Ultra Norway 2015 : Viens faire un Thor avec moi…

Ultra Norway : esprit de Freya es-tu là ?

La Norvège c’est ça…

oslo
Mais aussi ça

roi bisSans oublier ça…

poisson séché
Mais surtout ça !

Thor
Alors quand j’ai appris que mon copain Jérôme organisait une nouvelle course dans le grand nord, j’ai forcément tendu l’oreille. J’ai surtout évoqué le sujet à table et là j’ai eu le droit à un décrochage de mâchoire de mon ado (l’ado mâle, j’en ai plusieurs !): « quoi ? Les îles Lofoten ? Attends je rêve d’y aller moi, j’en ai marre que tu fasses ces trucs-là sans nous quand même ». Ok… Allo Jérôme, tu ne voudrais pas recruter un méga super bénévole que je peux dire « c’est moi qui l’ai fait ! ». Je tente de briefer Thomas sur ce que représente la tenue d’un CP sur une course telle que celle-là, surtout quand j’apprends que nous ne serons que 10 au départ… « T’inquiète Maman, le roi du Sudoku c’est moi » et c’est parti. J’ai même prévu de lui confier le test de la caméra Tom Tom que j’ai reçu en test (je vous mettrais bien les images en ligne mais bon franchement je me demande si je ne devrais pas d’abord les montrer à un pédopsychiatre…). C’est une première dans l’histoire de notre famille, je n’ai jamais eu un membre de ma famille qui m’accompagne sur une course. Une seule fois mes enfants sont venus au départ et à l’arrivée de l’UTMB, expérience qu’ils avaient adoré mais j’en parlais encore il y a peu avec une amie journaliste, cette course est un ovni dans le monde de l’Ultra sans qu’on puisse bien l’expliquer d’ailleurs. Bref tout ça pour dire que j’étais à la fois ravie et inquiète d’avoir mon bébé avec moi.
Direction les îles Lofoten le jour de mon anniversaire en plus ! Un train, un tram, 2 RER, un shuttle, un caramel macchiato plus tard, nous voilà enfin dans l’avion (j’ai transmis le gène macchiato à mon fils, comme celui du goût du voyage et de l’Histoire, c’est trop bien !). Il faudra 3 avions pour rejoindre notre destination finale au nom imprononçable de Slovaer, d’ailleurs ça ne se prononce pas, ça se crache un nom pareil ! Les avions ont diminué de taille, vol après vol… Encore un et je finissais en ULM ! J’ai réservé un peu à l’arrache une chambre pour notre première nuit dans un hôtel qui se révèle charmant et bien situé sur le port. Juste un détail qui me fait dire que nous sommes bien à destination, le carré de chocolat sur l’oreiller est remplacé par un sachet de petits poissons séchés, tête comprise… Heureusement que j’ai eu l’idée de garder celui distribué dans l’avion ! Comble de joie nous trouvons une pizzeria pas trop loin parce que je sens que l’ado n’a pas l’air emballé à l’idée de déguster la cuisine locale dès le premier jour. Première nuit, enfin nuit… Nous découvrons tous les deux ce qui va être notre quotidien pendant presque une semaine : le jour n’en finit jamais. Dis comme ça, forcément ça a l’air sympa mais c’est nettement plus perturbant qu’on ne le pense. J’ai anticipé en prenant un masque pour dormir et heureusement. Je vais découvrir à ma grande surprise que ce soit à l’hôtel, au camp de base ou dans les maisons de pécheurs où nous logerons à l’arrivée que jamais les volets seront de sortie pour nous permettre de faire le noir dans nos chambres. Autre point amusant : l’éclairage public qui s’allume aux heures classiques pour indiquer ou rappeler que nous sommes bien la nuit. Il n’est pas partout mais à quelques endroits comme les bâtiments principaux. Je réalise surtout en me levant comme toutes les nuits pour faire pipi (quoi ? Petite vessie est synonyme de pipi toutes les nuits !) que franchement la frontale ne va vraiment servir à rien. J’ai déjà vécu ces journées qui ne finissent jamais en Antarctique mais il y avait une légère obscurité quand même. Là vraiment à 2h du mat, on est en plein jour. Ça va être marrant de courir dans de telles conditions et la fille flippée la nuit que je suis s’en réjouit à l’avance.
