Run : Ultra Fiord 2018… Patagonie… Vers l’infini…

Commençons par le commencement ! Pourquoi de nouveau l’Ultra Fiord ? Déjà parce que j’adore la Patagonie… Je suis tombée raide dingue de cette partie du monde et il suffit de traîner sur les blogs de voyageurs pour vite constater que je suis loin d’être la seule… Alors quand je peux trouver une excuse pour y retourner, même si pour cela je dois affronter une course qui avait laissé des traces, je fonce tête baissée…

 

La première édition de la course fut épique pour moi et pour tous mes compagnons, enfin surtout pour les étrangers que nous sommes, peu habitués à ce genre d’aventure. Je vais faire très bref pour bien résumer la situation, même si je vous invite à relire mon premier article : si ton kiff c’est l’ambiance ravito à la française avec fromage et saucisson à tous les étages, soupe chaude et coca frais… l’ultra Fiord n’est pas pour toi… Si ton kiff c’est de pouvoir sauter dans le bus au premier bobo pour rentrer au chaud… l’Ultra Fiord n’est pas fait pour toi… Reste en France et fais l’Ecotrail ou la Saintelyon ! 😊 Voilà pour la base ! Je ne vais pas vous mentir, j’étais sur place pour faire mon métier de journaliste avant tout et c’est en premier lieu pour ça que j’ai demandé à tester le nouveau format, le km vertical organisé le lundi précédent ma course, à Torres del Paine. Pourquoi enchaîner les deux ? Sérieux, regardez cette photo et je pense que vous comprendrez ! Tu aurais refusé de grimper voir ça toi ? Voilà…

 

 

Le principe est assez simple : tu pars de l’hôtel le mieux situé du parc, tu grimpes sur 5km pour atteindre le sommet où tu peux admirer la vue sur les fameuses « tours » et tu redescends, ta médaille au cou après avoir bu ton mini coca et manger ton snickers qui t’attendait sagement. Ce format est une vraie bonne idée, même si mes mollets et mes cuisses vont me maudire et réciproquement pendant 2 jours… Pour une reprise du dénivelé, c’était totalement stupide de ma part mais je n’ai pas pu résister. Question organisation, tout est prévu, puisque des bus emmènent les coureurs de Puerto Natales au départ. Tu fais la course, tu déjeunes au restaurant de l’hôtel et back to Puerto Natales avec la navette. Evidemment libre à toi de rester dormir sur place, ce qui est la vraie bonne idée du séjour. Il y a des bus quotidiens pour te ramener en ville. Venir là-bas sans aller voir Torres Del Paine est totalement inconcevable… C’est un des endroits les plus magiques que je connaisse et je ne me lasse pas d’y retourner.

 

La course !

Torres del Paine

En fin de journée, nous filons vers l’hôtel Rio Serrano pour la nuit afin d’assister au départ du 50km et surtout pour m’offrir un des plus beaux levers de soleil de mon existence. Le rose du ciel de Patagonie est vraiment unique, ça ne dure que quelques minutes et question sensation, pour avoir la chance de pouvoir comparer, cela ressemble à ce qu’on ressent devant une aurore boréale. Je peux vous dire que j’ai totalement conscience d’avoir une chance de dingue d’assister à un moment pareil.

Juste pour le plaisir ! 

Retour en fin de journée à Puerto Natales où nous devons retirer nos dossards et faire contrôler notre matériel. C’est la grande nouveauté de la course que j’avais connu très libérale de ce côté-là. Seulement un décès il y a deux ans a changé la donne. J’imagine que pour des histoires d’assurance, ils n’ont plus eu le choix. Personnellement cela ne me gêne pas une seule seconde puisque de toute façon ce qu’ils demandent, je l’ai toujours dans mon sac. Pour faire court cela ressemble à ce qu’on nous demande pour l’UTMB même si pour le coup personne n’a vérifié que ma veste faisait le bon nombre de Schmerber. Je vous ferai d’ailleurs un retour question matos très prochainement parce que j’ai testé des trucs vraiment bien. J’avoue n’avoir pas trop compris pourquoi ils avaient maintenu le retrait des dossards à l’espace Nandu qui est en plein centre-ville et le contrôle du matos au bord du Pacifique, nous obligeant à une petite balade nocturne, mais bon y a plus grave dans la vie.

