Run : &bike… la fausse bonne idée !

Ça partait pourtant d’une super bonne idée : partager un moment privilégié avec mon ado qui à ma grande surprise avait d’ailleurs tout de suite accepté : la Ronde des Châteaux se joue à quelques km de la maison, mon aîné avait plutôt apprécié sa participation il y a un paquet d’années avec un de ses copains, que demander de plus… C’était sans compter le chien…

 

Je reprends tout depuis le début ! J’ai pris la décision de participer dans l’avenir à des courses chez moi. Déjà parce qu’il est grand temps que je le fasse ! Je suis dans un département où il se passe pleins de choses et qui est superbe au demeurant. Bref, j’ai bien l’intention de me la jouer locale en 2018 et de commencer tout de suite avec un run&bike organisé presque à domicile, la Ronde des Châteaux à Agonges. Enfin il va d’abord falloir commencer par être un peu plus organisée…

 
Première erreur : inscription à l’arrache sans bien prendre le temps de regarder tous les formats proposés… Je déduis trop rapidement que vétathlon en équipe nécessite une équipe de 3 (puisque 3 épreuves enchaînées) et comme nous ne sommes que 2, je m’oriente naturellement vers le run&bike, beaucoup mais alors beaucoup plus long…

 
Deuxième erreur : ne pas assez se renseigner sur la nature du terrain et la dureté de l’épreuve. J’en étais restée à une balade dans la campagne environnante et la traversée de cours de châteaux privés exceptionnellement ouverts pour l’occasion. Je me voyais profiter de la balade et prendre des photos tranquille… Tu parles Charles !

 
Troisième erreur : me rappeler un peu tard que personne ne fait de vélo à la maison si ce n’est moi dans ma cave sur un pauvre vélo d’appart… Résultat des courses, enfin de la course, on se retrouve à devoir faire faire des certifs VTT en compétition (j’en rigole encore !) à l’arrache en plus des certifs pour la course à pied et surtout à chercher deux casques en urgence. Thomas avait réussi à prêter le sien à un copain, impossible à récupérer vu le délai imparti. Un grand merci à la famille de Malo qui nous a dépanné.
Comme vous pouvez le constater ça commençait moyen toute cette histoire… Et dès que je suis arrivée au retrait des dossards j’ai compris que ça allait être compliqué. J’étais entourée de tri fonctions à foison, la très grande majorité portant fièrement les couleurs de leur club de triathlon. Ceux qui n’en portent pas portent le débardeur de leur club d’athlé… Personne avec sa go pro au bout d’une tige, aucune fille en rose bonbon ou de mec déguisé… et surtout personne avec comme nous un vieux VTT retrouvé au fond du garage…

 
L’épreuve commence par 6.4km pour moi en course à pied. Même pas une Parisienne, autant dire rien du tout, un échauffement parfait pour la deuxième partie ! Nous sommes une trentaine je pense au départ… En deux secondes et demi, je suis seule, ils ont tous disparu… je tourne mon premier km à 4.16 (mon garmin me l’a confirmé en m’envoyant un message «euh t’es sure là » !), j’ai les poumons en feu (bon ok je suis malade à crever depuis 4 jours en mode nez bouché, ce qui n’arrange rien mais quand même), le cœur qui va exploser et il n’y a plus personne… je suis déjà bonne dernière ! Bon, de toute façon je dois ralentir parce que là, je vais juste mourir. Je comprends très vite que je suis partie pour être la lanterne rouge du jour mais si je peux justement éviter de finir dans la grosse voiture rouge, ça m’arrangerait… Je ralentis pour me remettre en vitesse confort, surtout que je ne suis plus sur route mais sur des chemins, avant de carrément couper à travers champs. Heureusement que c’est parfaitement sec parce que mes hoka et moi on se serait retrouver en plus à faire de la haute voltige !

 
Les bénévoles me regardent arrivés souvent avec un air inquiet… « ça va madame ? », genre « vous êtes sûre que 6km ce n’est pas trop pour vous », je les rassure morte de rire, « ne vous inquiétez pas, tout va bien, je profite ! ». Je m’économise surtout parce que je sais que je vais avoir 15 bornes à courir ensuite avec logiquement Thomas à mes côtés en vélo. Je reviens enfin au village, inutile de vous préciser que bien sur Thomas est le seul à m’attendre, je ne risque pas de le rater dans le parc à vélo. Il part pour 16.4km… Je file me ravitailler et en profiter pour voir si par hasard on ne peut pas basculer sur le vétathlon maintenant que j’ai compris où j’avais mis les pieds… Evidemment ce n’est pas possible et je m’attends au retour de mon ado moyennement emballé à l’idée de continuer… Et j’attends… Et j’attends…

 

Bon j’ai fini par prendre deux minutes pour prendre un des châteaux en photo !

