Récit : 20km de Paris ou Stéphane m’a tuer…

C’est toujours marrant de retrouver ce qu’on a écrit il y a quelques années. A l’occasion des 20km de Paris qui se sont courus ce week-end, j’ai retrouvé un petit texte écrit pour immortaliser à jamais une des très rares fois où dans ma vie j’ai couru vite ! Enfin je me comprends… Et comme c’est à Stéphane que je le dois et que nous sommes toujours amis, je voulais lui rendre de nouveau hommage et surtout d’évoquer les pétroleuses qui me manquent tant (les cafeuses de la première heure comprendront).

Stéphane m’a tuer…

Oui je sais ce titre est nul mais c’est exactement ce que j’ai pensé lorsque j’étais sur les quais de Paris avec cette foutue tour Eiffel qui reculait au fur et à mesure que j’avançais ! Je vais faire court cette fois-ci, promis… Je n’ai fait les 20 km de Paris que pour me trouver une excuse à ma venue sur Paris. Je voulais voir les copines ! Pourtant l’année dernière j’avais compris qu’enchainer Millau et cette course n’était pas forcément évident. J’ai fini tranquillement l’année dernière mais sans réelle motivation, que celle d’aller au bout. Cette année, l’enjeu était différent : je voulais vérifier si le fait d’avoir suivi le plan de Bruno Heubi sur 100 km avait un impact sur la reprise. Il maintient des séances de vitesse et le résultat à Millau s’en est ressenti évidement mais après ? Que se passe-t-il après ? On garde son niveau ou on s’écroule lamentablement sur les pavés parisiens en espérant qu’on nous achève ?
Après un échange sur Facebook où sans réellement comprendre ce qui m’arrive, Stéphane se propose d’être mon lièvre pour 1h40. Quoi ? Moi avec le lièvre des pétroleuses ? Mais le pauvre il va prendre un bouquin pendant la course tellement il va s’ennuyer… En tout cas question alimentation et diner pré-course nous sommes totalement raccord à savoir : Régina (oui une pizza évidemment, les pâtes ça va un moment) et café liégeois géant pour moi ; calzone et banana split pour lui. Je ne peux pas mentir, il doit y avoir des photos qui trainent quelque part. C’est pénible d’ailleurs maintenant ces portables et ces réseaux sociaux qui jouent les balances à la moindre occasion. On ne peut même plus se gaver de chantilly tranquille !
Par un honteux piston (mais bon si j’en crois FB ce matin, la terre entière était en sas préférentiel ce matin), j’ai un dossard préférentiel pour partir dans le sas vert (je vous ai dit, c’était y a longtemps !). Pas de chance, Stéphane a un jaune, traduction un dossard de mec qui court vite. Après quelques hésitations, nous partons sur l’idée qu’il se met à la fin du jaune et moi au début du vert pour partir ensemble si possible. Finalement, grâce à un moment d’inattention des vigiles et à une superbe démarche en crabe, j’arrive dans le sas jaune à ses côtés. Oui je suis allée à confesse après rassurez-vous ! Au début, j’hésitais à le faire mais force est de constater que tout le monde le fait et que la présence des associations devant vont de toute façon obliger au zig-zag pour sortir de ce fatras de coureurs plus ou moins à leur place (ça au moins ça n’a pas changé !). Et puis, bon je cours quand même, je ne ramasse pas les pâquerettes non plus !

Mobylette d’opérette oui…

Je suis affreusement stressée, je veux vomir, je veux rentrer à la maison là tout de suite maintenant et me réveiller dans mon lit tranquille sans épingle à nourrice sur ma chemise de nuit. Le départ me prend par surprise et je ne vais même pas démarrer le chrono (c’est marrant comme les choses ne changent pas…) puisque Stef s’en charge. Je suis là pour le suivre et lui obéir, je vais donc jouer aux bonnes élèves sérieuses et appliquées comme lorsque j’étais jeune. Ne rêvez pas les garçons, c’est uniquement le temps de la course !
Je me marre au fond de moi même parce qu’il est parti sur l’idée de faire 15 km cool (enfin cool pour lui !) et d’accélérer sur les 5 derniers kms. Mais oui mon garçon, crois y ma poule… Jamais je n’ai fait ça de ma vie et ce n’est surement pas aujourd’hui 15 jours après un 100 bornes que cela va me prendre. Le bois de Boulogne est déjà là et je suis un peu trop rapide, je le sens bien, en gros mon cœur est au bord de l’explosion et mes poumons en ont marre de jouer les shadoks. J’adore Stef qui me demande enfin de ralentir ! Ah ben ça, je sais faire, pas de souci. Il gère les ravitaillements, donc je me contente de courir, même pas à réfléchir, une vraie course de blonde ces 20 km. Comme en plus les organisateurs ont lu mon CR de Millau et je les en remercie aujourd’hui publiquement, ils ont prévu des compotes au ravito (en fait je remercie surtout Andros qui devait être sponsor de la course à cette époque), Ils savaient que j’avais oublié mes gels en plus (c’est marrant comme les choses en changent pas…). Si ce n’est pas le bonheur ça, ça y ressemble sacrément. 10ème km : 50 min… Ouah, je n’en reviens pas ! En plus je vais mieux, j’ai trouvé mon souffle, j’avance tout en discutant régulièrement avec mon coach d’un jour histoire de voir si je suis toujours en vie. Il pourra vous confirmer que je suis beaucoup moins bavarde quand je cours vite !

