Red Bull 400 : des marches, de la sueur et du sang !

Continuant ma découverte des courses « à la con », forcément celle-là était faite pour moi. Escalader un tremplin de saut à ski, non seulement ça ne sert à rien mais en plus pour une fille qui a le vertige c’est pas bien malin…

 

Je ne vais pas vous mentir, lorsque j’ai reçu l’invitation de Red Bull organisateur de l’événement qui porte carrément son nom, je me suis arrêtée à Courchevel… Sans aller plus loin ! Je me suis dit que c’était l’occasion d’aller découvrir une station que je connais comme tout le monde de nom mais je ne m’attendais pas à vivre ce que j’ai vécu là-bas. Petit flashback : j’arrive à remettre des chaussures fermées que depuis peu de temps, mes orteils sont certes en voie de guérison mais franchement encore super moches. Et je ne parle pas des plantes de pied. Donc quand j’ai vu que ça faisait 400m de long, je me suis dit naïvement que ça devrait suffire pour une reprise, négligeant totalement l’info « dénivelé qui va bien piquer ». En plus il y a Charles, un journaliste que je connais depuis quelques années maintenant et que j’adore (il a un super blog que je vous conseille www.charlesbrumauld.com ). Tu rajoutes la team Jogging International là-dessus et forcément tu sais que tu vas passer un super moment.

 

Jusqu’à ce que tu arrives sur place et que tu découvres ledit tremplin… Ah ouais… Quand même… Mais on arrive à se tenir debout ? Ah ben non apparemment si j’en crois les vidéos que je finis par regarder. Tant pis, je suis là, pas moyen de se défiler. J’en apprends un peu plus sur l’organisation de la journée. On fait donc partir des vagues de 40 coureurs, on appelle ça des heats dans le jargon grimpette qui déchire sa race. Tu dois rentrer dans l’espace dédié à l’échauffement 25 min avant, histoire de te préparer un peu quand même et c’est parti kiki. Notre super Ludo est là pour t’encourager et te booster, ce qui a toujours tendance à me rassurer. J’aime être entourée d’amis, c’est tout de suite plus sympa ! A la fin des vagues, les 20 meilleurs temps sont sélectionnés d’office, vient ensuite les demi-finales pour rattraper 20 concurrents. Il faut avoir fait un temps minimum pour y avoir accès (franchement je ne sais plus mais si vraiment ça vous intéresse je peux demander !). Et si tu es repêché, tu y retournes donc une troisième fois pour la finale. Lorsque j’assiste aux premières courses des garçons (les filles passent l’après-midi), je me dis que j’ai peut-être fait une connerie… Je récupère Charles un peu, pour ne pas dire carrément secoué et débarrassé de son petit déjeuner… Même moi j’ai mes œufs brouillés qui remontent alors que je grimpe le chercher. Mais dans quoi me suis-je encore embarquée ?

 

 

Je passe dans la troisième et dernière vague des filles à 14h45, ce qui me laisse largement le temps de baliser… Je finis par me décider d’aller déjeuner même si je me demande si c’est bien raisonnable. Je me contente des crozets et du jambon à l’os plutôt bons d’ailleurs. Je zappe le plat chaud et même le dessert ! C’est dire si je suis sérieuse… Je me marre en voyant un lapin en peluche rose tenter de finir la grimpette explosé. Le pauvre enterre sa vie de garçon et le matin même il ne savait pas qu’il participerait au délire. Il doit maudire ses copains mais ça le prépare bien à ce qu’il va vivre les 50 prochaines années ! 14h15 c’est mon tour. Je fais deux ou trois aller-retours mais l’échauffement ce n’est pas trop mon truc, ce qui est une grosse erreur sur ce type d’effort évidemment. Quand tu pars pour un trail de 80 bornes, tu peux te permettre de partir à la cool et de chauffer la machine tranquillement mais là, c’est une autre paire de manche puisqu’au bout de 3 secondes tu es dans le dur… Je me contente de m’hydrater un max parce qu’il fait chaud et que pour 400m ils n’ont pas prévu de ravito ! (En vrai il y a bien de l’eau sur le parcours puisqu’il y a des infirmiers prêts à intervenir en cas de souci).

