Run : Grand to Grand Episode 2 (suite et fin)

Après un teaser à la hauteur de la bande annonce de cette course, nous reprenons le fil de ma petite histoire. Petit rappel : je me couche heureuse d’avoir pu découvrir le grand Canyon, repue d’avoir dégusté un des meilleurs brownies de ma vie et totalement effrayée par les 49km de la première étape et mes copines les tarentules… Pour les retardataires l’épisode 1 est

Stage 1 – The Grand Canyon (stage ça veut dire étape là-bas) 49.6km – +760m (pensez à briefer l’organisateur sur la notion de dénivelé positif, à mon avis y a un problème de compréhension globale…)

La première nuit, souvent ça se passe bien. C’est la première fois qu’on partage une proximité assez dingue quand on y pense avec de complets inconnus. Il est d’ailleurs grand temps que je vous présente mes collocs pour la semaine pour la tente Mohave (nom d’une tribu indienne du coin) :

  • Laurence Klein : ai-je vraiment besoin de la présenter ?
  • Joey Hamner : bon moi il me fait immédiatement penser à Zach Galifianakis l’acteur de Very Bad Trip… Et comme il va un peu partir en vrille au cours de la semaine, je trouve que ça lui va bien !
  • Phelim Lynch : irlandais de son état, il est là pour une charity pour laquelle il a énormément œuvré. 350 000€ ont été récoltés pour permettre au petit Gavin souffrant d’un cancer extrêmement rare d’être opéré aux US, seule solution pour lui sauver la vie. Pour info, l’opération s’est très bien passée et il se remet doucement de ses émotions chez lui en Irlande (hélas depuis l’écriture de ce texte, Gavin nous a quitté).
  • Ian McMurray : canadien, enfin québécois c’est mon traducteur attitré. Entre son accent et son sens de l’humour, il a été un voisin de tente parfait !
  • Mike McTeer : c’est le local de la course. Il a commencé comme bénévole puisqu’il vit à Kanab mais cela lui a donné envie de passer de l’autre côté de la barrière. Il s’est donc mis à courir pour faire cet ultra.
  • Say Sphabmixay : Laurence m’avait dit « tu sais il y a Say avec nous »… Et j’ai réalisé une fois sur place qu’elle parlait du Say, de Kikourou et autres. Bref comment se retrouver ridicule lorsqu’on réalise qu’on est sous la tente d’un mec qu’on connait depuis un sacré bout de temps puisqu’il a organisé le seul 24h auquel j’ai participé…
  • Stéphane Scheibel : il ne devait pas être sous notre tente à la base mais nous avons fait nos français… Il parle peu anglais et l’idée de passer la semaine sous une tente anglo-saxonne l’emballait moyen. Nous avons obtenu un changement en négociant avec Greg qui hélas nous a quittés le premier jour.

Voilà ! Evidemment j’ai pris ma place favorite, au fond à droite, « la place à Cécile » sinon je suis paumée, c’est comme ça les personnes d’un certain âge, faut pas modifier leur environnement naturel sinon c’est la panique.

G2G-082
La vue au réveil…

6h du matin réveil en fanfare ! On n’aurait pu craindre un réveil au clairon histoire de rester dans le thème du Far West mais non nous avons le droit à une compilation top géniale. Franchement ces réveils musicaux chaque matin seront un vrai bonheur, à avoir envie de demander le CD pour rentrer chez soi. D’ailleurs, j’ai été surprise qu’ils ne nous le vendent pas ! Tout le monde se prépare et comme toujours le premier jour, nous avons les premiers de la classe qui, à 7 heures du mat sont debout derrière la ligne de départ avec leur cartable sur le dos. Tout le monde est propre, bien coiffé, les souliers bien cirés et moi comme d’habitude je suis à la bourre… J’arrive sur la ligne sans mon dossard… Demi-tour toute… Si je commence à le perdre le premier jour ça promet ! Heureusement quelqu’un me l’a retrouvé et je retourne donc un peu affolée sur la ligne, prête à tout sauf à courir 49 km. Il faut dire que ma prépa se résume vraiment à : une sortie moyennement longue de Chamonix aux Chapieux et la Parisienne… A mon avis, ce n’est pas suffisant du tout… D’ailleurs, dès les premiers km je comprends que je vais en baver sévère. J’ai mal partout, je ne trouve pas mon souffle, je me fais doubler en permanence, même par des coureurs qui ont une tête de tout sauf de coureur… Première décision : mettre mon égo de côté immédiatement parce que nous sommes sur une course en étapes et j’ai un seul avantage par rapport à plusieurs de mes concurrentes, la connaissance de ce genre de course et la gestion sur la durée. Je décide aussi de profiter quand même un maximum des paysages qui s’offrent à moi. Je ne suis pas là pour faire un temps (ça tombe bien, vu mon niveau je serai déçue !), mais pour pouvoir écrire ensuite des articles pour vous donner ou pas l’envie d’y aller. Je fais aussi connaissance de deux ou trois coureurs qui vont être mes partenaires dans la journée, comme souvent sur ce type de course, et plus particulièrement de Travis, coureur américain de son état. Il était déjà là l’année dernière mais mon niveau d’anglais ne me permet pas de savoir s’il avait fini ou pas.  Une chose est certaine, nous allons jouer pendant toute la course à « catch me if you can ». Je crois que le fait qu’une blonde lui colle aux basques l’a motivé comme jamais ! J’en profite d’ailleurs aussi pour tester des gels, enfin si on peut parler de gels hyper bons qu’il faut absolument que je trouve pour de prochaines courses. Mon expérience de ce genre de balade va quand même me faire faire une erreur de débutante qui aurait pu virer à la catastrophe. Je repars trop vite du CP 2 en ayant rechargé une gourde mais pas l’autre. Et c’est moi qui deviens très vite la gourde de service… Il fait chaud, le terrain est propice à la course mais si je cours je bois plus et si je bois plus, ben je n’ai plus d’eau pour aller au CP3… Me voilà bien avancée tiens… Heureusement un coureur canadien arrive à mon niveau, le genre de mec avec des jambes tellement longues qu’il fait un pas, j’en fais 4 ! Comme il a un GPS à piles, j’en profite pour lui demander s’il sait à combien de km nous sommes du CP. Il me répond 4 mais surtout me demande si je vais bien. Je lui raconte ma bêtise et ni une ni deux il me donne de l’eau. Je suis sauvée ! Ça deviendra une blague entre nous et à chaque fois qu’il me doublera (ce qu’il fera très régulièrement…) il me proposera de l’eau. Bon, ce n’est pas tout ça mais j’explose mes prévisions de temps de passage avant même d’être au CP 4 qui va être le départ de 7km distrayant sur le thème « c’est kiki qui veut des cactus dans ses pieds ? »… Je comprends que là ça va vite devenir impossible de courir le nez au vent, les cactus surgissant par magie devant mes pieds. Je préfère donc partir sur la marche rapide. Deux arrêts à chercher et à enlever des épines bien enfoncées ont eu raison de ma patience. Je ramasse un coureur anglais tout aussi fatigué que moi. Nous devisons tranquillement le nez en l’air à la recherche d’indices qui pourraient nous indiquer que le camp est enfin là. J’arrive à l’heure du goûter, fatiguée mais heureuse d’être enfin à la maison. Laurence a gagné chez les filles sans grande surprise mais surtout Michele chez les hommes impose sa suprématie qui va durer toute la semaine. Il est à la hauteur de ses ambitions et ça surprend un peu de monde sur le camp. Les stéréotypes ont autant la vie dure pour les blondes que pour les top model reconvertis dans l’ultra !