Petit déjeuner inclus dans le prix de la chambre alors forcément on en profite et là on découvre un buffet comme je n’en ai jamais vu dans tous mes voyages ! Il y avait tellement de choix qu’on a passé 10 min avec notre assiette à la main à nous demander quoi choisir : des thés en vrac (pas en sachet tout sec), des jus de fruits, légumes et même les deux, des pains super bons, des tonnes de céréales avec ou sans gluten, des dizaines de confitures, compotes et j’en passe. Des tonnes de poissons fumés et autres jambons, une cuisinière qui fait des œufs sous toutes ses formes. Même pour le fromage blanc tu peux choisir le % de MG et même le taux de lactose ! J’ai vraiment regretté de ne pas m’être levée plus tôt pour en profiter ! Mais il est temps de rejoindre les copains et c’est avec grand plaisir que je retrouve certains que je connais bien pour avoir déjà fait plusieurs courses avec eux. Pour le coup avec Canal Aventure, on peut vraiment parler de famille puisque le nombre est quand même limité, ce qui fait que forcément on fait plus facilement connaissance. Mais je ne connais pas les deux autres concurrentes que je rencontre à l’occasion du voyage pour rejoindre le camp de base. Nous ne nous sommes jamais vus mais comme toujours nous avons des courses, des connaissances communes, ce qui facilite la prise de contact immédiat. Et surtout coup de chance, elles parlent toutes les deux anglais ce qui forcément sera plus simple pour les échanges. Je ne le sais pas encore mais Jessica notre porto-rico-allemano-américaine va jouer un rôle très important pendant ma course.

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Winter is not coming, winter is staying oui…
Direction le camp de base qui se révèle un camping comme je les aime : chalets en bois sur le bord d’un lac, de l’eau, de l’électricité, un coin cuisine, une salle de douche, une terrasse… Il y a même à proximité un sauna et des bains chauffés au bois face à l’étang. Ah ben vu comme ça le camping moi je veux bien ! Nous occupons notre chalet à 4 : les 3 filles et mon fils. Autant dire qu’il commence son ultra violemment le gamin ! Il découvre aussi ce que sont les avants courses, les avant et après contrôles techniques où l’on fait et refait le sac en étalant bien notre bordel un peu partout dans la pièce. L’ambiance entre nous est vraiment topissime et j’ai rarement eu une telle connivence avec des collègues de course aussi vite. Marilena me fait rire avec son obsession du sac parfait qu’elle fait et refait sans cesse. Jessica est la reine des trucs en triple et j’étoffe mon sac de deux ou trois trucs de confort grâce à elle. L’euphorie est de courte durée parce que la rumeur qui circulait se confirme : impossible de partir pour 160km, les conditions météo ne le permettent pas. Alors que la France est écrasée par la canicule, ici l’hiver ne veut pas finir. C’est vrai qu’entendre dire que le parcours initialement prévu est impraticable pour cause de neige a de quoi surprendre mais c’est ainsi. La pluie est également prévue ce qui est quand même un sacré manque de chance. Il va pleuvoir pendant les premières 24h de la course sans discontinuer alors que nous saurons sous un soleil de plomb (enfin avec 10°C !) le lendemain de l’arrivée. C’est ainsi, on n’y peut rien, il faut faire avec. Evidemment beaucoup de coureurs sont dépités parce que lorsque tu viens pour faire un UTMB et que finalement ce sera la CCC, ce n’est pas du tout la même chose. Bon moi l’avantage c’est que cette situation je l’ai déjà vécu alors que je connais. Je sais aussi pour l’avoir vécu qu’il vaut mieux prendre la décision avant, plutôt que pendant, c’est presque pire. Et oui vous vous en doutez, vu mon niveau d’entrainement, évidemment une distance raccourcie devient tout d’un coup plus envisageable. Si je n’avais pas annulé ma présence, c’était uniquement vis-à-vis de mon fils. Lorsque j’ai reçu le bilan pour mon dos j’ai bien compris qu’il fallait dorénavant faire avec