Liwa Challenge 2015 : Plus haute sera la dune…

Je suis là tranquille sous mon plaid, au chaud dans mon bureau avec mon thé et j’ai encore du mal à réaliser qu’il y a quelques heures encore, j’étais seule au milieu de l’immensité désertique du Liwa sous une chaleur écrasante, bien décidée à tenter de terminer 100km, quel que soit le temps que j’y mettrais.

Petit retour en arrière… Quand je dis que je n’étais pas prête ce n’est pas une vue de l’esprit ni une figure de style. J’ai comme toujours coupé en décembre mais bien décidée à réattaquer un plan marathon pour un 200km mi-février. C’est dire si de toute façon c’était du grand n’importe quoi. Mais très vite, tout part en cacahuète, le boulot s’accumule encore et encore, je dois « pisser la copie » pour tout boucler avant mon départ, pas le temps pour tout faire. Evidemment je pourrais sortir à la frontale à 4h30 du mat mais bon à cette heure-là je dors, n’est pas Fred Brossard qui veut. Bref les semaines se passent, rien ne se passe et ma prépa trépasse. Je finis par préparer mon sac à l’arrache avec les moyens du bord. Je n’ai même pas eu le temps de commander des lyo je suis donc entièrement « sponsorisée » par le carrefour market du coin. Un ultra à la cacahuète et à la pom’pote ça va le faire non ?

Officiellement, je suis sur le 200km mais je sais que ça ne le fera pas, ça ne peut pas le faire. Nous parlons là d’un ultra qui s’annonce excessivement dur, l’orga a au moins l’honnêteté de te prévenir. Nous ne sommes pas dans le mouv à la mode qui s’agit d’annoncer que nous sommes face à la course la plus dure au monde ! Rien de cela ! Juste un organisateur qui sait nous ne réalisons pas tous où nous allons mettre les guêtres… Roissy, samedi à l’aube, nous partons à Amsterdam où tout le monde se rejoint pour le vol pour Abu. Il faudra attendre le deuxième vol pour que je retrouve tous les copains et je m’en réjouis d’avance ! La petite bande de la Transahariana avec mes copines Marie George et Pascale sans oublier Sidney sont là mais surtout toute une bande de « vieux briscards » de l’ultra. C’est facile je dois être la moins expérimentée du troupeau… Ils ont tous fait le lybian (eux…), la 333 et j’en passe. Mon voisin dans l’avion a même fait une course extrême dans le grand nord, le genre où tu dois prouver avant de prendre le départ que tu sais faire du feu à -30°C et dégommer un ours brun d’une seule balle… Petit souci de santé détecté au dernier moment, il a quand même voulu faire partie du voyage comme bénévole.

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Les copines en pleine prépa de sac !

Comme souvent je profite du vol pour rattraper mon retard de films et essayer d’oublier que franchement je suis totalement barrée… L’arrivée à Abu Dhabi est, pour le coup, bien dépaysante, aucun doute n’est permis nous sommes en terre musulmane. Les femmes portent pour beaucoup une robe traditionnelle noire mais le visage est découvert, certaines sont d’une beauté sidérante d’ailleurs. Je suis contente, ma valise est là mais pour Patrick c’est une autre histoire puisque son sac de coureur est resté apparemment en France. Ça me rappelle l’Australie cette histoire où ma valise s’était fait la belle, avant de vouloir rejoindre sa propriétaire légitime. J’espère qu’il en sera de même pour lui parce que même si on peut certainement l’aider et lui permettre si on s’y met tous de reconstituer un sac, rien ne remplace son vrai matériel. Nous partons enfin en minubus pour le camp de base qui va se révéler totalement incroyable. Nous sommes en plein désert, perdus entre un monceau de dunes de part et autre et pourtant tout le confort moderne s’offre à nous, comme seuls ces pays peuvent nous en offrir : tentes immenses avec 6 lits en « dur » nous attendent, et mieux encore on nous livrera le lendemain une armoire qui ferme à clé  pour nos petites affaires ! Douches chaudes, toilettes, et comble de joie un bureau climatisé où le wifi marche  plein régime. Cela me permettra de rester en contact avec les miens et hélas trois fois hélas de replonger dans ma vie pro plus vite que prévu dès mon retour à la civilisation.

