Récit : Annecy, comme Capri, c’est fini…

28/05/2016 ANNECY (FRA) TECNICA MAXI RACE Le Semnoz ©Michel COTTIN/AGENCE ZOOM

Tiens ça fait bien longtemps que je ne vous avais pas parlé d’abandon… Cela a beau être le jeu ma brave Lucette, ce n’est jamais une décision facile à prendre. Alors que s’est-il passé à Annecy sur la Maxi Race le week-end dernier ? En fait rien de bien grave, juste l’accumulation de petites erreurs, volontaires ou pas, qui finissent immanquablement par enrayer la machine… L’effet papillon, c’est tout de suite moins charmant quand ça finit par un abandon.

 

Etat des lieux avant course : j’essaye autant que possible de tenir mes séances entraînements avec une ou deux semaines agitées et compliquées pour cause de bouclages divers et variés. Au pire quand je ne peux pas courir, je pédale sur mon vélo parce que je peux continuer à répondre à mes mails ou passer mes coups de téléphone ! J’ai par contre un problème nouveau à gérer et un peu plus embêtant. Je suis un traitement depuis mi-janvier pour un souci de santé qui n’a rien à voir avec la course à pied. J’avais pour le Liwa interrompu le dit traitement sur conseil de mon médecin qui en gros m’avait dit « on n’a aucune idée de ce que ça peut donner avec la chaleur et ce type d’effort, ce traitement n’est pas vital, vous arrêtez 8 jours pour qu’on soit tranquille ». Et force était de constater que tout s’était très bien passé. Mais depuis un peu plus d’un mois, ma vie s’est légèrement compliquée avec l’apparition de presque tous les effets secondaires dont une grande fatigue inexpliquée avec chutes de tension qui vont bien, des problèmes intestinaux et j’en passe. Rien d’original, ils sont tous indiqués sur la notice du médicament. Je me suis posée la question de l’interrompre une nouvelle fois mais là j’arrive à la fin, j’ai encore 7 jours et c’est fini. J’ai donc fait le choix de ne rien faire, partant du principe que j’étais sur une course différente et pas seule en plein désert.

 
Autre décision surement un peu stupide mais je ne la regrette pas non plus : à la vue de mon niveau d’entrainement, il aurait été surement préférable de partir sur la course en deux jours pour faire un week-end choc de reprise. Mais voilà, je voulais de toute façon être rentrée suffisamment tôt pour être avec mes enfants le dimanche. Et même avec ce qui s’est passé ensuite, c’est un point que je ne regrette pas une seule seconde. Il y a eu d’autres erreurs et la suivante, j’en suis la première responsable, et elle sera lourde de conséquence. Je sais que la notion de barrière horaire sur cette course est une réalité. J’ai surtout noté la première, parce qu’elle me faisait un peu peur, n’ayant aucune idée de la réaction de mon organisme à cette première grimpette. Je savais que le parcours était hyper roulant dans les premiers km et que par la force des choses, j’allais me retrouver à l’arrière du peloton. Le souci c’est que si tu es à l’arrière, tu te retrouves dans les bouchons et que tu perds du temps même si tu veux ou que tu peux avancer. J’avais donc en tête cette fameuse barrière, et j’ai un peu négligé les autres, oubliant de noter précisément les horaires sur mon dossard. J’étais en fait obsédée par ma nourriture et ma quasi autonomie de ce côté-là, ayant noté également qu’il n’y avait aucune logique et de très (trop…) longues portions sans ravito solide. Je connais les ravitos de courses de montagne, entre les tucs où je m’étouffe, le fromage que je ne mange pas et j’en passe, je dois donc être en autonomie complète pour être tranquille. Là pour le coup, je n’ai pas fait d’erreurs, et j’ai plutôt gérer correctement le truc. Comme j’ai plutôt bien géré l’hydratation en buvant hyper régulièrement sans jamais me retrouver à sec.

