Run : Marathon du Mont Blanc façon gourmand…

Dans le cadre de ma prépa UTMB (le premier d’une longue série…), j’avais décidé de me lancer dans un Goofy Challenge des montagnes à savoir enchaîner le cross (23km) et le marathon du Mont Blanc le même week-end. Ne me demandez pas le dénivelé, j’en ai fichtrement aucune idée comme d’habitude. Par contre j’aimerais bien savoir quel jour j’ai pris la décision de m’inscrire au tour du Mt Blanc sans pause tarte aux myrtilles et surtout quelle substance illicite j’ai bien pu avaler ce jour-là parce que lorsqu’on voit ce que je donne en montagne, je ne devais vraiment pas être bien…

 

Enfin bon, pas la peine de refaire le monde, me voilà partie avec Cunégonde (c’est le petit nom de mon GPS qui devient « espèce de pouffiasse » quand elle me balade) qui pour une fois a l’air plutôt bien disposée à m’emmener là où je veux aller. Mais c’est bien la seule chose qui marche ce jour-là. J’attendais une ceinture de ravitaillement qui n’est jamais arrivée… La mienne est restée à Tahiti (c’est la minute pétasse !) et je n’avais jamais eu l’occasion de m’en racheter une. Je sais qu’il va faire chaud et qu’il faut prendre suffisamment d’eau. Je me vois mal courir le cross avec mon sac à dos vide juste pour porter une simple gourde… Cette histoire me travaille et je me dis que je vais surement trouver mon bonheur au village expo du marathon mais encore faut-il que je n’arrive pas trop tard. Et pas question de faire sa folle au volant parce que la voiture n’est pas à mon nom et mon homme vient juste de récupérer le point que j’avais perdu… Ah c’est beau la solidarité dans un couple ! Tout en continuant ma route, je réfléchis à ce que je vais prendre comme barres le lendemain, si je vais acheter des compotes pour le dimanche, des considérations purement gastronomiques quoi, et il me vient tout d’un coup une pensée bizarre : « et au fait question fringues, j’ai pris quoi exactement ? ». Eh oui vous l’avez déjà deviné : j’ai encore oublié mon soutif… J’avais décidé de courir le marathon avec une robe qui a une brassière intégrée pour ne pas souffrir de frottement mais pour le samedi j’ai pris un t-shirt rose pour aller avec ma visière rose cadeau d’anniversaire de ma chère Tortue à ce même marathon 2 ans auparavant assorti à mon diadème. Seulement à me dire : pas besoin de soutif pour dimanche, j’en ai oublié celui du samedi… Là franchement je me dis qu’il va vraiment falloir que j’en parle à un psy… Je pense toujours à mon chrono que je ne démarre jamais et qui sert juste à faire genre, mais un truc vraiment utile je l’oublie à chaque fois. Me voilà donc à peine arrivée sur place partie à la tradition recherche du soutif perdu ! J’en profite pour acheter une ceinture Salomon pour faire la pro. Bon je ne sais pas si le buff rose Hello Kitty est un achat qui fait pro mais ma fille l’adore !

 

Je récupère mes 2 dossards devant l’air un peu étonné de la bénévole (ça ne se faisait pas trop à l’époque…) et mes 2 t-shirts, mon homme étant absolument ravi d’apprendre qu’il allait hériter d’un nouveau technique rouge du plus bel effet pour le jardinage. Je vous dis pas leur tête quand l’année suivante je suis venue chercher 3 dossards ayant eu la belle idée de rajouter le km vertical. Quitte à venir, autant venir pour quelque chose ! Un passage à l’hôtel où je vais dormir deux nuits et retour à Chamonix pour une première pasta-party avec un membre de Courir le Monde qui est dans le même délire montagnard que moi. Ce qui est terrible c’est qu’à ce moment-là, je ne réalise pas vraiment que je suis en train de faire une grosse bêtise. Depuis 2 jours, j’ai ce que je crois être une angine même si je n’avais jamais lu quelque part qu’on saignait autant du nez avec ce type de pathologie. Je me réveille plusieurs fois par nuit pour éponger mes sinus qui se vident de sang. J’appréhende un peu mais pas autant que cela, et franchement je me dis avec le recul que je suis totalement folle.

