7 marathons, 7 continents, 80 jours : Episode 3 – Tahiti

Marathon de Tahiti, bienvenu au Paradis…

On me l’avait dit, on m’avait prévenu, Jacques Brel et Gauguin s’y sont perdus, et moi comment allais je vivre cette expérience ? Tout est dit dans le titre de ce compte rendu ! Alors que je déteste l’avion et que j’ai du traversé 2 océans pour arriver ici, le charme a immédiatement opéré et une chose est sure : je reviendrai !

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Moi je ne bouge plus d’ici !

Pourtant à l’instant où j’écris ces premiers mots, la veille du 3° marathon de mon périple, il pleut. Mais ici quand il pleut, il pleut vraiment ! Une pluie lourde, chaude, qui vous transforme en un instant en Miss tee-shirt mouillé du camping des flots bleus. Pourtant j’adore cette pluie de mousson, qui rafraîchit l’air en un instant. Le ciel devient lourd, noir en quelques secondes. Si quelques gouttes s’annoncent précipitez-vous à l’abri, vous n’avez que quelques instants avant d’être trempé comme jamais. Ce matin, j’en ai fait l’amusante expérience sur le bateau qui m’emmenait à Moorea. J’étais bien sur tout en haut, sur le pont avant pour profiter de la vue. Un léger crachin commence et là tout le monde fuit se mettre à l’abri. Moi naïve me moque d’eux gentiment : « eh ben dis donc, ils sont en sucre les tahitiens ? Heureusement que nous les bretons ne sommes pas comme eux, sinon nous ne sortirions jamais de chez nous. » Je n’avais pas encore fini cette phrase que j’ai eu l’impression que quelqu’un là haut tirait la chasse d’eau ! Les 2 voyages nécessaires pour mettre mes bagages à l’abri ont rendu ma jolie petite robe sage, bleu marine, genre pensionnaire du couvent des petits oiseaux totalement indécente ! Madonna n’a qu’à s’accrocher aux fils de son dernier lifting, Cécile arrive… Le temps que nous accostions, la pluie avait déjà cessé et j’ai pu rejoindre la terre ferme morte de rire de mon expérience avec des commentaires du style : « vous n’êtes jamais venu ici vous ! ».

Alain Nardy, celui qui s’est occupé de tout pour ma venue à Tahiti est là pour m’accompagner à mon hôtel puisqu’ils m’ont fait la surprise de me réserver une chambre pour me permettre de profiter à plein de ce marathon. Ils m’ont offert un séjour dans un hôtel de rêve au bord du lagon avec bungalow, lit de quoi y mettre 3 Ken sans se gêner la nuit et comble de bonheur un jaccuzzi dans mon petit jardin privé. Bon là ça ne va pas être facile de se plaindre et de dire que la vie de marathonienne autour du monde c’est trop dur ! Vendredi après midi direction le  village marathon pour aller récupérer mon dossard et retrouver un copain que je ne connais que virtuellement via une communauté de coureurs que son job a eu la bonne idée d’amener dans les parages. Cette fois nous sommes très loin des grandes messes du Nice Cannes et même du marathon de Marrakech, nous sommes 2… Frédéric est breton comme moi et il aime les caramels au beurre salé donc c’est mon ami ! Photo face au lagon, y a-t-il quelqu’un pour nous plaindre ? Non toujours pas ? Arrivée sur place je découvre que je vais avoir le droit à un accueil en fanfare avec les élites puisque je suis invitée. Je dois bien reconnaître que je suis un peu gênée de me retrouver auprès d’eux, enfin surtout d’elles puisqu’il y a un élite homme et 2 femmes dont la gagnante traditionnelle. Je reçois comme eux une ceinture genre Miss France ornée d’un superbe coquillage gravé. Je suis aux anges !!! D’ailleurs, je vais garder ma ceinture tout le dîner…

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La baie de Mooréa, tu fais le tour et tu reviens… pas très compliqué !

J’en profite pour faire un peu connaissance de mes « collègues ». Ce sont de vraies championnes elles alors autant dire que ma seule chance de les approcher et de pouvoir leur parler c’est maintenant ! Elles sont adorables et je papoterai avec la « métropolaise » (je ne suis pas sure que ça se dise ça…). C’est une ultra qui fait partie de l’équipe de France féminine de 100 km. Allez juste pour rire, le jour de son record elle a couru son 100 bornes en 5h de moins que moi ! Mais comme toujours avec les grands champions elle est charmante et comme elle était au courant de mon projet elle n’a pas été trop surprise quand je lui ai dit que je partais sur 4h.

