Récit : G2G, épisode 1

Parce que pas mal de copains prennent le départ de cette course que j’avais adoré l’année dernière, je ressors de mes tiroirs (enfin de mon disque dur…) le récit que j’avais fait de cette course que j’avais adoré, le Grand to Grand ou pour les initiés le G2G. 

Episode 1 : Vegas sera toujours Vegas !

Forcément avec moi tout se passe toujours de façon bordélique… Alors que j’avais tout prévu pour une fois à peu près en avance, tombe la nouvelle ou plutôt le mail : grève des pilotes d’Air France et risque très sérieux d’annulation de mon vol pour Los Angeles, première escale de mon périple. Alors que je suis en plein bouclage avancé du prochain Running pour Elles (et donc forcément à la bourre) je me retrouve à gérer mes changements de billets au téléphone (je ne peux plus la voir en peinture la musique d’attente au demeurant… ou alors il me faudrait l’image avec Benjamin Millepied torse nu virevoltant dans le désert pour la supporter !). Une solution est trouvée : je passe par Minneapolis avant de rejoindre Los Angeles… ça ne m’emballe pas mais au moins je suis sure de décoller ce qui est le plus important pour moi à ce moment-là. Mais la veille de mon départ coup de théâtre, ma super Marie m’envoie un message : « Cécile ton vol direct pour LA (Los Angeles pour les non-initiés !) existe toujours ». Et hop re téléphone avec une situation gaguesque où j’ai le mec au téléphone qui me dit que mon vol n’existe pas et moi qui finis par lui dire « attendez y a ma copine sur FB qui dit qu’il existe alors vous allez me le trouver sinon je vous la passe ! ». Enfin on y arrive, j’ai mon siège bien comme il faut pour mes jambes, je peux enfin passer à la préparation de ma valise. Ah oui, moi la prépa anticipée ça n’est toujours pas mon truc question ultra… Même si là j’ai assuré en commandant mes plats chez Lyophilises.fr plusieurs jours à l’avance, une grève de la Poste étant quand même dans l’ordre du possible ! Je jette tout ce que j’ai dans ma valise en vrac, je ne déconditionne rien en cas de contrôle à la douane, je saute sur ma valise pour la fermer, un cadenas et roule ma poulette. Evidemment je couperai les étiquettes de mes chaussures et de mon sac sur place, on ne se refait pas !
Le périple commence dès la veille au soir où je rejoins Paris en train, qui bon signe est en avance ! Oui je sais c’est dingue mais je vais le réécrire juste pour le plaisir : je dois être une des rares filles au monde qui a en 10 jours pris 2 vols Air France alors qu’il y a grève et qui en plus a vu ses 2 trains arrivés en avance en gare !!! Eh ouais… (Punaise j’y pense, j’ai oublié de jouer à Vegas avant de partir…). A l’aéroport aussi je vais être sacrément en avance parce que mon homme me dépose à l’aube pour rejoindre son travail, du coup après un enregistrement à la vitesse de la lumière, je file m’installer comme il se doit au Starbuck local pour terminer d’envoyer mes articles avant de décoller dans un bel A380. J’ai beau avoir pris le temps de m’acheter le dernier Daniel Steel (tradition oblige), Marie Claire et Vanity Fair (c’est pour le côté intello… nan je déconne !), je vais rattraper mon retour question ciné avec 5 films… oui j’ai bien dit 5 films ! Je vais même avoir le droit aux esquimaux glacés pour ma 3ème séance. Je me mouche dans ma couverture devant « nos étoiles contraires » (toutes les françaises présentes au G2G ont fait comme moi… je dis ça je ne dis rien…), je me lamente devant « Triple Alliance » et « l’Ex de ma vie », je fonds devant « Mary Poppins », le film sur l’histoire de l’auteur (moi de toute façon dès qu’il y a des pingouins qui dansent j’adore !) et j’essaye de m’y retrouver dans « X Men » (penser à demander à sa fille des fiches explicatives la prochaine fois). Je me réserve les films intelligents pour le retour !

