Fun : je cours comme une fille…

Et j’assume… Enfin non, je cours comme une femme, que ça vous plaise ou non et j’aime ça.

Je cours comme une fille parce que j’ai eu 4 enfants. Ok dans mon cas c’est un peu différent parce que j’ai commencé à courir alors que je n’en avais que 3. Juste 2 dossards pour rire et je m’arrête pour m’occuper de mettre au monde mon petit 4ème, le dernier pour la route. Je ne fais pas partie de celles qui peuvent courir jusqu’à la salle d’accouchement. Moi je suis la reine des fausses couches spontanées au premier trimestre, le genre « pour trois fausses couches achetée, une grossesse offerte ». Alors pensez donc, hors de question de prendre le moindre de risque en allant fractionner sur une piste. Après je ne restais pas non plus à me regarder le nombril et à compter mes vergetures pour m’endormir hein ? Mais bon j’avoue, pour moi faire 10 000 pas par jour revenait surtout à aller chez le glacier de la Rue Mouffetard. Paul Aimé est né (des fois qu’il aurait des doutes sur le fait d’être vraiment désiré, j’ai réglé le problème avec le choix du prénom !) et j’ai un peu attendu avant de revenir baskets aux pieds. J’ai bien tenté une reprise à 6 mois mais de toute évidence, mon utérus n’avait pas l’air du même avis. Ok pas de souci, 9 mois pour le faire, 9 mois pour le défaire… c’était mon mantra en ce temps-là. Parce que nous ne sommes pas toutes des Paula Radcliffe, nous les femmes sommes parfois contraintes et forcées de lever le pied pour que nos organes ne descendent pas eux !

Je cours comme une fille parce que j’ai mes règles. Ah oui je sais, c’est un truc de dingue que j’ose écrire là, un truc tellement honteux que peu de personnes osent en parler comme ça en public devant tout le monde… Ah et les miennes sont rouges d’ailleurs, pas bleues, même si franchement je le regrette, c’est ma couleur préférée ! On chuchote entre nous les filles en utilisant de superbes métaphores impliquant les pauvres anglais qui pour une fois n’ont rien à voir là-dedans. Combien de fois j’ai reçu des messages de personnes me disant « ouah tu oses parler de trucs super confidentiels quand même ». Punaise mais on est où là ??? On parle d’un truc totalement naturel qui concerne la très grande majorité des femmes et croyez-moi sur paroles celles qui n’en ont pas le regrettent amèrement lorsqu’il s’agit de faire un enfant. En plus dans mon cas, hélas je fais partie des chanceuses qui en ont pour 2 voir 3… Solidarité féminine quand tu nous tiens ! Dit comme ça évidemment ça n’a l’air de rien mais vous partez faire 250 bornes dans le désert, c’est une autre histoire. Vous savez combien pèse 6 jours de tampax vous ? Ben moi je le sais parce que comme j’ai pesé mes culottes un jour sur ma balance de cuisine, je les ai pesé pour savoir combien j’allais devoir trimbaler en plus ! Cela revient à une journée de nourriture lyophilisée que je dois trimbaler en plus sur mon dos parce que je cours comme une fille. Lorsque j’ai constaté cette inégalité dû à ma condition féminine, je suis allée voir les docs pour leur demander de m’aider sur ce coup-là et de les trimballer dans leurs cantines à ma place. Au nom de l’égalité cela me paraissait une évidence et d’ailleurs ils l’ont toujours accepté. Mais j’ai découvert que j’étais souvent la première à leur demander ça. Comme quoi il faut oser parfois.

Je cours comme une fille… le souci c’est que cette petite phrase, comme le montre si bien cette publicité qui a fait le tour du web, sous-entend surtout qu’on court comme une folle en agitant les bras, la queue de cheval au vent, à se demander si son mascara waterproof ne coule pas, si le t-shirt choisi le matin tombe bien pour le selfie post et pré running qui semble maintenant aussi incontournable que de démarrer son cardio. Alors que courir comme une fille ça veut juste dire qu’on doit gérer un ou deux trucs de plus que les garçons qui de toute façon, dès qu’ils auront passé la cinquantaine, devront à leur tour gérer leur prostate. Je suis une fille et je ne cours pas comme un garçon. Cela ne veut surtout pas dire que je cours moins bien, ça veut juste dire que je n’ai pas le même chromosome point barre et une paire de seins qui doivent s’adapter à mon sac à dos, même si je préfèrerai l’inverse. Notre manque de testostérone serait responsable selon certains de notre manque de niaque sur le terrain, mouais… Tout le monde le sait, y a pas pire qu’une compétition entre filles et je n’ai pas l’impression que notre championne du monde de trail manque de volonté de tout donner sur le terrain. Pendant des années on nous a soutenus que le corps de la femme ne pouvait pas supporter de courir un marathon, j’ai des copines qui gagnent des ultras au scratch devant les garçons.

Je cours comme une fille et c’est très bien comme ça, que ça vous plaise ou non.