Question stéréotype je vais en rajouter une couche en expliquant gentiment mais fermement aux garçons qu’il va falloir arrêter ce bordel… Ils rentraient dans la tente chaussures crades aux pieds. Mais je rêve ou quoi ? Ah mais ça ne va pas se passer comme ça toute la semaine, c’est moi qui vous dis. Je leur explique très vite les nouvelles règles du jeu : on se déchausse avant de rentrer et le premier arrivé passe le balai, sachant que moi-même je file un coup presque tous les matins en quittant la tente. Je trouvais du Bref sur le camp, je crois que j’aurais été capable de faire les carreaux… Ah oui mince y en a pas sur la tente… Reconnaissons une patience absolue chez mes garçons qui ont sagement obéi et qui m’ont même demandé l’autorisation de rentrer leurs chaussures le soir où la pluie menaçait et risquait de les transformer en piscine. Ils ont du se demander ce qu’ils avaient au bon dieu pour mériter d’être emmerdés par une blonde hystérique et accro au ménage mais on ne se refait pas que voulez-vous ! Et bien entendu je vérifiais chaque matin qu’ils s’étaient bien lavés les dents… nan je déconne !

Je m’installe tranquillement sous la tente où presque tout le monde est déjà arrivé mais bon notre tente est exceptionnelle aussi ! Alors que je vaque à mes occupations, je vois Laurence jouer le suricate et rigoler. Je me lève également (les suricates ils sont toujours en bande de toute façon) et je découvre par la fenêtre Michele en pleine séance de stretching dans une position, comment dire… qui tend à nous démontrer que le garçon est vraiment souple du bassin… Il nous aperçoit ou plutôt il nous entend glousser comme des oies. Laurence lui lance « very interesting position », moi j’enchaine avec un « italian kama sutra ? ». Il explose de rire, on vient de lui niquer sa séance, mais bon il faut se battre avec les armes qu’on a pour éradiquer la concurrence. Bon ce n’est pas tout ça mais demain il y a 44 bornes à faire, alors manger, dents lavées (oui je suis obsédée par les dents lavées…), il faut aller se coucher ! Ah oui dernier détail croustillant : j’ai tellement fait des réserves durant tout l’été que je découvre douloureusement le syndrome des cuisses qui frottent… ben ça fait rudement mal… Seul avantage à tout ça, mes coussinets graisseux vont me rendre le sol nettement moins dur qu’il ne l’est vraiment. Et avec le tapis merdique que j’ai emmené et qui est d’ailleurs définitivement resté sur place, ce n’est pas du luxe.

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Stage 2 – The search for Montezuma’s gold – 43.3km et 727 D+

Après une bonne nuit de sommeil (merci le petit cachet magique !), j’ouvre les yeux tranquillement réveillée comme il se doit par la musique. Cool j’ai bien dormi ! On ne peut pas avoir tous les handicaps quand même en une seule journée… Alors que je fais un petit tour d’horizon de mes petites affaires, je pose le regard sur ma tenue qui sèche à l’intérieur de la tente et là blême : il manque ma jupe. Pourtant j’étais sure de l’avoir rentrée la veille au soir par peur qu’elle tombe par terre et qu’un coyote fétichiste ne s’en empare, histoire de la vendre ensuite sur le Bon Coin. Ne rigolez pas, je suis sure qu’une jupe portée par moi et juste rincée peut rapporter gros ! Un peu inquiète je sors mais pas de jupe à l’horizon. Je commence vraiment à paniquer même si bien entendu (ne rêvez pas les garçons il n’y a pas de photo de moi prenant le départ en slip !) j’ai un short de secours dans mon sac. Mais moi je l’aimais bien ma jupe abricot… Alors que je m’agite sous la tente à la recherche de la jupe perdue, Mike daigne enfin bouger dans son duvet et en se relevant pour déclarer qu’il n’a pas vu ma jupe non plus, j’aperçois un truc orange sous son duvet… Ok, ce ne sont pas les coyotes qui sont fétichistes, ce sont les coureurs… Lui hyper gêné me rend ma jupe, sachant qu’évidemment il vient de signer son arrêt de mort ! Il va se faire chambrer tout le reste de la course avec cette histoire. Tous les soirs on lui proposera qui un soutif, qui un tee-shirt ou une paire de chaussettes pour lui servir de doudou.

