Run : Malta rima avec maudite najanja…

Comme vous le savez tous, j’ai la chance d’être régulièrement invitée dans le cadre de mon métier de journaliste spécialisée running pour aller tester ici ou là des courses de par le monde. Malte fut de celles-là. Voici donc le off de ma balade qui encore une fois ne sait pas du tout passé comme je le prévoyais.

Cette balade aurait dû être au programme 2019 mais un emploi du temps chargé m’avait empêché de me joindre au groupe de mes petits camarades cette année-là, tout en signalant que la destination, qui avait un sens particulier pour moi, m’intéressait. Aucun regret puisque finalement une tempête s’abattait sur l’île obligeant l’organisation à tout logiquement annuler la course. Mais bonne surprise puisque cette année on n’avait pas oublié mon intérêt pour Malte et l’on m’a proposé de venir enfin découvrir l’île et courir un peu, histoire de me dégourdir les jambes.

Alors si cette destination m’attire autant c’est que j’ai grandi en entendant parler du lien qui unirait Malte à ma famille du côté maternel. Notre nom de famille est très connu sur place et d’ailleurs j’ai peut-être un cousin lointain qui a fini deuxième du semi-marathon ! Mais bon mes petites histoires de généalogie, vous vous en foutez surement et vous avez tout à fait raison d’ailleurs. Revenons-en à la course ! Comme beaucoup j’étais relativement inquiète d’une possible annulation et l’organisation nous avait prévenu que cela pourrait être compliqué pour celles et ceux qui venaient de Chine ou d’Italie. Dès la descente de l’avion, nous sommes plongés dans l’ambiance « corona » puisque nous devons attendre de longues minutes le droit d’entrer sur le territoire après avoir montré que nous n’étions pas fiévreux. Première petite anecdote « croquignolesque » de ce week-end, alors que je discute avec mon voisin, Julien de Trail Session d’une aventure qui m’était arrivée en Chine suite à un petit souci de température (à lire ici), une gentille dame se retourne et entame la conversation avec nous. Son visage me dit quelque chose mais l’avion est rempli de marathoniens, dont notre cher Vincent Dogna, artiste et marathonien de son état. D’ailleurs je profite de l’occasion pour vous mettre le lien vers son site ici, la fête des mères et des pères approche à grands pas ! Je n’ose pas lui demander si l’on s’est croisé quelque part un jour. C’est quand même bien aussi le souci de rencontrer la très grande majorité d’entre vous en tenue de sport, il est parfois difficile de reconnaître les gens en tenue civile. D’ailleurs c’est tout à fait réciproque, si vous saviez le nombre de fois que j’ai entendu des « ah ben mince tu es blonde en fait » quand je me pointe toute propre les cheveux lavés et détachés après un ultra en étapes ! Mais quelques heures après, je reçois un message de Sylvie, une marathonienne qui me suit sur FB avec laquelle j’avais prévu de passer un petit moment pour faire connaissance « in real » lors du retrait du dossard : « dis la fille blonde à l’aéroport c’était bien toi non ? parce que la dame devant toi, c’était moi ! ». Ce sera la première d’une longue suite de coïncidence qui vont égayer mon court séjour.

Direction l’hôtel et là j’avoue que nous sommes particulièrement gâtés puisque nous sommes tout simplement logés dans celui qui est le partenaire de la course, là où tout le monde viendra chercher son dossard et où les plus chanceux et surtout les plus rapides viendront chercher leur trophée. Déjeuner très tardif au soleil avec petite découverte rapide du quartier et le sentiment très étrange que je connais les lieux. Non, rassurez-vous, je ne vais pas vous faire le coup du « l’esprit de mes ancêtres est là, partout autour de moi, je le sens, je le ressens » ! Mais très vite, je dis à Julien que je connais cette ville parce qu’elle me fait penser à Jérusalem où j’ai eu la chance d’aller pour le marathon là-aussi d’ailleurs. Oui je sais, la méditerranée ne baigne pas les rives de la ville mais tout, l’architecture, la couleur des murs, tout me rappelle la ville sacrée. Nouvelle coïncidence, une coureuse et animatrice d’un gros groupe de runners israéliens est là avec nous. Elle me confirmera elle-aussi qu’elle a eu ce même sentiment de similitude. Et pour achever de me convaincre j’apprendrai le lendemain qu’un de mes films de zombis préférés avec Brad Pitt (World War Z pour ne pas le citer) a plusieurs scènes sensées avoir été tournées ici même alors qu’elles sont censées avoir été tournées à Jérusalem. Et comme j’avais de nouveau regardé le film sur Netflix quinze petits jours avant, forcément ça a aidé au côté « remember » de la chose. Je me tape tous les films du même genre pour rester dans le thème à la mode en ce moment, je vous conseille d’ailleurs Contagion qui fout sérieusement les jetons. Bref !