Pasta party où je tente la sauce aux fruits de mer délicieuse et spectacle de danse traditionnel. Et il faut rentrer parce que demain on se lève ! Je mets mon réveil à 2h, je programme mon téléphone à 2h15 et je demande à la réception de m’appeler à 2h30. C’est dire la confiance que je me porte. Bien sur je vais être réveillée naturellement à 1h55 et lorsque la réception appellera, je serai en route pour le petit déjeuner. Ambiance surréaliste de coureurs à moitié endormis qui essayent de se rappeler pourquoi ils sont là devant leur bol de café alors qu’ils pourraient être dans leur bungalow dans leur grand lit à trois oreillers. Au bout de quelques minutes je commence à discuter et l’effet « dépêche de Tahiti » fonctionne à plein régime. On sait que je suis la folle qui vient de France et qui fait le tour du monde. Ce qui est vraiment très sympa c’est qu’au long de la course, je n’aurai que des encouragements des coureurs et cela me va droit au cœur. Tout en grignotant mon gatosport je fais connaissance d’Arnaud qui a la chance de vivre à Tahiti et qui va courir son 2° marathon en espérant passer cette fois sous les 4h. 2 de ses amis coureurs sont là pour le semi qui part une demi-heure après nous. Je rate la navette pour le départ et c’est avec eux que nous partons à 4h du matin, relativement en retard… Je vais terminer de me préparer en catastrophe à l’arrière de la voiture devant le regard assez circonspect des garçons devant le volume de mon sac de sport : « ah tu repars directement à l’aéroport ? ». Non les garçons c’est juste pour ma course et surtout l’après course donc il y a un paréo, un maillot et un nain de jardin… ». Comme nous sommes décidemment très en retard ce sont d’ailleurs eux qui vont se charger d’emmener mon sac au vestiaire et je les en remercie ici publiquement si par hasard ils venaient lire ces quelques lignes. Nous fonçons rejoindre la ligne de départ située à 500 m et je retrouve Frédéric et Patrick qui a eu la gentillesse d’assurer l’accueil sur l’île de Tahiti et que surtout je vais retrouver en Antarctique (bonjour l’amplitude thermique pour lui !). Ils envisageaient tous les 2 d’appeler l’hôtel convaincus que je n’avais pas entendu mon réveil. Oh miracle il y a des toilettes et personne devant. Je vais donc pouvoir faire pipi tranquille à 5 min du départ. Quand je vous dis que le marathon de Tahiti rime avec paradis !!! Bon ce n’est pas tout ça mais je suis venue pour courir et je vais me retrouver en 2° ligne juste derrière celui qui va gagner le marathon. C’est d’ailleurs le seul moment où je vais être à quelques centimètres de lui ! Le départ est donné et c’est parti, nous nous élançons tous dans la nuit pour 42 km et 195 m à longer la mer. Le parcours est simple : il emprunte la seule route qui existe. Tu ne risques pas de te perdre. Tu fais 21 km dans un sens, tu récupères un chouchou rouge pour prouver que tu es bien allé jusque là et tu repars dans l’autre sens. C’est d’ailleurs une bonne idée ce principe puisqu’à l’aller nous longeons la mer dans le noir, devinant au fur et à mesure la beauté du paysage qui s’offre à nous pour voir le jour se lever au fur et à mesure. Le retour nous permettra de découvrir les 2 baies sous d’autres lumières. Je suis Arnaud bien décidée à tenir le rythme plutôt soutenu qu’il tient sans problème.

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A Mooréa, tu te trouves un terrain, deux ou trois poulets sauvages, tu pèches… t’es heureux !

Nous avançons et je comprends très vite quelque chose : il va faire chaud… Je suis à peine arrivée au 1er ravitaillement (il y en a tous les 2,5 km et ils sont tous les bienvenus !) que je dois me rendre à l’évidence : je suis déjà trempée ! C’est la première fois que je vais faire un marathon en m’épongeant, que dis-je en me douchant littéralement à chaque fois. Et je pense que l’humidité ambiante est telle que je ne vais jamais sécher entre deux arrosages. Bon le plus surprenant pour moi c’est quand j’entendrais Arnaud me dire : « il fait un peu frais non, tu ne trouves pas ? ». « Euh là il fait au moins 20°, pas de quoi sortir une polaire non plus… ». Cette réflexion m’inquiète au plus haut point parce que je me dis que si à cette température, ils trouvent qu’il fait froid, c’est comment quand il fait chaud pour eux ?

Nous continuons à papoter tranquillement bercés par le bruit de la mer. Je l’avais prévenu que j’étais relativement bavasse comme fille, il n’avait donc pas pris son lecteur MP3 ! Je suis donc obligée d’assurer le service… Quand il me donne nos temps de passage je réalise que nous allons beaucoup trop vite pour moi. Pourtant je suis bien, je me régale de découvrir ces paysages à couper le souffle. La première baie, celle injustement appelée Cook alors qu’il n’y a jamais mis les pieds est déjà là. Je sais qu’il y en a une autre juste derrière et surtout je sais que nous allons découvrir la petite difficulté du parcours. Il y a une petite descente tout à fait sympathique à l’aller qui peut se révéler beaucoup plus traître au retour puisqu’elle se situe au 30° km, un peu au moment où tout commence à devenir difficile.