et que cela allait totalement changer la donne question ultra et autres réjouissances. Lorsque j’ai dit que j’envisageais peut-être de renoncer avant, plutôt que de me planter dans les grandes largeurs sur une course où je n’étais pas prête, j’ai eu un nouveau décrochage de mâchoire de l’ado avec un « putain tu peux pas me faire ça, j’ai dit à tout le monde que j’allais là-bas ». Ok Ok, j’ai compris. Je le préviens bien qu’il devra m’attendre longtemps, très longtemps au CP mais ça n’a pas l’air de le gêner encore ! Cette triste nouvelle a pour première conséquence de nous faire replonger dans nos sacs qui s’allègent autant que le kilométrage. Pas la peine de trimbaler de la nourriture pour rien. Je vous ferai un debrief complet dans un autre article pour ceux que cela intéresse d’ailleurs. Nouvelle nuit, enfin jour, enfin bref vous m’avez compris où je me retrouve à 1h30 du mat en chemise de nuit et doudoune à chercher l’ado qui est accro au wifi de la réception. Comme si je n’avais pas assez de ma petite vessie pour me causer des ennuis et me réveiller la nuit !
Et c’est parti pour le show !
Le petit déjeuner sera copieux ou ne sera pas ! Christelle nous a fait des œufs, du bacon, c’est exactement ce qu’il nous faut, il caille dans ce pays ! Nous partons sur la ligne de départ pour notre premier départ justement. Alors je vous explique parce que c’est un peu compliqué. Nous allons faire le premier tronçon jusqu’au CP1, nous arrêter, attendre le dernier, partir en voiture rejoindre le deuxième départ et là partir pour la vraie course. En fait on a presque fait un prologue. Ce qui semble facile et simple dit comme ça, va se révéler un peu plus compliqué que prévu à vivre pour être très honnête. Le départ est donné et c’est parti pour ce qui se révèle être un km vertical ! Pour la mise en jambes c’est parfait ! Très vite les écarts se creusent et je m’installe dans le fond du bus avec Jessica. Andy le coureur anglais est derrière nous. Je comprends vite que cela va être compliqué pour lui, ce qui se révèlera hélas vrai quelques heures plus tard. Je comprends aussi très vite que cela va être aussi très compliqué pour nous. Le parcours n’est pas assez balisé à mon goût et la peinture sur les cailloux a tendance à s’effacer dangereusement. Ça promet de sacrées rigolages pour plus tard ! En attendant, je fais connaissance avec le terrain qui n’est pas sans me rappeler de bons souvenirs… Patagonie bis me voici ! Boue, tourbe gorgée d’eau, cailloux glissants parce que la mousse est elle aussi gorgée d’eau, chouette, ça me manquait ! Je regrette surtout immédiatement d’avoir vouloir encore jouer les traileuses d’opérette en partant avec une paire neuve aux pieds. J’ai des brooks qui sont certes hyper confortables et tout et tout mais je trouve qu’elles pèchent un peu en accroche et sont loin de m’assurer comme mes kalenji. Après je dois bien reconnaître que tout le monde tombe, quel que soit la marque aux pieds ! Je m’assure comme je peux avec mes bâtons, c’est toujours ça de pris. Officiellement il y a 13km à faire pour ce qui s’apparente à un échauffement, ben vous savez quoi ? Je serai ravie de n’avoir à faire que ça ! Même si j’avoue que le passage sur une crête avec une vue qui veut bien se dégager est à tomber à la renverse. Ces paysages sont vraiment hors norme. J’ai un peu l’impression d’être en Ecosse, enfin c’est comme ça je l’imagine puisque je n’y ai jamais foutu les pieds. J’ai toujours l’impression que Sean Connery va débarquer avec son kilt ou mieux Christophe Lambert dans Highlander, une peau de mouton sur le dos avec son kilt bleu. C’est assez marrant d’ailleurs parce que je me rends compte que je n’ai pas de grande culture viking en fait, hormis les formidables dessins animés « Dragon 1 » et « Dragon 2 ». J’ai eu un doute pour le formidable « festin de Babeth » mais il semble me souvenir qu’il se passe au Danemark. Oui je sais ma culture cinématographique vous cloue littéralement sur place !