 
Nuit relativement moins pire que les précédentes et petit déjeuner très attendu ! Je descends avec mon « gatosport » mais quand j’aperçois le pain aux graines et les croissants, je le laisse gentiment de côté. Je vais courir 23 bornes en montagne, je vais éliminer tout ça non ? Je me presse parce que j’ai rendez-vous avec des copines, les « filles d’Aquitaine » qui sont venues elles aussi tâter du caillou. Je me presse tellement qu’au moment d’attraper mon sac qui sera à l’arrivée et de prendre ma fameuse nouvelle ceinture, je dois me rendre à l’évidence : pour une ceinture avec une gourde de 650 ml d’eau, elle est bien légère… Ok, on continue la rigolade : j’ai oublié la gourde sur la table de ma chambre. Pourtant j’avais tout bien préparé, mis ma vitamine C dedans et tout et tout… Pas le temps de repartir la chercher et je fais quoi moi ? J’ai le souvenir cuisant de l’édition de 2008 où j’avais vraiment eu soif, je dois trouver une solution. Il y a une boulangerie ouverte sur ma route, zou j’achète une bouteille de boisson à la couleur très étrange mais qui fera l’affaire. Au fond de moi je suis consternée : est-ce qu’un jour je serais une coureuse capable de prendre toutes ses affaires ? Même quand j’essaye de bien faire, il y a toujours un truc qui part en sucette… Il n’y a plus qu’à prier pour que la ceinture soit compatible avec la bouteille.


Direction le départ du cross et tout de suite je m’inquiète devant le monde. Nous n’avions pas fixé de lieu de rendez-vous très précis et il y a foule. Heureusement l’effet diadème fonctionne (j’oublie mon soutif mais pas mes bijoux… Cherchez l’erreur !) et Chantaki me trouve dans la foule. Elles ont toutes l’air super en forme, Monsieur Chantaki a même décidé de filmer la course et je peux vous dire que son camescope ressemble à un vrai camescope ! Nous n’oublions pas la traditionnelle photo et quelques minutes seulement après, le départ est donné. C’est parti pour 23 km à l’assaut des montagnes. Ok je ne suis pas toute seule… Il faut se rendre à l’évidence, il va falloir par moment jouer des coudes pour passer. Mais j’ai décidé que ce matin, j’allais essayer de faire mon « Convert » (ou mon Kilian pour ceux qui ne connaissent pas le tout aussi légendaire Pierre Convert) et de courir un maximum, même si je savais déjà que vu mon niveau plus que moyen cela n’allait pas toujours être simple. Je veux bien pousser les coureurs dans le vide pour passer mais parait que ce n’est pas très bien vu… L’effet diadème joue à plein régime, même pendant la course, surtout auprès des étrangers. Je n’ai quasiment parler qu’anglais (« Brian is in the kitchen » et « where’s my umbrella » ne sont pas forcément facile à caser mais j’y arrive très bien !) ! Entre les sud-africains, les allemands et même les anglais tout simplement, tous étaient intrigués par la princesse de la montagne. Pour le public aussi, cela a beaucoup joué et les encouragements sont vraiment sympathiques je dois bien l’avouer.

 

Seul réel point noir : je n’ai pas pris de mouchoir et les 2 de Chantaki gentiment offerts avant le départ ont dû tenir 3 km. Il faut se rendre à l’évidence, il va falloir trouver une solution… Et à part demander aux gentils coureurs de me prêter leur t-shirt, je ne vois qu’une solution : me moucher dans le vide comme savent si bien le faire les vrais coureurs. Franchement j’ai horreur de ça mais je n’arrive pas à respirer alors à la guerre comme à la guerre ! Puisqu’on se dit tout je peux vous avouer que j’ai fini par tellement bien maitriser le truc que j’ai vidé mes sinus sur toute la montagne avec une force qui a fait bondir 2 ou 3 coureurs qui accéléraient ensuite en se disant que je devais forcément avoir un truc super contagieux vu ce qui sortait ! Par contre, je ne comprends pas, malgré ma jupette des plus seyantes, aucun ne m’a demandé où je dormais le soir…

 
Ce qui est terrible à dire c’est que la course s’est bien passée dans l’ensemble, même si bien entendu je n’ai pas gagné ! Faut pas pousser non plus… Mais j’ai vraiment couru un maximum et les 5 derniers km je n’ai fait que dire 2 mots : « à gauche !» parce que je remontais sans cesse des coureurs. Le moment le plus drôle je crois c’est dans la dernière montée qui est vraiment casse pattes. Là je sais que ce n’est pas la peine de trop forcer, j’ai un marathon le lendemain. Je marche donc d’un pas soutenu et j’entends ma voisine qui me dit : « oh la la une jupe ! Mais ça ne gêne pas pour courir ? ». Et nous voilà toutes les 2 en train de parler fringues, jupette, robe de running, avantages et inconvénients… Vous auriez vu la tête des mecs autour de nous qui souffraient dans cette dernière grimpette, consternés d’entendre des filles plutôt à l’aise en train de parler chiffons ! Je regrette de ne pas avoir sorti l’appareil photo pour immortaliser leur regard dépité. Je passe la ligne d’arrivée en 3h30 plutôt bien et je vais chercher mon verre de coca, ravie d’avoir aussi bien gérer ma course. Bon, ok, dire que je ne rêvais que d’y retourner serait quelque peu exagérer mais je vais plutôt pas mal. La bénévole qui me donne à boire d’ailleurs me félicite et je lui donne rendez-vous le lendemain au même endroit. A ce moment-là je suis encore inconsciente, surement dopée par les effets de l’altitude et de l’endomorphine… La télécabine va vite me ramener à la réalité parce que j’ai horreur de ça, j’ai un vertige dingue dans ces trucs-là. Direction la douche pour retrouver visage humain ou plutôt odeur humaine et roulez jeunesse vers ce qui est maintenant mon fief post course sur le mont Blanc : le mac do du coin ! Il est très beau, tout en bois, a le wifi et de toute façon, j’ai trop envie de frites pour réfléchir… Vous avez vu je le vends bien hein ?