Bon le plus rigolo dans cette histoire c’est le « réfectoire »… Nous avons le droit à une caravane sur le parking du lieu qui sert des hamburgers totalement surréalistes étant donné l’endroit (et de supers bonnes glaces italiennes). En fait pour être très précise ce lieu sorti de nulle part sert de base pour des courses de buggy dans le désert ou de motos tout terrain. Le principe est assez simple : monter la dune d’une traite en évitant de se renverser. La rencontre entre notre univers de calme, de marche percute brutalement ce monde de bruit et de vitesse. Nous nous observerons pendant plusieurs jours jusqu’à la fraternisation générale le dernier soir. Notre installation se passe tranquillement avec un « incident » tout à fait à l’image de ce pays qui prend son temps de vivre : le camion qui transportait nos valises n’est pas arrivé, le chauffeur avait sommeil, il a donc décidé de s’arrêter dormir, tout simplement ! Quelqu’un du staff local file le chercher et nous récupérons nos valises avant d’éteindre les feux. Ah oui il est temps de vous présenter ma tente. Je retrouve forcément pour mon plus grand plaisir Marie-George, Pascale et Sydney, ma fine équipe. Et je fais connaissance de deux garçons qui seront mes voisins les plus proches : Daniel qui vient de Guyane et Baudouin qui vient de Suisse. Ils se connaissent bien tous les deux puisqu’ils sont des inconditionnels de l’esprit Gestin, ils nous ont fait la 333, les 100 miles et j’en passe. Bon pour le moment franchement leur palmarès je m’en tape comme de mes premières couettes, moi tout ce que je veux savoir c’est s’ils ronflent ! La première nuit me rassurera, le silence total règne chez nous, à un point que c’est limite flippant en fait mais mes boules quies resteront au fond de ma valise.

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Tapis rouge pour les traileurs !

Le premier jour sur le camp permet comme toujours les différents contrôles techniques et médicaux. Et pour moi ça correspond surtout au moment où je vais enfin faire mon sac ! J’ai fait ça n’importe comment et je ne sais pas à quel point je vais regretter mon inconséquence désormais légendaire. Entre les chaussures choisies à l’arrache, la veste qui certes permettra si je me perds d’être un véritable phare dans le désert (j’ai pris ma nike spéciale nuit) mais qui pèse le poids de 4 vestes normales et ma méconnaissance totale du GPS, je ne suis pas revenue au camp de base moi… C’est en discutant avec les autres que je mesure à quel point mon amateurisme est total : je n’ai pas prévu assez de piles pour mon GPS. Enfin si, mais comme je suis encore dans l’esprit « 200, qu’est-ce que c’est que 200 bornes dans le désert non-stop sans prépa ! », je panique totalement. Mon stress retombe lorsque Baudouin me jette une ramette complète de piles. Sauvée ! Enfin sauvée… il faut maintenant apprendre à se servir de la bête. Et là je vais profiter de l’occasion pour régler mes comptes et surtout vous annoncer quelque chose : à partir de maintenant je ne tiendrais jamais compte du moindre conseil donné sur FB !!! Lorsque j’ai demandé si le Etrex pouvait fonctionner sur ce type de course j’ai eu le droit à tous pleins de conseils de tout bord et surtout à des avertissements : il faut un 301 ou 401 de Garmin, c’est fait pour, ton truc, tu oublies. Lorsque je débarque dans le bureau pour faire charger mes points, que je fais connaissance de l’équipe de légionnaires qui sont engagés sur le 100 et que je les vois tous sortir le fameux Etrex ce qui qui est resté sur mon bureau, ma mâchoire se décroche. Ils me confirment ce que j’avais subodoré : non seulement ça marche ici mais surtout c’est l’outil idéal parce que l’écran est grand, nettement plus lisible et j’en passe. Je suis furax… La prochaine fois j’écoute mon instinct et pis c’est tout.

Bref, je finalise mon sac, relativement énervée, je sens que ça ne va pas se passer comme je le souhaite mais je n’ai qu’à m’en prendre à moi-même. Daniel me prête son pèse sac, 6kg 400 pour un 200 bornes, c’est officiellement n’importe quoi mais je n’ai pas la force de réorganiser, d’éliminer, il faudra bien que ça passe. Il y a au moins un point ultra positif : je dors comme un bébé. Et comme le départ est prévu à 10h du mat, je peux me préparer le jour J tranquillement sans stress, ce qui est très agréable. Enfin sans stress… Alors que je me dirige vers la ligne de départ je réalise que je n’ai pas le bracelet que le photographe nous a fourni pour nous identifier et faciliter son travail de tri. Je fais demi-tour vers la tente et je trouve au pied de mon lit mon road book… Ben c’est vrai ça pour une course d’orientation, ça ne sert pas à grand-chose ce genre de document ! Mon bracelet est évidemment déjà dans mon sac mais sans ça je serai partie sans. Question matos pour faire très court : sac oxsitis, jupe kalenji trail, tee-shirt quechua, manchons  ink’burn pour aller avec et surtout me protéger les bras, et l’apothéose, aux pieds une paire de hoka pas faites pour ça et trop petites pour des courses dans le désert où la température au sol grimpe vite pour atteindre les 40°. Je n’ai évidemment pas de guêtres de sable (ben pourquoi faire ? Y a du sable ?) et des chaussettes icebreaker assorties à mon tee-shirt ce qui ne sert évidemment à rien puisqu’on ne les voit pas.