La descente sur le plat va réveiller ma chère Jessica qui semble d’humeur badine tout d’un coup et envisage apparemment très sérieusement de courir. Nan mais eh oh ça va pas la tête ? On fait du trail pour les nuls, depuis quand on court, je vous le demande ? Ok, pour ne pas être totalement ridicule, je m’accroche mais il faut bien se résoudre à reconnaître quand même que je suis ridicule, que je le veuille ou non, à courir comme ça avec mon pantalon de pluie qui me grossit à donf ! On devrait rouler dans le goudron et les plumes les personnes qui ont conçu un truc pareil. J’entends Christina qui me dit « mais ma chérie, c’est pas possible ! Déjà le legging je t’ai dit que c’était interdit mais là le pantalon de pluie »…. Ah ouf elle décide d’alterner course et marche, je suis sauvée, je peux souffler 1 minute c’est toujours ça de pris. Allez, zou on passe la première ligne d’arrivée, direction la réception du camping qui nous logeait précédemment puisque nous sommes en fait revenu à notre point de départ. J’en profite pour manger un peu puisque nous devons attendre le dernier qui se fait attendre. Andy le coureur anglais est encore tout là-haut alors que nous sommes tous au sec… Il parait déjà évident que cela va être très compliqué pour lui. Bon je fais ma maline mais franchement quand je vois ce qu’on vient de traverser, alors qu’on nous annonce encore plus dur ensuite, j’avoue que je commence à légèrement paniquer. Hier encore je me disais que je ne pouvais pas finir 160km mais là je me demande si je vais pouvoir vraiment finir 90km dans ces conditions… Je suis trempée jusqu’aux os et je n’avais pas prévu de tenue complète de rechange. Je tente juste de me réchauffer comme je peux après du feu en attendant le départ. Andy est là, on replie le camp un peu trop vite puisque je vais oublier mes bâtons… Génial… Manquait plus que ça ! Là franchement je bascule en mode panique à bord puisque je suis et je reste une traileuse d’opérette moi. Sans mes bâtons je suis un peu perdue, pour ne pas dire totalement… Aussitôt Jessica, qui a les mêmes que moi, me propose de m’en filer un et comme on envisage sérieusement de partir toutes les deux, ça semble être une super proposition. Départ donné et là encore on s’installe confortablement à la fin du peloton. Il nous reste presque 80km à parcourir, on n’est pas aux pièces non plus !

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Un duo est né !