 

Après avoir papoter avec une TEE, Marie-Aude pour ne pas la nommer, qui s’est retrouvée embarquée par sa fille dans l’aventure, je fais la connaissance de Tiphanie qui semble être en totale panique. Elle trouve que tout le monde semble là pour la gagne et se réjouit de voir qu’il y a comme elle une fille venue là surtout pour le fun et le défi. Je la rassure et lui donne quelques petits conseils, moi la fille qui n’en ai jamais fait et qui ne doute de rien ! Trois, deux, un c’est parti ! Nan mais oh les filles faut se calmer… ça part en boulet de canon et je reste sur place… Ok, va falloir commencer à se bouger parce que bon dernière je connais mais si je pouvais éviter ça m’arrangerait aujourd’hui #orgueilmalplacé. Je passe mon temps à raconter que je sais faire des trucs de dingue, il serait de bon ton de le montrer. Je sais un truc, le secret de ce genre de grimpette, c’est la régularité. Je passe donc en mode diesel, certes pas la plus rapide, mais ça finit souvent par payer. La première « vague » est la plus brutale en fait et surtout la plus compliquée à gérer parce que tu as des cordes qui soit t’aident, soit t’entravent, ça dépend de quel côté on se place. La position est tout sauf naturelle et a tendance à écraser les poumons qui ne peuvent plus vraiment fonctionner à plein régime.

 

Mètre après mètre, j’avance sans réfléchir et surtout sans lever la tête pour éviter de paniquer ! Mais un coup d’œil sur le côté me fait réaliser que je commence à doubler une ou deux filles. Enfin l’arche de mi-parcours est là et je peux me redresser pour respirer à fond. La suite c’est un peu plus gérable à défaut d’être facile, parce que ce sont des marches et ça je connais puisque j’ai déjà fait des courses d’escaliers. J’attrape donc la rampe en plastique installée pour l’occasion et je me hisse comme je peux. Je ne sais pas pourquoi mais à un moment je me retourne et j’aperçois Tiphanie qui va mal. Je l’encourage, je l’attends un peu et j’attrape sa main pour la faire repartir. Je la hisse pendant quelques mètres juste pour qu’elle réalise qu’elle peut le faire, et même qu’elle va le faire ! Là encore mètre après mètre, je grimpe sans me poser de question jusqu’à ce que je lise sur les travées en bois « redressez-vous, souriez, le photographe est là » ou quelque chose dans ce goût-là. Et comme je suis obéissante, je le fais ! Cela me vaudra une des plus jolies photos de course de ma vie ! Merci le photographe !

 

Enfin la dernière marche est là, je me retourne pour voir où est Tiphanie, je l’encourage, je crie, et elle arrive enfin, au bout de sa vie mais elle a réussi. Je ne vais pas vous mentir, comme je ne me suis pas du tout mis dans le rouge, j’ai le sentiment d’aller carrément mieux que la plupart de mes petites camarades de jeu qui ont du mal à reprendre leur souffle. Ouais, bon ok j’aurais peut-être dû me bouger un peu plus les fesses mais je n’avais aucune idée dans quoi je m’embarquais et je l’ai joué prudente. Je retrouve quand même ce goût de sang dans la bouche caractéristique de ce type d’effort violent qui ne me manquait pas. Mais à ma grande surprise, je suis quand même qualifiée pour les demi-finales… Mince alors, qu’est-ce que je fais ? J’y vais ? J’y vais pas ? Je sais pertinemment que je ne peux pas accéder à la finale, je n’ai pas du tout le niveau des filles que j’ai vu à l’œuvre et cela signifie donc une nouvelle grimpette pour le fun, le plaisir, la beauté du geste… La postérité ? Finalement je vais y aller et je vais même améliorer mon temps de plus de 20 secondes, me prouvant si j’en avais besoin que je pourrais en me préparant un peu faire un truc pas trop nul. Je suis classée au final 49ème sur 91. Dommage qu’il n’y ait pas de catégorie d’âge parce que je devais quand même bien être dans les plus vieilles !!!