Retour au marathon expo où je tombe par hasard sur Muriel, une amie, qui est en vacances et qui a prévu de se joindre à nous pour le « verre caf » un peu plus tard. Après un débrief rapide de la course elle me parle de ses bâtons révolutionnaires qu’elle me propose de tester le lendemain. Je ne sais si c’est prémonitoire mais j’accepte avec joie. J’avais envisagé d’en faire l’acquisition mais de peur de me planter j’ai préféré reporter l’achat.
Les Cafeuses : nous nous retrouvons toutes pour papoter et refaire la course à défaut de refaire le match ! Que du bonheur ! C’est vrai que c’est franchement sympathique de retrouver les copines où que l’on aille en France et même à l’étranger. Toutes celles qui n’osent pas venir nous rejoindre devraient se jeter à l’eau parce que franchement ces moments font le charme des courses auxquelles je participe aujourd’hui. Muriel m’a amené les fameux bâtons et je me dis qu’avec ça et mon diadème je ne vais vraiment pas passer inaperçue ! Ils ressemblent plus à des banderilles qu’autre chose et d’ailleurs j’entendrais le lendemain moult réflexions du style : « tu l’as mis où le taureau ? », « je veux bien te laisser mes oreilles mais laisse-moi mes attributs », j’en passe et des meilleurs… Revenons aux filles : je suis heureuse parce qu’elles ont toutes l’air heureuse de leur course et je suis un peu comme une maman j’ai besoin de savoir que mes troupes vont bien. Vraiment ce rendez-vous me fait chaud au cœur. Dîner « courir le monde » à le refaire le monde justement. Je m’excuse auprès des épouses et conjointes pour le côté un peu saoulant des coureurs entre eux… Ce sont des saintes de supporter ça, parce que c’est vraiment pénible de réunir plusieurs passionnés ensemble.

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Les copines !!!!

Direction mon lit après avoir préparé un peu plus sérieusement mes petites affaires. J’ai décidé d’être très tôt sur place pour trouver à me garer le plus près possible de l’arrivée du téléphérique pour ne pas perdre de temps. J’ai demandé à garder ma chambre un peu plus longtemps pour pouvoir me doucher avant de reprendre la voiture et je ne veux pas abuser. Ce qui m’amuse aujourd’hui c’est mon optimisme à ce moment-là. Aucun doute pour moi, je vais mettre le même temps qu’il y a 2 ans, ben oui tiens, tu parles… Réveil avant le réveil comme souvent et dès que je mets le pied à terre je comprends que cela ne va pas se passer comme je le pensais. J’ai les poumons en feu… et la voix je ne vous parle même pas de ma voix ! On va me faire passer un test de féminité si je parle à un des organisateurs avec cette voix-là ! Je descends au petit déjeuner en tenue pour partir directement parce que là je vais oublier les croissants. Je prends juste de l’eau chaude pour mon thé et roulez jeunesse. Je trouve une place pour mon camion juste là où je l’espérais et je m’installe confortablement dans ma voiture pour déguster ce délicieux gatosport au chocolat fait au dernier moment… Bon sang que je regrette de ne pas avoir laissé celui-là à ma fille pour lui prendre celui que j’ai fait avec un glaçage au chocolat au lait… Je sais cette pensée ne m’honore guère mais j’ai bien peur qu’elle soit sincère !

 

Je m’occupe un peu de mes petits pieds qui pour l’instant sont bien sages en passant l’épreuve du cross sans moufter et sans m’honorer d’ampoules. Je vais tester une paire de hoka et c’est vrai que j’appréhende un peu parce qu’elles sont tellement « bizarres ». L’heure du départ a sonné et celle du dernier pipi aussi ! Ce qui est émouvant avec ce moment c’est que je sais que dans 2 mois je serais au même endroit, et que je ferais moins la fière… Même si là je la ramène moyen… Comment mes bronches vont-elles surmonter la rapide montée en altitude ? J’abrège le suspens : elles ne vont pas la supporter ! La montée au col des Posettes va juste être une longue agonie où je me maudis d’avoir cru pouvoir y arriver. Je sais à ce moment-là que ce ne sera plus une course mais une randonnée. Avec le recul je me dis que le fait de ne pas respirer correctement, donc de ne pas oxygéner mon sang correctement a dû jouer un peu. Heureusement je rencontre d’autres coureurs avec qui je papote un peu et qui seront autour de moi au fur et à mesure que nous progressons. Ce qui me fout le moral dans les chaussettes c’est lorsqu’ils me parlent de 8h de course. Je n’avais jamais imaginé que je mettrais ce temps.