Enfin il apparaît avec un autre participant que je pense être le serre file. Je propose tout de suite à Thomas qui semble déjà bien marqué d’arrêter. Je vois bien qu’il hésite… Mais Christian son ange gardien le motive et lui dit qu’il faut repartir et faire ce qu’il peut. Ravito express et nous voilà repartis tous les trois parce que notre ange gardien ne va plus nous lâcher. Presque 15km avec les garçons qui sont devant et moi qui tente de ne pas prendre trop de retard mais qui ne peux pas voler non plus. Christian conseille Thom à tout instant sur les vitesses à adopter, la façon d’aborder ce nouveau chemin devant nous ou ce foutu champ en faux plat montant qui n’en finit pas. Je suis en mode endurance et surtout en mode « je regarde où je fous mes pieds » parce que je pars dans quelques jours au Maroc et une entorse ne serait vraiment pas une bonne idée.

 
Tout se passe relativement bien jusqu’au chien… Enfin la chienne puisque nous allons apprendre plus tard que c’est une femelle et qu’elle a 4 ans. Alors que nous arrivons dans la cour de ce qu’on peut appeler petit château, le chien aux pieds de son maître bondit et choppe le mollet de Thomas sur son vélo. Il a forcément le réflexe de le pousser et continue sa route avec Christian, bien décidé à ne pas demander son reste. J’arrive en courant juste derrière, le chien a immédiatement obéi à son maître qui l’a rappelé et il est en boule, assez affolé je pense. Je continue sans m’arrêter pour essayer de les rattraper pour avoir des nouvelles. Christian revient vers moi alors que nous avons quitté la propriété. Il me rassure en me disant qu’il l’a juste pincé et que Thomas veut continuer et il repart le retrouver en vélo.

 
Je sais une chose avec certitude : Thomas ne supporte pas la vue du sang qui coule… Donc s’il est toujours sur son vélo, c’est que le sang ne coule pas, c’est déjà ça. Je continue à avancer et je retrouve mon duo au ravito suivant. Il a l’air secoué mais toujours décidé à rentrer à l’arrivée en vélo. Il y a bien les marques de dents un peu sanglantes sur son mollet et les secouristes ont désinfecté la plaie. Bon ok, on rentre à Agonges et on gère tout ça au calme. Nous voilà repartis… entre les arrêts ravito, les arrêts secouristes, nous avons mis sur un terrain pas très roulant par moment 1h35 et nous étions tellement mais alors tellement derniers qu’ils avaient en fait pour la plupart pensé que nous avions arrêté. Ça vous donne une idée du niveau !

 
Il n’empêche que derniers ou pas, nous avons terminé, nous n’avons rien lâché, Thomas n’a rien lâché et il fait toute ma fierté. Je sais à quel point vivre ça n’est pas évident et encore plus lorsqu’on est un ado… Bon là maintenant forcément avec l’attaque du chien qui n’a rien arrangé, il est plutôt en mode « plus jamais » mais je sais que ce qu’il a vécu lui servira forcément un jour. Je me souviens de mon premier semi-marathon, là aussi choisi avec erreur dans un petit coin de mon département, où je me suis retrouvée avec des gens super entraînés et en terminant en un peu plus de deux heures, j’avais fait la course totalement seule. Mais j’avais fini, parce que j’étais venue pour ça et qu’il était hors de question que j’abandonne. Franchement qu’est-ce qui pose un souci de finir dernier ? il en faut toujours un non, comme un premier ? C’est uniquement le regard des autres qui gêne non, mais depuis quand on court pour les autres ? On court pour soi et uniquement pour soi, il serait bon de ne pas l’oublier. Enfin sauf si on est élite évidemment ! Moi ça fait des années que j’ai totalement dépassé ça, si tant est que j’y ai accordé la moindre importance un jour et je suis plutôt heureuse que mon fils soit comme moi. A aucun moment l’argument « j’arrête parce que je suis dernier » n’est sorti, j’ai plutôt entendu « bon l’année prochaine je reviens avec un vélo correct et on fait le vétathlon, ça suffira bien ! ». Et de nouveau un grand merci à Christian pour son soutien, son sang froid et son incroyable gentillesse avec mon fils Thomas.

 

Epilogue : avant que vous posiez la question, la morsure n’est pas grave. Le propriétaire du chien s’est engagé à la faire tester contre la rage pour que nous soyons parfaitement rassurés même si le risque est quasi nul à ce sujet, nous le savons pertinemment. Ce qui s’est passé, c’est qu’elle est restée attachée le temps de la course, mais le fils du propriétaire ayant vu passer deux motos en a déduit que les derniers étaient passés et a donc libéré la chienne. Seulement, cette année c’est un quad qui fermait la course… Quad qui était bien derrière nous évidemment. La chienne a pris peur en voyant arriver deux VTT à travers champs dans son domaine puisque je tiens à le rappeler, la course à ce moment-là traversait donc une propriété privée. Bref la faute à pas de chance… Je tiens d’ailleurs à remercier publiquement l’organisation de la course qui a super géré l’incident et tous les bénévoles aux petits soins pour nous. Pensez juste à prendre des mots croisés pour vous occuper l’année prochaine… possible qu’on revienne !