Bon ce n’est pas tout ça mais je dois m’habiller et surtout manger un morceau parce que je suis un peu faible ce matin. Ah oui comme je le sous-entendais dans mon épisode 1, cette course tombe encore mal. Je sais que certains se demandent si je n’en rajoute pas mais je vous jure que c’est la vérité et ce n’est pas de ma faute si le calendrier des ultras est calqué sur mon cycle ovarien ! Je vais tellement mal en fait ce matin-là qu’à 15 minutes du départ je dois aller me rallonger sous la tente. J’ai la tête qui tourne, mes jambes ne me soutiennent plus, je connais ces foutues sensations et ça m’énerve toujours autant. Je finis par me trainer sur la ligne de départ et je décide de gérer comme je peux la journée. De toute façon là, ce n’est plus moi qui maîtrise la chose, je ne fais plus que subir. J’en oublie même de filmer à un moment la vue totalement incroyable que nous avons à 360° en haut de ce foutu CP1. Je teste la barre que Laurence m’a donnée et je constate, pour ceux qui auraient encore des doutes que la diététique de course ne fait pas tout… Mais bon l’avantage à cette vitesse de sénateur c’est que je profite des paysages juste incroyables. Nous sommes maintenant à l’abri dans un sous-bois, parfait pour limiter la casse question déshydratation. La descente après le CP2 est juste impressionnante et je regrette amèrement mon choix d’avoir laissé mes bâtons à l’hôtel… Je peux savoir ce qui m’a pris ? J’ai cru que j’étais devenue une bonne coureuse ou pire une bonne grimpeuse c’est ça ? Je ne souffre jamais en descente (j’en suis arrivée à me demander si j’ai bien des muscles dans cette zone d’ailleurs…), c’est juste que j’ai peur de me casser la figure ! Le CP3 est enfin là et Stéphane aussi. Je lui dis de filer alors qu’il me propose de m’attendre, je dois boire et manger correctement pour pouvoir affronter la fin de la journée dans des conditions correctes. Enfin c’est roulant mais c’est finalement plus dur pour moi parce que le soleil est de sortie et je commence à sérieusement fatiguer. Malgré ça je double un peu parce que certains sont encore plus mal que moi. Je finis par demander l’asile politique auprès d’un groupe de 3 coureurs qui très gentiment me font une petite place. Ils marchent vite, très vite et rester avec eux m’obligent à ne pas m’endormir. Le CP4 arrive enfin et Stéphane est de nouveau là. Cette fois je repars immédiatement avec lui, histoire de reparler un peu français ! Je sais ça parait idiot dit comme ça mais lorsque je suis fatiguée j’évite de me rajouter aussi le problème de la communication dans une langue étrangère. De toute façon mon cerveau n’est plus assez irrigué ! Direction le camp qui est officiellement à 10 km. Mais comme souvent dans ce genre de course ils vont s’amuser avec nos nerfs en jouant à « coucou tu le vois le camp ? Ben paf tu ne le vois plus »… On doit faire une boucle immense qui n’en finit pas… Je vois les minutes qui se passent et je me désespère. Je vais mettre le même temps pour faire 43 bornes que pour faire 49 hier. C’est juste pitoyable cette histoire mais c’est ainsi. Je m’accroche à l’idée débile que j’en ai encore pour une journée à tenir et que les derniers jours de course me seront plus bénéfiques question santé. Ah oui c’est béta, l’étape longue c’est demain… Youpi !

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Stage 3 – The long stage : Canyons, caves and dunes – 84.7 km et 1896 D+

Rien que de lire le nombre de km à parcourir j’en ai la nausée… On nous annonce une partie dunes assez impressionnante et moi, naïve à ce moment-là de l’histoire, j’envisage de m’arrêter le temps qu’il faut au CP juste avant pour attendre la nuit… Franchement j’en rigole encore ! Par moment ma naïveté confondante me réjouirait presque. Pour cette foutue étape, l’orga fait partir les 15 premiers 2 heures après nous et c’est donc sous les encouragements de Laurence et Michele que nous partons, pour ma part le ventre noué de ce que nous allons avoir à affronter. Alors que nous avons couru 20 minutes à peine je découvre que nous sommes en fait juste à côté de la civilisation et plus particulièrement de deux maisons incroyables. La première est d’une simplicité déconcertante, un simple rectangle avec le traditionnel 4×4 truck garé devant, les panneaux solaires sur le toit et surtout une petite terrasse ombragée avec son rocking chair et sa vue incroyable sur ces paysages à couper le souffle. Un homme est là, la quarantaine à tout casser, se balançant tranquillement son mug de café fumant à la main. Tu le salues, il te répond tout sourire en t’encourageant et tu n’as qu’une envie : t’arrêter pour parler avec lui de sa vie, de son choix de vie qui te fait incroyablement envie. Juste après, surgit en haut d’une petite colline une maison digne d’un film hollywoodien. Là c’est carrément la maison de mes rêves ! Je fais quoi ? Je sonne et je demande asile ?