 

 

J’abandonnerais bien mais mes clés de voiture sont dans mon sac à l’arrivée. Alors j’avance doucement mais sûrement. Ça me permet en tout cas de tester les fameux bâtons qui se révèlent très efficaces que ce soit en montée et en descente, m’assurant bien et me rassurant surtout. Pour les Hoka pas de doute en descente elles sont stupéfiantes. Je peux d’autant plus le dire que j’aurais testé le même parcours avec 2 paires différentes.
Point positif de la course : le public. Il y en a peu mais ce n’est pas la quantité qui compte c’est la qualité. Il y a 2 femmes avec un panneau en carton avec écrit dessus « allez » et « bravo » de l’autre côté et elles alternent en fonction de notre état ! Je vais les voir sur tous les ravitos et même à l’arrivée. D’ailleurs la troisième fois je leur fais la réflexion : « mais ce n’est pas possible, vous êtes partout ! ». Un vrai boulot « public » sur le marathon du Mont Blanc ! Autre soutien imprévu : 2 jeunes femmes adorables qui étaient déjà là pour le cross. Lorsqu’elles reconnaissent le diadème, elles m’interpellent : « mais vous êtes encore là ? » « Oui je fais les 2 ! ». Elles vont être d’un soutien formidable à chaque ravito où elles surgissent comme par enchantement et sans leur « le doublé, le doublé » hurlé à pleins poumons, j’aurais sûrement jeté l’éponge plus vite. J’arrive au fameux ravito de la Flégère et pour vous donner une idée de la cata il n’y a plus de coca… ça me file un coup de plus au moral qui n’a pas besoin de ça. Un bénévole m’aide à remplir ma gourde et je profite de l’occasion pour remercier tous ceux et celles qui ont été à nos côtés pendant cette course. Je n’ai vu que sourires, mots de soutien, encouragements de la part de ceux qui nous ont attendu des heures dans la chaleur pour nous donner un peu d’eau. Qu’ils en soient ici remerciés ! Et celle qui m’a donné deux mouchoirs aussi ! C’est toujours ça que les autres coureurs n’ont pas pris sur leurs chaussures !

 

Le plus dur pour moi restera la fin, non pas parce que c’est la fin mais parce que la veille au même endroit je m’amusais. Là ce n’est pas du tout le cas, mon genou droit me lance de plus en plus sans réelle explication et j’ai la trouille en plus d’avoir une blessure en plus de mes poumons à changer… Je n’arrive pas à relancer alors que c’est de la descente et que normalement je pourrais m’amuser comme une petite folle sur ce type de parcours. Il faut l’accepter ce n’est pas mon jour et puis c’est tout. Je vais finir pépère, pas le choix, sous les encouragements du public encore présent. Mes groupies sont là et crient à gorge déployée : « le doublé ». La pancarte se retourne pour m’aider à finir et je remercie les jeunes femmes pour leurs encouragements. Je passe la ligne d’arrivée sans grande fierté si ce n’est celle de n’avoir pas abandonné. Je vais vite saluer la bénévole de la veille et je fonce récupérer mon sac pour retourner à mon hôtel. Ils doivent se demander ce que je fais à ramasser les edelweiss comme ça… Je m’attends à trouver mes valises sur le palier ! Comme je n’avais pas mon téléphone je ne pouvais même pas prévenir de mon « léger retard ». Ah oui tiens j’ai oublié de le préciser du coup : j’ai fait 8h10 je crois. Pour un marathon je crois que là j’ai battu un record absolu !

 

Une chose est sure maintenant : si je suis malade je ne prends pas le départ, quel que soit la course. Il faut savoir raison gardée. Mais si je vais finir par être raisonnable qu’est-ce que vous croyez ? D’ailleurs j’ai décidé de couper un peu le temps de guérir complètement avant de rechausser mes baskets. Je sais que j’ai un plan à suivre mais j’ai besoin d’être en forme, alors tant pis ça attendra. Je vais mettre toutes mes chances de côté pour être fin prête fin août.

 

PS : pour la petite histoire, cette année là on nous arrêtera à St Gervais et je ne ferai que la CCC après une nuit blanche à rager, m’énerver, papoter et dans le bus remonter !