Y en a qui font des pyramides sur le stade…
moi je fais des pyramides de tiramisu !

Dîner délicieux à l’hôtel en mode découverte de la cuisine locale, nuit parfaite ou presque, petit déjeuner exceptionnel, il était temps de partir à la découverte de la Valette avec notre guide Vince. Sincèrement je comprends mieux l’enthousiasme de tous mes amis lorsque j’ai annoncé ma destination. Je suis moi aussi tombée littéralement sous le charme de cette ville historique qui croule sous les monuments, les petites rues pleines de charme avec ces maisons colorées. J’apprends pleins de choses sur ce pays qui a vu se succéder les envahisseurs, il faut dire qu’on n’a pas idée d’être aussi bien situé à un carrefour stratégique en pleine méditerranée. Nous allons même faire une petite balade en bateau ambiance la croisière s’amuse pour prendre le frais. Une chose est certaine, si vous décidez de venir de ce côté-là de l’Europe pour courir le semi ou le marathon, prévoyez au moins 3 jours sur place pour avoir deux jours à consacrer à la Valette, ses environs et une journée pour filer à Gozo, île que nous n’avons hélas pas eu le temps de découvrir cette fois-là. Mais comme il y a aussi un semi organisé fin avril, il est déjà prévu que je revienne l’année prochaine en famille cette fois pour qu’ils profitent eux aussi de la douceur de vie maltaise.

Jour J ! Nous prenons une navette pour nous amener à la citadelle de Mdina, qui elle aussi a marqué les écrans télé puisqu’elle sert de décor naturel pour plusieurs scènes de Game of Thrones, surtout dans les premières saisons, celles où Ned est toujours de ce monde (#GOTforever). L’ambiance est ultra conviviale, j’ai vraiment l’impression d’être à une fête de village qu’à un départ de course. Fanfare, ambiance potache avec de nombreux groupes venus de l’Europe entière dont une très belle délégation d’anglais, le soleil est là pour réchauffer les corps et les esprits. Question organisation, pas mal de toilettes qui me permettront de me soulager de mon pipi de la peur rapidement à 20 minutes à peine du départ (y avait même du papier !). Parlons-en du départ ! 15 min avant qu’il soit donné, tout le monde est en mode « hein quoi ? vous êtes sûr qu’on doit aller courir tout de suite maintenant ? ». J’ai rarement vu ça ! Moi qui en suis restée aux courses où une heure avant les coureurs sont en mode énervés dans les sas de départ à sautiller sur place pour ne pas perdre le bénéfice de leur échauffement… Là tu finis par te demander si on ne va pas plutôt rester là et faire un apéro géant. Bon finalement les coureurs se rappellent pourquoi ils sont là et rejoignent l’arche de départ. 5, 4, 3, 2, 1, on est parti ! Je suis prévenue, c’est descente toute vers la mer et la ville de Sliema, petite localité balnéaire à 5km de la Valette qui fut un port de pêche très actif avant de devenir une marina réputée. Bon, comme me l’a rappelé mon fils Thomas un peu trop au courant à mon goût, c’est aussi la capitale du jeu d’argent en ligne en Europe, car y sont installées diverses sociétés de paris sportifs et jeux de casino en ligne… Mais c’est moins le sujet !

Avec mes copines espagnoles !

Bon le souci c’est que j’ai, comme à mon habitude, pris le départ un peu dans le fond puisque de toute façon je suis et je reste une coureuse plutôt lente mais pour le coup c’était une mauvaise idée qui m’a un peu frustrée… En me positionnant un peu plus à l’avant je n’aurais pas été aussi ralentie au départ par des coureurs en mode un peu panique de ce qui reste une jolie descente certes mais totalement sécurisée puisque sur route. Moi qui ai l’habitude des trucs caillouteux où la moindre seconde d’inattention t’envoie aux urgences en mode Picasso, je suis un peu déçue de n’avoir pu en profiter pleinement. Bon après les pros te diront que partir à fond c’est dangereux aussi et tu le payes à un moment de la course mais c’est quand même super fun les descentes à fond les ballons les couettes au vent ! Me voilà donc partie pour le premier semi de l’année. J’ai en tête de m’accrocher un peu pour enfin revenir à deux heures après le fiasco lamentable de Deauville, voir de cravacher le dernier kilomètre pour être juste en dessous. Mais évidemment avec moi rien ne se passe comme prévu…

