Run : mon premier semi de Paris (2008)

Ah ça on pourra dire que ce semi marathon restera dans ma mémoire ! Je m’en vais donc vous raconter ce grand moment de course à pied comme une pièce de théâtre.

 

Acte 1 – scène 1
Je suis arrivée samedi matin sur le village du semi pour retirer mon dossard et profiter de l’occasion pour présenter mon site aux forces en présence (à l’époque je lançais couriraufeminin.com qui n’existe plus aujourd’hui). Je fais le tour des stands et comme si je n’avais pas assez d’idées comme ça je me trouve pleins de petits courses ou de marathons sympas, top indispensable à faire. 2 marathons par an qu’ils disent, ah ben je suis désolée mais avec tout le programme que je me suis fait, cela ne va pas être possible ! La journée passe et vers 16h je me dis qu’il est temps de rentrer, histoire de prendre un petit bain relaxant parce qu’une journée debout, pas top comme prépa…

 

Acte 1 – scène 2
Me voilà partie sur ma belle moto pour traverser Paris. Comme d’habitude je décide de passer par le centre et d’éviter le périphérique qui me fait trop peur (oui je sais, c’est comique…). Oh je ne vais pas aller bien loin… J’ai à peine fait 200m sur l’avenue Daumesnil qu’une voiture pile devant moi. En quelques fractions de seconde, j’ai un choix à faire : la voiture à l’arrêt ou les voitures qui arrivent à fond en face. Le choix évidement est vite fait, comme je vais doucement, je pile et la moto se couche. Je me retrouve par terre, la moto encastrée à l’arrière de la voiture et moi aussi par la même occasion. Le chauffeur du bus descend tout de suite et vient à mon secours. Je veux absolument me lever pour vérifier que tout fonctionne. Ils n’ont pas vraiment l’air d’accord mais c’est vraiment mon premier réflexe. Je me traîne jusqu’au trottoir et je commence à réaliser ce qui vient de se passer. Tout se bouscule dans ma tête : mon homme qui va être fou de savoir la moto cassée, mes genoux qui me font horriblement souffrir, me font comprendre que le semi est foutu et que peut être le marathon de Paris aussi. Oh je n’ai pas tellement le temps de penser puisque les pompiers arrivent. 3 charmants jeunes hommes rien que pour moi qui sont vraiment à la hauteur de la réputation des pompiers de Paris. Ils me font grimper dans le camion et là va commencer la grande rigolade. Il faut attendre la police avant de pouvoir m’emmener aux urgences. Malgré ma réticence, ils ne veulent rien entendre, il faut m’emmener. Ils me demandent d’enlever mon pantalon et là je me dis : « mince mais qu’est-ce que j’ai mis comme culotte ce matin ? ». C’est malin, j’ai mis une culotte petit bateau, certes top au niveau du confort mais bon côté sexy, on a fait mieux. Esprit de Bridget Jones, si tu es là, tapes 2 fois ! Oh je vous rassure, ils ne sont pas mal non plus ! Première réflexion à la vue de mes jambes : « ah heureusement que vous vous êtes épilée, non parce que nous on a décidé à la caserne de ne plus prendre en charge que les filles épilées… ». Bon redevenons sérieux et je ne peux que constater l’étendue des dégâts : genou gauche déjà en train de doubler de volume, genou droit douloureux et abîmé comme les genoux d’une petite fille qui est tombée sur les graviers, des zones tuméfiées sur les cuisses (bonjour les bleus !!!) et le pouce droit très douloureux. Bon j’ai aussi un ongle cassé mais il parait que ça ce n’est pas important… Ah c’est bien des bonhommes tiens… L’attente commence à se faire longue pour la Police et je ne tiens plus en place. Je veux aller voir la moto, ramasser mes affaires en vrac par terre, bref bouger. Là, le chef de l’équipe me dit : « bon il va falloir vous calmer parce que sinon je sors les sangles ! ». Quoi ? 3 pompiers, des sangles, plus de pantalon… « ne me tentez pas » je lui réponds… Pour être honnête, on a quand même bien rigolé avant l’arrivée de la Police qui finit par débarquer avec éthylotest (à une marathonienne en pleine prépa !!!) et tous pleins de papiers à remplir. Dès que tout cela est fait en route pour Saint Antoine et ses urgences.