 


Le départ à 3h30 du mat n’est vraiment pas ma tasse de thé… J’ai prévu d’ailleurs quasiment un petit déj pour le premier ravito parce que je sais que ça passera mal à 2h30 du mat et ça s’est confirmé. J’essaye autant que possible de ne pas trop perdre de place dans les 4 premiers kms même si ce n’est pas évident et qu’il est hors de question pour moi de me cramer. Je me mets dans ma bulle et j’avance à mon rythme. Pour résumer la chose et faire simple on a 18km à parcourir en montée pour rejoindre le sommet du Semnoz. Il a presque fallu attendre 12km pour être tranquille et avoir le sentiment de ne plus faire partie d’un troupeau. J’arrive avec une heure d’avance sur la barrière, franchement je suis bien. Je ravitaille en liquide et je repars tranquillement pour manger ma barre en marchant. On a une belle descente vers St Eustache où on pourra de nouveau faire le plein d’eau. C’est là que les ennuis vont commencer. J’ai clairement une ampoule au talon gauche qui est apparue et je connais cette douleur, même pas la peine d’aller la regarder. C’est un beau truc sous-cutané, bien profond, bien douloureux. Cela m’embête sacrément parce que pour une fois, je n’ai pas une paire neuve comme j’aime m’amuser à le faire, mais une paire testée et approuvée dans de nombreuses situations autrement plus compliquées que celle-là. Mes chaussettes sont neuves certes mais là encore je connais le modèle et d’habitude ça se passe bien. Le problème avec les ampoules ce n’est pas tant le fait que ça fasse mal, c’est plutôt le jeu de dominos que cela implique ensuite : tu modifies immanquablement ta foulée involontairement et le reste du corps morfle. Ça fait en plus tellement longtemps que je n’en ai pas eu une à cet endroit que je m’énerve toute seule… Et cela m’énerve d’autant plus que mon dos m’a relativement foutu la paix, je n’ai dû m’arrêter que deux fois pour quelques étirements de soulagement mais rien de méchant.

 

 

Nouvelle erreur : parler avec ses petits camarades ! Je m’explique ! Le hasard a fait que j’ai entamé la conversation avec un charmant monsieur avec surement une phrase on ne peut plus bateau du genre « c’est votre première maxi race ? » ou un truc dans ce goût-là. Très vite, on parle des courses que l’on a faites. Et là croyez-le ou pas, il me dit « il y a deux ans j’ai fait une course incroyable avec ma femme dans le Colorado, les Transrockies, vous connaissez ? ». Il doit y avoir 2 ou 3 français maximum par an sur cette course et encore souvent des expats, et ben paf je tombe sur l’un d’entre eux ! Et c’est parti pour évoquer nos souvenirs « et le camp sur le lac ? trop génial », « et les buffets, l’animation, le bar ? trop génial ! », « et Beaver Creek ? mais carrément trop beau»… Et j’en passe… Dans ta tête, ça commence à tourner. Mais qu’est-ce que je fous là ? Franchement on m’avait dit que la première partie n’était pas la plus belle, je confirme, ça n’a que peu d’intérêt. C’est joli mais sans plus. Je m’ennuie… Je veux le Colorado Trail ! Même le lac que je pensais voir, je l’aperçois rapidement deux fois pour 44km de course. J’ai surtout aujourd’hui un vrai problème à gérer, c’est que je refuse de plus en plus de transiger avec la notion de plaisir dans ma pratique sportive. Et là il n’y en a aucun. Je pense au Colorado, je pense au plaisir de dingue que j’ai pris là-bas tous les jours… J’avance, km après km, sans en prendre alors que je n’en suis même pas à la moitié, ça n’est pas bon signe pour le reste de l’aventure…

 
Surtout que la dernière erreur arrive et c’est là que tout va partir en cacahuète. J’avais en tête une barrière horaire à Doussard de 13h, je ne sais pas pourquoi et comme toutes les personnes avec lesquelles j’en ai parlé ne m’ont jamais contredite, je suis restée là-dessus. Je n’accuse absolument personne, c’est à moi et moi seule de regarder et d’apprendre ces chiffres par cœur, surement pas aux autres évidemment. Mais voilà, lorsque je repars dans les temps du point d’eau « les maisons », je fais un calcul rapide et je ne vois pas comment matériellement je pourrais être à 13h en bas. Et là je débranche… Je continue évidemment mais clairement l’idée de me faire retoquer en arrivant à 13h05 me gonfle tellement que je me mets en mode cool, avec juste en tête de finir sans me casser un truc dans la descente bien pète gueule quand même. J’ai déjà basculé en mode « tu te conserves, ton objectif principal n’a jamais été cette course mais le Verbier en juillet donc hors de question de te faire une cheville là tout de suite maintenant ». J’ai même prévenu mes enfants que je ne passais pas et que j’allais du coup rentrer le soir même. Ils semblent ravis que je rentre d’ailleurs, ce qui ne m’encourage pas à accélérer. Enfin la route pour 3km où je trottine vaguement même si j’avoue que la chaleur est quand même relativement désagréable. Je rejoins un coureur que j’ai plusieurs fois croisé accompagné de son épouse (enfin je suppose !) qui est venue à sa rencontre. Il me dit qu’il abandonne, je lui réplique que de toute façon ce n’est pas vraiment un abandon vu que la barrière est tombée depuis 15 min et là son épouse me dit « ben non, elle est à 13h30 la barrière ». Eh merde… Elle enchaine avec un « vous voyez le panneau orange là-bas, ça indique qu’il vous reste un km, à mon avis c’est jouable ».