Après la descente sans fin, forcément ça redevient plat. Je me concentre sur ma musique, mon Garmin me donne aussi le rythme en vibrant consciencieusement tous les kilomètres. Dire que tout se passe à merveille serait légèrement exagéré mais disons que pour le moment tout se passe comme prévu. Je passe le 10ème kilomètre sans souci dans les temps que je m’étais fixée. Bon on a la mauvaise surprise d’avoir un espèce de faux plat qui n’en finit pas mais je plains plus les marathoniens qui l’attaquent en plein mur… Il fait un peu chaud, je veille à rester un maximum à l’ombre, je bois, tout est sous contrôle. Et là c’est le drame… ravitaillement solide, enfin solide, des oranges, deux secondes d’inattention, et je me retrouve par terre dans une position qui est plus proche de celle du final du french cancan qu’autre chose. Ma jambe gauche est partie devant en mode grand écart et la gauche, plié à l’arrière cogne brutalement au sol avec un genou sensé servir d’amortisseur. Il me fait quelques secondes pour réaliser que je suis dans une position vraiment pas confortable, je me relève et je repars. Saloperie de peau d’orange !!! C’est pas comme si je passais mon temps à écrire des articles où j’explique qu’il faut être très attentif aux ravitaillements pour éviter les chutes… Je n’ai pas fait un mètre que je comprends l’étendue des dégâts. Je boite, le genou droit est douloureux et je traine la patte gauche. Génial… Pas le choix, je décide de marcher d’abord pour tenter de remettre la machine en marche.

Au bout d’un kilomètre je reprends la course mais force est de constater que je souffre quand même un peu et que le « trottinage » sera le seul moyen d’avancer un peu vite. J’oublie le chrono, et je me rassure en me disant que mon genou ne semble pas vouloir gonfler. Je vais surement en être bonne pour un hématome mais je ne pense pas avoir quelque chose de réellement abimé. C’est juste un mauvais moment à passer. De toute façon pour abandonner encore faudrait-il que je sache où je suis… Et mon sac est à l’arrivée avec ma clé de chambre ! Bref tout ça pour dire que c’est parti en mode Cyrano, je marche un peu, je cours un peu, je marche un peu, je cours un peu… Dieu que ça va être long cette histoire…

Et là miracle ! J’arrive à la hauteur d’un homme qui porte un t-shirt bleu sur lequel est écrit « Puy de Dôme ». Il ne faut pas être médecin du sport pour immédiatement constater que sa foulée n’est pas plus brillante que la mienne. Je l’aborde en lui demandant s’il accepte une fille de l’Allier à ses côtés. Il me répond « mais tu es d’où en Allier, ma sœur vit dans un petit village, Buxière Les Mines, tu connais ?». Euh comment te dire… Le grand père de mon mari y vivait, mes premières sorties longues à mes débuts consistaient à aller de St Hilaire à Buxière via l’ancienne ligne de chemin de fer, même la maison de sa sœur je vois très bien où elle est située dans ce village minuscule ! Thierry (autant l’appeler par son prénom quand même !) me confirme qu’il est à la ramasse, qu’il souffre et que comme moi, il n’abandonne pas parce qu’il faut bien rentrer à son hôtel. Nous décidons donc d’allier nos agonies respectives pour un papotage en règle qui fera passer le temps plus vite. Je range mes écouteurs et c’est parti kiki ! Mais le plus dingue dans cette histoire c’est qu’au bout de quelques minutes à nous plaindre d’être tout vieux et tout foutu pour la course à pied, il me dit « j’y tenais beaucoup à cette course, ma famille est originaire de cette île, ça remonte à longtemps évidemment mais je voulais voir la terre de mes ancêtres ».

Mon ancêtre peut-être ! Je m’attaque à ma généalogie
très vite pour éclaircir tout ça.

Donc je résume la situation : vous prenez deux personnes qui vivent dans la même région, qui se blessent sur une course, qui ne peuvent pas abandonner parce qu’en réalité ce serait tellement compliqué de le faire qu’il vaut mieux serrer les dents et finir, qui sont là pour les mêmes raisons à savoir découvrir un peu une terre où leurs ancêtres ont vécu… quelle était la probabilité pour qu’on tombe l’un sur l’autre comme ça ??? La question ne se pose plus pour l’un comme pour l’autre, c’est ensemble, main dans la main, que nous passerons la désormais très symbolique ligne d’arrivée ! Les quelques kilomètres qui nous restent passent finalement très vite grâce à notre discussion. Il fait beau, nous avons la chance d’avoir pu accrocher un dossard ce matin là alors que tellement de mes amis n’ont pu le faire, on se plaindra de nos petits bobos et de notre chrono une autre fois. Surtout que la médaille était vraiment superbe ! Je laisse les mots de la conclusion de cette aventure maltaise à la très grande philosophe Lorie : Que ce soit elle ou bien toi, les uns et les autres, ou même moi, nous avons tous pleuré, au moins une fois, pour un coup dur de la vie, une jalousie, un faux pas, il arrive parfois que ton moral se casse. Pour ça, moi j’ai trouvé un remède efficace : la positive attitude !

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