Run : Audrey Tanguy, vers l’infini et au-delà !

Rare sont les femmes qui revendiquent et assument leur esprit de compétition, Audrey Tanguy est de celles-là et avec elle, les choses sont claires, elle n’est pas là pour faire de la figuration !

Je sais que vous n’allez pas le croire mais moi aussi je suis une traumatisée du cross du collège… Je détestais tellement ça qu’à peine fini, je commençais déjà à stresser pour celui de l’année suivante ! Et vous savez quoi ? Je suis devenue prof d’EPS ! Je ne sais pas si c’est pour changer les choses, pour faire qu’à mon petit niveau, cette discipline prenne l’importance que l’on devrait lui donner mais voilà je suis prof au collège et j’adore ça. Je sais qu’on n’aime pas évoquer ces sujets mais oui il y a bien une différence homme femme qui devient encore plus visible à partir de la 4ème quand les caractéristiques génétiques deviennent vraiment importantes. Quand la compétition en sport est liée uniquement à des activités qui reposent sur des critères masculins, comment voulez-vous que les filles accrochent ? Je sais que je vais encore choquer mais je n’ai rien contre le fait de séparer parfois les garçons et les filles pour permettre à ces dernières de pouvoir s’exprimer totalement. Après tout, moi qui suis athlète élite aujourd’hui en trail, sur le terrain c’est contre mes collègues féminines que je bats avant tout, pas contre Kilian, même si cela arrive évidemment que ce soit bien une femme qui gagne à la fin. J’ai une autre spécificité, je refuse de rester sur un plan préétabli, j’adapte toujours mes cours au dernier moment en fonction du ressenti que j’ai face au groupe à l’instant T. Un coach pro dit toujours que sa particularité est d’être capable d’adapter son plan d’entraînement en fonction de la forme de son athlète, son mental, sa fatigue. Pourquoi ne pas adapter ces méthodes à nos enfants ? Il ne faut pas non plus oublier le rôle primordial des parents dans l’éducation et vis-à-vis du sport c’est encore plus vrai, surtout lorsqu’on aborde le dépassement de soi. Ce n’est pas évident de faire passer l’idée qu’il faudra un peu souffrir parfois pour atteindre son objectif, se bousculer un peu, surtout dans notre société où les enfants sont parfois un peu trop couvés par leurs parents.

Un premier trail d’une vingtaine de

kilomètres, un trail blanc et paf un 73km…

ouais je sais !


Chez nous on faisait du trail sans que je le sache. Partir courir deux heures en montagne, on le faisait tout le temps. Alors forcément quand j’ai fini par prendre mon premier dossard officiel pour une course d’une vingtaine de kilomètres, j’étais loin d’être affolée. J’ai surtout adoré ! Et très vite, j’ai enchaîné avec un trail blanc et un 73km… Oui je sais… C’est du grand n’importe quoi mais je vous rassure, j’ai très vite compris que pour durer et progresser, il allait falloir prendre le temps. Certains se sont enflammés, ont enchaîné les ultras mais ils ont eu des problèmes ! Un petit tour et pis s’en vont et ça il en était hors de question. Ma passion c’est et ça reste l’ultra et j’ai eu une chance folle d’être immédiatement soutenue par mon entourage. Ma mère est mon premier fan et à aucun moment elle ne me freine, mieux, elle est absolument persuadée que je vais réaliser mes rêves les plus fous. Elle est plus en mode « vas-y ma fille, va chercher bonheur » que « oh là là, tu es sure ? ». Elle vient souvent faire mon assistance d’ailleurs, elle est venue au MIUT, à la TDS, et si elle ne peut pas (nan parce qu’elle travaille elle-aussi !), elle est derrière son ordi, branchée sur Live Trail jusqu’à ce que je passe la ligne d’arrivée. Question travail justement, j’ai de la chance parce qu’ayant fait le choix de rester remplaçante pour le moment, je peux être amenée à bouger au sein de mon rectorat pour assurer des remplacements mais dans l’ensemble mon emploi du temps me permet de me dégager du temps pour m’entrainer et ça tombe bien parce que moi le trail ce n’est pas pour me balader que je le fais, c’est uniquement pour gagner !

Je ne suis pas venue là

pour acheter du terrain…

C’est podium ou rien !


