Run : Chicago 2024, un marathon, deux médailles pour trois fois plus de bonheur !

Difficile de ne pas finir cette épopée sans un dernier petit récit ! ça y est je l’ai, la grosse médaille des majors est enfin à mon cou… Moi qui avais « juré craché » que les marathons c’était comme Capri, fini à jamais, j’en ai couru 4 cette année, à croire qu’il ne faut jamais dire jamais…

Je sais cela va paraître dingue mais je vous jure que c’est vrai… Ce n’est que très récemment que j’ai réalisé que j’allais enchaîner Berlin et Chicago en seulement 15 jours. Je ne sais pas pourquoi mon cerveau était parti sur les mêmes dates que NY donc un marathon plutôt fin octobre mais pas aussi tôt, c’est certain. J’ai réalisé ça en m’occupant de ma résa d’avion ! Ok, ceux qui me suivent depuis de nombreuses années pourront argumenter, à raison d’ailleurs, que cela ne me faisait pas peur il n’y pas si longtemps mais voilà… J’ai vieilli et mon dos n’apprécie plus trop mes petits délires… Seul point positif dans tout cela, avoir découvert une paire de chaussures qui clairement fait la différence ! Les Adios Pro 4 (les 3 fonctionnaient déjà très bien) ont littéralement changé ma vie et celle de ma scoliose. Dès Londres, j’ai compris que cela allait grandement me faciliter les choses. Certes l’effet carbone est totalement inexistant sur moi mais le confort hallucinant me permet de rester sur la route plus de 5h sans finir en larmes comme ce fut le cas pour mon dernier marathon officiel (je ne compte pas les « virtuels » toujours couru à la cool, mon dernier NY je l’ai même carrément fait en marche rapide, c’est dire !). Le trail m’attire plus que le bitume, la question ne se pose même pas mais ce choix de renoncer à la distance qui m’avait fait chausser mes premières paires de baskets était aussi grandement motivé par un dos qui ne me laissait plus tranquille, pas parce que j’avais « bouclé la boucle ».

Pour qui ? Pour quoi ? Sur quelle étagère…

Alors pourquoi se relancer me direz-vous ? Eh ben sincèrement je cherche toujours ! Forcément il y avait l’envie de clôturer correctement un pan de ma vie sans regret. Si la grosse médaille avait existé à l’époque la question ne se pose même pas, elle serait déjà dans ma cave sur mon étagère à trophées. Mais voilà, si la notion existait, la motivation du truc qui brille à ton cou me manquait et j’ai préféré retourner à New York plusieurs fois, plutôt que de grimper plus au nord. Bref pour dire les choses plus franchement, j’étais jalouse de ma copine Réquia et pis voilà… D’autres diront que c’est peut-être le fait qu’en 2024 je suis devenue grand-mère et que peut être j’avais besoin de me prouver que j’en avais encore sous le capot ! Sans parler du fait que je vis des moments un peu compliqués identiques à ceux que vivent toutes les femmes de mon âge d’ailleurs… Ce sentiment que parfois ce corps qui nous accompagne depuis un paquet d’années continue à n’en faire qu’à sa tête. Je crois qu’encore une fois j’ai voulu lui faire passer un message en mode « toi et tes hormones folles vous pouvez copieusement aller vous faire foutre, c’est encore moi qui commande non mais, et si je veux courir un marathon, c’est pas toi qui vas m’en empêcher ! ». Je pense sincèrement que c’est un peu de tout ça.

Le plus important : arriver parfaitement reposée…

Après cet interlude « psychologie magazine » venons en au fait… J’arrive à Chicago dès le mercredi pour plusieurs raisons : la volonté d’avoir un peu le temps de profiter de la ville que je ne connais pas. J’aurais pu, j’aurais dû faire l’inverse au demeurant, je ne sais pas pourquoi j’ai géré mon voyage comme ça mais on va éviter de trop réfléchir et se dire que c’était écrit et pis c’est tout. Oui bon ok, le vol AF était aussi moins cher 😁. Le package hôtel avec Sports Tour International commençait le jeudi soir, j’ai donc pris un autre hôtel mais je vous ferai un article complet « tourisme » pour ne pas tout parasiter. Mon idée est claire : faire le célèbre Art Museum de Chicago dès le jeudi et aller tout de suite chercher mon dossard pour avoir le temps de récupérer pour le jour J. Je connais les effets secondaires des piétinements et je voulais limiter la casse. Le vendredi j’ai programmé un Food Tour des Iconic de Chicago qui devait se limiter à un mile de marche mais clairement j’explose mon nombre de pas ce jour là aussi. Le samedi on a une visite de la ville en bus, ce qui est une bien belle idée, mais je vais quand même faire quelques pas l’après midi histoire de me dégourdir les pattes. Diner « room service », échaudée par l’expérience berlinoise, je préfère la jouer secure, surtout que mon hôtel propose justement un menu destiné aux marathoniens.