CIMG1527 Le lendemain pour décrasser, vous pouvez aller vous balader avec les requins… 

Les kms filent à la vitesse de la lumière. Très honnêtement ce premier semi je ne l’ai pas vu passé. D’ailleurs je le boucle en 1h52 avec une facilité déconcertante pour moi. Maintenant je sais que le retour va être une autre partie de rigolade. Le soleil est là et même si pour l’instant il est gentil avec moi, j’en viens à me dire qu’une bonne pluie serait la bienvenue ! C’est là que je vais perdre Arnaud. Je sens qu’il en a sous le pied et il veut battre son record. Il part donc rattraper le coureur de devant tout en me promettant d’être là à mon arrivée. Je vais dorénavant courir seule le 2° semi, ne trouvant finalement jamais quelqu’un avec qui partager un petit moment. Mais bon pour l’instant tout va bien. Je me dis que j’aurais peut être du prendre mon lecteur moi aussi et je réalise qu’écouter la nature ambiante vaut tous les musiques du monde. Je m’arrête toujours consciencieusement aux ravitaillements où les bénévoles sont là, adorables et souriants, avec toujours un petit mot d’encouragement à l’égard des coureurs bien agréables. Ce sont souvent nos seuls spectateurs il faut bien le reconnaître. D’un autre côté il est à peine 6h du matin quand je repars sur mes pas, ceci explique sûrement cela ! Je bois de l’eau, du coca de temps en temps et je louche vers l’ananas frais en me disant qu’il vaut peut être mieux être raisonnable pour l’instant. 30° km, la petite côte est là et la fatigue aussi… Comme il y a un ravitaillement juste en bas, je prends ce prétexte pour la monter en partie en marchant histoire d’avaler mon gel et de boire un peu pour limiter la fatigue inutile. De toute façon je suis dans mes temps et comme je le dis souvent : entre marcher à 7km/h ou courir à 8, la différence ne vaut pas le coup qu’on se grille. Je repars à mon rythme tranquille, le nez en l’air à me remplir les yeux de la beauté du paysage tout en ayant conscience que cela va devenir difficile. La chaleur monte, monte et je commence à presque être gênée pour respirer. Je ressens les premiers signes que je n’avais pas écouté assez tôt sur Millau alors ni une ni deux je vire mon soutien gorge ! C’était bien la peine de l’embarquer !!! Tout de suite je vais mieux mais je vais vite déchanter au ravitaillement suivant quand je vais m’arroser généreusement. L’eau coule vraiment le long de mon dos et la douleur est telle que je comprends que je suis brûlée par les frottements derrière. Avec le soleil qui tape sur mes bras je vais finir rouge comme un homard à l’armoricaine moi… Mais bon j’avance, doucement mais sûrement. Je sais bien que je ralentis, c’est l’évidence même mais je refuse de regarder mon chrono pour l’instant. De toute façon je suis incapable d’accélérer alors à quoi bon se mettre le moral dans les chaussettes pour rien ?

CIMG1540 ou donner à manger à des raies très mal élevées qui viennent sur la plage réclamer !