 

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J’ai hésité à mettre ça dans les points positifs… 

Conclusion de cette journée : je me suis vraiment amusée et je n’ai pas vu le temps passé à ma grande surprise. J’avoue que lorsque j’ai réalisé que j’allais rester sur place de 9h30 à 18h30 alors que j’allais seulement faire une grimpette de 10 minutes max en théorie, j’ai regretté de n’avoir pas pris un bouquin ! Mais tu regardes les autres, tu papotes, tu bronzes… et tu admires les finales ! Bref tout ça pour vous dire qu’il y a de grandes chances que l’année prochaine, je sois de nouveau en bas du tremplin maintenant que je connais le chemin !

 

Les + de l’événement :
– Même si vous vous en doutez je n’ai pas payé mon dossard, j’ai posé pas mal de fois la question autour de moi et tout le monde semblait ravi du niveau de prestation offert pour le prix. 25€ pour la journée avec un repas inclus (et là franchement une bonne surprise aussi et je suis une tannée à nourrir), un t-shirt technique, un ticket boisson qui donne le droit à 4 accès au bar, une borne avec les photos offertes (la fameuse que vous avez en ouverture) imprimées et envoyées par mail, l’accès à l’after party où deux DJ ont mis le feu… franchement top !
– Une médaille qui claque !
– Une super ambiance avec pleins de transats pour bronzer et attendre son tour, des participants venant d’horizon aussi variés que le cross fit ou le ski alpiniste. C’est clairement un événement conçu pour venir entre copains et passer une super journée.
– Le sentiment de se dépasser dans un truc qui ne dure pas plus de 10 minutes mais c’est bien assez !

 

Les – de l’événement :
(Comme j’ai déjà fait le débrief avec l’orga, je sais que plusieurs points seront déjà pris en compte pour la prochaine édition, n’étant pas la seule à avoir fait remonter les infos mais ce n’est pas une raison pour les zapper)
– Le t-shirt pour les garçons était mieux que celui pour les filles. Bon, je ne vais pas vous mentir, moi perso celui des filles je l’ai tellement trouvé sympa que je suis allée le chercher… Mais plusieurs se sont plaintes qu’il était rose. Selon Pantone il ne l’est pas, il est P 90-16 C (je peux vous retrouver la référence !) et je trouvais la coupe très ample plutôt sympa, moi qui ai horreur des trucs moulants. En fait, ce qui s’est surtout passer (puisque j’ai fait ma curieuse !) c’est que le t-shirt pour les garçons était un t-shirt de vélo avec une fermeture à l’avant et des poches à l’arrière. Ça donnait l’impression qu’ils avaient un truc mieux que nous alors qu’en réalité ça relève plus de l’erreur du partenaire ou de sa volonté de vider son stock de t-shirt pour mec…
– La demi-finale femmes et la finale étaient beaucoup trop rapprochées et là c’est un vrai gros souci qu’il faudra corriger l’année prochaine pour mettre les femmes sur un pied d’égalité avec les hommes. Pour les repéchées, c’est bien simple, elles ont sauté dans le téléphérique pour redescendre, boire un peu d’eau et repartir. C’est tout simplement impossible… Ok on le sait, la probabilité qu’une « repéchée » puisse faire la surprise et monter sur le podium alors qu’elle n’était pas dans les 10 plus rapides est minime mais c’est une question de principe. L’orga en a pris conscience sur le terrain et ce sera différent l’année prochaine donc pas d’inquiétude si vous voulez vous lancer dans l’aventure.
– Ma plus grande surprise (et ma plus grande déception) vient de la station même de Courchevel qui est fermée au moment de l’événement. C’est bête à dire mais comme je ne connais vraiment que Chamonix et Megève je ne savais même pas que c’était possible ! Elle rouvre le 1er juillet et il n’y avait qu’un hôtel ouvert pour l’occasion à la demande de Red Bull. Bon le Mercure est top avec une vue incroyable sur le lac et les montagnes mais ça gâche un peu la fête. Ce n’est pas que je comptais faire du shopping chez Vuitton et Dior pour compléter mon dressing mais pas de resto, c’est un peu plus compliqué. Tu comprends mieux pourquoi l’orga a prévu le repas du midi. Je ne sais pas s’il est possible de repousser la date de l’événement mais c’est vrai que c’est dommage. La majorité des participants avec qui j’en ai parlé avaient fait le choix de camper sur place ou de dormir à Brides les Bains à 15 minutes de voiture ou bien entendu étaient tout simplement du coin !