Run : Mégatrail, le Québec côté trail !


J’ai déjà eu la chance de courir plusieurs trails chez les voisins américains mais il me manquait le Canada et quitte à y aller, autant choisir la course qui servait de support aux Championnats nationaux d’ultra-trail : Megatrail me voilà !

J’ai choisi le 50km sachant qu’il existe pleins de distances allant du 15 au 110, tout le monde trouvera son bonheur en fonction de son niveau ou surtout du niveau de sa prépa. Première grande différence avec la France, tu peux t’inscrire la veille… Je sais que ça existe toujours chez nous mais avouez que c’est quand même de plus en plus difficile à faire. Information que j’ai vérifié auprès de l’organisation : si par le plus grand des hasards, vous souhaitiez changer de distance la veille en venant retirer votre dossard, c’est possible aussi. Le village de la course se situe au Château Mont Saint Anne qui est un hôtel résidence. Je précise la chose parce qu’il y a de grandes chances pour que vous choisissiez d’y dormir pour plus de facilités, sachant qu’ils font une offre de réduction pour les coureurs, le code est sur le site de la course. Qui dit résidence dit studio dit coin cuisine. Et là pensez à être prévoyant en faisant vos courses avant de venir ! Il y a bien un « dépanneur » comme on dit là-bas mais c’est plus pour organiser un apéro surprise qu’un repas équilibré pré-ultra. Si vous venez avec votre fan club, c’est l’idéal parce que la ligne d’arrivée est là ainsi qu’un des derniers ravitaillements. Votre entourage pourra également utiliser les télécabines pour grimper voir la vue en haut du Mont Saint Anne et vous encourager avant votre grande descente vers la ligne d’arrivée.

Eux aussi connaissent la notion de matériel obligatoire qui sera contrôlé avant le retrait du dossard. Comme je le dis souvent, le coup de « y a qu’en France que ça existe » est une légende urbaine qui circule sur les réseaux sociaux français. J’ai couru partout dans le monde et j’y ai eu droit partout dans le monde. Après rien de compliqué, du grand classique, qui va de la lampe frontale qui fonctionne à une couverture de survie. Vous devriez réussir à tout porter sans grande difficulté. Tout est prévu pour vous acheminer sur la ligne de départ avec les fameux bus scolaires jaunes, puisque les parcours sont « en ligne », enfin plutôt en zigzag ! Je ne vais pouvoir vous parler que de celui que j’ai tenté de boucler, la dernière barrière horaire ayant eu raison de moi. J’avoue que je ne fus pas trop surprise parce que la veille, en papotant avec des coureurs connaissant bien le coin, on m’avait vite fait comprendre que je mettais les pieds dans un truc beaucoup plus compliqué et technique que je ne le pensais.

Départ tranquille avec environ 3km destiné à allonger le peloton, sans grand intérêt touristique mais indispensable pour éviter les bouchons ensuite. Et très vite je comprends un truc : le sirop d’érable à haute dose m’a l’air d’être clairement un produit dopant… ça part à fond les ballons et même si à un moment j’ai pu espérer que telle la tortue je rattrape les lièvres épuisés, il fallut bien se rendre à l’évidence : les mecs sont super entraînés et savent très clairement où ils mettent les pieds eux (je parle au masculin mais bien entendu il y avait beaucoup de femmes qui envoyaient du petit bois elles aussi hein ?). Si le dénivelé n’est pas un problème, il ne faut pas lâcher des yeux une seule seconde le sol sous peine de se prendre un gadin ou de détruire sa cheville dans une racine mal placée. En fait assez étonnamment, ça m’a rappelé un peu le Jungle marathon par certains côtés. Comble de l’ironie, si en France, on crève de chaud ici, les orages des derniers jours ont rendu le terrain boueux à souhait. Mais quand je dis boueux, c’est vraiment boueux. J’en finis par sauter les pieds joints dans le moindre point d’eau pour rincer mes semelles et retrouver un peu d’accroche. D’ailleurs parenthèse équipement, je testais une paire de Salomon et elles ont clairement fait le job. Premier ravitaillement où je retrouve ce qui faisait les charmes des ravitos des Transrockies avec des bonbons et de la pastèque ! Parce que oui, il a plu mais il fait lourd et un peu de fraicheur fait le plus grand bien. Je repars pour ce que je sais être les 12km du sentier du Mestachibo. Tout le monde m’a prévenu que j’allais m’amuser et ils avaient raison !

