On a testé : Newton Gravity IV, elle est à tomber !

Oui, je sais, le titre est un peu « facile », on se croirait en train de lire l’Equipe 🙂 mais il résume bien ce que je pense de la chaussure : simplement excellente, pour peu qu’on comprenne bien ce qu’on peut en faire …

G6J’ai un rapport que je qualifierais pompeusement d’historique avec la marque américaine Newton Running, puisque je fus l’un des premiers en Europe, il y a quelques années à avoir la chance de tester le modèle originel. Test qui bouleversa, sans rire, ma vie de runner / blogueur puisqu’il me fit gagner 30 minutes sur mon meilleur temps au marathon (3h43->3h13) et déclencha ma soif de « performances » (sic), d’une part, me fit découvrir le Courir Naturel, qui allait devenir mon « truc » (mes chroniques dans Jogging, mon livre …), d’autre part.

Pour rester dans le domaine « historique », si la marque a continué, avec certes quelques vicissitudes, son développement aux USA, sa présence sur le sol hexagonal a été quelque peu chaotique, ballottée au bon ou au mauvais gré de représentants successifs, pas toujours à la hauteur de l’enjeu. Et qui dit succession d’intermédiaires dit implantation plus que laborieuse. D’ailleurs, aujourd’hui encore, le meilleur moyen de trouver des Newton en France est de les acheter sur le web. Les choses devraient, cependant, évoluer dans le bon sens avec un nouveau … représentant/distributeur qui respire le sérieux et la motivation. Et du sérieux, il en faut avec une marque comme Newton qui base sa stratégie sur la technique et donc par corollaire sur des prix relativement élevés. La Gravity IV, objet de ce test, ne déroge d’ailleurs pas à cette règle : 175 € (on la trouve cependant soldée en ce moment autour de 120 €).

G3En deux mots, le principe de conception des Newton : Action / Réaction. Pour faire simple : des « plots » rectangulaires saillants sous la semelle extérieure et sous chacun des métatarses, de façon à « forcer » une foulée naturelle médio-pied (ou accélérer la transition talon -> avant). Anecdote : il fut un temps où Newton ne mettait que 4 plots, ce qui ne changeait pas grand chose au « fonctionnement » de la chaussure mais la rendait particulièrement peu stable, surtout en virage ou sur le mouillé, mais tout ça c’est du passé.

G4Lorsqu’on court en Newton et plus particulièrement avec la gamme P.O.P.1 (amorti le plus faible, chaussures les plus dynamiques), il convient de prendre deux précautions. 1) si on a l’habitude de courir en attaque talon franche, il convient, dans les premiers temps, de limiter les durées des sorties sous peine de tiraillements aux mollets. S’accoutumer progressivement à la chaussure 2) il ne faut surtout pas forcer la prise d’appui sur l’avant mais, au contraire, laisser faire la chaussure en pensant juste à réduire l’amplitude habituelle de sa foulée, sauf si, évidemment, on est un super expert du Courir Naturel. Bref, faire comme si les plots n’existaient pas.

G5Il est peut-être temps de parler de notre Gravity IV, non ? Sans être une racer pure, elle se situe en haut de l’échelle compétition de la gamme. Son drop est de 3 mm, elle est légère (245 g en 45) et le dynamisme a été clairement privilégié (plateforme P.O.P.1). C’est une pure routière qui ne s’exprime que sur des surfaces planes (les surfaces gravillonnées, vous pouvez oublier).

Le chaussant est particulièrement large à l’avant (certains modèles précédents comme la MV2 souffraient d’une toebox trop étroite, ce qui était paradoxal pour des chaussures typées Courir Naturel), ce que j’apprécie. Il est confortable, tant mécaniquement que thermiquement. Il souffre, mais c’est minime et je ne l’ai perçu que sur une séance de fractionné (20x200m) d’un tout petit manque de maintien latéral du talon. A noter la protection à l’avant particulièrement efficace … sur chaussée humide car elle évite à l’eau de venir imprégner la chaussette 🙂 Le serrage est précis et la solide languette ne bouge pas.