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Finalement, le vol se passe plus vite que je le pensais et me voilà déjà arrivée à destination pour récupérer ma valise, la jeter sur l’autre tapis et filer prendre ma correspondance. Punaise mais c’est « chérie j’ai rétréci l’avion » ou quoi ? Las Vegas est déjà là avec ses machines à sous et ses tables de jeux à peine descendu de l’avion. Je vais rejoindre mon hôtel en taxi où je vais retrouver Laurence Klein ma colloc du séjour qui elle arrive plus tard dans la soirée. Histoire d’être dans le bain tout de suite, j’ai choisi le Hard Rock Hotel, un peu excentré du Strip mais très couleur locale. Et je ne vais pas être déçue du voyage ! Il est rempli de mecs plus tatoués et bodybuildés les uns que les autres avec à leur bras des filles grimpées sur des talons totalement improbables et des robes surement lavées avec un cycle trop chaud et passées au sèche-linge ensuite… ou alors c’est aussi la crise là-bas et les pauvres sont obligées de faire dressing commun avec leur petite sœur de 8 ans… Je cherche moi, je cherche que voulez-vous ! Comme je cherche ma chambre dans les 4500 qui doivent composer cet hôtel de dingue. Après un aller-retour dans le hall, la première n’ayant qu’un lit, immense certes mais quand même, je m’installe enfin et après une bonne douche, j’avoue que j’accuse un peu le coup. J’avais envisagé de descendre attendre Laurence mais finalement je m’écroule assez lamentablement sur mes 14 oreillers. Ma sieste n’est que de courte durée et lorsque Laurence arrive enfin c’est parti pour la séance de papotage en règle qui va nous occuper une bonne partie de notre séjour.

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J’aime leur sens pratique aux US !

Je me réveille assez tôt pour voir le lever de soleil sur la ville, avec cette couleur rouge tellement particulière, propre au désert qui entoure la ville qui ne dort jamais. Vu de loin comme ça, aucun doute cette ville ressemble vraiment à un gigantesque parc d’attraction pour adultes. Petit déj américain de rigueur malgré les 4kg de trop sur les fesses… Sous prétexte que je vais courir un ultra et manger de la poudre pendant 7 jours j’en profite un peu ! Balade sur le strip et retour en courant (au sens propre, pas au figuré !) pour filer à l’aéroport. Même là j’ai eu du mal à suivre Laurence ! Nous avons rendez-vous là-bas pour prendre le bus afin de nous rendre à Kanab le lieu de retrouvaille de tous les coureurs venus du monde entier. Alors que nous arrivons pile poil à l’heure on nous annonce qu’il va falloir attendre parce que le bus est soi-disant plein. Pas de souci, on organise un camp retranché dans l’aéroport, je vais chercher un ravito (un bon frappucino histoire de rester dans le thème « si toi aussi tu veux prendre 2kg en une journée) et nous profitons du wifi gratuit. Et c’est là que le miracle arrive ! Le premier coureur que nous allons rencontrer en vrai, c’est Michele (prononcez Mikélé, il est italien) « Monsieur abdos saillants j’ai été top model dans une autre vie mais maintenant j’aspire à des choses plus vraies avec l’ultra », c’est lui. Bon c’est terrible à dire mais ça me fait rigoler parce que quand j’y pense, la seule fois que je l’ai vu, ben c’était en slip !

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Juste pour le plaisir…

Aujourd’hui, il est loin des photos qui ont fait son succès, il a remplacé l’huile de massage par un look barbu hipster que perso je n’aime pas mais bon d’un autre côté je ne suis pas mariée avec lui ! En tout cas il faut avouer que question charme, il s’est y faire… Il n’est pas italien pour rien. Bon, il faut dire aussi que la seule personne qui l’intéresse, c’est Laurence dont il a vu le CV sur le net avant de venir… Mais non je ne suis pas jalouse… Et puis de toute façon le bon dieu l’a puni, sa valise n’est pas arrivée ! Du coup nous prenons le mini bus avec deux british retardataires en le laissant là, tout seul assis sur sa moquette devant les tapis à bagages pour filer sur Kanab, parce qu’il parait que ce n’est pas la porte à côté. Nous faisons escale pour le diner dans un In and Out, the burger aux US, et franchement c’est juste délicieux. Les frites sont fraiches, faites sous nos yeux ébahis et pas grasses pour un sou… Mince moi qui voulais prendre du gras, c’est limite écolo bio ce fast-food ! Mais tout fout le camp ma pauv’Lucette !