35° km et là ça commence à sentir la retraite de Russie. La chaleur devient, à mon goût, trop étouffante et je me marre au fond de moi-même. Quand je pense que je rêve de courir la Badwater, je me dis qu’il va vraiment falloir que je m’habitue à courir par des chaleurs un peu plus sérieuses que celles que nous avons en France et je comprends mieux pourquoi Patrick a fini 7° sur cette course prestigieuse. Son terrain de jeu favori est un avantage certain pour la préparation de ce type d’épreuve. Enfin moi je n’en suis pas là et je dois déjà finir ce foutu marathon qui commence à devenir long. Je décide de passer sur du cyrano pour limiter la casse. Je sais que j’ai un marathon 8 jours après alors il faut savoir ménager sa monture. En plus ça m’aide à tenir un rythme et je pars comme pour Millau : 9 min courues pour 1 min marchée. Ca me permet de reprendre un peu de vitesse jusqu’au 38° environ et là patatras : plus de jambes… Heureusement tel un chevalier débarquant sur son cheval blanc (enfin plutôt accompagné d’un copain à vélo…) Laurent arrive. Militaire de son état, il n’est pas à la joie non plus. Nous décidons donc de vivre notre calvaire ensemble. Il a des crampes qui l’obligent à s’arrêter régulièrement mais il a un mental en béton armé qui le fait avancer coûte qu coûte. Ah oui j’y pense j’ai oublié de vous dire que nous courons sur une route et qui dit route dit voiture. Autant bien sur au petit matin il n’y avait personne, autant là ça commence à rouler. A ma grande surprise ça se passe très bien. Bien sur ce n’est pas le périphérique non, mais à aucun moment je ne me sentirais gênée par les voitures qui me doublent. Tout se passe dans le calme sans qu’il y ait besoin que la gendarmerie intervienne. Laurent sait que je suis en train de faire mon tour du monde et il essaye de me faire raconter un peu mais je dois dire que j’ai de plus en plus de mal. Pour compléter le tableau, j’ai un point de côté maintenant. Enfin point de côté je ne sais pas exactement. Disons que cela peut être aussi mes problèmes de filles qui se rappellent à moi… Maintenant au ravitaillement je m’offre de l’ananas fraîchement coupé. De toute façon je suis si prêt de l’arrivée que cela ne peut plus me faire de mal. Laurent a l’air d’avoir un coup de mieux et il part devant histoire de rattraper un de ses collègues. C’est assez étonnant cette fin puisque nous allons avec quelques coureurs passer les 3 derniers km à nous doubler encore et encore. Il y en a un que j’ai du dépasser 10 fois au moins ! Enfin le 41° est là et je ne pense plus qu’à une chose : la plage, le lagon, mon maillot de bain ! Nous quittons la route pour rejoindre le village marathon au bord de l’eau et déjà j’entends le micro. Alors bien sur je cours un peu mieux, je me redresse, enfin j’essaye et je tente de donner l’impression que ma foulée est légère, légère (je fais mon Philippe Albinet quoi pour ceux qui le connaissent) ! Enfin elle est là cette saperlipopette de ligne d’arrivée et Arnaud aussi d’ailleurs. Il a tenu sa promesse et j’apprends à sa mine réjouie qu’il a explosé son record précédent en 3h43. Heureusement que je n’ai pas essayé de le suivre parce que moi je me serai retrouvé dans la tente des secours. J’avance, je prends à boire, nous papotons et là je réalise que je n’ai pas ma médaille ! Je retourne sur mes pas pour récupérer mon du surtout que là franchement elle vaut le coup. Un collier avec un coquillage gravé qui pourrait se porter sur une jolie robe en été sans aucun souci tu penses bien que je la veux ! Arnaud me quitte pour rejoindre son hôtel et moi je vais enfiler mon maillot de bain. C’est fou quand même cette histoire parce qu’à peine une heure après mon arrivée je serai là tranquille dans le lagon à discuter avec Patrick arrivé bien avant moi comme si de rien était. Je découvre d’ailleurs que j’ai une ampoule, ma foi d’un fort beau gabarit sur le gros orteil que je ne sentais pas.

J’attends tranquillement Frédéric que je ne vois toujours pas et cela commence à m’inquiéter. Il va finir en 5h avec le sourire finalement. Comme il me le disait en rigolant : « j’allais plus vite en marchant qu’en courant, alors j’ai arrêté de faire semblant ! ». Le seul inconvénient de ce marathon c’est que plus tu cours longtemps, plus il fait chaud, et plus il fait chaud plus c’est difficile. Mais bon tout cela ne nous empêche pas d’aller nous asseoir non sans avoir fait un tour au buffet des fruits frais afin d’assister à la remise de prix. Il y a eu plusieurs courses d’organisées le même jour alors nous attendons sagement que celle du marathon arrive. Enfin c’est notre tour et je me lève pour aller prendre des photos du podium féminin. Pas de grande surprise puisque les 3 favorites sont toutes les 3 sur les marches du podium. Alors que je repars m’asseoir après avoir fait ma photo j’entends : « nous récompensons maintenant les premières par catégorie et j’appelle Cécile Bertin pour la catégorie sénior ». Comme ce classement se fait en dehors du scratch j’ai l’honneur de recevoir une plaque superbe. Bon allez j’avoue : j’étais vraiment, mais alors vraiment très heureuse de cette surprise. Avoir au moins vécu ça sur les 7 marathons de mon tour et en plus à Tahiti je jubile !
Retour à l’hôtel, passage par la douche et traditionnel club sandwich coca post marathon plus tard, je me réveillerais de ma petite sieste réparatrice, heureuse d’avoir rajouté fini mon 3° marathon sur les 7 que comporte mon défi. C’est vraiment à ce jour le plus beau de tous les marathons que j’ai pu courir, comme l’Ile de Mooréa est vraiment l’endroit le plus paradisiaque que je connaisse maintenant. On dit souvent « voir Tahiti et mourir » mais là franchement cette phrase a pris un vrai sens pour moi. J’ai eu la chance de voir quelques pays mais aucun n’arrive à la cheville de cette île. Une chose est absolument sure maintenant : je reviendrai, dans 10 ans, dans 20 ans mais je reviendrai !