 

 

Acte 1 – scène 3 (entrée en scène de Moulay alias Palmito, coureur connu par le biais d’un forum de course à pied www.courirlemonde.net chez qui je vais dîner le samedi soir. Pour être précise, juste croisé une fois au Médoc, aux 20 km de Paris et dans un starbucks parisien pour un échange de nain voyageur mais ça c’est une autre histoire…)
Là je vais faire aussi court que l’attente fut longue… les infirmières me demandent de noter ma douleur sur une échelle de 1 à 10. Je dis 5 mais en leur précisant que je place mes 4 accouchements sans péri à 7-8 sur cette échelle et que donc je suis quand même assez résistante de ce côté-là. Un jeune externe en orthopédie vient m’examiner. Apparemment j’ai un syndrome rotulien, entre autre chose. Je lui demande ce que cela peut avoir comme conséquence. « Oh juste un repos pendant un mois, une immobilisation pendant 8 jours et ça devrait aller ». « Oh que non mon brave, dans un mois j’ai le marathon de Paris et demain je cours le semi ! ». Pendant quelques secondes, je sens bien qu’il envisage un transfert à Saint Anne l’hôpital psychiatrique de Paris. Je lui dis qu’il doit bien connaître quelques produits qui pourraient me remettre sur pied mais bon, il n’a pas l’air vraiment d’accord. Du coup, il continue l’examen clinique et décide de voir si les constantes sont bonnes. Pouls, poumons, tout y passe et là j’ai beaucoup mieux jouer qu’avec les pompiers, j’ai un soutien gorge pigeonnant qui donne l’impression que j’ai encore une poitrine digne de ce nom. Je prie juste pour qu’il ne demande pas que je l’enlève ! Ah oui j’avais oublié de vous dire le plus important dans l’histoire, mon jeune toubib, grand, blond, coureur (les 20 km de Paris l’année dernière), a des arguments qui donneraient envie à toutes les filles de se mettre par terre avec leur mobylette. Bon, il est mignon mais là j’en ai marre. Palmito m’attend pour dîner et les urgences commencent sérieusement à ressembler aux images catastrophes qu’on nous montre tout le temps à la télé. Brancards entassés pèle mêle dans les couloirs, clochards saouls qui insultent les infirmières, j’en ai marre. Je ne veux pas attendre la radio, je signe donc une décharge, prend mon ordonnance et zou, je file de là enlevée dans la clio grise de Palmito. Sa charmante épouse et lui m’ont proposé de passer la nuit chez eux pour ne pas rester toute seule et j’accepte de bon cœur. Voilà comment, je me retrouve sur leur super canapé à m’endormir rassasiée, bichonnée, l’homme rassuré et pas trop fâché (tu me diras il n’avait pas encore lu mon compte rendu à ce moment-là…).

 

Acte 2 – scène 1
Le réveil : je suis là allongée et tout va bien. Plus mal nulle part, pas assez dormi mais ça va. Enfin ça c’était avant de poser le pied par terre… Bon ok la machine ne va pas redémarrer tout de suite. Je me dirige tant bien que mal pour prendre une douche et je dois dire que l’eau chaude sur mon genou gauche me soulage un peu. Je sais aussi qu’au fond de moi-même la décision est prise et que je vais y aller. Je sais que ce n’est pas raisonnable mais après tout courir un marathon n’est déjà pas vraiment raisonnable… Palmito, affolé, comprend ma décision quand il me voit accroché mon dossard. Je me promets une chose : si la douleur devient trop violente j’arrête et je rentre avec la croix rouge (ou les pompiers…oh ben, non je vais encore avoir une culotte petit bateau punaise mais je suis maudite ou quoi…). Je mets un cuissard long pour cacher mes bleus, mes genoux gonflés et nous voilà partis avec Mounir, un ami de Palmito qui bénéficie lui aussi de l’accueil légendaire marocain. Grâce à un truc super confidentiel que je ne peux révéler sous peine de mort, la clio grise se retrouve garée comme par enchantement à 200 m des sas de départ. Je profite du temps qui nous reste pour faire quelques échauffements, histoire de voir, et pour être honnête j’ai presque moins mal quand je cours… Je pars à la recherche de mon petit coin pour mon pipi traditionnel parce que comme d’habitude les toilettes sont prises d’assaut. Nous partons dans le sas des 1h40 même si je sais que ce temps restera du domaine du rêve. Et après quelques minutes nous voilà parti.