 


Et voilà comment en deux secondes je décide de tout faire pour avoir cette foutue barrière. Je me mets à courir si tant est que le mode de déplacement que j’adopte puisse être appeler de la course à pied. Mais j’avance… Je commence à voir les bénévoles qui au loin se demandent bien quelle mouche m’a piquée mais le premier que je croise m’encourage. Les coureurs attendant dans le champ le bus qui les ramène à Annecy font de même et j’arrive à 6 min de la barrière dans la salle de sport où se situe le ravitaillement. Immédiatement on me demande si je repars, et immédiatement je réponds oui si on me laisse le faire. Là je tiens à remercier chaleureusement tous les bénévoles qui se sont mis en 4 pour que ce soit possible. L’un s’empare de ma poche à eau pour la remplir m’envoyant manger un morceau. Une autre bénévole se charge de mon coca et me trouve du jambon parce que je vais en avoir besoin ! J’attrape une grosse poignée de cacahuètes et je sors de la salle à temps. Mon idée est d’aller me poser un peu à l’ombre avant de repartir.

 
Et là je fais le point et les calculs… Je dois être à 19h au ravitaillement suivant, ce qui veut dire environ 30km à parcourir en 5h30 maximum sachant qu’on bascule si j’en crois l’orga et tous les autres coureurs passés par là dans la partie compliquée. Mon pied me fait souffrir le martyr et je n’ai pas le temps de le soigner correctement. De toute façon les trucs sous cutanés comme ça, y a que ma copine Isa qui sait faire… Est-ce que j’ai envie de m’imposer au moins 6h de douleur pour être retoquée à la suivante et donc ne pas finir la course ? Non… Clairement non… A un moment quand tu as perdu il faut accepter la chose, et se rentrer chez soi. Des coureurs adorables qui passaient par là me proposent de me ramener à Annecy, j’accepte, j’envoie un sms à l’orga pour signaler mon abandon, fin de l’histoire.

 

 

Conclusion de l’histoire : Le problème des ampoules ? pas expliqué à ce jour… donc prévoir de protéger la zone comme au bon vieux temps au cas où ! Les barrières horaires ? Penser à bien tout inscrire sur le dossard pour avoir la bonne info si ce n’est pas prévu par l’orga… La X Alpine, je maintiens ou pas ? C’est là la seule vraie interrogation à ce jour. Certes j’ai une revanche à prendre mais je me dis de plus en plus qu’une bonne traversée sera bien suffisante si je veux uniquement être dans le plaisir tout le long. Je me donne la semaine pour décider.

 
Retour sur la maxi race en tant que course : ok, je ne vais pouvoir parler que de la première partie mais j’ai quand même quelques remarques à faire !
– Beaucoup de bénévoles et le sentiment d’être bien encadrée, ça rassure toujours en montagne.
– Du pepsi max sans sucre au premier ravito ? Sérieux ? Ce n’est pas la première fois que je vois ça sur une course mais là vraiment il va falloir qu’on m’explique. Surtout quand on connait l’impact de l’aspartam sur le système digestif…
– Il est où le lac ? Moi naïvement en bonne blonde que je suis, on m’avait vendu le tour du lac, je m’attendais donc à le voir tout le temps ou presque. Ben non… Je l’ai aperçu deux fois à l’arrache sur la partie que j’ai faite. Donc conclusion, si j’y retourne un jour, je passe directement sur la marathon race, c’est là qu’on a les plus belles vues ! Là j’ai vraiment eu l’impression de faire des bornes pour faire des bornes…
– A chaque bénévole sur le parcours présent pour la sécurité ou autre son sac poubelle et ça c’est une vraie bonne idée. Ça ne change rien au fait que certains n’ont toujours pas compris leur usage… C’est désespérant de la nature humaine…

Crédit photos : organisation Maxi Race – Michel Cottin et Franck Oddoux