Run : j’ai couru un ultra en sandales Merrell

J’avoue que le pari était osé puisque je ne cours jamais pieds nus…Pire je ne suis absolument pas sensible au discours des coureurs minimalistes et au discours « médical » comme si le fait de courir sur du bitume sans aucune protection pouvait te tenir éloigné du kiné et des blessures. De toute façon même enfant je détestais courir pieds nus alors imaginez adulte !

 

Seulement je cours dans le désert et plus particulièrement des ultras dans des dunes qui n’en finissent pas. L’année dernière sur le Liwa Challenge, une course bien particulière, je me souviens avoir passé 100km à rêver de ma paire de tongs en plastique restées sous la tente, idem à Oman en novembre dernier où j’ai failli enfiler mes tongs de plage. C’était resté dans un coin de ma tête et lorsque j’ai reçu le communiqué de presse de Merrell présentant des sandales de randonnée les Terran Lattice (à découvrir ici, en plus elles sont soldées !) cela m’a interpellé. Les sandales à la mode mexicaine ne me parlent absolument pas et aujourd’hui encore, malgré une première expérience réussie, c’est toujours le cas. Le fait d’avoir un truc entre les orteils avec des heures dans le sable chaud reste pour moi totalement improbable. Je suis bretonne, pas mexicaine et je reste persuadée qu’il faut se faire de la corne entre les orteils en s’habituant jour après jour à ce genre d’exercice et moi les phases de transition et « d’apprentissage », on oublie. Là, les sangles permettent que le pied soit bien positionné et il y a qu’on le veuille ou non une vraie semelle qui présente presque un minimum d’amorti. J’ai juste pris le temps de marcher un peu avant le jour qui précédait et tester un peu la course mais sans plus. A la base j’avais prévu de partir avec une paire de chaussures « classiques » mais voilà, je me suis encore mal organisée et n’ayant pas préparé mon sac à l’avance, c’est sur place qu’il a fallu se rendre à l’évidence, ça ne rentrait pas ! Du coup entre baskets et sandales, le choix irresponsable ou pas, fut vite fait, ce serait sandales ou rien.

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La veille du départ je suis allée crapahuter un petit peu et trottiner histoire de voir ce que ça donnait question sensations et à ma grande surprise, courir avec ça aux pieds était tout à fait envisageable. Attention quand je dis courir je ne dis pas un marathon à 14km/h non plus ! Mais on sent très vite que quelques km peuvent tout à fait s’envisager. Et ça tombe bien parce que le Liwa je le connais bien et c’est plus randonnée que grandes foulées. Concrètement parce qu’on va en venir aux faits je vais faire la liste des avantages et inconvénients :

 
– Elles nécessitent un réglage des sangles que je n’ai pas pris le temps de faire. Résultat au bout de 10km une petite blessure sur le dessus du pied. Ça m’apprendra à vouloir attendre et à croire, comme pour les ampoules qu’il va y avoir un miracle et que tout va se guérir tout seul comme par enchantement. Non et définitivement non !!! Baskets ou sandales, même combat, lorsqu’il y a gène ou frottement tu t’arrêtes, tu regardes ce qui se passe et tu agis en conséquence.

 
– Sur le sable et là, il y en a des tonnes, ça passe vraiment très bien. La semelle est non seulement suffisamment large pour permettre une bonne portance du pied et sa conception avec de l’amorti est vraiment très confortable. Chose importante à savoir pour ceux qui ne connaissent pas cette course, le MDS c’est 20% de dunes et encore, le Liwa c’est 90% avec des monstres qui font 2 fois la dune du Pilat !

 
– Sur ce qu’on appelle là-bas la sabka, et qui ressemble à un terrain dur et moyennement caillouteux type MDS justement, là aussi ça passe très bien à condition d’être tout de même un peu attentive. Les petits cailloux rentrent bien sous la plante des pieds mais, soit ils ressortent tout seuls comme des grands, soit un secouage de pieds permet de les faire sortir. Sur 100km je n’ai eu besoin de m’arrêter pour vraiment en enlever un que 2 fois, soit vraiment pas grand-chose.

 
– Sur les descentes de dunes qui sont ce qu’on appelle de vrais murs à savoir des trucs quasi verticaux sur 100m au minimum, j’ai souffert de la chaleur du sable l’après-midi. Et quand je dis souffert, j’ai découvert violemment ce que l’expression « marcher sur des chardons ardents » voulait dire ! J’aime descendre les dunes à fond les ballons mais là c’était juste une nécessité absolue pour ne pas me brûler. Pour vous donner une idée, la dernière, je me suis carrément arrosée les pieds à l’eau pour me soulager immédiatement. Après je vous rassure, aucune brûlure à noter quand même ! Et pour le froid la nuit, j’avais prévu une paire de chaussettes au cas où qui s’est contentée de rester dans le sac. Pourtant je suis du genre frileuse…

 
– Les scratchs ne supportaient pas toujours la pression des tonnes de sable que ce type de descente justement embarquaient au passage. J’ai dû les remettre plusieurs fois à partir du 85ème km. Pas d’usure à noter du côté des sangles, un début d’usure sur la semelle intérieure surement due aux frottements du sable type papier de verre.

 
Pour info, je n’ai absolument pas préparé mes pieds avec un traitement type nok et taneo. Ce n’était pas dans l’idée de ne pas fausser le test puisque de toute façon je ne savais pas 24h avant le départ que je ferais ce test ! Juste un manque de sérieux…
En conclusion, malgré quelques inconvénients la liste des + est largement supérieure et j’aurais pu revendre mes pompes 20 fois dans le désert aux autres coureurs… Il faut savoir que presque aucune guêtre ne résiste au traitement intensif que le Liwa leur fait subir donc tout le monde doit à un moment ou à un autre s’arrêter et vider ses pompes. C’est vraiment une course hors norme pour son terrain ultra sablonneux. Je n’ai eu aucune ampoule d’aucune sorte et si on met de côté la zone de frottement due à mon manque de réactivité, je pense que j’aurais fini la course sans le moindre bobo nulle part.

 
Avant qu’on me pose la question : peut-on faire une perf avec ça aux pieds ? Parce que je sais que beaucoup se posent… Certes je finis première féminine (ex aequo je tiens à le préciser avec Myriam !) mais je le dois plus à ma gestion de la course que je connaissais et au fait que nous n’étions qu’un nombre ultra restreint de coureurs et surtout de coureuses. Peut-on gagner une course avec une énorme concurrence avec ça aux pieds, personnellement j’ai des doutes. Enfin sauf à être mexicain et né avec ça aux pieds  ou si on est un champion avant ça ! D’ailleurs il suffit de voir les quelques expériences qui ont circulé sur le net à ce sujet et regarder les classements et les moyennes horaires pour se faire une idée. Vraiment courir avec ça 200 bornes, ce n’est tout de même pas la même chose que randonner ou alterner course et marche qu’on le veuille ou non. Mes plus belles ampoules, je les ai eu sur des courses où le terrain se prêtait à la course, pas quand je me contentais de marcher vite. Mais pour être très clair, si demain je devais refaire le MDS ou course dans ce genre, soit je m’arrangerai pour leur trouver une place dans le sac soit je partirai carrément avec pour toute la course. Pour moi l’ultra c’est la liberté et pour mes doigts de pieds ce sont les sandales qui leur offrent ce sentiment !