Contrôle matériel + pizza à Mesita… On est bon !

Sur le moment je suis quelque peu dépitée par le choix de l’hôtel qui est situé en périphérie de la ville, à 5km nous obligeant à prendre un taxi à la moindre occasion. Ce que je n’avais pas compris (parce qu’entre mon anglais basique et mon espagnol scolaire, c’est parfois compliqué) c’est que nous devions prendre le bateau pour nous rentre au départ du 70 et que le port était à 5 minutes à pied. Nous étions donc les mieux placés ! Comme quoi toujours se renseigner avant de râler… 😊
Il y a un point que je dois évoquer avec vous parce que comme toujours avec moi, rien n’est jamais simple… Dans la liste du matériel obligatoire, il y a une paire de crampons qui devaient nous permettre de passer le glacier en toute sécurité. Seulement comme toujours je me suis occupée de mes affaires à l’arrache et je n’avais pas les dits crampons chez moi. Un mail à mon contact et j’apprends dépitée que je peux toujours me brosser pour en trouver sur place… Un autre mail avec l’adresse d’un nouveau contact pour en commander une paire qui me sera livrée via Chilexpress sur place pour pouvoir prendre le départ en règle. Et je vous le donne en mille… Mes crampons ne sont pas arrivés en temps et en heure… Ce glacier je le connaissais pour l’avoir passé sans crampons la première édition mais le récit du vainqueur du 42km, qui logeait dans le même hôtel que moi me file quand même des frissons… C’est tellement pète-gueule qu’il est tombé plusieurs fois et l’état de ses jambes parle pour lui. Seulement je fais quoi moi ???
Je file en ville pour faire tous les magasins outdoor que je trouve et personne ne vend de crampons nulle part. Ce n’est pas que je tienne à être absolument en règle (enfin si quand même un peu hein ?), c’est juste que je tiens un peu à ma vie… Et vous savez comment ça s’est terminé ? Le vainqueur du 42km à peine réveillé le jeudi matin m’a filé sa paire cassée pour que j’ai au moins quelque chose à me mettre aux pieds. L’avant est en bon état et je parie sur le fait que ça suffira si j’y vais doucement sur la pointe des pieds avec mes altra de compet, puisque moi je cherche juste à finir et pas à gagner, sinon ça se saurait. Mais évidemment comme toujours avec moi, l’histoire est loin d’être terminée !

 
7 heure du matin, après un petit déjeuner complet (œufs brouillés, jambon, céréales et fruits frais), je file prendre le bateau. Je retrouve la team Asics avec les Ardito mais surtout Xavier Thevenard qui connait bien la course pour l’avoir gagné lors de la première édition et Benoit Girondel qui vient lancer sa saison 2018 avec lui. C’est parti pour deux heures de traversée qui vont durer 2h30 au demeurant mais c’est un truc de la région ça… toujours en rajouter un peu pour le fun ! Ça papote, ça tente de dormir un peu, c’est vraiment une ambiance très particulière. Pour ceux que cela inquiéterait, ça n’a pas trop bougé. Maintenant si vous êtes vraiment sensible au mal de mer, il faut quand même y penser… ça peut remuer un peu même si je n’ai vu personne de malade à bord.


Alors que nous arrivons en vue du ponton coup de théâtre… On nous annonce que la course est annulée pour cause de météo dangereuse sur le glacier, un autre départ est peut-être envisagé mais pour le moment la confusion règne à bord et mon manque de compréhension de l’espagnol n’arrange rien à l’affaire. Après quelques minutes de flottement, on nous annonce qu’on retourne à Puerto Natales mais nous devons d’abord embarquer les derniers du 30km qui ont dû passer la fin de la nuit sur place. Comment vous dire ça sans choquer… Quoique vous me connaissez, j’ai toujours tendance à dire ce que je pense… Le dernier de la course est un homme amputé au-dessus du genou. Il a une prothèse mais a besoin de ses béquilles pour avancer. Enfin là pour le moment, il ne peut pas avancer sans l’aide de deux personnes qui le soutiennent pour l’aider à grimper sur le bateau. De ce que je comprends deux autres personnes l’ont accompagné durant tout son périple qui a dû durer largement plus de 11 heures puisque mon ami Michel, engagé sur la distance a fait ce temps-là et il était persuadé d’être bon dernier. Il est dans un état que je n’ose décrire… Début d’hypothermie, l’urgence est clairement de le réchauffer. Son assistance l’aide à changer de vêtements en le couvrant d’une couverture de survie, tout en lui faisant gober des anti-douleurs à la pelle… Tout le monde pleure, ceux qui l’ont suivi dans ce bourbier semblent avoir vécu l’enfer… Sincèrement, surtout que je vais avoir le débrief du terrain par Michel le soir-même, je ne comprends pas une seule seconde qu’on s’embarque là-dedans dans sa situation… Ok je comprends qu’on veuille vivre des expériences fortes, qu’on veuille continuer à vivre malgré le handicap et tout et tout, seulement là ce n’est pas le dépassement de soi qu’on cherche en se lançant dans ce bordel… C’est juste côtoyer la mort et personnellement j’ai trop de respect pour la vie pour comprendre ce choix. Enfin bref… Je monte sur le ponton pour penser à autre chose.