 

 

Acte 2 – scène 2
Je repasse juste à l’endroit où je suis tombée la veille et je dois bien reconnaître que cela me fait bizarre. Mais bon je cours et pour l’instant tout va bien. Je perds Palmito au 4° km et Mounir au 5°. J’ai compris qu’il fallait que je ralentisse un peu la cadence. Mounir me rejoint et nous courrons quelques km ensemble mais je sens qu’il en a sous le pied, ce qui n’est pas mon cas alors je le laisse partir lui aussi. Et là un petit miracle comme la course à pied nous en réserve arrive. Un charmant monsieur se met à ma hauteur et entame la discussion. Nous allons courir plus de 10km ensemble, à nous raconter notre vie de coureur sachant que la sienne est un peu plus étoffée que la mienne… Claude (puisque c’est comme ça qu’il s’appelle) m’avoue son âge : 70 ans ! Ah j’ai oublié de vous dire un truc : comme Julia Roberts est un aimant à minables dans « Pretty Woman », je suis un aimant à V4… Tu prends un coureur de plus de 80 ans dans un peloton, paf il est pour moi ! Oui je sais, on ne dit plus vétéran mais master aujourd’hui mais là c’était vraiment un vétéran ! En tout cas les enfants si vous avez besoin de preuves que la course à pied conserve, j’ai votre homme ! Sans lui à mes côtés, je n’aurais jamais tenu le rythme. Le fait de papoter me fait oublier que j’ai mal (même si c’est supportable) et j’avance. Je sens bien qu’il se freine pour rester à mon niveau. Je lui propose d’ailleurs de me lâcher mais il refuse : « c’est bon je n’ai plus rien à prouver, ni à me prouver, je reste avec vous ». Je ne l’en remercierai jamais assez ! Grâce à lui, je vais passer la ligne en 1h46 soit 4 minutes de plus que prévu, autant dire que je suis contente. A peine la ligne passée, je me remets à boiter. Les gens me regardent quelque fois un peu inquiets mais je les rassure : je boitais déjà avant ! Pour être honnête mon corps se rappelle tout de suite à mon bon souvenir et je n’ai qu’une hâte, c’est de foncer à la gare et rentrer chez moi. Je chope mon sac dans la voiture de Palmito, j’embrasse tout le monde et zou je fonce vers le métro.

 

 

Acte 2 – scène 3
J’arrive à la gare avec une heure d’avance sur mon train, je vais donc profiter de ce temps pour prendre une douche. Eh oui il y a des douches publiques dans toutes les gares parisiennes (enfin gare de Lyon elles sont en travaux depuis une éternité), bon plutôt fréquentées par les clochards d’habitude mais c’est généralement très propre et ils louent même des serviettes. Je vais en tout cas en profiter et passer un bon moment sous l’eau bouillante. Là je me rappelle que j’ai quand même eu le culot de mettre en ligne un article louant les vertus de la douche glacée alors n’écoutant que mon courage j’inverse la tendance et je reste le plus longtemps possible sous l’eau froide. Je n’ai plus qu’à me trouver à manger, m’acheter des pansements double peau (grosse ampoule sous le pied gauche), des journaux débiles et hop me voilà vautrée dans mon train corail à destination de mon chez moi.

 

Conclusion : je sais que ce que j’ai fait n’était absolument pas raisonnable mais bon c’est comme ça. J’ai pris cette décision parce que je me connais bien, parce que mes années de danse classique m’ont appris à gérer la douleur. Mais que les choses soient claires, Il ne faut pas suivre mon exemple pour autant !