On profite de l’occasion qui nous est donné pour faire plus ample connaissance et avec elle je suis servie question profil original ! Elle est née à Puerto Rico, pays de naissance de son père mais celui-ci est américain travaillant pour l’armée. Sa mère est allemande, elle a donc la double nationalité. Elle a vadrouillé de par le monde pendant toute son enfance et son adolescence avant de devenir responsable de l’hôtellerie sur un gros bateau de croisière. Son mari y est chef. Ils partent donc tous les deux 4 mois à temps plein avant de revenir 2 mois à la maison. Elle va de l’Alaska à la Nouvelle Zélande en passant par l’Australie ou Miami au gré de son gros bateau ! Et comment fait-on pour s’entrainer lorsqu’on prépare un ultra en Gobi lorsqu’on vit là-dessus ? Facile, on grimpe les 9 étages pendant ses heures de repos avec son sac chargé sur le dos ! Franchement je regrette de ne pas avoir de film à vous montrer ! En attendant va se poser un problème très vite récurrent pour notre balade : les marques faites à la peinture s’effacent avec la pluie qui tombe sans discontinuer. Et va se produire ce qui était prévisible : nous nous perdons… Le souci c’est que cet incident arrive après que nous ayons eu à passer un endroit un peu compliqué, une vraie paroi à escalader où j’ai dû faire marche arrière et venir chercher Jessica bloquée plus par la peur qu’autre chose. Je sens que la panique commence à monter et nous finissons par appeler à l’aide. Nous apprenons par la même occasion que le tracker de Jessica est en panne. Jérôme nous demande de rester ensemble, ce qui tombe bien, c’était notre intention. Il nous remet sur la route et nous voilà reparties rejoindre le premier CP où nous attend Christelle, bien courageuse sous la pluie. Elle m’apprend que mon fils est finalement parti au CP suivant, pas le choix, si je veux voir Thomas, je dois continuer. Elle nous apprend aussi qu’ils vont arrêter Andy qui est beaucoup trop lent. Pour avoir papoté un peu avec lui, je sais qu’il a l’expérience du long mais surtout du long dans le désert, là où on peut dérouler sans se poser de questions. Là c’est une autre histoire !
Nous repartons avec Jessica, bien décidées à aller au bout mais un incident va venir perturber l’équilibre fragile sur lequel repose toujours nos ultras à la noix. Le téléphone qu’elle avait oublié de remettre sur le mode avion sonne, c’est son mari. Elle hésite à le rappeler, je l’encourage en lui disant qu’on n’est pas aux pièces non plus. Suite à une erreur de Jessica, qui avait indiqué le numéro de ce dernier à la place du sien, Jérôme nous voyant patauger dans la semoule sur son écran l’a donc appelé par erreur. Il a donc appris un peu violemment que sa femme était perdue et que son tracker ne marchait plus. Il rappelle juste pour avoir des nouvelles. Même si elle veille à le rassurer, je comprends immédiatement qu’une faille vient de s’ouvrir… Nous repartons certes mais je sens que son esprit est déjà ailleurs. Même si à aucun moment nous allons évoquer ce coup de téléphone, je sais, je le sens. Il suffira d’un nouvel incident où je devrais de nouveau venir à son « secours » pour que dans sa tête s’installe l’idée de rendre son dossard, pour se rassurer mais surtout pour le rassurer lui. Dieu merci le terrain devient enfin une petite route pour nous permettre de souffler un peu, Bruno notre doc est même venu à notre rencontre nous rassurer, le prochain CP est à quelques km. Nous sommes en pleine nuit et nous voyons comme en plein jour… C’est vraiment étonnant à vivre et très perturbant. Je sais que c’est la nuit parce que l’éclairage urbain du village que nous traversons me l’indique, c’est tout. Nos seuls spectateurs sont des moutons laissées en liberté avec leurs bébés. Mais il y a aussi un autre élément qui me fait dire que nous sommes au petit matin : la fatigue qui vient de me tomber dessus comme une vraie massue. Je pense qu’entre le stress de la portion que nous venons de faire, l’heure très matinale, et le terrain roulant, toutes mes défenses naturelles s’écroulent et je m’écroule avec elles. Je dors littéralement debout. Une petite portion plus technique m’oblige à me ressaisir mais je sais que le mal est là. Heureusement Thomas surgit tel un zébulon dans le champ que nous sommes en train de traverser. Le pauvre s’ennuie à nous attendre depuis plus d’une heure, depuis que Marilena est repartie. Comme prévu le doc est là lui-aussi. Très vite il faut se rendre à l’évidence, je suis physiquement incapable de repartir même après avoir mangé un morceau. Je dois dormir un peu si je veux avoir une chance de finir cette course. Je m’installe à l’arrière de la voiture, Thomas me couvre d’un duvet et je demande qu’on me réveille dans 20 min… On me réveille, j’en demande 30 et je replonge. Quand enfin je refais surface, il est temps de partir mais franchement je ne sais pas du tout où je vais. Bruno nous propose quelque chose : il y a 4km de roulant (nous devons d’ailleurs passer 2 ponts sans rien voir de la mer qu’ils surplombent, quel dommage !) avant qu’on replonge dans « l’enfer ». Il nous attendra au carrefour et nous prendront la décision de continuer ou pas l’aventure. Le deal nous convient et nous repartons. Force est de constater que la foulée de Jessica n’est pas terrible mais finalement après quelques minutes, ça commence à ressembler à quelque chose. Pourtant, je sens bien que son esprit est déjà ailleurs et je ne peux que la comprendre. Bruno et son carrosse est là, elle décide de grimper dedans.