 

 

 
C’est très perturbant d’être là, dehors en plein soleil alors qu’on vient de nous interdire de partir parce qu’il neige en hauteur. J’avoue que j’ai du mal à comprendre mais que faire ? On nous dit que des nouvelles vont peut-être tomber dans la journée. Je vais pouvoir rendre ses crampons à son propriétaire et aller tranquillement en ville chercher les miens qui sont logiquement arrivés. J’en profite pour enfin diner avec Michel dont je vous ai précédemment parlé. Alors pour la petite histoire, c’est le doyen de notre petit club très fermé des français du Seven Continents Club (81 printemps au compteur le bougre et toujours l’œil qui pétille et le pied qui frétille !), sauf que lui a poussé le vice en rajoutant celui du Pôle Nord. Son récit de son 30km est épique et loin d’être rassurant… Nous dinons dans ce qui est ma cantine sur place, Mesita Grande, qui va finir par me donner un rond de serviette gravé à mon nom ! L’esprit est très convivial puisqu’il y a deux grandes tables genre table d’hôtes et nous faisons très vite connaissance de nos voisins. Force est de constater que quelques français ont fait la route et qu’ils sont plusieurs à être engagés sur le 100k et le 100 miles. Je suis assez affolée d’entendre mon voisin me dire qu’il a vidé ses drops bag de la nourriture qu’il avait prévu sur la base des promesses de l’orga qu’il trouverait tout ce qu’il faut à chaque ravito mais bon on ne sait jamais, ils ont peut-être changé leur façon de faire.

 

bdr

Hotel Via Serrano

Entre temps j’ai appris que nous repartions le lendemain de l’hôtel Via Serrano, que le départ serait commun à toutes les courses restantes et que nous aurions 5km de plus que prévu, le 70 faisant déjà un peu plus de 74 en réalité. Ok… Au point où on en est ! Je n’ai pas trop compris le parcours, mais j’ai retenu un truc : plus besoin de crampons, on ne monte définitivement pas au glacier ! Décidément… sont maudits ces foutus crampons ! En attendant je me couche tôt et miracle, je dors encore super bien. C’est complètement fou parce que chez moi c’est rarissime mais j’ai parfaitement dormi toutes les nuits dans mon petit lit qui me rappelait celui du pensionnat. Nous avons rendez-vous officiellement à 6h45 dans le hall pour une navette qui nous emmènera aux bus qui nous emmèneront à l’hôtel. C’est bon tout le monde a suivi ? Mais coup de théâtre, on tambourine à ma porte à 6h30, la navette est déjà là et on m’attend.
Panique à bord, je n’ai pas pris de petit déjeuner moi ! J’attrape un sandwich au jambon, je bois un verre de jus d’orange à l’arrache et j’attrape une barre de céréales avant de sauter dans le minibus. Nous récupérons tous mes petits camarades de jeu et direction le centre-ville. Juste une information, les journalistes sont intégrés au groupe des élites engagés sur la course, exception des français qui font bande à part parce qu’ils ont leur propre véhicule. Ça me fait toujours marrer de me retrouver associée avec des mobylettes qui souvent commencent par me demander de quelle team je suis ! Finalement pas de gros bus pour nous, nous restons dans le minibus, et c’est parti pour presque 2 heures de voyage sur des chemins, la route goudronnée étant loin d’être généralisée dans cette région reculée.
Arrivée à l’hôtel les premiers (faut bien que je sois première une fois dans la semaine !) je file discrètement dans la salle du petit déjeuner piquer un thé, parce que moi si je n’ai pas bu mon thé, c’est la mauvaise humeur assurée. Je termine de me préparer en « nokant » à mort mes pieds, parce que j’ai oublié de vous dire mais j’ai des chaussures presque neuves qui n’ont que le km vertical sous la semelle… Je dois bien faire 3 pipis de la peur avant de partir et je rejoins la ligne de départ. Le fait que les 3 courses soient associées change forcément la donne et l’ambiance, nous sommes beaucoup plus nombreux que prévu. Bon je vous rassure, on ne se bouscule pas vraiment non plus ! Et c’est parti mon kiki… Cathy (Ardito pour les initiés) m’encourage alors que je fonce tel un puma vers la forêt. Oh ça va je rigole… Je dois bien être à 9km/h mais j’ai presque 80km à faire alors je me préserve…