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Allez c’est parti kiki ! Le départ est donné et tout le monde part comme des boulets de canon sauf bibi qui de toute façon est bien incapable d’aller plus vite. Nous faisons un tour d’honneur du camp avant de plonger dans ce qui va être la réalité de notre terrain de jeu pour les jours prochains : des dunes à perte de vue. Bon l’avantage quand tu es à la fin du peloton au départ c’est que le routage est nettement plus simple : tu suis les autres ! Je sais que ça ne va pas durer alors j’en profite. Je tente de prendre un simili rythme mais je comprends vite que sur cette course, je ne vais rien dominer, c’est la nature qui va prendre le dessus et violemment. J’ai du mal pour le moment à encore réaliser que j’envisage le plus sérieusement du monde de rentrer au camp jeudi midi alors que nous sommes seulement lundi matin… Pauvre fille tiens ! J’ai déjà 17km à faire pour rejoindre le premier CP et j’ai l’impression d’agoniser. J’ai remonté un peu le peloton et alors que je papote avec un coureur (qu’il m’excuse s’il lit ce texte, je ne sais plus qui c’était), je fais la connaissance de Thibaut qui marche devant nous. C’est l’autre local de la troupe. Ah oui je résume pour que vous puissiez suivre et je vous présente les forces en présence : un groupe de 6 légionnaires basés sur Abu Dhabi qui sont engagés sur le 100 (c’est pour aller avec le sable chaud mais je n’ai jamais entendu Edith Piaf !), un groupe d’émiratis eux aussi sur le 100 et donc Thibaut qui travaille sur place pour l’un des partenaires de la course. Je ne le sais pas encore mais il va jouer un grand rôle dans cette aventure.

Nous perdons notre compagnon et continuons notre balade en faisant connaissance avec la base : travail, famille (même nombre d’enfants ça créé un lien tout de suite !), patrie… En 10 minutes, nous savons la base à retenir. Mais Thibaut a surtout deux qualités exceptionnelles pour ce genre d’aventure : il connait les dunes, c’est son terrain de jeu et très vite il décide de m’apprendre à « les lire », à savoir où passer pour trouver le sable plus dur qui évite qu’on s’enfonce de 40 cm et qu’on s’épuise à tenter seulement de marcher, la ligne droite n’étant pas forcément la meilleure route à suivre. Autre qualité et pour moi ça tient même du miracle : il possède dans son ventral une réserve de légumes crus et frais ! Ok ça manque de sauce crudités mais sacrebleu que c’est bon ! Me retrouver assise en haut d’une dune à faire une petite pause pour vider mes pompes en grignotant des mini carottes échangées contre des chouchous, j’adore. Nous avançons tranquillement (c’est le moins qu’on puisse dire !) et déjà je prends conscience d’un truc : le 200 est totalement inaccessible pour moi. Nous arrivons au CP1 avec la ferme intention de prendre un peu de temps pour manger et ma décision est déjà prise. Je suis totalement affolée quand je vois l’état des coureurs qui s’échouent littéralement dans les tentes qui pourtant offrent une petite oasis en plein désert. C’est totalement incroyable : tapis au sol, coussins, et histoire de compléter le tableau deux faucons prêts à aller chasser tranquillement installés à côté de leurs maîtres qui nous attendent. Question dépaysement là pour le coup on est servi ! Je découvre en arrivant que Sharon, coureuse anglaise qui devait gagner sur le 200 a déjà rendu son dossard, suite à de gros soucis respiratoires, un légionnaire s’est perdu et sera disqualifié puisqu’il rentrera au CP en 4×4 (pour info, il partira avec le premier et finira sa course sans dossard). Pascale arrive et je la sens totalement sonnée, Sydney et Marie George sont derrière, je ne les verrais pas de la course. Mais où suis-je tombée ?

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La sapka c’est ça…

Je soigne mes pieds, j’ai déjà des ampoules, je sais que je vais vivre l’enfer… Je secoue un peu Thibaut qui referme son tupperware de salade en vitesse pour me suivre. Nous avons un objectif : atteindre le CP2 avant la nuit, diner tranquillement et repartir à la nuit tombante pour rejoindre le CP3 où nous dormirons un peu. Oui pour une fois j’envisage totalement de dormir un peu tellement l’effort que nous devons fournir pour avancer nous fait puiser dans nos réserves. Nous avons le droit quand même à de petits répits avec des parties qu’on pourrait qualifier de roulantes qu’on appelle la sapka. Il faut y voir du sol extrêmement dur, cassant avec des irrégularités qui ne permettent pas non plus de dérouler comme je le souhaite. Mais bon là au moins on peut aller tout droit ! Même si nous parlons de temps en temps, je nous trouve bien silencieux par rapport à certaines courses que j’ai pu faire, conscients je pense qu’il faut garder notre énergie à avancer. Nous luttons aussi contre l’invité surprise du jour : un vent de sable d’une force qui me fait regretter de ne pas avoir carrément pris un masque plutôt que mes lunettes de soleil. J’avance le visage protégé par mon buff, le sable fouette mes jambes nues, je ne suis pas au ciné à regarder « 50 shades of Grey » mais ça y ressemble fermement. J’ai l’impression que chaque pore de ma peau est bouché par un grain de sable. J’en ai partout, c’est l’enfer. Enfin les lumières du CP2 sont là, nous allons pouvoir nous poser un peu, l’objectif est atteint, la nuit n’est pas tombée.