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Je marche seule…
Moi je décide de continuer seule l’aventure, pas pour mon fils présent à mes côtés mais plutôt à cause de lui. Je ne veux pas qu’il ramène de sa première expérience avec moi un souvenir d’échec de ma part. Alors rien que pour ça, je vais continuer. Mon arrêt un peu prolongé fait que je fais frôler dangereusement les barrières horaires mais au pire, si je finis hors délai, je pourrais dire que j’ai fini. Me voilà repartie seule après de longues heures accompagnée et je ne vais pas vous mentir, ça fait du bien. Je suis plutôt solitaire sur les courses malgré tout ce qu’on veut bien penser. J’aime être seule face à moi-même, ma musique débile dans les oreilles, à ne penser à rien de rien. D’ailleurs je dégaine mon lecteur et roule ma poule ! Je sais que j’ai un passage relativement dangereux, je confirme… une plage, de nouveau du dangereux et des copains qui m’attendent au bout pour le CP suivant. Ah oui j’oubliais, j’ai maintenant 2 bâtons que je vais éviter de casser ou d’oublier puisque ce ne sont pas les miens. Lorsque je vois les pierriers que j’ai à passer, je suis plutôt contente que Jessica ne soit pas à mes côtés parce que je sais qu’elle aurait vraiment paniquée. La plage est enfin là en vue et je descends à travers champs façon la petite Marie dans « la petite maison dans la prairie » en veillant quand même à ne pas finir comme elle, vautrée le nez dans l’herbe. J’aperçois des tentes, des surfeurs, il y a carrément un camp et de la vie. Mince alors, il fait froid quand même non pour se foutre dans l’eau ? Y a intérêt à avoir la vessie pleine pour pisser dans sa combi pour se réchauffer parce que c’est l’hypothermie assurée cette histoire ! Bon apparemment les deux surfeuses qui sortent ne sont pas câblées comme moi, puisqu’elles sortent de l’eau et finissent à poil le temps de se changer, sachant qu’elles n’enfilent qu’un petit t-shirt et un short tout aussi petit. Moi avec ma tenue de pluie et mes 2 couches façon bibendum j’ai juste l’air ridicule. Bon ce n’est pas tout ça mais j’ai perdu les marques rouges et je ne sais pas où aller. Autre souci et non des moindres, j’ai surtout oublié mon roadbook dans le sac de Jessica. Comme il était plus accessible que le mien, nous avions eu la bonne idée de tout ranger dans le sien… C’est malin tiens ! Je vais de droite à gauche dans l’espoir de trouver une foutue marque, je finis d’ailleurs par manger un bout sur mon rocher histoire de reprendre des forces et je repars vaillante à la chasse au point rouge. Je finis par aborder un groupe de 3 surfeurs mâles qui me regardent un peu circonspect faire mes aller-retours sur leur plage. « Hello, do you see some people like me ? » « No » « ok… Do you see some red marque ? » et l’un des 3 compères tout de rouge vêtu me tend les bras et me dit « non mais moi je suis là ! »… Ok ! Pourquoi faut-il que le seul surfeur norvégien qui me drague soit comme lui… et pas comme lui ! Je suis maudite moi ! Bref je repars mais surtout je dégaine mon téléphone pour appeler Jérôme afin qu’il me remette sur le droit chemin. Eh oui la mer est haute maintenant, du coup il faut passer plus haut en se hissant à bout de bras avec des cordes ! Je repars parce que c’est bien gentil mais moi je ne suis pas d’ici.