G2Le talon est légèrement amorti mais de façon très molle, ce qui contraste avec le dynamisme explosif de la partie avant. On sent quand même confusément que la Gravity IV n’est pas la « Newton pour les Nuls » (en foulée médio-pied). On peut donc attaquer du talon mais comment dire … ce n’est pas rendre hommage à la chaussure 🙂

Le dynamisme est ex…(j’ai déjà écrit explosif et exceptionnel, quel terme utiliser ?) …cellent. En attaque médio, la Gravity IV, c’est de la bombe 🙂 Par contre, il faut savoir jouer de l’amorti naturel de la partie basse de son corps même s’il y a une bonne filtration des ondes de chocs. Le contact est relativement sec. Cela dit, grâce aux « plots », le basculement vers l’avant (et donc l’impulsion) est très rapide et on ne passe pas trop de temps au sol si j’ose dire, d’où l’importance de réduire l’amplitude et d’augmenter la fréquence de sa foulée pour que le tout puisse matcher. J’ai réalisé une sortie longue de 2h45 et même avec la fatigue et une foulée qui s’alourdit, je n’ai pas senti de dégradation du contact avec le sol et je n’ai souffert d’aucun manque d’amorti. La flexibilité de la semelle est très bien étudiée, l’avant est un modèle du genre dont pourrait s’inspirer la concurrence ! elle suit les mouvements du pied et encourage le rôle moteur du gros orteil.

G1Le plus de cette chaussure, à mon sens, est que son principe de fonctionnement Action / Réaction fonctionne à tous les régimes (ou presque) : de 70% de VMA à … 95% de VMA. Je suis plus réservé sur le fractionné pur court (30×30, 100, 200, 300) où il n’apporte pas grand chose par rapport à une foulée déjà agressive au contact sol très court. Elle peut donc être utilisée lors des footings de récupération, lors de séances longues, lors de séances à allure marathon ou semi. Bref, une chaussure de tous les jours. En côtes, les « plots » se révèlent une arme redoutable. En descente, ils ne gênent pas la foulée, si tant est que l’amplitude n’en soit pas trop grande.

La stabilité (avec ce point de détail du maintien latéral du talon sur le fractionné court, mais comme ce n’est pas la tasse de thé de la chaussure …) est parfaite. L’accroche est correcte notamment sur le mouillé (j’ai eu des frayeurs par le passé avec les Newton MV2 et là il y a un énorme progrès). Le confort de chaussant est constant quelles que soient les conditions atmosphériques, y compris sous très fortes chaleurs. Le comportement de la chaussure ne se dégrade pas au fur et à mesure des kilomètres. Aussi, je pense qu’on peut l’utiliser aussi bien sur le 10 km, grâce à son dynamisme, que sur le semi ou le marathon, grâce à la fluidification de la foulée qu’elle engendre « mécaniquement ».

Et c’est là le réel « truc » de cette chaussure, la « mécanisation » de la foulée naturelle (oui, je sais, ça fait un peu oxymore cette affaire et un peu bizarre comme formulation). Elle permet de courir, sans avoir besoin de se forcer ou de réfléchir, avec une approche posturale et biomécanique idéale. Pour illustrer mon propos, je vais faire simple : à force de tester des chaussures dont certaines aux antipodes de ma façon de courir, j’en avais fini par perdre nombre des qualités de ma foulée médio-pied chèrement acquise il y a quelques années. « Travailler » de nouveau en Newton et y ajouter un peu de barefoot systématique en fin de séance m’ont fait retrouver des sensations un peu perdues et oublier mes douleurs permanentes aux genoux. Et ça, pour moi, ça n’a pas de prix (175 € quand même …). Je revis. Quant à vous, eh bien, si vous voulez goûter aux joies d’une foulée efficace, fluide et supposée causer moins de blessures, vous savez ce qu’il vous reste à faire 🙂

J’avoue : JE SUIS FAN !!!

NEWTON RUNNING GRAVITY IV

Prix : 170 € (120 € en ce moment en solde sur le net : ici par exemple).

PS : le test a été réalisé sur 9 séances : 3 footings d’une heure à 70-75% de FCM, deux sorties longues (1h45 et 2h30, la seconde sous la pluie), un fractionné court (2x10x200 mètres), un fractionné long (6×4′ à 90% de FCM), une séance d’allure marathon (3×15′) et un peu de travail en côtes.