Nous dinons tranquillement, je sors ma soupe miso et mes nouilles chinoises. Je vais rincer mes jambes parce que comble de bonheur nous avons le droit à des toilettes et à une douche ! Je change mes piles de mon GPS parce qu’il est hors de question que je retrouve en rade de ce côté-là. Ce n’est pas parce que je fais la route avec quelqu’un que je lui fais confiance ! J’ai fait ça une fois dans ma vie, confier ma course à un autre et ça s’est très mal fini : je me suis perdue (enfin nous nous sommes perdus) et j’ai fini par rendre mon dossard, vivant ainsi un abandon que je n’ai toujours digéré parce que celui-là n’était pas totalement de ma responsabilité. Depuis, quoiqu’il arrive je ne fais plus jamais confiance à personne. En plus tout cela s’est révélé beaucoup plus facile d’usage que je ne le pensais. Il suffit que tout faire pour que ton petit bonhomme reste sur sa route ! Il y a pleins d’autres fonctions mais je me contente du minimum vital pour atteindre mon port. Surtout que là j’ai un objectif qui m’inquiète un peu : avant de rejoindre le CP3 nous devons trouver une balise et pointer notre carte. Je n’ai qu’une trouille, qu’on galère dans le noir pour la trouver et qu’on se retrouve à faire plus de bornes que prévu, alors que franchement je n’ai pas besoin de ça. Lorsque je la vois enfin à l’emplacement prévu au demeurant je l’aurai embrassé ! Une petite pause s’impose avant d’attaquer ce qui ressemble bien à un monstre de sable, Claudine qui fait la course ou devant ou derrière nous file vers le CP3. Allez hop hop, il ne faut pas faiblir, le duvet n’est pas encore là, il y a 27km d’une traite à faire et nous n’avons fait que la moitié de la distance.

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Des dunes… encore des dunes…

Les choses vont se compliquer lorsque en quelques secondes je ressens une douleur vive sur le talon gauche… Punaise, j’ai déjà le pied droit perclus d’ampoules, franchement ça ne me dit rien de bon. Je m’arrête laissant Thibaut filer devant pour vérifier ce qui se passe et mes pires doutes sont confirmés. J’ai la peau du talon totalement arrachée. Génial… Ma chaussette humide (mes pompes sont des cocottes minute) a glissé, le sable infiltré sur ma peau mouillée (jamais eu des chaussettes aussi trempées de toutes mes courses dans le désert) a joué un rôle de papier de verre. Le mal est définitivement fait, je n’ai plus qu’à remettre ma chaussette correctement après avoir secoué tout ça et prier pour que ça tienne jusqu’au CP. Autre petit souci qui là aussi m’inquiète vraiment : ma température corporelle… Nous sommes en pleine nuit maintenant et elle ne faiblit pas. J’ai le cœur qui me joue aussi des tours et je crains de revivre ce que j’ai vécu au Verbier, une crise de tachycardie telle que seul l’abandon sera alors envisageable. Eh ben mes enfants, ce n’est pas gagné cette histoire… Une chose est certaine : cela conforte ma volonté de dormir un peu histoire de permettre à mon cœur de reprendre un rythme un peu plus régulier. Thibaut est en éclaireur à une centaine de mètres devant moi et pour le moment j’ai juste l’impression que ce foutu camp ne veut pas arriver. Ils l’ont encore planqué où ? Notre objectif de 2h du mat s’éloigne de plus en plus et je commence sérieusement à perdre patience. Je dégaine mon arme favorite : mon lecteur mp3 pour me changer les idées, Canteloup raboules-toi, j’ai besoin de toi là et maintenant !