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Carrément pour le plaisir !

Nous arrivons à l’hôtel qui va nous servir de camp de base pour les prochaines 24h. Une équipe de bénévoles est déjà pour nous accueillir avec des cadeaux ! J’aime les cadeaux ! J’adore cette course moi ! Allez dodo, re réveil à l’aube, boulot (il faut profiter à fond des dernières connections avec le monde réel sinon ça va râler de l’autre côté de l’Atlantique) et re-petit déjeuner. Bon là on part un peu en vrille lorsqu’on se retrouve toutes les deux totalement en extase devant la machine à pancake ! Je devine le regard dépité de nos collègues américains qui connaissent ça depuis qu’ils doivent avoir 5 ans… Genre « mais d’où ils nous les sortent encore ces pauvres filles ! ». On se promet de descendre le lendemain matin avec l’appareil photo pour immortaliser le truc parce que franchement c’est l’éclate ce truc !

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On est donc bien descendu avec l’appareil photo !

Enfin ce n’est pas tout ça mais j’ai un sac à faire moi… Et c’est parti pour l’opération sac de congélation en folie, sous le regard désespéré de Laurence qui me stresse à mort… Quoi ma brosse à cheveux géante faut pas c’est ça ? Comment ça une petite robe noire pour le camp c’est inutile ? Mais même Vogue le dit, la robe noire c’est l’incontournable de toute it girl qui se respecte (et pis ça m’amincit un peu… 4kg ça se voit quand même). Se pose aussi le problème du matos obligatoire dont la doudoune. J’ai la chance d’avoir une superbe doudoune Columbia (qui va se révéler incroyable de confort et de chaleur toute la semaine) mais elle prend quand même de la place et ça, ça ne m’arrange pas. Je réussis tant bien que mal à tout entasser avec mon duvet et en sautant sur mon sac, tout rentre. Trop forte ! Bon j’ai juste le sentiment que si j’ouvre la fermeture ventrale un peu trop vite tout va sortir genre canon à confettis mais je n’ai pas le choix.

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Nous faisons nos derniers achats au supermarché du coin, entre amandes à tous les goûts, bœuf séché pour l’apport en protéine, quelques haribos pour les grands moments de détresse et mon traditionnel sachet de m&m’s peanut butter pour finir l’étape longue, je suis parée !
Direction le contrôle technique et médical, passage obligé pour ce genre de course. Je sais que je ferai des affinages ensuite mais à ce moment-là mon sac pèse un peu plus de 7kg, ce qui est à la fois pas mal et beaucoup trop à mon goût. Il y a 500 grammes de trop mais là, avec la course qui s’annonce, je ne vois pas à quoi renoncer. Enfin si forcément il y a tous les trucs de confort mais ça j’ai du mal à imaginer passer toute la semaine avec une seule tenue nuit et jour sur le dos… Et puis pour tout vous dire (vous en avez l’habitude si vous me lisez !) forcément la semaine tombe mal… Je dois aussi partir en autonomie de ce côté-là et ça prend de la place les tampax ! Je vais d’ailleurs carrément demander aux docs s’ils peuvent gérer ce problème. Ils me rassurent ils ont prévu un stock juste au cas où. Et comble de joie j’ai la surprise de retrouver un jeune doc rencontré en 2012 en Atacama. Pour ceux qui se souviennent, j’ai participé à une étude clinique sur cette course où l’on me prenait mon sang à peine la ligne d’arrivée franchie, et bien c’était lui mon Dracula ! Toujours rassurant de retrouver un visage connu en tout cas.