Entre les passerelles, les cailloux, les escaliers qui te coupent le souffle, les racines, les arbres qu’il faut escalader, j’ai eu l’impression de faire une Mud Race géante ! Mais même si j’en ai un peu bavé, j’ai adoré parce que j’étais quasiment seule tout le temps et ça c’est le grand kiff pour moi. J’ai bien perturbé deux pêcheurs à la mouche mais mon piètre niveau du jour me laissant à la toute fin du peloton j’ai vraiment pu profiter de la tranquillité et de la beauté sauvage du lieu, limite si je n’espérais pas tomber sur un ours ! Ravito, pastèque, bonbecs et je repars. J’ai juste un reproche à faire, le ravitaillement du 25ème est en réalité situé sur la ligne d’arrivée. Je ne vous dis pas le truc à vivre, lorsque vous entendez le speaker, que vous sentez l’odeur des hamburgers, que vous entendez votre douche vous dire « mais viens… arrête tes conneries et viens, je vais te faire du bien ». Mais non, vous devez partir pour ce qui va être, vous ne le savez pas encore mais vous vous en doutez quand même, une longue agonie à l’assaut du Mont Saint Anne, qui comme votre sœur, le sommet vous ne verrez jamais venir…

C’est clairement dans cette ascension que j’ai compris que cela allait être très compliqué pour moi, voir quasi impossible. Ma volonté de voyager sans mes bâtons avec mon dos tout pourri n’était vraiment pas l’idée du siècle j’avoue. Evidemment pour bien m’achever, le soleil a percé les nuages, et la grimpette se réalisant sur une piste de ski, point d’ombre pour tenter de s’abriter. Lorsque j’arrive enfin en haut de ce bordel, je me précipite aux toilettes du télécabine pour faire le plein d’eau fraîche et pour me donner un coup de frais. C’est parti pour une descente qui ne sera en réalité qu’un intermède avant de remonter de nouveau vers un sommet. Finalement heureusement que je n’avais pas mes bâtons, je me serais fait hara-kiri avec de toute façon ! Je fais alors officiellement connaissance avec Anne Laure, jeune étudiante française qui n’est pas mieux que moi. Je décide de rester avec elle, histoire de lui tenir compagnie. Je sais sans avoir à regarder mon gps qu’on va se cogner violemment contre la prochaine barrière horaire, alors autant le faire à deux.

Cette dernière ascension se fait dans une forêt superbe et même si je sais que je vais au-devant d’un échec, je n’arrive même pas à le regretter tellement je trouve l’endroit superbe. Au moins je profite du lieu en prenant mon temps, c’est toujours ça de gagner. L’arrivée au ravitaillement se fait un peu dans les nuages, la météo se gâtant un peu. Un gentil bénévole vient presque s’excuser du fait qu’il doive m’arrêter là en me proposant de prendre une gondole pour redescendre. Une gondole ??? Sérieusement ??? avec le mec, son chapeau et son O sole mio ? Je finis par comprendre qu’ils parlent de la télécabine ! Bon ok mes amis québécois je comprends que vous vous sentiez dépositaire de l’héritage mondial de la francophonie, que vous disiez courriel au lieu d’email, salle de montre pour « showroom », bulletin ou lettre d’information en lieu et place de « newsletter » mais qu’on m’explique le coup de la gondole !

Je laisse donc les gondoles à Venise et je redescends un peu tristouille à mon hôtel, convaincue que mon échec vient d’une trop grosse confiance en moi et d’un manque sérieux de préparation en amont. Si j’avais pris un tant soit peu le temps d’étudier la nature précise du parcours, je mettais un sac en soute avec mes bâtons. Non pas qu’ils soient obligatoires, là n’est pas du tout la question, c’est juste que mon dos vieillissant impose que je le ménage. J’ai dû m’arrêter trop souvent dans les montées pour le soulager et cela m’a fait perdre un temps précieux. Je ne peux m’en prendre qu’à moi-même pour le coup. Mais aucun regret, j’ai adoré ce parcours à la fois sauvage par endroit, roulant à d’autres pour avoir un peu de relance, où l’on ne s’ennuie jamais. L’organisation est top comme toujours, les bénévoles aux petits soins comme toujours aussi. C’est simple, convivial, pas prise de tête, du vrai trail comme j’aime. C’était ma première fois au Québec mais clairement pas ma dernière. Encore merci à l’organisation de m’avoir permis de découvrir cet endroit fabuleux.
Et vive le Québec libre !

Après l effort… le réconfort !
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