Oui j’assume, je viens uniquement pour la gagne et j’ai un objectif bien précis : gagner un jour la Western States, l’UTMB et la Hardrock ! Voilà c’est dit et devant témoin ! Quand je suis arrivée dans l’univers de l’Ultra Trail ces noms sont très vite apparus comme des références absolues même si je sais très bien qu’il y a pleins d’autres courses superbes ailleurs, là n’est pas la question. Je devais être à la Western cette année, mais ce foutu virus a tout bouleversé. Heureusement, ils ont reporté nos dossards pour l’année prochaine, sinon je l’aurais vraiment eu mauvaise. Oui je sais deux courses américaines dans mon top 3 mais pour moi elles font parties de l’Histoire du trail avec un grand H et puis l’UTMB, c’est un peu nos JO à nous non ? Ça vous parait ambitieux ? Et alors ? Pourquoi n’aurais-je pas le droit de tout tenter pour d’atteindre les étoiles qui me font rêver ? J’ai bien conscience surtout qu’un jour tout va s’arrêter, que les podiums ne seront plus possibles, c’est dans l’ordre des choses et quand ce moment arrivera, je continuerai à courir évidemment mais sans dossard, c’est certain. Le côté « on part entre copains sur une course pour papoter et faire des selfies » c’est no way avec moi ! Je préfère faire des off, visiter des pays en courant, voir même traverser ces dit-pays, pourquoi pas. J’ai pleins d’idées, j’adore voyager. Avec ma sœur, qui court aussi, on est parti en Ecosse et tous les matins, on partait 3h courir pour découvrir le coin. C’était génial et je compte bien recommencer ce genre d’aventure. J’ai adoré l’Asie qui est un continent que j’ai commencé à apprécier comme voyageuse et où j’ai eu la chance d’y retourner comme traileuse sur le Translantau. On n’imagine pas qu’en quelques foulées, on quitte la ville pour découvrir la montagne et des paysages sauvages, surtout sur l’île de Lantau.


Du coup, en attendant qu’on puisse revoyager, je fais d’autres courses cet été dans le coin et je pars sur le Trail de Haute Provence avec maman pour l’assistance évidemment. J’ai aussi fait un off avec les amis de Peignée Verticale qui est une agence de production d’images et de vidéo. Nous avons fait connaissance sur des shootings pour Hoka et immédiatement sympathisés. Quand Thimoté m’a proposé de me joindre à lui pour faire les 4 majeurs des Bauges, mon terrain de jeu j’ai forcément dit oui tout de suite. Bon, quand il a rajouté « ce serait cool qu’on fasse ça en moins de 24h », il ne mesurait surement pas qu’il ne fallait pas titiller mon esprit de compétition ! J’ai dû les secouer un peu parce que bon le barbecue ça va un moment mais le chrono continuait d’avancer lui. C’était une super expérience à vivre et clairement quelque chose que j’adore faire aussi.


J’ai la chance d’être soutenue par des marques que j’ai choisies, et ça ce n’est pas toujours aussi évident qu’on pourrait le penser. Hoka, j’ai testé les chaussures un bon mois avant de dire oui. Compressport, c’est bien simple c’est moi qui suis allée les voir parce que j’adore leur marque, mais j’ai attendu d’avoir gagné la TDS pour oser toquer à leur porte, qu’ils m’ont grande ouverte d’ailleurs. Effinov pour l’alimentation parce que tout le monde sait que ce poste est primordial pour un ultra et qu’il faut éviter de manger des choses qui ne vous correspondent pas, Julbo pour mes lunettes. Je sais que j’ai de la chance de les avoir avec moi parce qu’ils ont vite compris que j’étais une traileuse… pas une instagrameuse… On va dire que j’assure le minimum vital sur les réseaux sociaux dont je cherche encore l’intérêt. Nan mais sérieux les stories ? Ça intéresse qui de savoir ce que j’ai mangé au petit déjeuner ? Je partage ce qui touche ma discipline à savoir mes courses mais ça va rarement plus loin. Je me protège, je suis réelle, pas virtuelle… Alors oui forcément ça n’est pas toujours aussi simple qu’on pourrait le penser. Les gens s’imaginent souvent que si on est sponsorisé, on croule sous l’argent… Euh non les gens, certes on nous finance quelques déplacements, on a des primes de courses mais encore faut-il les gagner justement ces foutues courses et un peu d’argent pour financer le temps d’entraînement mais on est loin, très loin de ce que peuvent gagner certains athlètes. L’Esprit Trail, le truc du « faut rester pur », jusqu’à preuve du contraire ça n’a jamais payé les factures. Alors oui j’assume, je suis pour les podiums récompensés avec de l’argent sonnant et trébuchant, même si pour le moment les sommes proposées sont à des années lumières de l’investissement temps que l’on doit consacré pour les décrocher.


Voilà vous en savez un peu plus sur moi, Audrey, la fille qui rêve d’infini et au-delà mais toujours avec ses hoka !

Juste pour le plaisir la vidéo de sa dernière victoire à la TDS… Si vous ne pleurez pas, allez chez le cardio de toute urgence, de battre votre cœur s’est arrêté !

Crédits photos : les deux en course sont de Justin Galant pour Compressport et toutes les autres de Peignée Verticale

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