Copains !

Je finis par rejoindre la civilisation et surtout la voiture du doc avec mon fils qui a l’air plutôt rassuré de me voir sur mes 2 pieds (la loque humaine dans la voiture… il a moyennement apprécié on va dire !), le doc tout aussi rassuré et Jessica que je rassure, elle aurait bien balisé sur le parcours que je viens de passer. Je pense à récupérer le road book à la volée, ça pourrait servir et je file me restaurer auprès des deux garçons qui tiennent le CP. Les pauvres… Franchement passer des heures et des heures à attendre une blonde qui sent le chien mouillé et vous nique avec ses pompes boueuses votre tapis de sol, ça tient du sacerdoce cette histoire. Aujourd’hui je ne sais plus si c’est Arnaud ou Romain (j’étais un peu dans un état second…) mais il repart lui aussi pour m’assurer à un endroit un peu compliqué à quelques km de là. Je ne le sais pas encore mais je pars pour ce qui va être un des moments les plus stressants de ma vie de coureuse, qui est encore très courte heureusement !
J’ai bien compris que je devais encore et encore grimper… Le souci c’est que la météo n’y met pas du sien et le balisage n’est pas conçu pour le brouillard. Je suis sensée monter sur une crête avec des nombreux pierriers à grimper. Ce qui est relativement facile lorsque tout est dégagé devient vraiment dangereux lorsque tu ne vois pas à 2 m… et ça ne loupe pas, je finis par totalement me perdre dans la purée de pois qui m’est tombée sur le coin du bâton de rando… Je suis sensée voir un lac là-haut pour m’orienter si j’en crois le road-book mais je ne vois même pas le caillou suivant alors un lac à 200 m en contre-bas tu penses ! Je ne capte pas, donc je ne peux pas appeler non plus. Note pour plus tard : aller exploser le bureau du patron de free à coup de bâton télescopique à mon retour en France ! Je n’ai qu’une solution : tenter à tout prix de trouver du réseau pour pouvoir téléphoner et demander de l’aide parce que sinon je suis bonne pour passer la nuit sur mon gros caillou… ah ben non suis-je bête, y a même de nuit ici ! Et puis faire un feu de bois tu oublies puisqu’il n’y a pas de bois non plus forcément. Je vais de gauche à droite avec mon téléphone à la main le nez vissé sur ce foutu écran quand tout d’un coup miracle ça passe. J’appelle, je laisse un message et j’attends. Ok, je double d’un appel sur le portable du Doc au cas où qui lui décroche. Je lui explique la situation et il fonce prévenir Jérôme. Dans mon malheur j’ai de la chance parce que moi mon tracker fonctionne et très vite on sait où je suis, ce qui n’est toujours pas mon cas à moi puisque je ne vois toujours rien. On va me guider pas à pas pour me remettre sur le droit chemin et enfin alors que la descente s’amorce, je vois un foutu point rouge sur un caillou. Me voilà reparti ! Ça tombe bien puisque de toute façon je viens de reperdre le réseau. Je descends vers une nouvelle plage et je sais surtout qu’on vient à ma rencontre, ce qui me rassure. Je vais quand même encore jardiner un peu puisque je suis sensée aller prendre un bateau et pour moi bateau = mer ou rivière ou fleuve, bref flotte quoi ! Et là je suis sensée piquée vers la montagne… Dieu merci je tombe sur deux randonneurs qui parlent anglais à qui je demande si vraiment à 3 ou 4 km derrière ce gros caillou on peut vraiment prendre un bateau. Ils me rassurent, c’est comme ça qu’ils sont venus eux-mêmes, un fjord est bien présent juste derrière. Ok ben je grimpe alors pour évidemment redescendre derrière où je finis par apercevoir Romain et une charmante blonde qui mène la danse question rythme de marche. C’est le capitaine de notre bateau et surtout c’est une fille qui organise des randonnées dans le coin alors autant dire que la marche elle connait.