Bon, si je commence à rêvasser comme ça je ne suis pas prête d’arriver moi… On se bouge un peu et on avance. Nous allons devoir rejoindre la civilisation pour quelques centaines de mètres et j’ai la bonne surprise de découvrir Mo qui nous attend pour nous encourager. Et là, je réalise que j’ai fait un oubli en ne vous parlant pas de lui avant cette fameuse étape longue. J’ai rencontré Mo en Gobi. Venant d’Arabie Saoudite, il était copain avec mon pote Youssef qui nous avait donc présenté. Excellent coureur, il finira sur le podium d’ailleurs derrière notre Vincente, la mobylette espagnole. Dès le départ je l’ai classé dans les favoris, ce qui s’est confirmé le premier jour. Mais le deuxième jour, de façon assez incompréhensible pour beaucoup de monde, il a jeté l’éponge après s’être perdu (enfin c’est la version officielle). De nombreuses personnes ont interprété son geste comme une réaction un peu trop excessive au fait qu’un top model était devant lui… et on va dire que c’est très mal passé. Franchement je n’en ai pas parlé avec lui directement, ces décisions d’abandon sont trop personnelles et je suis très mal placée pour filer des leçons à qui que ce soit dans ce domaine. Je sais une chose, il avait tout à fait accepté qu’un pompier espagnol soit devant lui et je me demande même si Anne-Marie n’avait pas sur la Gobi été devant lui également sur une étape. Enfin bref tout ça pour dire qu’il est aujourd’hui tout propre, dans un 4×4 et apparemment bien décidé à venir nous encourager sur certains CP. Nous chargeons en eau avant d’affronter une montée bien casse pattes et souffle coupé, à la fois par la beauté du site et par le dénivelé ! Le nombre de fois que j’ai dû y mettre les mains pour ne pas tomber… La descente n’est guère mieux et au lieu de me lancer à running abattues, je dois faire attention de ne pas plonger tête la première, le sac ayant une légère tendance à me déséquilibrer. Michele me double, les premiers vont commencer à débouler, me donnant toujours immanquablement l’impression d’être un escargot sans bave se trainant sur le chemin. Bon, allez une petite histoire drôle, histoire de vous réveiller un peu. Comme vous le savez, notre coureur d’origine italienne est quand même un sacré spécimen. Je ne vous dis pas la tête des filles lorsqu’il se pavanait sur le camp torse nu avec son petit short… Je n’ai eu qu’un seul tête à tête avec lui pendant cette semaine et ce fut sur l’étape longue justement. Alors que le terrain m’offre une partie un peu plus roulante qui me permet de souffler un peu, je décide de profiter des quelques arbustes présents à ce moment-là pour me soulager un peu. Je regarde à droite, à gauche, personne en vue, pas la peine d’aller à des km pour se planquer. Alors que je suis là tranquillement en train de remonter ma jupe et de me battre avec le lacet qui se coince dans la sangle de mon sac, je vous le donne en mille, il débarque sorti de nulle part. Ce que je suis en train de faire ne laisse aucun doute sur ce que je viens de faire ! Et au lieu de m’ignorer ou de juste me doubler en me disant « à demain au camp », non, il s’arrête pour papoter ! Il m’encourage et me prend même dans ses bras pour le traditionnel Hug à l’américaine… Et moi je lui là comme une cruche les mains en l’air refusant de le toucher parce qu’il est arrivé trop tôt et que je n’ai pas eu le temps de me désinfecter les mains ! J’ai juste l’air débile mais comme je ne sais pas dire en italien « oh là doucement, je viens de changer de tampax et je te jure que ce n’était pas beau à voir, laisse-moi au moins me rincer les mains », j’attends en riant bêtement qu’il reparte. Voilà… mon histoire avec Michele se résume à cet épisode… Franchement j’en rigole encore !

Enfin, le CP 2 planqué dans une descente est là et je peux souffler un peu. Alors que je viens de poser mes fesses sur une chaise histoire de reprendre mon souffle et soulager mon dos, une coureuse arrive, fait un ravito formule 1 et repart. Petit problème : ce n’est pas Laurence… C’est Chantal, qui était deuxième pour le moment. Ah mince alors, ça ne m’arrange pas cette histoire… Je repars inquiète mais de toute façon à ce moment-là de la course personne n’a vraiment d’infos à me donner. Le côté ultra technique du terrain juste après m’occupe l’esprit un moment mais lorsque la deuxième féminine me double là je comprends qu’il y a un problème. Elle me dit juste que Laurence a un coup de moins bien mais qu’elle va repartir, elle est au CP2. Au fond de moi, je sais qu’il y a un vrai problème et il faudra attendre le CP4 pour comprendre que je ne la verrais plus me doubler comme je l’espérais. Les garçons sont là, Fred et Stéphane, rassurés de me voir arriver finalement si vite. Mo est là aussi comme promis et il m’annonce qu’il sera là au CP6, le fameux CP juste avant les dunes, qu’il m’attendra le temps qu’il faut pour m’encourager juste avant la nuit. C’est bête à dire mais moi ça va me tenir cette promesse, comme quoi on n’est peu de choses. Il faut repartir pour une portion totalement surréaliste comme seuls les US peuvent nous en offrir je pense. Nous allons traverser la plus grande SPA du continent nord-américain. Je m’explique : cette zone immense accueille des refuges de tout type d’animaux domestiques pour l’adoption ou pour leur permettre de juste finir leurs jours dans les meilleures conditions possibles. Vous trouvez également le plus grand cimetière d’animaux des US pour que nos meilleurs amis aient une sépulture digne de ce nom. Et il se trouve que l’un des fondateurs et directeur actuel de cette association « best friends animals society » fait partie des coureurs. Gregory Castle, 74 ans sera finisher de son premier ultra en étapes quelques jours plus tard. Autant dire qu’il est attendu en héros national sur ses terres !