 
J’avoue, je n’avais qu’une trouille, qu’on nous refasse le coup de la rivière glacée à 3km du départ. Je n’ai rien compris au nouveau parcours, si ce n’est qu’on finit au même endroit que prévu, qui n’est pas le même endroit que la dernière fois. Bref pour dire les choses plus simplement, je n’ai fichtrement aucune idée de ce qui m’attend. Et histoire de bien me compliquer la vie, j’ai fait le choix de partir sans bâtons alors que jamais je n’ai fait plus de 40km de trail en montagne sans. Pourquoi ce choix ? Pour pouvoir garder mon sac à dos avec moi dans l’avion et être ainsi assurée d’avoir toutes mes affaires avec moi à l’arrivée. Et puis aussi un peu parce qu’un ami qui n’est plus là pour me voir mais dont le sifflet m’accompagne dans tous mes défis un peu fous avait l’habitude de me dire « t’es une majorette ou une traileuse ? Faut savoir… ». J’avais donc un peu en tête de lui prouver à titre posthume dirons-nous, et à moi aussi à fortiori, que je pouvais le faire. Pas très malin quand on voit le chantier dans lequel je me suis embarquée… En attendant je profite et je fais comme tous les coureurs présents autour de moi : dès que la vue le mérite, je m’arrête et je fais une photo. Ah oui autre information qui donne une idée de ma désinformation, je n’ai aucune idée des nouvelles barrières horaires !


Ah et j’oubliais encore un dernier détail croquignolet, je ne sais pas non plus où sont les ravitos… Seulement là c’est bien gentil mais je commence à voir mon niveau d’eau baisser dangereusement. Après une forêt comme je les aime, bien boueuse à souhait, nous sommes maintenant en haut d’une montagne, les pieds dans la neige fraiche. J’en prends pleins les yeux mais ça ne règle pas mon problème d’eau. Enfin une rivière apparait et apparemment je ne suis pas la seule à galérer parce que nous sommes deux à faire le plein de nos bidons d’eau gelée à souhait. Me voilà repartie pour la descente, de nouveau dans la forêt en espérant trouver de quoi me ravitailler. Après 20km de course (à la louche, ne comptez pas sur moi pour les infos précises de ce côté-là), enfin j’aperçois une petite tente au détour d’un chemin. La joie est de courte durée parce que c’est juste un CP de contrôle des passeports comme ils disent. C’est aussi une petite nouveauté… Nous sommes pointés à différents endroits pour savoir où nous sommes. Enfin ça c’est la théorie parce qu’en pratique aucune information ne remonte nulle part, surtout auprès de nos proches légèrement inquiets de la balade (enfin là je parle pour les miens !). Le vrai CP est à un peu plus d’un km, autant dire que le bonheur est proche. Enfin le bonheur… Le fou rire plutôt lorsque je vais constater que question ravito, ils n’ont pas vraiment changé. Je vous ai fait une photo, ça vous donnera une idée.