Le jour J est déjà là ! J’ai moyennement dormi mais comme toujours donc je ne suis pas non plus très inquiète. Sport Tour proposait un départ à 4h45 pour rejoindre un autre hotel situé pile devant l’entrée de mon sas avec un petit déjeuner buffet gargantuesque mais j’avoue que je prends l’option « départ tardif » pour me contenter de ce que mon propre hôtel propose : à savoir des yaourts et du granola. Ce n’est pas la première fois que je me contente de ce régime mais depuis plusieurs courses, je suis plutôt protéines à fond avec des œufs, du jambon… Spoil alert : j’aurais du me méfier des changements…
Je pars avec Rachida qui est dans même hôtel et comble de joie dans le même sas que moi. On passe à l’hôtel partenaire dans l’idée de remanger un petit bout et de faire pipi au chaud mais je n’ai pas faim et évidemment nous ne sommes pas les seules à avoir eu la même idée. Devant la queue, on décide de filer rejoindre notre sas, espérant trouver des toilettes pour le pipi de la peur. Je me marre en lui disant qu’au pire je pourrais faire une Depardieu et pisser dans mon gobelet… Je ne savais pas encore que je n’allais pas être si loin de la vérité ! Malgré un nombre colossal de toilettes comme toujours aux USA, la queue est dingue. Souci, contrairement à Berlin, où le départ est donné dans un environnement qui ressemble presque à une forêt, là on est plus proche du jardin du Luxembourg… Mais nous sommes pleines de ressources et nous trouvons un plan B derrière des poubelles !

Et c’est parti pour le show !

L’attente dans le sas peut commencer… J’avoue que ce départ va me décevoir un peu… Je passerais sur l’hymne américain chanté par un homme qui est un peu limite dans les aigus mais surtout je trouve que celui de Berlin était nettement plus festif avec les grands écrans partout pour suivre le départ des élites. Seul avantage, il est très fluide et tu pars tout de suite à ton rythme. Je ne vais pas vous faire un débrief km par km, déjà pour la simple raison que je ne m’en souviens pas. Mais tout ce que je peux vous dire, c’est que dès le 10ème kilomètre j’ai compris que cela allait être long… Très long… Trop long même. J’ai les jambes très fatiguées qui me font payer mes excès des 15 derniers jours mais pour la première fois ou presque sur marathon (aucun souvenir que ça me soit arrivé comme ça sur un autre), mon système digestif n’est pas du tout coopératif. Je ne peux pas mettre ça sur mon alimentation pendant la course, j’ai pris la même chose que d’habitude. Mais bon pour dire les choses, j’ai du m’arrêter deux fois pour enfin être tranquille. C’est d’ailleurs un des gros points positifs de cette course : la présence de toilettes en nombre sur le parcours à chaque ravito et vu qu’il y a un ravito tous les miles… Tu as des toilettes tout le temps et je n’ai jamais attendu.

Je pense sincèrement que le stress y était pour beaucoup… Je jouais le projet de mon année, même si, ok, on parle juste d’un marathon que je devais finir en moins de 6h30. Mais bon ça reste une course et tout peut arriver. Sans parler d’un truc que j’ai oublié de vous raconter et qui m’a vraiment mis la rate au court-bouillon, un règlement qui officiellement interdit les sacs d’hydratation alors que je cours toujours avec mon sac moi. Pour tout vous dire, j’avais enfilé le mien sous ma veste en espérant que personne ne le voit et qu’on me laisse passer avec. Bon dans le sas j’ai pu constater que je n’étais pas la seule, même si nous étions nettement moins nombreux que à Berlin ou Londres et oui, personne n’est venu, telle une furie en mode « Kathrine à Boston » pour me sortir du parcours. Mais je vous jure que cette histoire m’a fortement contrariée.

Enfin bref, tout ça pour dire que je commence à être détendue à partir du semi-marathon mais que je réalise aussi, en faisant mes petits calculs de tête, que si je continue sur ce rythme… Je ne suis pas rendue ! J’avoue et même si ça me fait mal de le reconnaître j’ai beaucoup trop marché sur ce marathon pour être satisfaite de moi. Sur Londres certes j’avais été lente mais j’avais vraiment couru tout le temps, sur Berlin quasiment tout le temps également mais là, ça a plus tenu du Cyrano qu’autre chose, même si j’ai tout fait pour relancer encore et encore en mode « bon tu vas jusqu’au panneau… Jusqu’au ravito ». Il faut dire que le parcours était beaucoup plus cassant que je ne l’aurais imaginé, surtout en comparaison avec Berlin. Apprendre que le record féminin a été fracassé ce dimanche là m’impressionne d’autant plus. Bon ça n’est pas le marathon de New York hein avec ses foutus ponts ? Mais franchement j’ai trouvé qu’il était beaucoup plus en relance que prévu sans parler des longues lignes droites moralement assez dures à tenir. Heureusement que les spectateurs étaient là et que le vent n’y était pas… Parce que ça aurait été l’enfer ce truc.