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La vue le jour… dommage moi c’était la nuit !

Devant un petit cimetière, nous attendent un fan club assez étonnant : on a sorti le 4ème âge de la maison de retraite du coin pour l’attraction du jour, le passage d’une petite bande de cinglés au look si particulier. Ils sont là dans leur fauteuil avec certains leur bouteille d’oxygène et ils nous encouragent. Inutile de vous préciser que j’ai fait le show parce que, déjà je ne suis pas aux pièces, ensuite parce qu’il faut bien s’amuser un peu. Les « give me 5 » fusent, je claque des mains, je salue « sous vos applaudissements », ils sont ravis et moi aussi. Quelques centaines de mètres plus loin nous attendent une femme et son grand ado confortablement assis dans des fauteuils de camping version luxe. Ils nous attendent avec de l’eau fraiche et m’offrent une douche glacée juste parfaite. Elle a fini la course l’année dernière et vient encourager une amie, Marjorie, garde forestier bénévole, présente cette année. Et comme les américains ne font jamais rien à moitié, elle a décidé de venir en aide à tous les coureurs en détresse accablés par la chaleur. Ce n’est d’ailleurs par le seul endroit où je vais trouver de quoi me rafraichir puisque, un peu plus loin, devant une maison, une glacière immense m’attend également. Je remplis mes gourdes de glaçons et c’est opération cryothérapie sur mes jambes. Ça me réveille un peu, ça me soulage beaucoup, le CP5 ne veut vraiment pas arriver alors que je commence à être dans le dur là. Quand enfin je le trouve, j’ai l’impression d’assister à un épisode de « on achève bien les coureurs ». Tous ceux qui sont là ont l’air épuisé, certains ont des pieds dévastés, ma voisine a 15 ampoules par pied, ça clignote de toute part ! C’est vrai que je bénis ma chance d’avoir au moins de ce côté-là aucun problème. Je repars sachant que la nuit va tomber dans quelques temps, moi qui pensais être largement au CP6 à cette heure-là et finir au camp à minuit, j’en suis à envisager très sérieusement de me poser quelques heures pour dormir et finir le lendemain matin. Jamais dans toute ma vie d’ultra traileuse j’ai envisagé cette solution mais là l’idée de finir à 4 ou 5 heure du mat me parait juste inconcevable. J’alterne marche rapide et trottinage à une vitesse qui me fait dire que je ferai mieux de marcher. La nuit tombe, il ne fait pas encore froid, je perds toute notion de distance, je ne vois plus que par le petit bout de ma frontale.

Le CP6 surgit enfin, il doit être plus de 22h dans mes souvenirs… Mais qu’est-ce que je fous là ? Franchement je suis totalement dépitée, j’ai perdu tous mes repères, je ne fais plus qu’avancer, terrorisée parce qu’il m’attend derrière. Mo est bien là pour me secouer un peu. Il va rentrer sur Vegas mais il a tenu à m’attendre et ça me touche énormément. Alors que je me réchauffe devant le feu de bois, je me ressaisis un peu. Ok la suite s’annonce dingue mais bon je ne suis pas fatiguée au point de dormir là. J’enfile mon tee-shirt manches longues, j’attrape mon super sachet m&m’s peanut butter, totalement indispensable pour finir une étape longue qui se respecte et je repars, peu de temps après Fred et Stéphane que j’ai encore croisé à mon arrivée. La suite va s’annoncer à la hauteur de la joyeuse rigolade annoncée… 6km de dunes qui n’en finissent pas… Mais attention, pas des dunes gentilles comme au MDS, oh que non ! Des trucs tellement à la verticale que je suis incapable de les passer debout d’une traite. Même si bien sur j’arrive après pas mal de coureurs qui ont ouvert la route en créant des semblant de marches, je suis la plupart du temps obligée de finir à 4 pattes, à bout de souffle, obligée de m’assoir quelques secondes pour pouvoir ensuite dévaler de l’autre côté sans pour autant me lâcher complètement parce que les petits drapeaux roses indiquant le chemin ne sont pas assez visibles. Plusieurs fois je suis obligée de faire machine arrière parce que j’en ai raté un et que je suis partie dans la mauvaise direction. Une petite lampe rouge clignote au fond, je m’en sers de phare, pensant que ce sont les garçons qui me devancent de peu. Pour le coup je regrette vraiment de ne pas avoir le niveau pour être arrivée de jour et ainsi pouvoir admirer cet endroit qui doit être sacrément fascinant. Après ces fameuses dunes, j’ai le droit à un chemin bien sablonneux, de ceux qui vous épuisent mais au moins c’est plat ! Je tente de repartir en trottinant, j’ai toujours espoir de rattraper les garçons histoire de ne pas finir seule cette foutue étape.