Je demande s’il y a de l’eau, on me répond « oui à la rivière là-bas » … Ok ! Je reviens sur mes pas, rempli mes bidons et repars en attrapant une barre de chocolat au vol, on ne sait jamais ce qu’on va trouver plus loin ! Le terrain est certes un peu plus plat mais comment dire… Entre les trous d’eau, la boue jusqu’aux genoux sans oublier la tourbe dans laquelle je m’enfonce jusqu’à mi-cuisse, on ne peut pas dire qu’on avance le nez au vent ! C’est sur ce tronçon que je fais connaissance de Christian et que je retrouve Patrice que j’avais croisé la veille au restaurant. Le premier est engagé sur le 100 et je crois que le deuxième est sur le 100 miles mais là j’avoue que j’ai un doute. Nous faisons un peu connaissance et force est de constater que ce genre de course attirent les profils atypiques. C’est bien simple, Patrice a fait pleins de courses de dingue qui vont du Népal à la Mauritanie. Christian a lui un profil presque plus classique puisque nous nous sommes donné rendez-vous à Chamonix fin août où il compte bien finir la TDS mais c’est son profil privé qui m’éclate : autrichien, ayant vécu en France enfant il parle notre langue couramment, ce qui m’arrange grandement, et pour compléter le tableau il est aujourd’hui vétérinaire au zoo de Central Park ! Avouez que cela ne s’invente pas !
Au demeurant je tiens à préciser que nous ne faisons pas vraiment route ensemble. Nous suivons notre rythme perso qui quelque fois s’accorde et quelque fois se désaccorde au gré des difficultés. Nouveau ravitaillement totalement improbable en pleine forêt, Christian décide de continuer alors que Patrice et moi partageons une soupe à la tomate avec morceaux de pain de mie émietté qu’il a réussi à choper avant que la bouilloire ne soit vide et qu’il faille attendre que l’eau soit de nouveau chaude. Je le sens de plus en plus dépité… Il ne supporte pas de devoir marcher autant, le terrain ne se prêtant vraiment pas à autre chose que la randonnée rapide. Enfin je ne sais pas ce que font les élites devant mais franchement je ne vois pas comment tu peux courir en ayant de la boue jusqu’aux mollets… Il parle déjà de bâcher, j’essaye de le convaincre de rester avec moi jusqu’à l’arrivée du 70, pariant sur le fait que le reste du parcours étant super roulant, il partirait finalement comme un grand vers l’arrivée en courant.

 

Christian qui très chic a assorti sa veste aux couleurs de la forêt…

Seulement c’était sans compter le bordel qui allait suivre… Nous attaquons ce qui était annoncé comme la vraie difficulté de la balade et sincèrement on ne va pas être déçu du voyage. Nous devons grimper vers un col et là j’avoue, je me suis maudite de ne pas avoir mes bâtons. Notre trio a éclaté depuis longtemps, nous avançons comme nous pouvons et personnellement j’avance de plus en plus lentement. La nuit est tombée, je n’ai comme repaire que les frontales des coureurs qui me précèdent, certains ayant la bonne idée d’avoir une petite lampe rouge dans le dos. Si au début j’avance à un rythme régulier, lent mais régulier, très vite cela se complique et pour mes voisins ce n’est pas mieux. Les organismes sont épuisés de ce qu’ils ont déjà dû parcourir et ça se ressent. Je monte mètre après mètre, évitant autant que possible de regarder vers le haut pour ne pas apercevoir ces foutues frontales qui sont toujours là devant moi. Si elles sont toujours en vue, c’est que le sommet n’est toujours pas là et que l’enfer n’est toujours pas terminé. Je fais des pauses pour tenter de faire baisser mon cardio en mode affolé et tenter de remplir mes poumons asphyxiés. Mon eau diminue de façon inquiétante et je finis par trouver un moyen simple de me réhydrater : je mange de la neige… Je ne marche plus, je grimpe à 4 pattes tellement la pente est rude et mon manque de bâtons se fait cruellement sentir. Combien de temps ai-je mis pour arriver en haut, je n’en ai fichtrement aucune idée mais quand enfin j’y arrive, je constate vite que le bordel est loin d’être terminé.

 
Après un pointage de passeport totalement incongru par un bénévole emmitouflé dans sa grosse doudoune, j’attaque la descente mais très vite je suis face à une dure réalité : la neige qui tombe rend les choses nettement plus compliquées. Le marquage n’est pas visible au milieu du pierrier enneigé. Je pense qu’à la base, il n’y avait qu’une trace, donc forcément qu’un seul chemin… Seulement là le chemin est sous 10 cm de neige et nous ne le trouvons plus. Nous descendons comme nous pouvons, tentant de trouver une trace la moins dangereuse possible. Plusieurs fois je finis en mode luge sur les fesses ne pouvant pas tenir debout. J’ai la tête qui tourne, je réalise que je n’ai pas mangé depuis longtemps, il est temps de faire une pause même si l’endroit ne s’y prête pas vraiment mais la sécurité avant tout, vu que de toute façon si je me fais mal, personne ne viendra me chercher.