Un marathon mais deux médailles à la fin !

Alors que je vois enfin le panneau 40k, je fais un rapide calcul de tête : si je me bouge un peu, je peux espérer être sous les 5h30. Ok c’est assez pathétique vous en conviendrez mais voilà, moi ça va me motiver à recourir sans m’arrêter jusqu’à l’arrivée. Le seul truc que je n’avais pas prévu c’est que ces dernières foulées j’allais les faire en pleurant à chaudes larmes. Comme souvent lorsque tu termines un marathon aussi tard, tu vois sur les trottoirs des coureurs qui en ont déjà fini et qui portent fièrement leur médaille autour du cou. Alors que je l’avais déjà vu sur les RS, je découvre que le ruban est de la même couleur que celle que j’avais choisi pour Courir au Féminin… Un violet pour que ce soit féminin sans être rose. Il aurait pu être bleu ou rouge pour rappeler le drapeau de la ville ou même du pays, mais non, il fallait qu’il soit de cette couleur là forcément… Et là tout ressort, les souvenirs, les rencontres, toutes ces femmes qui m’ont autant inspirée et que j’ai aussi inspirées. Vous êtes toutes là à mes côtés, mes cafeuses, même et surtout celles qui ne sont plus là (Sabrina où que tu sois, sache que j’ai beaucoup pensé à toi en faisant ma Brinouille sur ces derniers mètres). Je suis seule, j’ai fait la course entièrement seule, sans parler à qui que ce soit et pourtant je n’ai jamais été aussi entourée par vous toutes.

Tout d’un coup le parcours tourne à droite toute, il faut rentrer dans le parc où se trouve la ligne d’arrivée. Il y a un DJ, des baffles énormes qui vrombissent et au moment où je passe, il lance Muse, Uprising forcément et alors que je commençais enfin à sécher mes larmes, je repars de plus belle. Cette chanson c’est celle avec laquelle je finis toujours mes courses, c’est mon avant dernière chanson sur ma playlist, Viva la Vida étant traditionnellement la dernière. Mais mes air pods m’ont lâché il y a quelques minutes seulement, la faute à un oubli de charge la veille au soir. J’y ai vu un signe, le signe qu’il était temps que je profite de l’ambiance pleinement, des encouragements du public venu en nombre, mais j’ai quand même eu ma bande son pour finir les quelques mètres qui me séparent de ma grosse médaille.

Enfin d’abord il faut récupérer la jolie médaille du marathon… Puis marcher pour trouver le stand Abbott où m’attendent des super bénévoles dans les bras desquels je vais pleurer de nouveau, mon émotion débordante va même être contagieuse et faire pleurer un autre coureur qui était posé sur une chaise dans un coin ! Je prends ma photo souvenir, et je file retrouver mon hôtel parce que là franchement j’ai très envie de me moucher et de me doucher ! Sans parler du ciel qui est en train de s’obscurcir de plus en plus et j’ai la trouille de me retrouver sous une pluie battante.

Mon rêve est enfin réalisé : je suis une vache dans les alpages suisses !

Voilà c’est fini… Et je suis heureuse. Heureuse d’avoir réussi mon pari de revenir sur bitume après des années à préférer les chemins (Merci RunMotion, je n’ai peut être pas été la plus sérieuse de vos coachés mais j’ai fait ce que j’ai pu !). J’avais besoin d’écrire le mot fin de façon plus propre, plus positive. Mon dos a tenu même si on ne va pas se mentir, il s’est bien vengé dans les jours qui ont suivi le marathon de Chicago mais c’est de bonne guerre et je ne lui en veux pas. Alors, oui je vous vois venir et déjà pleins m’ont dit « mais Sydney arrive ! ». Ok mais là on ne va pas se mentir, à part si demain une marque ou Abbott m’envoient un message en mode « Cécile on adore ce que tu fais, on t’invite tous frais payés 3 semaines pour découvrir le pays et pour courir le marathon », oui je ressortirai mes Adios Pro 4 de leur jolie boite mais il est hors de question pour moi de prendre sur mes économies pour financer ça, même si je rêve d’aller y écouter un opéra ! Là c’est bon, j’ai eu ma fin heureuse, un dossier clôturé en beauté je vais pouvoir avancer sans regret. Mes projets ? Laissez-moi déjà savourer pleinement celui-là et après on verra, mais promis il y en aura !

PS : je ne vais pas faire de débrief matos comme souvent, j’ai pris la même chose que pour Berlin, hormis un autre coloris pour les chaussettes, donc ça ne vaut pas un article complet 😉.

*ne rêve pas Dom, je compte bien continuer à raconter ma vie qui ne te passionne pas parce que je sais qu’en secret tu adores ça !