Le CP7 est enfin là avec No, la femme de Say qui fait partie des bénévoles. Ça fait toujours du bien de voir un visage connu, d’avoir le moral remonté par une compatriote qui me confirme que les garçons ne sont pas très loin. Il commence à faire frais et comme toujours, tel un phénix, dès que la nuit s’installe vraiment, je renais de mes cendres. Je repars presque tout de suite et je fonce dans les bois. C’est au départ tellement roulant que je vais me surprendre à courir à 10km/h sans réelle difficulté. Je suis parfaitement réveillée, mes jambes répondent présentes. La forêt devient de plus en plus dense, la végétation de plus en plus hostile. On dirait la forêt de Maléfique, le dernier Disney. Je fais attention de bien regarder où je mets les pieds parce que la fatigue cérébrale est quand même bien là et une racine peut être fatale. J’ai toujours cette foutue petite lampe rouge en vue qui joue au chat et à la souris avec moi. Je ne lâche rien pour pouvoir la rejoindre enfin et lorsque, enfin je suis à son niveau, je découvre dépitée qu’il s’agit de 3 autres coureurs, certes adorables mais ce ne sont pas mes copains… Mince alors, c’est malin tiens… Je les double, surtout qu’il y a deux filles (c’est toujours ça de gagner dans le classement) et je repars de plus belle. Mais saperlipopette ils sont où à la fin ?

Même si je n’arrive pas à les rattraper, je jubile intérieurement. Je vais être honnête avec vous, je crois que mes plus beaux souvenirs, le truc auquel je suis vraiment accro, c’est ça… Ces minutes seule dans la nuit à l’autre bout du monde, que ce soit dans un désert ou une forêt maléfique, ce moment incompréhensible où je retrouve mes jambes, mes sensations de coureuse alors que quelques heures avant je me trainais lamentablement sur les chemins sablonneux. Je ne vais pas vous sortir le discours écolo bio paléo mais dans ces moments j’ai juste l’impression d’être en parfaite harmonie avec le monde qui m’entoure. Je n’ai jamais peur, aucun lueur, aucun bruit ne fait peur (bon tu me diras généralement j’ai Ghetta qui me gueule dans les oreilles, alors les rugissements de l’ours sauvage derrière moi…). Si je suis accro à un seul truc, c’est ça. Ce qui est quand même bien regrettable pour moi et pour mes tendons d’Achille, c’est qu’il me faut attendre 3 étapes et 75 bornes dans les pattes pour avoir ma poussée d’endomorphines… Mais c’est ainsi !

Le CP8 est là et comme il est officiellement à 5km du camp, je fais un ravito F1 devant l’air surpris des bénévoles qui se demandent bien quelle mouche m’a piqué ou plutôt qui me poursuit comme ça. Là maintenant je veux en finir, à n’importe quel prix mais je veux en finir. Officiellement en marchant je peux mettre une heure pour arriver au camp, officieusement j’en mettrais beaucoup plus alors que je cours une bonne partie. Je veux bien ne pas être rapide mais je cours quand même à plus de 5km/h… A mon avis ils ont oublié quelques km au passage. Mais bon ce n’est pas mon pire problème à ce moment-là. Alors que je cours, quelqu’un appuie sur l’interrupteur et je me retrouve dans le noir… Mais ce n’est pas vrai, je suis maudite ou quoi ? En plus histoire d’en rajouter je dois aller chercher mes piles de rechange dans mon sac parce que j’ai réussi le matin même à ranger ma petite pochette où il y avait tout le matos obligatoire dans celui-ci, histoire de ne pas être gênée. Et c’est là qu’on rigole… Au lieu de m’arrêter tranquillement, de faire le changement tranquillement en toute sécurité, je décide de continuer à avancer et de faire ça en marchant dans le noir. Mais bien sûr… Il me faudra ressentir une grande douleur dans la cuisse gauche pour m’arrêter net dans mon élan : je viens de me prendre une barrière de barbelés qui empiétait sur le chemin. Bon ok, ça va, j’ai compris j’arrête mes conneries. Je sais bien que tu as deux filles aux trousses mais là ça frise le grand n’importe quoi. Changement de piles à l’arrêt et je repars. Ah oui tiens c’est marrant mais tout de suite avec des piles neuves, on voit tout de suite mieux !

Je vous passe les derniers km qui n’en finissent pas, j’aperçois enfin une lueur, le camp est enfin là. Il est 3h20 du mat, je n’ai jamais fini une étape longue aussi tard mais je suis arrivée… Je retrouve les garçons qui étaient bien à quelques minutes devant moi et surtout je retrouve Laurence qui a donc abandonné. Je ne ferai aucun commentaire, je ne dirai rien concernant cette décision, c’est à elle de le faire si elle veut en parler un jour. C’est sa course, je suis là pour vous parler de ma course. Par contre je constate, enfin non Stéphane constate que ma rencontre avec les barbelés n’a pas été sans conséquence. J’ai un « trou » dans la cuisse gauche avec la traînée de sang qui va bien. Super… ça va être joli encore tiens. Je me débarbouille comme je peux, pour le moment tout ce que je veux c’est dormir au moins 4 heures pour récupérer un peu. J’en suis désolée pour Laurence qui aurait besoin de parler un peu mais là vraiment j’ai tout donné, je m’écroule et m’endors en quelques secondes.