 
Je m’assois donc les fesses dans la neige et je dégaine ma botte secrète, des m&m’s made in Chile qui ne sont pas aussi bons que les originaux mais qui feront bien l’affaire. Alors que je regarde mes petits camarades essayer de trouver un chemin dans ce foutoir, j’entends derrière moi une voix qui me demande si je vais bien. C’est Christian ! Je le rassure en lui disant que je mange juste un peu et il s’assoit à son tour. Je comprends alors qu’il compte m’attendre, ce qui me ravit. J’aime être seule pendant les courses mais là franchement, être deux pour affronter ça n’est pas de refus. Nous repartons en priant pour que les chutes de pierres ne nous atteignent pas… Parce qu’en plus de tout le reste, la descente se transforme en partie de bowling et je prie pour ne pas finir en strike… Enfin la forêt est là et j’en viens à bénir les bains de boue, nettement moins dangereux !
Nous arrivons enfin au ravitaillement où nous pouvons récupérer un drop bag. Je n’ai pas l’habitude de le faire mais ayant justement eu l’expérience de la première édition, cette fois je ne me suis pas fait avoir. J’ai une tenue sèche qui m’attend et c’est mon ami brésilien Jeison qui se charge de me donner mon sac… Seul problème, s’il est en mode bénévole, c’est qu’il a abandonné sa course… Nous avons réalisé le Grand Slam la même année, cet homme comme moi a enchaîné 4 courses extrêmes dans 4 grands déserts et il ne verra pas la ligne d’arrivée… ça donne vraiment une idée du chantier ! Je n’ai pas le courage de changer de collant ni de chaussettes, mon odlo finira la course mais je change le haut et surtout je rajoute une couche, parce que je sais que les températures les plus basses sont plutôt au lever du jour. Je file rejoindre Christian qui est sous la tente ravito, toujours aussi mal pourvue, et je me jette sur les chips arrosées d’un verre de coca. Patrice arrive, et le moral ne semble pas aller mieux. Il parle d’abandonner… Le responsable du ravitaillement insiste lourdement pour savoir si oui ou non, il reste là. Sincèrement je l’ai trouvé excessivement désagréable… J’ai tenté de lui expliquer qu’il avait besoin de temps mais faire venir une voiture de Puerto Natales demande 2 heures, il voulait donc parer au plus pressé pour ne pas faire attendre encore plus les coureurs qui voulaient en rester là. Je tente de lui proposer de rester avec nous mais je ne peux pas le rassurer sur la suite du parcours, que je ne connais pas du tout. Je ne sais moi-même pas trop où je m’embarque… Il décide d’en rester là, nous repartons pour notre dernière ligne droite. Je n’ai aucun doute sur le fait que je vais finir, Christian plus aux faits des choses m’annonce que nous avons plusieurs heures d’avance sur la BH, autant dire un truc qui ne m’est jamais arrivé de toute ma vie de traileuse !

Les niveaux sur mes collants… charmant ! 

Même si le terrain sera de temps à autre bien boueux à souhait, le fait de sentir au fond de nous que nous allons finir libère la parole. Nous avions très peu parlé, surtout dans la descente évidemment, trop concentrés sur nos pieds et sur les bruits environnements pour le faire. Enfin pour être très honnête, Christian n’est pas le plus causant des hommes mais ça fait du bien de pouvoir papoter un peu et penser à autre chose que les km qui ne défilent pas assez vite à mon goût. Nous allons découvrir la petite nouveauté du parcours qui de toute façon a tout de la Mud Race géante : les barrières… Qu’il faut à chaque fois escalader. Combien de fois j’ai dû le faire ? Je ne compte même plus… Mais je peux vous dire qu’à la fin, je n’en pouvais plus de devoir me soulever comme ça avant de sauter dans le vide en priant le bon dieu de ne pas me faire une cheville à la réception.
Au 74ème kilomètre, là où il y aurait dû avoir notre ligne d’arrivée, nous trouvons un ravitaillement encore plus improbable que les autres. Une petite cabane, une table, un bénévole absolument adorable (franchement le premier de la course…) qui nous accueille avec bienveillance. Mais son sourire ne suffit pas à me rendre le mien, il m’annonce qu’il reste 10,5Km avant l’arrivée, alors que j’en attendais 5 seulement et comble de bonheur avec une jolie grimpette pour clôturer en beauté l’épopée. Bon de toute façon, pas le choix, quand faut y aller, faut y aller…