Quand enfin les lumières de ce foutu camp se confirment au loin, quand enfin nous retrouvons un visage ami à savoir celui du photographe qui doit avoir immortalisé un zombie blond d’un fort beau gabarit, je ne pense qu’à une chose : me coucher ! Je passe au pointage et file sans demander mon reste vers la tente qui abrite quelques coureurs endormis. Le générateur est à côté mais pas grave : je vide mon sac en essayant de faire le moins de bruit possible, je sors mon duvet, file aux toilettes pour un minimum d’hygiène féminine puisque évidemment ce n’est pas la bonne semaine non plus (quitte à avoir des handicaps autant y aller carrément sinon ça n’est pas drôle…) et zou je me mets en boule dans mon duvet. Je ne programme pas de réveil, je m’en fous, je veux juste arrêter de souffrir deux minutes là si c’est possible. Thibaut vient nous rejoindre quelques minutes plus tard, la tente est silencieuse, toujours pas de ronfleurs ! Mais ce Liwa rime donc avec bonheur ?

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Toujours des dunes…

Deux heures après j’ouvre un œil, je suis toujours en vie, mes pieds me font toujours mal mais mon cœur a l’air de vouloir rester calme, c’est toujours ça. Je joue aux pois sauteurs pour traverser la grande tente sans sortir de mon duvet et aller voir du côté de Thibaut ce qu’il fait. Le constat est sans appel, il a besoin de dormir encore un peu. Pas de souci, retraversée en sautillant, je me remets en boule et je replonge. Ce sera la lumière du jour qui me sortira de mon sommeil. Oh punaise… Mais il est quelle heure-là ? Je réveille Thibaut et file me faire soigner les pieds, parce que c’est bien gentil mais je ne suis pas d’ici. Mon compagnon d’infortune arrive à son tour pour ses soins et je sens déjà, même s’il ne le sait pas encore, qu’il va avoir du mal à finir. Il évoque la possibilité de rester ici, je l’encourage, lui explique qu’il faut un peu serrer les dents après avoir remis ses chaussures mais que cela finit par revenir, je le sens moyennement convaincu. Nous finissons par repartir sous l’objectif de la caméra. Je mène la danse, laissant Thibaut retrouver son souffle et j’attaque un nouveau monstre de sable. Je suis officiellement sur le 100km et je veux vraiment tout faire pour arriver avant la nuit au campement. Mais en faisant cela, je vois mon compagnon qui s’éloigne de plus en plus. Je l’ai prévenu lorsque nous avons fait connaissance : « c’est chacun pour sa gueule et on pousse le plus faible dans le fossé ! », moi, l’esprit trail, ça va un moment… Plus sérieusement, ne pas respecter son rythme naturel dans ces conditions extrêmes c’est prendre le risque de ne pas finir à 2. Je préfère le laisser gérer et l’attendre au CP4 tranquillement pour repartir et finir avec lui. Je sors donc mon lecteur et plonge dans ma musique.

Lorsque je finis par me retourner, stupeur et tremblement, je ne le vois plus. Aussi loin que je regarde, je ne vois pas âme qui marche… Eh mince c’est malin ça, je vais l’avoir perdu en plus ! Si ça se trouve il agonise dans d’atroces souffrances, n’attendant que mon coup de grâce d’un coup d’opinel sur sa carotide. Il n’a pas de bol je n’ai pas pris de couteau, j’ai juste mon kit de couverts quechua en plastique ! Bon, blague à part, je m’inquiète vraiment, je m’arrête dès que je suis en haut d’une dune que je trouve toujours plus haute que l’autre et j’attends de longues minutes de voir un point de couleur s’agiter quelque part. Un 4×4 de l’orga conduit par un émirati s’arrête à mon niveau pour prendre des nouvelles. Je le rassure mais lui demande surtout de filer voir où est Thibaut pour vérifier que tout est ok pour lui. Je sais qu’il a un portable avec un abonnement local qui lui permet de téléphoner mais bon dans le doute. Je continue mon chemin pendant quelques minutes et le 4×4 est de nouveau là, il vient me rassurer, Thibaut va bien, il me dit de continuer toute seule comme une grande, il arrive. Cool ! C’est rassurée que je repars de plus belle à l’assaut de ces foutues dunes qui n’en finissent plus… Je crois que personne ne peut mesurer ce que nous avons vécu là au demeurant, déjà parce que nous sommes les premiers et que d’avis général aucune course au monde ne propose un parcours pareil composé à 95% de dunes, pas de dunettes hein, non de vraies dunes immenses que grâce à mes bâtons je n’ai pas à monter à 4 pattes, ce qui n’est pas le cas de certains de mes petits camarades plus optimistes que moi. Depuis mon expérience sur le G2G, je ne fais plus avoir !