Evidemment, après une nuit pareille, on ne dort pas 8 heures… De toute façon j’ai faim ! Je n’ai finalement pas mangé autre chose qu’un petit déjeuner la veille et des grignotages pendant toute ma journée de balade, l’estomac crie famine ! Tout le monde est là dans la tente, ce qui est une bonne nouvelle. Maintenant nous sommes lucides, une étape pareille va laisser des traces et engendrer pas mal d’abandons. Cela se confirme lorsqu’on nous annonce que 15 coureurs n’ont pas pu aller au bout. Laurence dans le clan des français n’est pas très bien, hésite entre rester avec nous sur le camp jusqu’à la fin ou repartir à Vegas. Finalement en quelques minutes la décision est prise, elle saute dans un 4×4 qui ramène plusieurs coureurs en ville. Nous n’avons pas vraiment le temps de parler mais la savoir entourer me rassure. Mais bon franchement on accuse un peu le coup… Il faut pourtant reprendre nos habitudes : lessive, lavage, manger, se reposer… Et comme presque toujours sur ce genre de course profiter un maximum de la journée pour récupérer. On nous offre le désormais traditionnel coca d’apéro et comble de joie, nous avons le droit à un concert de country, face au canyon, un coucher de soleil rouge… Des cow-boy venus nous rendre visite… Que voulez-vous que je vous dise ? C’est le mythe américain à fond les ballons et j’adore ça !

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Ambiance tente… ou repos des guerriers !

Stage 4 – Zion and beyond – 41.9km et 875 D+

Un marathon… punaise encore un marathon… Et il y en aura un autre le jour suivant. Mouais, j’ai peut-être visé un peu haut là sans aucune préparation spécifique. D’ailleurs, dès le départ, je comprends que la longue a laissé des traces. C’est bien simple, tout gueule ! Mes cuisses gueulent, mes achilles gueulent, mon cardio gueule… J’ai fait 5km, j’ai déjà envie qu’on m’achève… Finalement je ne sais trop comment j’arrive à rattraper Laurence (l’autre !) qui a l’air de prendre de l’assurance jour après jour. Bon à l’entendre, elle n’a rien couru dans sa vie, limite si elle n’est pas passée directement de la Parisienne à cet ultra. Mais en vrai elle vaut 3h30 sur marathon et surtout elle est finisheuse du Tor des Géants, Elle ! Pour mon plus grand bonheur, je vais réussir à m’accrocher et faire cette étape avec elle. Nous devisons comme deux filles qui ont des tas de trucs à se raconter, nous faisons plus ample connaissance et moi je m’accroche comme je peux quand elle décide de courir. Je constate de nouveau amèrement que des bâtons auraient été vraiment utiles, ne serait-ce que pour aider dans la marche rapide. D’ailleurs nous allons tellement vite que le CP2 surgit comme par magie. Nous sommes en forme et je me retrouve à espérer conserver ma place dans le top 10 féminin. Ah oui… je sais que c’est totalement ridicule et qu’il ne faut pas se vanter de viser un truc pareil mais déjà il y a beaucoup de concurrence chez les filles, nettement plus en nombre que d’habitude. Et puis dans ces moments, on s’accroche à ce qu’on peut ! Une chose est certaine, les autres filles ont morflé aussi. Certaines qui me doublaient chaque jour depuis le début restent tranquillement derrière moi, enfin derrière nous puisque nous sommes deux aujourd’hui. Travis est là pour me rappeler notre petit duel toujours aussi ludique et distrayant. Il faut le voir détaler des ravitaillements lorsqu’il me voit arriver ! Dans notre opération ramassage scolaire, nous allons prendre à notre bord Stéphane qui semble ravi de nous voir débarquer. Nous décidons tous les deux d’apprendre à Laurence ce que marcher vite sur du plat veut dire. Conclusion de l’intéressée : « ah ben c’est facile quand j’ai mal c’est que c’est bon ! ». Le camp est comme toujours bien planqué et Mike déjà arrivé est tout surpris de nous voir déjà débarqué. La journée s’est nettement mieux terminée qu’elle n’avait commencé. Par contre, les cactus sont de nouveau de sortie et les tongs en plastique sont clairement indispensables pour qui ne veut pas jouer de la pince à épiler.

Enfin cette petite rigolade commence quand même à laisser des traces, le dessus de mon pied droit est très douloureux et enflé. J’accuse à tort mes guêtres alors que le médecin me confirme que je souffre comme beaucoup de coureurs d’une simple inflammation due en grande partie à notre overdose de marche. Il me propose des anti-inflammatoires que je refuse et des poches de glace que j’accepte. Il reste un marathon seulement, je vais finir ça à la façon naturelle.

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Stage 5 – Peek-a-Boo – 42.2km et 728 D+ (ou c’est bientôt la quille, youpi !)

L’idée d’attaquer mon dernier marathon de la semaine me met le cœur en joie et les tendons d’Achille en berne… Mais après quelques km les sensations finissent par revenir. Surtout que là nous sommes vraiment gâtés du côté paysage. Les fameuses falaises rouges dans lesquelles nous devons zigzaguer sont bien là comme dans la vidéo. Vous décrire le bonheur que j’ai ressenti pendant ces quelques km est quasi impossible. Je mesure à chaque pas la chance inouïe que j’ai d’être là dans cet endroit totalement fascinant, résultat d’un miracle géologique qui a mis des millénaires à se tailler, à se lisser. Je touche cette roche pour mieux m’imprégner de cette histoire. C’est juste fascinant… Nous sommes là ébahies avec Laurence, toutes les deux comme deux gamines qui découvrent les monceaux de cadeaux sous le sapin. Je sors de mon état extatique assez violemment lorsque je me retrouve devant une échelle qui descend à pique dans le vide. Ah ouais quand même… On me propose un harnais pour me sécuriser mais je décide de m’en passer, malgré une belle appréhension due à mon léger vertige. Nous sortons enfin de ce labyrinthe sourire aux lèvres. Je crois pouvoir dire que j’étais venue pour vivre ce moment-là et j’en ai vraiment profité, j’ai savouré chaque mètre.