Moi qui espérais finir à la frontale, je vais voir le jour se lever sur la Patagonie, ses montagnes perdues dans le brouillard qui les nappent tel de la crème fouettée… Oui bon ça va, j’ai faim moi, je commence à voir de la bouffe partout ! La dernière montée prendra un certain temps pour ne pas dire un temps certain. Je suis épuisée et frustrée de toujours croire qu’enfin là on arrive au sommet. Quand enfin nous amorçons la descente, la joie est de courte durée, ils nous refont le coup des barrières à sauter… Eh oh je ne suis pas un cheval moi ! Ah ben tiens, en voilà d’ailleurs qui nous regardent en se demandant bien quelle mouche nous a piqués.
J’avoue je trouve l’arrivée assez minable à la vue de qu’on vient de parcourir… Un village ou plutôt un hameau, dont plusieurs maisons semblent tout bonnement abandonnées… Un tapis, une petite arche, une bénévole qui te pointe et te donne ta médaille en passant au coureur suivant, c’est bête à dire mais j’avoue ma déception. Je ne demandais pas les flonflons mais un peu plus de vie dirons-nous. Christian est sensé continuer son chemin vers Puerto Natales, nos chemins sont sensés se séparer mais oh surprise, j’apprends au détour d’un couloir de ce qui semble être une école abandonnée que toutes les courses s’arrêtent ici. Fin de l’histoire ! Aucune explication n’est donnée alors qu’il n’y a aucune raison de sécurité, les presque 30 km restant sont sur une piste plate sans aucun intérêt et surtout aucun danger. A ce jour je n’ai toujours pas eu d’explication claire concernant cet arrêt.

 
En attendant la navette je bois un thé chaud puisque finalement alors qu’on m’avait annoncé qu’il n’y avait rien à manger, une gentille bénévole toute souriante surgit pour me proposer de quoi me réchauffer. La navette arrive rapidement et encore plus rapidement je bondis dedans entraînant Christian pour être sûre d’être de ce voyage, aucune envie de rester là quelques minutes de plus. Je veux mon hôtel, je veux ma douche chaude et avec un peu de chance un petit déjeuner digne de ce nom !
Mon gentil chauffeur me déposera d’ailleurs pour gagner du temps au bout de mon chemin où il me restera 500 m à parcourir avant de rejoindre la chaleur de mon foyer. Je suis accueillie en héroïne par le gérant de l’hôtel où je réside, ça me fait chaud au cœur. Tout de suite il me propose de me faire des œufs brouillés, pendant que je me jette sur le buffet. Voilà c’est fini…

Tout ça pour ça ! 

J’ai survécu à mon deuxième Ultra Fiord… J’ai couru un peu, marché beaucoup trop, rampé, bu dans des rivières, mangé de la neige, je me suis battue avec la boue, escaladé des arbres, traversé des bourbiers dans lesquels au plus profond je me suis enfoncée mais à aucun moment je n’ai douté sur le fait que j’allais terminer. J’étais juste en vie… tellement en vie… Je crois que c’est ça l’essence même du trail, ce qu’on cherche tous nous les traileurs, enfin je crois… Se sentir vivant, juste se sentir vivant, ne faire plus qu’un avec les éléments aussi hostiles soient-ils.

 
Je ne sais pas si je reviendrai le courir un jour mais une chose est certaine, je reviendrai en Patagonie parce que ce lieu unique ne se décrit pas, il se vit. Je vais laisser ma conclusion à mon gentil chauffeur : alors que nous rentrions à Puerto Natales, j’aperçois une pancarte sur le bord de la route qui nous indique que nous sommes sur la route « del fin del mundo », me rappelant la même que l’on trouve à Ushuaïa, petite ville fascinante que j’ai eu la chance de voir deux fois… Je lui fais la remarque que j’adore cette expression et il me répond en souriant « je ne suis pas d’accord avec cette phrase, pour moi ici ce n’est pas la fin mais le commencement de tout » …

 

 

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