Pour la première fois je navigue totalement seule et j’avoue pour le moment je ne suis pas spécialement douée à l’ouvrage. Mon petit bonhomme n’a pas l’air du tout décidé à rester sur sa route, il va de droite à gauche mais refuse de m’obéir et croyez-moi ça m’énerve. Je finis par agrandir l’échelle histoire de savoir où je dois aller après le point 38 et je me dis que de toute façon si je vise le 39, ce sera très bien aussi. Sauf que pour en arriver là, il va me falloir affronter de sacrées difficultés qui commencent à m’épuiser. Mes pieds me font souffrir le martyr (point positif : je ne risque pas de m’endormir !) et je n’en vois pas le bout. Il fait évidemment très chaud, le vent souffle de temps en temps histoire de me fouetter les jambes, non mais franchement qu’est-ce que je fous là ? Il est temps de me ressaisir parce que là ça sent la bérézina, je dégaine donc l’arme ultime, le truc qui va faire de moi une traileuse heureuse et motivée : le dernier album de Taylor Swift ! Et croyez-moi sur parole, ça a « shaké » grave dans le désert. Comme à ma vitesse je peux non seulement parler mais surtout chanter, les dunes ont dû sérieusement se demander ce qu’il leur arrivait là ! J’ai un objectif secret : chanter tellement fort et faux qu’avec un peu de chance un orage se déclenche pour me refroidir un peu et surtout mouillé ce foutu sable pour qu’il arrête de s’échapper sous mes pieds.

Bon Taylor ou pas, je continue de jardiner moi… Je finis par m’énerver et décide d’attaquer la descente d’une dune haute comme celle du Pilat pour aller rejoindre la terre ferme. Logiquement le CP est dans le coin, même si je ne vois pas encore. Mais sur la sapka il sera plus facile pour moi de refoutre ce crétin de petit bonhomme sur sa saleté de route. Je trace, et enfin les tentes du CP sont là ! J’arrive sourire aux lèvres surtout que j’entends pour m’accueillir : « tu veux un coca frais on vient de nous en amener ». Le dieu de l’ultra existe et il a décidé d’être gentil avec moi et d’exaucer ma prière. Ma pause déjeuner sera aussi longue qu’il le faut, le temps que Thibaut me rejoigne et qu’on reparte ensemble vers l’arrivée. Mais la nouvelle tombe vite : il a appelé l’orga pour qu’on vienne le chercher, il a abandonné… Fais chier… Pas très poli tout ça mais c’est quand même ce que je pense… Evidemment tu te dis que tu aurais dû rester avec lui et patati et patata mais franchement, je ne pensais pas qu’il ferait ça. J’imaginais très bien le voir arriver fatigué au CP4 mais on l’aurait nourri, soigné, requinquer et on serait reparti ensemble pour finir quel que soit notre temps. Je suis donc officiellement seule en route. Je fais soigner mes pieds, je me pose deux minutes, je vais lui faire coucou alors qu’il arrive pour lui dire au revoir et lui promettre que je vais tout faire pour arriver à 18h30 heure où on vient le chercher sur le camp (mais bien sûr, crois-y ma poule…). J’enfile mon sac sur le dos et alors que je suis sur le départ j’entends « Baudouin s’en va » et moi grande folle que je suis, je réplique « attends-moi, j’arrive ». Mais que n’avais-je pas dit là…

J’entends alors « ah non moi je cours seul, il est hors de question que tu partes avec moi ». Pendant une fraction de seconde, je crois qu’il y a un smiley caché dans la phrase mais à la vue du regard bleu glacier qui me fusille derrière les lunettes de soleil, aucun doute, il est sérieux… Et je fais quoi moi exactement ? Je retourne au camp et j’attends que Monsieur le berbère suisse ait pris le large dans sa dune privatisée ? Thierry un coureur qui a rendu son dossard à ce CP sort de la tente pour « venir prendre ma défense » tellement il est scotché de la phrase qu’il a entendu. Franchement la situation m’amuse au plus haut point en fait. J’entends tout haut ce qu’il pense tout bas : « je n’ai pas fait tout ce chemin pour jouer à « psychologie magazine » avec une pauvre blonde qui ne doit pas savoir se servir de son GPS, qui a peur toute seule et qui va me bassiner avec ses 4 moufflets et ses 4 chats ». Il est vrai que sous la tente avant le départ j’étais relativement stressée mais bon jusqu’à preuve du contraire, je suis bien arrivée à ce CP toute seule comme une grande non ? Oh et pis zut à la fin, pas envie d’argumenter avec Monsieur Bougon, je lui dis que je ne compte pas lui adresser la parole, je m’installe 5 m derrière lui et nous partons en silence. Franchement, je pouffe dans mon buff de cette situation totalement incongrue et là, si je n’avais pas eu les pieds dévastés, je crois que j’aurai été capable de basculer sur le 200 rien que pour le taquiner ! L’apothéose n’est pourtant pas encore atteinte puisqu’à un moment où nous avons le choix d’aller ou à droite ou à gauche pour attaquer une dune immense, nous partons chacun de notre côté. Je vous jure, je regrette que la scène n’est pas été filmée ! Nous finissons par nous retrouver et je tente de le rassurer en lui disant un truc genre « à la balise 3 tu es débarrassé, je pars sur le 100 de toute façon ». Et là j’entends « ouais ben cette balise elle est à au moins 3h ».