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J’étais venue pour ça !

Le reste de la journée nous paraîtra assez fade après les premiers km mais nous devisons tranquillement avec Laurence, profitant sans le savoir de nos derniers km ensemble. Le camp est enfin là sur une petite plaine, notre dernier camp. Demain ce sera fini… Déjà… Enfin… Je ne sais plus. Nous allons vivre notre dernière journée au gré des arrivées des derniers, inquiets d’ailleurs pour Marjorie qui n’arrive toujours pas alors qu’elle devrait être là. Je finis par rechausser mes baskets avec Fred pour aller la chercher. La barrière horaire s’approche à grands pas et même si je pense que jamais l’organisation ne s’amuserait à arrêter des coureurs si près du but, j’ai juste peur qu’elle soit blessée et incapable de finir seule. Elle arrive entourée et souriante, son frère faisant partie des bénévoles est là pour l’accueillir avec un bouquet de fleurs, moment d’émotion intense comme souvent sur ce genre de course où la fatigue met les participants à fleur de peau.

Le ciel est noir, de plus en plus noir… Les éclairs déchirent notre décor de cinéma. L’organisation nous informe que l’arrivée ne peut pas se faire là où s’était prévu pour des raisons de sécurité. Au lieu des 12km annoncés, nous partirions pour 13.5. Bah de toute façon ils ont rajouté plusieurs km par jour officieusement, on n’est pas à 1.5 de plus officiellement. Je dors mal, très mal… Mon corps ne me laisse plus vraiment de répit, l’orage gronde toute la nuit. Forcément il va pleuvoir dans le désert…

Stage 6 – Final line

Alors que le camp devait se réveiller à 5h30 pour permettre à tous les coureurs de partir plus tôt et surtout permettre aux plus lents de ne pas arriver trop tard, les bénévoles font le tour des tentes pour annoncer la nouvelle : impossible d’assurer en toute sécurité cette dernière étape, elle est donc annulée et remplacée par un tour d’honneur de 3 miles histoire de nous faire passer de façon officielle la ligne d’arrivée pour la remise non pas de la médaille mais de la boucle de ceinturon. Je suis dans un semi sommeil, Stéphane qui parle anglais quand ça l’arrange me transmet le message, je me recouche et me rendors pour quelques minutes supplémentaires. Je sais que certains sont déçus mais finalement cette dernière étape va nous permettre de vivre un truc vraiment sympa. Le classement est de toute façon arrêté, personne n’a donc intérêt à se tirer la bourre. On va courir tous ensemble, le clan français avec le drapeau flottant au vent. Inutile de vous préciser que nous allons un peu nous bagarrer avec les british parce que bon quand même faut pas pousser non plus… Je ne suis pas napoléonienne dans l’âme mais nous avons une revanche à prendre et il est hors de question que le drapeau français rentre au camp après l’Union Jack. Je vous rassure la réciproque est vraie chez nos amis les roastbeefs ! Je réalise à l’instant que j’ai oublié de vous parler de Lena, notre franco-coréenne. Elle est mariée à Fred, l’autre Fred, le grand pour le différencier du petit (oui chez les français sur cette course, tous les prénoms étaient en double, c’était d’un facile tiens !) et croyez-le ou pas ils sont là en lune de miel. Le genou de Fred l’ayant lâché au début de la course, notre Lena a continué toute seule comme une grande avec comme souvent un sac à dos digne de celui de Mary Poppins. Tous les jours elle finissait parmi les derniers mais elle finissait, tous les jours ou presque nous allions l’accueillir. Pour ce dernier jour, décision est prise de courir avec elle et surtout de ne pas lâcher. Elle peine un peu, a des pieds totalement en vrac la pauvre mais elle a une sacrée force morale c’est moi qui vous le dis. Pour passer la ligne d’arrivée nous décidons de faire un 3 – 3, les trois filles devant, les 3 mecs derrière. Le souci c’est que nous sommes tous en état de courir alors que Lena a un peu plus de difficultés. Je lui prends la main, lui parle, l’encourage, je ne la lâche pas. Je sais qu’elle peut le faire et elle va le faire. Nous passons tous ensemble la ligne d’arrivée dans un joyeux capharnaüm, nous sommes finishers !

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Pour ceux qui auraient des doutes je vous le confirme, la pizza à 10h30 du mat ça passe très très bien ! Eh oui, comme pour Racing The Planet, des montagnes de pizza nous attendent à l’arrivée pour le plus grand bonheur des coureurs qui retrouvent le bonheur de mastiquer un truc ayant un goût identifiable. Voilà c’est fini… J’ai du mal à réaliser que le lendemain matin à l’aube je serai à l’aéroport de Las Vegas pour rentrer chez moi… Je n’ai qu’un regret, être arrivée aussi peu préparée mais lorsque j’y pense, avec un peu de recul, je me dis que j’ai quand même plutôt bien géré le truc sans vouloir me jeter des fleurs ! Je finis 9ème chez les femmes, ce qui correspond à ce que je m’étais fixée en arrivant. J’en ai pris plein la vue pendant 6 jours, je suis venue pour vivre le grand ouest américain et j’ai été servie. L’organisation est franchement à la hauteur, offrant un confort aux coureurs auquel personnellement je m’habitue de plus en plus. J’ai eu la chance de tomber sous une tente formidable avec des types formidables sans oublier Laurence partie trop vite et forcément ça aide aussi pour voir tout ça d’un angle positif. Cette course est bien à la hauteur de sa bande annonce et c’est suffisamment rare pour être signalé. I will be back c’est moi qui vous le dis !

Cécile