule mais voilà je n’ai pas le choix. Je pense très fort à toutes mes copines et copains tri qui se damneraient pour prendre ma place et je les comprends. Même à mon piètre niveau j’ai bien conscience que j’ai une Ferrari entre les mains et les jambes et que croyez-vous que je vais faire ? Ben la conduire en 3ème tiens ! Je tente un changement de vitesse moyennement concluant mais surtout je découvre un gros souci et ne rigolez pas ce n’est pas drôle ! J’ai donc pris un gel juste avant de partir sur mon fier destrier mais je n’ai pas bu puisque j’ai une jolie gourde sur mon vélo. Je comptais utiliser le premier km pour boire la quantité nécessaire à la bonne assimilation de ma potion magique. Seulement voilà, vous croyez toujours que mon histoire de jambes trop longues par rapport à mes bras relève du fantasme de la pauv’fille qui se rêve Adriana Karembeu, n’empêche que là je n’ai pas le bras assez long pour attraper ma gourde sans me casser la figure ! Et flute alors… Je suis partie pour 20km sans une goutte d’eau. Heureusement que la mer m’a réhydraté un peu mais j’aurais aimé reboire un peu quand même.

vélo vide

C’est cool quand tu arrives dans les dernières pour trouver ton vélo…

Je continue mon petit bonhomme de chemin, bien rangée à droite comme me l’a conseillé Matthieu (jamais autant obéi à un homme moi !). Dès qu’il y a une ligne droite je tente une accélération et là je me dis à chaque fois : punaise, ils m’ont mis une assistance électrique ! Enfin n’allez pas croire que je joue à Lance Amstrong non plus. A tel point qu’à un moment un gentil coureur (au moins un V4 comme d’hab avec moi) se met à mon niveau pour me faire comprendre que ce bruit de crécelle que fait mon vélo n’est pas normal et qu’il faut repasser une vitesse. Ok c’est bon je fais ce que je peux ok ! Je lui explique avec mon espagnol pitoyable ce que je fais là et je me retrouve avec un ange gardien qui va me surveiller du coin de l’œil une partie du parcours. Nous avons 2 boucles de 10km à faire avec des virages en épingle à cheveux à prendre. Vous m’auriez vu… Les bénévoles étaient consternés de me voir sur un tel vélo à une vitesse pareille tentant de ne pas tomber. Mais dès que j’en suis sortie, je repars de plus belle. A aucun moment je ne regarde mon chrono, parce que de toute façon si je lâche une main le guidon j’ai le sentiment que je vais tomber. 2ème boucle et mes ennuis commencent. La 2ème vague arrive et les plus enragés avec. Alors que j’étais plutôt tranquille, je dois jouer maintenant avec le monde mais moi j’ai peur du monde ! On se croirait place de l’Etoile… Mes craintes se retrouvent justifiées parce qu’un crétin vient frôler ma roue manquant de me faire tomber alors que j’étais tranquille dans mon coin. Ok, c’est bon, là je la joue prudence. Je me fous à droite toute et je n’en bougerai plus. Je peux savoir pourquoi il n’y a pas de rétro sur ces bidules ? A ce prix-là ça pourrait être prévu non, comme les clignotants… D’ailleurs je mets le mien à droite pour enfin amorcer ma partie, la course à pied. Je n’en reviens toujours pas, je suis toujours en vie ! Je pose mon vélo, mon casque, je chope au vol ma visière et c’est parti. Oh punaise, il y a un élastique qui me tire derrière c’est ça ? J’ai attrapé mes bonbons gel que j’adore et j’ai bien l’intention de les avaler pendant le 1er km sauf que j’ai encore oublié de boire. C’est bien gentil de vouloir jouer les mobylettes mais j’en oublie l’essentiel là. Je prie pour qu’il y ait un ravito intermédiaire parce que sinon je suis morte. Il commence à faire chaud, j’ouvre ma combi pour me donner un genre de fille qui assure et c’est parti. Tout de suite je vais comprendre un truc : le triathlète est rarement un coureur. Ah mais moi courir je connais ! J’ai avalé mes bonbons en vitesse sans m’étouffer et j’accélère. En fait j’ai juste pris une fraction de seconde pour regarder mon chrono et l’heure que j’y ai lu n’est pas du tout celle que je pensais voir. Mais mince alors, je vais être largement en dessous de 2h, le temps que je pensais mettre. Oh mais ça change tout cette histoire. L’esprit de compet se réveille et j’accélère encore. Je passe mon temps à doubler les gens, ce qui j’avoue me change et me donne la pèche. Alléluia ravito en vue ! Je chope un gobelet au vol, je ralentis 2 sec pour boire et c’est reparti. Je sais que très vite je vais revenir sur une belle ligne droite. Je suis bien, je refuse de regarder mon chrono, je donne ce que j’ai point barre. Je tente même de lever les genoux histoire de me donner l’impression d’être une coureuse. Au moment où je double un coureur, surement un V2, si ce n’est un jeune V3, j’entends qu’il s’appelle Carlos, son fan club est là qui l’encourage. Il ne se passe pas 1 min et voilà Carlos qui ressurgit pour me doubler. Oh eh ça va aller comme ça maintenant. Moi je commence à saturer d’être toujours dépassée par des V3… ça finit par être vexant cette histoire. Je veux bien que ce soit dans les vieux pots qu’on fasse les meilleures soupes mais là ras le bol. L’arrivée est en vue et je passe la 3ème. Non mais tu vas voir Carlito de quel bois je me chauffe. Sans parler du fait que j’aperçois le chrono final au bout du tapis qui égrène ses secondes et je comprends que je peux être sous les 1h35 officielles si je me bouge. Comment je vais te le souffler le Carlos !!! Il ne va rien comprendre !!! Le public lui a compris et j’ai le droit à des encouragements. Je passe la ligne totalement euphorique : je l’ai fait, j’ai fini mon premier sprint ! J’aurais bien sauté dans les bras du mec qui me remettait la médaille mais bon je craignais que le mélange de sueur, d’eau de mer et autre dégoulinade de gels ne soit pas très agréable. A boire ! Je me précipite pour boire, il y a une canette je la chope et je découvrirais un peu tard qu’il s’agit de bière sans alcool au citron. Cherchez pas c’est espagnol. Je ne sais pas combien de litres j’ai pu boire ensuite mais ma gestion de l’eau a juste été catastrophique. A revoir si l’envie de replonger dans le monde du tri me reprend.