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Nous allons donc rejoindre cette foutue balise en veillant bien à tout faire pour nous éviter tout en restant à une dizaine de mètres. C’est cool au moins ça m’occupe l’esprit cette rigolade ! Enfin la balise est là, et un truc de dingue se passe, il me propose de pointer ma carte avant de s’occuper de la sienne. Quelques secondes plus tard débarquent Claudine et Laurent et là je me dis qu’il va nous faire une dépression nerveuse et tenter de s’étrangler avec les tuyaux de ces bidons… 3 personnes ça va être trop pour lui d’un coup ! Claudine se marre en me voyant, elle m’appelle « la gardienne de la balise », à chaque fois qu’elle en voit une, je suis forcément à côté. Nous repartons donc tous les trois à gauche (puisque nous avons tous basculés sur le 100) et nous laissons partir Monsieur Bougon à droite. Allez, vas chercher bonheur ! Tu vas être au calme maintenant. J’avoue un petit pincement au cœur parce que moi aussi dans l’absolu je serai bien allée à droite. Mais je pense à tous les messages que j’ai reçu qui me parlaient de rester dans le plaisir et 100km de plus n’auraient pas pu se faire dans le plaisir, cela ne fait aucun doute.

D’un duo je repars en trio, même si très vite il faut se rendre à l’évidence, je n’arrive pas à tenir la distance. Ils vont trop vite pour moi… Et j’ai un gros souci, mon GPS a planté et n’a pas l’air du tout décidé à basculer sur le parcours du 100 malgré les instructions que j’ai suivi à la lettre. Pour le moment tout va bien, mes compagnons de route sont juste devant moi, je ne risque pas de me perdre mais ça m’énerve. Au bout de quelques km j’ai besoin d’une pause et je décide de profiter de mon arrêt pour recommencer la procédure. J’éteins la bestiole, la rallume et là oh miracle, le petit bonhomme a l’air bien décidé à rentrer au camp avec moi. Je vais en plus croire Jean Marc dans un 4×4 qui me fait un petit briefing sur la route qui me reste à parcourir et qui surtout m’annonce plus de 6km, moi qui me voyais à 2km max. Je reprends un peu d’eau pour être sure d’aller au bout et je repars, le soleil baisse dans le ciel et je veux arriver avant la nuit. Comme prévu la route que nous devons traverser est enfin là et comme toujours après ce genre de parcours j’apprécie de pouvoir avancer un peu sans réfléchir. Seulement la pause est de courte durée, je ne comprends pas où je dois aller. Je pensais avoir juste à couper la route mais mon bonhomme a l’air de vouloir rester dessus. Je suis fatiguée, épuisée nerveusement et je finis par craquer. De toute façon quoi qu’il arrive maintenant je vais finir, je pleure nerveusement pendant 2 ou 3 minutes, je me ressaisis, m’essuie le nez dans mon buff (amis de la poésie bonjour !) et je repars de plus belle. J’avais retenu que je devais traverser une partie de sapka mais j’aperçois au fond un monceau de dunes que je n’avais pas le moins du monde envisagé. Et surtout la nuit tombe tellement vite que j’ai l’impression qu’on a appuyé sur l’interrupteur.

Ok, on arrête les bêtises, je m’arrête pour sortir ma frontale. Et forcément, je vous le donne en mille, elle ne veut pas s’allumer… Pas de problème, j’ai ma seconde lampe dans mon sac, qui n’a pas servi depuis le G2G et je vais vite le regretter… Elle est en veilleuse rouge, pas du tout décidée non plus à m’éclairer. Changer les piles, nan mais franchement je ne pouvais pas faire ça tranquillement au CP au lieu de papoter ? Je sors mon 3ème petite lampe quechua de secours (parce que pour ce truc-là je suis organisée !) pour m’éclairer et je change rapidement tout ça. Je referme mon sac et je file vers les dunes. Je constate totalement dépitée que l’éclairage n’est pas vraiment le même et que je vais bien galérer pour me sortir de l’enfer sablonneux qu’il me faut affronter avant le paradis de la ligne d’arrivée. Franchement je suis à bout, à fleur de peau, je veux finir vite là. Je n’avais pas envisagé une seule seconde finir à la frontale et ça me fout le bourdon. J’essaye de lire les dunes comme je peux histoire de ne pas trop en rajouter mais j’ai bien conscience que je suis en train de jardiner grave… Enfin à ce stade ce n’est plus du jardinage de bas étage, c’est du Lenotre (et pas le pâtissier, hélas pour moi !)… Dommage que j’ai oublié les grandes eaux de Versailles, ça m’aurait fait du bien ! De temps en temps j’aperçois une frontale et je suppose que ce sont mes compagnons mais très vite je suis dans le noir complet. Enfin pas trop longtemps, les lumières du camp sont là au fond, il ne me reste plus qu’à tracer tout droit quoiqu’il arrive parce que là je veux finir. Je vais plonger dans des gouffres de sable, qu’il me faudra regrimper, me laissant essouffler arrivée en haut.

