Run : La France en courant ou le vrai tour de France !

Le départ de cette épreuve totalement atypique dans le calendrier running français aura lieu le 18 juillet prochain. Ayant plusieurs amis engagés sur ce petit « délire », je voulais leur faire un clin d’oeil en republiant un article que j’avais écrit pour « Ultrafondus » (les anciens se souviennent !) ainsi que la carte de France pour vous permettre, s’ils passent dans votre coin d’aller les soutenir. 
J’ai entendu parler de la France en Courant la première fois comme beaucoup sur le marathon expo de Paris. On y trouve chaque année le stand animé par des bénévoles souriants présentant cette course totalement atypique surnommée la FEC par les aficionados. Quèsaco que la FEC ? C’est une course en relais qui se court en équipe de 8 à travers la France sur 14 jours sans relâche, soit cette année 2679 km. LA FRANCE EN COURANT qui a le label de la F.F.A. est aujourd’hui la plus longue course en relais sur route de France.
Cela fait une moyenne de 25 km par jour par coureur sachant que bien sûr si l’un des membres est blessé c’est au reste de l’équipe d’assurer les km. Comme le fameux tour dont elle s’inspire, elle parcourt notre beau pays empruntant petites routes départementales et quelque fois nationales, traversant villages, hameaux et villes au gré du parcours renouvelé tous les ans avec des passages obligés comme le Mont Ventoux par exemple. Seule constante : l’arrivée à Bernay, ville du fondateur de cette belle aventure, André Sourdon.

Je vais tenter de vous en expliquer le fonctionnement. Vous allez voir, ça a l’air compliqué comme ça mais quand vous y êtes tout parait très simple. 8 coureurs, 2 camions, 4 coureurs par camion. Le premier groupe part le matin à 3h pour rejoindre la première moitié du parcours où elle donne le relais au 2° groupe parti la veille au soir pour dormir sur place. Le premier groupe se repose un peu et part rejoindre la 2° moitié du parcours pour finir. Et inversement le lendemain, ce qui permet aux coureurs de partir à 3h du matin un jour sur deux. Tout le monde a compris ou je recommence ? En moyenne les coureurs sont sensés faire 15 km le matin et 10 km l’après midi généralement en relais d’un km mais puisqu’il s’agit d’une course d’équipe, cela peut varier en fonction des blessés, du relief, des aptitudes de chacun. Que ce soit à 8, 7 ou 6, le nombre de km à parcourir par équipe reste le même.

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Si je connais cette course, c’est que j’ai eu la chance l’année dernière d’y participer et de découvrir cet électron libre de l’athlétisme français. Il y a tout de suite quelque chose qui frappe en arrivant sur la FEC, c’est la coexistence entre 2 courses qui n’ont rien à voir entre elles : la « pro » avec des champions comme Dominique Chauvelier qu’on ne présente plus ou Benoit Holzerny qui était 35ième au marathon de Paris en 2:24:23 et « l’amateur », la course de ceux qui sont là pour finir et pour défendre une cause qui leur est chère comme Courir pour la vie Courir pour Curie qui chaque année est là, fidèle au poste.
Pour les premiers la course est acharnée pour jouer le podium et les moyennes horaires sont impressionnantes (environ 14km/h de moyenne). Ils nous grimpent le Mont Ventoux à la vitesse où certains aimeraient déjà pouvoir le descendre ! Pour les autres, chaque jour qui passe est un jour de gagné où solidarité, photos et course à pied font bon ménage. Mais tous parlent d’une même voix de la magie de la FEC, de ce parcours hors norme qui vous fait passer de l’alsace à la Lorraine, en passant le long de la Méditerranée sans être forcément un coureur d’ultra à la seule force de ses jambes. Une trans Gaulle ouverte à tous, où chaque coureur, quelque soit son niveau fait avancer un peu plus loin son équipe. On se découvre une résistance qu’on ne se soupçonnait pas, on court de nuit, pas à la frontale mais comme un lapin dans les feux du camion qui nous suit et nous protège, habillé du gilet jaune réglementaire adopté bien avant que Karl en fasse un élément incontournable de notre garde robe. Souvenir inoubliable de ces traversés à l’aube dans les villages endormis, de ces paysages de carte postale avec la brume sur la campagne de Salers sans oublier les ravitaillements sauvages organisés par un club local perdus au milieu des forêts jurassiennes, juste avant de passer d’un coup de baskets par l’Alsace et ses maisons à colombages.
Le corps s’habitue lui aussi et finit par dormir dès que la course nous laisse quelques minutes de repos. Les habitués le disent, il faut tenir la première semaine, ensuite ça roule tout seul. Les liens se créent inévitablement puisque chaque soir nous nous retrouvons au campement à partager nos impressions de la journée. Il n’est pas rare que sur le bitume certains coureurs oublient la compétition pour un relai de 1000m afin de discuter un peu avec un collègue. On rattrapera les secondes perdues plus tard.

Tout ce petit monde peut aller d’une étape à l’autre grâce à la caravane du tour, comme pour le vrai, celui en vélo. Ne vous attendez pas à recevoir bob, crayon ou bloc de post it au vol mais si vous vous rendez à l’arrivée d’une étape vous aurez le droit à du pain frais tout juste sorti du four, véritable régal pour les coureurs en manque de sucres lents. C’est en effet la fédération des boulangers de France qui est à l’origine du projet et la plupart des bénévoles sont issus de ce milieu, ce qui explique leur enthousiasme à se lever à 2h du matin pour rejoindre la zone où sera servi le petit déjeuner. Sans parler des flècheurs qui partent la nuit pour permettre aux coureurs de ne pas perdre le nord.
Il y a aussi le staff médical constitué de 2 podologues grandement habituées à ce type de balade puisqu’elles sont quand même capables de vous fabriquer des semelles dans un champ juste à côté d’un poulailler et même les courses de désert comme la Lybian Challenge ne les impressionnent plus… et l’équipe qui assiste le kiné à savoir 4 jeunes femmes toutes aussi charmantes les unes que les autres. Je pense qu’elles justifient à elles seules le nombre élevé de blessés parmi la gente masculine.

Comment conclure cet article sans aborder « le parlé FEC » dont je vais vous donner ici quelques bases pour que vous aussi vous puissiez un jour identifier les membres de cette secte étrange :
– quand vous demandez une direction à quelqu’un du staff ou à un coureur, on nous répond : « suivez les flèches ». Cela fait tellement partie de vous qu’un matin au petit déjeuner quand quelqu’un vous demande où est le miel, vous vous surprenez à répondre : « ben t’as qu’à suivre les flèches… ». Encore mieux, alors que je tentais de retrouver les coureurs de l’édition 2009 perdue dans la campagne niortaise, j’ai fini par arrêter un camion de l’organisation. Me confondant en excuses de n’avoir pris le road book avant de partir, on me fait remarquer gentiment que j’ai les pieds sur une flèche. Je peux donc repartir sereine à la poursuite des forçats de la route !

– Quand vous demandez si c’est encore loin, normalement on vous répond : « non c’est juste là ». Alors là il faut comprendre 5 à 10 km… Vous prenez 2 gels et la ceinture de ravito, c’est plus prudent.

Si un jour l’envie de voir notre beau pays vous titille, n’hésitez pas à vous lancer mais quelques conseils de base avant de partir : pensez à constituer une équipe homogène et surtout ayant le même objectif en tête, emmenez quelques cintres et des épingles à linge, vous êtes en camion ou en camping-car donc vous avez de la place, et un transfo pour la voiture avec une multiprise de compétition. Voilà vous êtes fin prêt à courir la France !