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Happy End !
Me voilà enfin de retour dans la civilisation. Officiellement il me reste 12km à parcourir et ils sont annoncés comme les plus durs ou tout du moins sacrément techniques avec pas mal de neige… Ok là franchement je suis fatiguée et je me pose la question de continuer ou pas. L’idée d’être encore seule et de risque de me perdre me fiche carrément la trouille. Ça m’énerve d’abandonner comme ça parce que sur le principe je ne suis pas blessée, je n’ai apparemment pas d’ampoule (ou tout du moins je ne sens rien) et même si je suis fatiguée, je tiens encore debout. Mais heureusement je n’ai pas à me poser trop longtemps la question puisque Romain me dit que de toute façon il part avec moi. Youpi ! La petite traversée en bateau me fait le plus grand bien et me permet de souffler un peu. Je fais par contre la bêtise de ne manger que du salé et je vais très vite le payer. Nous repartons tous les deux et nous attaquons par un km vertical… Génial pour me réchauffer, beaucoup moins pour mes poumons et mon cœur qui est au bord de l’implosion. Il va falloir que je m’arrête en haut pour recharger en sucres rapides parce que j’ai carrément la tête qui tourne. Je suis sur les chemins depuis 30h et forcément mes réserves sont totalement épuisées. Le pauvre Romain va découvrir ce que c’est que de se trainer un poids mort mais bon il fait semblant d’être content d’être là ! Pour moi c’est carrément le pied total parce que je ne me pose plus aucune question, je me contente de le suivre sans avoir à chercher les marques rouges. On fait connaissance, on papote quand ça ne grimpe pas trop. Lui comme moi a besoin de pauses de temps à autre pour boire parce qu’il a un sac de rando et non un sac de trail avec la pipette qui va bien. Franchement je suis contente qu’il soit là pour les parties de neige aussi, parce que elles s’enchainent à un rythme effréné pour moi et mes chaussures ne sont pas du tout faites pour ça. Je l’initie à ma méthode de descente, à savoir sur les fesses et à fond à fond en freinant avec les mains pour éviter les cailloux. Il a l’air moyennement emballé par l’idée ! Enfin la descente mais la vraie celle-là, celle qui te mène vers la ligne d’arrivée et les maisons en bois de pécheurs. Alléluia on va enfin en finir de ce truc ! Ça tombe bien j’ai un peu besoin de dormir pour être très honnête là… et de me laver aussi parce qu’à mon avis, je pue ! Quelques gamelles plus bas, Jérôme, le doc, le frère de Romain sont là pour nous accueillir. Bruno repart avec nous pour finir tranquillement. Je passe la ligne heureuse de finir, heureuse de retrouver mon fils qui m’attend et qui semble quand même bien soulagé de retrouver sa mère sur ses deux pieds. Voilà je suis finisheuse, bonne dernière et à quelques minutes de la barrière horaire finale mais à l’unanimité du jury je suis quand même classée.

©K.Kortebein-1820
Pour la première fois de ma vie d’ultra, je ne pense qu’à une chose : manger ! Je dégage mes chaussures détrempées, je jette mes chaussettes qui n’ont pas résistées au traitement que je leur ai infligé, je jette dans la foulée mon deuxième pantalon de pluie qui lui aussi n’a pas tenu la distance et je file manger mon assiette de coquillettes au jambon mitonnées par Christelle qui m’a même prévu de la pastèque coupée en petits cubes pour que je n’ai rien à faire. Le bonheur ! Comme toujours l’idée même de lever les pieds pour monter 2 marches me semble juste terrifiante et mon corps hurle de douleur par tous les bouts. Allez une bonne douche et zou au lit ! L’Ultra Norway c’est fini… Et si un jour, je contentais des 20km de Paris… C’est bien aussi !