Evenement sportif organise par la ville de Paris et l'Ascair (association sportive et culturelle de l'air). Running, jogging, courses, sport.
Les quais sont enfin là : l’année dernière c’est là que j’avais décroché. La fatigue s’installe évidemment, je ne suis pas bionique non plus… Et puis le moral en prend un coup avec cette enfilade de tunnels qui oblige à relancer encore et encore. Et surtout je sais que Stéphane va surement me faire accélérer alors que franchement je ne vois pas comment je pourrais aller plus vite ! Il est là à gambader avec une facilité déconcertante et moi je suis rouge écarlate au bord de l’explosion pour sur régime. Un coup de compote et quelques gorgées d’eau au 15° et c’est reparti. Nous fonçons rive gauche et comme je n’ai aucune idée de l’heure qu’il est, je fais tout pour tenir le rythme. Je refuse de regarder mon chrono. Je fais entièrement confiance à Stéphane qui trouve le moyen d’encourager d’autres coureurs qui tentent d’attraper le train en route. Je pense qu’il y a au moins 400 coureurs qui savent que je visais 1h40 !

Pourquoi les derniers km paraissent plus longs que les premiers ? 

17ème km : je vais mourir ! Non je veux mourir nuance… Il ne lâche rien et moi je me fais bien silencieuse. Je n’arrive pas à imaginer que je vais tenir ce rythme jusqu’à l’arrivée… Je ne peux pas dire que je souffre vraiment, ce serait mentir, c’est juste que j’ai l’impression que mon corps tout entier me dit : « non mais qu’est-ce que je t’ai fait ce matin pour mériter ça ? N’oublie pas qui tu es ma bichette, tout sauf une mobylette ! ». Je tiens, je ne parle plus du tout, je ne regarde qu’une chose : « Saucony ». C’est la marque de la combinaison de Stéphane est en dans ma ligne de mire. Ah oui j’ai oublié de préciser le détail qui tue, il porte sa combi de tri pour m’accompagner. Avec le recul, je crois qu’il avait anticipé le fait que je tente une évasion par la Seine… Il me parle sans cesse, m’encourage. Je dois tenir pour lui qui m’a si gentiment proposé de m’accompagner. Je crois que j’ai quand même du l’insulter un peu mais je m’en excuse… Vous savez le genre de trucs qu’on dit en salle d’accouchement et qu’on regrette après du style : « si tu m’approches encore une fois, je te tue » au pauvre mari qui ne sait plus quoi faire.
Je ne raisonne plus en km mais en centaines de mètre là. Un type crie : il nous reste 3 tours de piste à faire. Bon ok, ça je peux le faire… Mais je suis doublée en permanence par des coureurs qui sentent l’écurie et qui donnent tout dans les derniers mètres. Je n’ai qu’une trouille : perdre Stéphane. Mais je fais comment moi sans lui ? Du coup je règle le problème : je l’attrape par la main ! Le rôle du lièvre pour le meilleur et pour le pire, ils ont dit et bien le pire, ce sera moi accrochée à lui, bien décidée à finir coûte que coûte.
Enfin la ligne est là, je vois le chrono qui défile trop vite à mon goût. Il parait que Lulubelle (je laisse volontairement son pseudo, elle sait pourquoi !) nous a encouragé, rien entendu du tout ! Je suis juste concentrée sur ces bons sangs de chiffres qui ne veulent pas s’arrêter. Enfin ça y est, j’entends le bip libérateur : 1h40 et quelques secondes. On ne va pas chipoter pour quelques secondes quand même ! Je serre Stéphane dans mes bras qui doit être ravi d’avoir un truc rougeaud, transpirant avec les cheveux en bataille qui s’accroche à lui pour ne pas tomber. Je n’arrive pas à croire que je l’ai fait. Enfin non, Nous l’avons fait… J’attrape ma bouteille et direction le stade où mon mari doit nous attendre. Je me marre avec un autre coureur de notre trajectoire pas vraiment rectiligne !

Coureuse heureuse, démarche hasardeuse…

Comme dans la salle d’attente de la maternité, il est là assis tranquille à lire « Auto Rétro » (ça aussi ça ne change pas)! Je suis contente comme tout, genre gamine qui déballe ses cadeaux de Noël. C’est bête quand même de ressentir une telle joie pour une simple course mais bon c’est ainsi, je n’y peux rien. En quelques minutes, la fatigue est oubliée et je suis ravie de voir arriver les filles une par une rayonnantes, comme si de rien était. 20 km ? Même pas peur ! J’apprends juste avant de partir que nous avons fait 1h39 et 59’ ! Si ce n’est pas de la précision ça ! Et en negativ split en plus, le truc que je n’ai jamais réussi à faire de ma vie et que je n’ai d’ailleurs jamais refait de ma vie.

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Le problème quand tu t’assois après 20km à fond les ballons c’est qu’il faut se relever…

Voilà c’est fini. Ce qui est dingue quand on y pense c’est que c’est presque une des dernières fois que j’ai couru à cette vitesse-là je crois. L’année suivante je plongeais à corps perdu dans l’ultra sous toutes ses formes et plus jamais je n’ai eu le courage de faire de vraies prépa. Aujourd’hui, même si l’envie me reprenait, mon dos ne me permettrait pas d’encaisser des séances de fractionnés et autres réjouissances. C’est pour ça que cette course garde une vraie belle place dans mon cœur des années après. Mais dieu merci, j’ai pour le moment toujours le droit d’aller dans le désert, alors tout va bien !