20x30-GARF0688Nan mais même en sprint j’ai l’air ridicule quand je cours… 

Vite le vélo qu’il faut rendre aux mécanos pour ensuite foncer prendre une douche bien méritée et attraper le bus pour le déjeuner prévu sur le port. Vous auriez vu la tête des mecs quand ils m’ont vu arriver avec mon vélo même pas cassé !!! Ils étaient aussi heureux que moi avec ma médaille, je peux vous dire. Matthieu est encore aux douches et c’est triomphante que j’arrive pour remercier mon coach. Heureusement qu’il était là lui…
Voilà c’est fait, j’ai été un numéro et je n’ai jamais été aussi fière. Je saute partout, on dirait une gamine ! D’ailleurs je vais garder ma médaille autour du cou un sacré moment. Et comme il parait que j’ai au final fait 1h24, ce qui est un temps plutôt correct je suis réellement la plus heureuse des sportives aujourd’hui, enfin des sportifs puisqu’ils m’ont rangé chez les hommes pour le moment !

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J’ai gardé le meilleur pour la fin… moi sur un vélo de course ! 

Conclusion de cette aventure : franchement j’avais des doutes sur tout ça. Vous l’aurez compris, entre la natation et le vélo j’étais vraiment en terre inconnue et j’ai dû lutter contre pas mal de mes névroses pour en venir à bout. J’ai bien ressenti le côté ludique de ce type d’épreuve et ça c’était trop cool ! Maintenant j’ai bien conscience que j’ai eu de la chance : une météo suffisamment chaude pour ne pas avoir recours au néoprène et ne pas perdre 10 min à enlever ma combi ; un vélo qui même pour mon piètre niveau m’a permis de ressentir des sensations inouïes, je n’ose imaginer ce qu’en aurait fait les copines tri de CAF avec ce petit bijou… Pour la course à pied c’est la première fois en fait de ma vie que je me suis lancée sur un 5km. Le fait d’avoir repérer le parcours en le longeant en vélo était un avantage, parfaitement roulant, on aurait dit une piste… Savoir que j’étais au bout m’a aussi permis de me lâcher et de donner ce que je pouvais donner. Je me suis éclatée et je crois que lorsque j’aurais récupéré les photos prises à l’occasion vous le comprendrez. Maintenant j’ai aussi compris une chose : l’ironman ce n’est pas pour moi ! Le format sprint est cool je trouve pour débuter parce qu’il est à la fois consistant mais pas inaccessible. Je pense qu’un super sprint est peut-être un peu trop rapide pour moi. En tout cas si je renouvèle l’expérience un jour ce sera sur ce format ou au maximum sur le DO. Au-delà ça demande une prépa, une vraie que je ne suis pas sure d’être prête à encaisser. Mais bon avec moi il faut se méfier !