Enfin le camp est en vue, il est là en bas d’une dune monstrueuse, j’aperçois deux frontales à ma gauche que je pense être celles de bénévoles qui m’indiquent qu’il faut faire le tour mais j’en ai trop marre, je me jette littéralement dans le vide, j’arrête les détours, je veux ma douche ! La corne de brume me confirme que je suis attendue en plus. Je franchis enfin cette foutue ligne avec le sourire et je découvre Claudine qui clairement vient de finir, Laurent est déjà assis par terre. On se tombe dans les bras, j’embrasse Jean Marc, Michel nos supers organisateurs et après deux ou trois déclarations de la plus haute importance à la caméra du genre « ben, 100km ça suffit ! », je file vers la tente où je l’espère m’attend une superbe canette de coca bien glacée. Alors que je pose le pied sur le tapis, j’entends « ah notre première féminine sur le 100 ! ». Quoi ??? Immédiatement je réponds « ben non Claudine est arrivée juste avant moi », d’ailleurs elle vient de me rejoindre et je l’informe de la nouvelle. Elle comme moi étions à des années lumières d’imaginer que nous étions en train de jouer le podium. Tout de suite elle dit « ben mince si j’avais su je t’aurais attendu, c’est ridicule, on aurait passé la ligne toutes les deux, surtout qu’on s’est suivi tout le temps ». Et finalement l’organisation tiendra compte de cet écart de 3 minutes à peine pour nous récompenser 1ères ex aequo, ce qui est vraiment une très grande fierté pour moi et un honneur que Claudine m’accepte à ses côtés.

Voilà c’est fini… Même si j’ai un pincement au cœur de n’avoir pas eu le courage ni la force de finir le 200, le moment où j’enlèverai mes chaussures me confortera dans mon choix. De nouvelles ampoules énormes sont apparues sur mon talon droit, je n’ose pas imaginer le massacre si j’avais persisté. En fait non, je suis furax après moi… En la gérant tranquillement je pouvais finir dernière du 200 mais ça ne comptait pas pour moi, dans ce genre d’aventure ce qui compte c’est finir, point barre. C’est uniquement un problème matériel qui est à l’origine de ce qui reste un échec pour moi-même si l’organisation a eu la bonne idée de nous offrir cette solution de replis. Je ne m’attendais pas à vivre un truc pareil, et je crois pouvoir dire qu’aucun participant ne s’y attendait. Quand tu entends des mecs te dirent « ce 100 là c’est plus dur que la 333 » tu te dis que tu es face à un monstre d’un fort beau gabarit. Et je ne parle même pas du marathon des sables qui est renvoyé au statut de course pour retraité traileur… Le dénivelé est de 8700 sur le 200 et d’environ 4000 sur le 100, et grimper des dunes en plein cagnard, c’est autre chose que la 6000D c’est moi qui vous le dis !

Alors que je pensais passer ma première nuit seule au camp, je dois à mon grand regret partager la tente avec Daniel qui n’a pas fini, ce qui me désole pour lui. Bon nombre de mes compagnons de route n’ont pas pu finir et des bien plus aguerris que moi, c’est la dure loi de l’ultra trail où rien ne pardonne. Nous attendrons le lendemain matin l’arrivée surréaliste d’Alban le vainqueur du 200 et son poursuivant, notre pâtissier de Dubaï mettra plusieurs heures de plus pour rallier le camp de base. Les jours vont s’égrainer ainsi aux rythmes des arrivées jusqu’à ce que Baudouin, Monsieur Ronchon clôture cette aventure incroyable qui inaugure mon année 2015. Je vous rassure, il s’est excusé de sa réaction un peu brutale au CP4. Ce qui m’amuse c’est qu’en plus nous avons la même vision de ce genre d’aventure. Alors qu’il se reposait une bière fraiche à la main, on lui a demandé à quoi il avait pensé pendant ce qui tient d’une réelle épopée, et il a répondu « à rien, je fais le vide dans mon esprit ». C’est tellement ce que je cherche également, ce reset, ces quelques heures, jours parfois qui te permettent de remettre les compteurs à zéro, voir effacer le disque dur pour pouvoir mieux repartir, affronter une réalité qui parfois nous échappe, qui ne nous convient plus mais nous rend esclave, incapables de couper les chaines. Avec le recul j’ai adoré cette épreuve totalement hors norme, et oui je peux le dire dès maintenant, même si ce ne serait pas très raisonnable, j’ai comme un 200 qui me trotte déjà dans un coin de la tête…

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Je savais bien qu’il y avait la mer au bout !