Je profite de l’occasion également pour faire la connaissance des autres français qui feront partie de l’aventure : Fred et Laurence qui, à les entendre n’ont rien fait mais qui ont tout de même fini le Tor des Géants… eux… Et Stéphane qui est lui aussi allé en Australie. Say rejoindra la tribu plus tard avec No sa femme qui fait elle, partie des bénévoles. Le grand Fred est également là, français vivant à New York avec sa jeune épouse coréenne qui va se retrouver très vite avec la double nationalité qu’elle le veuille ou non, parce que plus on est de fous, plus on rit ! C’est presque la première fois que je me retrouve avec autant de compatriotes sur une course à la noix comme ça quand j’y pense et franchement ça change tout. Ne pas avoir l’effort à faire de parler anglais tout le temps, surtout après une journée compliquée, c’est vraiment très agréable. Par contre forcément ça limite les contacts avec les autres, puisque nous avons en toute logique très vite le réflexe de nous « mettre entre français ». Mais c’est on ne peut plus naturel et les autres nationalités font de même. Finalement heureusement que nous n’avons pas tout à fait le même niveau puisque cela permettra les contacts intercommunautaires lors de nos journées de course. Et puis quand j’y pense je suis bretonne de toute façon !

Dîner organisé par la course, dodo, petit déj, photos des pancakes, piquage en règle des céréales du buffet pour mon premier repas en autonomie, zou il faut y aller et quitter le confort de l’hôtel après la dernière vraie douche, cela va s’en dire. En fait c’est toujours le problème avec ces courses à l’autre bout du monde, on a envie d’y être au plus vite alors qu’au fond de soi on a les pétoches grave ! On a envie que le bus arrive vite tout en rêvant qu’il n’arrive jamais justement. En tout cas question dépaysement on est vite servi : arrêt pipi devant l’air surpris d’un coyote qui passe son chemin… Voilà le camp où je retrouve mes tentes blanches si rassurantes et le grand Canyon en fond d’écran. Oh punaise c’est vachement grand ! Et comme je l’ai confirmé à ma fille, « non ce n’est pas une arnaque à touristes à l’américaine » ! Ce qui est top surtout c’est que justement nous sommes à l’écart des touristes, privilégiés parmi les privilégiés qui vont pouvoir profiter du coucher et du lever du soleil dans un cadre unique au monde. Mais comme le dit si bien la pub « et c’est pas fini » ! D’ailleurs cette course on l’a vite rebaptisé la course SFR tellement cette phrase sera dite et redite par le groupe de français. Nous allons avoir le droit à un diner totalement surréaliste, organisé par des cow boys cuisiniers qui seront la cantine ambulante des bénévoles de la course. Non seulement les spaghettis boulettes sont vachement bonnes mais le brownie servi en dessert est juste à tomber à la renverse. Bon ok ça manque de boule de glace à la vanille mais bon on ne va pas chipoter non plus !

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La cuisinière locale !
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Repas digne d’un mariage au bord du grand Canyon… j’adore !

Après le dîner, histoire de continuer dans l’ambiance Far West nous avons le droit à la visite d’une ma foi tarentule d’un fort beau gabarit et d’une leçon de sciences naturelles (la SVT pour les plus jeunes) sur la faune et la flore sauvage. Le première jour faites gaffe y a plein de cactus ça pique… ok Les tarentules, c’est pas méchant, ça ne tue pas en tout cas… charmant… Les serpents à sonnette sont des gentils quand ils sont adultes parce qu’ils maîtrisent leur venin (juste la dose pour t’assommer), par contre les jeunes c’est des petits cons qui jouent à Call of duty toute la journée et qui sont en pleine crise d’ado, quand ils crachent ben ça fait mal… Chouette… je leur demande leurs papiers si je les croise ? Mais non s’ils sont petits et roses et qu’ils te mordent, ben t’as qu’à courir jusqu’au prochain CP, c’est ta seule chance.

Bon ben sur ces bonnes paroles, moi je vais me coucher parce que demain j’ai 49km à courir !