Run : rencontre avec Philippe Propage, entraîneur de l’Equipe de France de trail

30/05/2015 World Championships Trail IAU BRINGER Patrick (FRA) takes the third place COURT Sylvain (FRA) takes the first place © TMR/Michel Cottin

Championnats du Monde de Trail 2015 : Hip hip hourra !

Le 30 mai ont eu lieu à Annecy les championnats du Monde de trail organisés dans le cadre de la Maxi Race. J’ai eu la chance de pouvoir m’entretenir longuement avec Philippe Propage, entraîneur de l’équipe de France quelques jours avant la victoire de ses 2 équipes.

Comment constitue une équipe pour les Championnats du monde ?
La sélection se fait sur plusieurs courses dont les noms sont communiqués à l’avance sur le site FFA afin de permettre à tous de savoir où cela va se jouer. Nous tenons compte bien entendu également des résultats des championnats de France 2014 et 2013 puisque les Championnat du monde ne sont organisés que tous les 2 ans. Ont le droit de faire partie de l’équipe le 1er et 2e français aux monde et le 1e et 2e aux France (pour les filles et les garçons évidemment). Comme cette année la Maxi Race est la course organisatrice, nous avons aussi tenu compte des résultats de 2014 en conviant les premiers. Mais évidemment il peut y avoir des changements dus à des choix personnels, à des blessures… aux aléas d’une carrière de sportif. Nous organisons donc un stage à l’issu duquel nous confirmons la liste des 6 coureurs hommes et femmes qui vont constituer l’équipe de France. Cette année, fait exceptionnel, on nous a permis de convoquer 3 personnes supplémentaires dans chaque catégorie. C’est comme ça que Benoit Cori et Juliette Benedito ont été « rattrapés » devant leurs résultats aux Templiers.

Mais en ne choisissant des coureurs que sur un nombre limité de courses, les meilleurs ne sont peut-être pas là ?
C’est vrai que l’on a entendu et lu pas mal de choses sur les réseaux sociaux et c’est un des reproches que l’on fait souvent à une sélection. Oui dans l’absolu, on pourrait avoir une coureuse (valable pour les garçons évidemment !) très bonne qui ne sait jamais alignée sur les courses à sélection et qui ne sera de fait pas sélectionnée. Mais aujourd’hui il y a tellement de trails organisés en France que de toute façon il est difficile de décider quelle course vaut plus que l’autre. Faire partie de l’Equipe de France doit être un choix et une réelle volonté, les conditions sont clairement communiquées en amont, ceux qui ne souhaitent pas en faire partie savent ce qu’ils doivent faire et ceux qui veulent jouer le jeu connaissent les règles.

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Quelles sont les contraintes à partir du moment où l’on est sélectionné ?
On n’a qu’une seule obligation : faire le stage. On (Philippe n’est pas seul dans l’encadrement, cela va s’en dire !) ne fait que les « surveiller » mais je ne m’occupe pas de leur entrainement. Ils sont souvent encadrés et très bien. Je suis par contre à leur écoute et disponible pour tout conseil qu’ils souhaiteraient recevoir à tout moment. Après ils font ce qu’ils veulent dans leur club ou leur team. Je n’ai pas la science infuse non plus ! Maintenant comme j’ai quand même des résultats, ils m’écoutent pas mal et m’interrogent très souvent. Il y a aussi une différence entre l’entrainement et le coaching qui est plus ce que je fais en réalité. Mais j’ai certains athlètes de l’équipe de France que j’entraine toute l’année en dehors de la compétition. L’aspect mental est nettement plus important sur le long et on peut décupler les forces d’un athlète grâce à une vraie prise en charge. Il faut apprendre à connaître son athlète sur le bout des doigts pour être performant et pour qu’il soit performant le jour J. Vous devez tout savoir de lui et il doit tout savoir de vous aussi.

Le choix de la Maxi Race n’est pas un choix risqué ? On devrait plutôt parler de championnats du monde de trail de montagne non ?
Il y a 2 ans, nous étions face à un circuit en 5 boucles avec juste une montée, à la fois très roulant et très difficile moralement. Là, c’est une course montagne, à la limite de l’ultra. Alors oui, dans l’absolu, on pourrait considérer que certains profils de coureurs seront favorisés par rapport à d’autres. Mais finalement, quand on y regarde de plus près, les mêmes qui se sont imposés à Annecy se sont aussi imposés au Pays de Galles. Donc on peut dire que la sélection est plutôt bien faite… J’ai certains membres de l’équipe qui tournent à 32 min au 10km, donc ils courent vite aussi ! Aujourd’hui, les athlètes sont beaucoup plus complets qu’avant. Mais c’est vrai que les montagnards sont favorisés ou alors les personnes qui vivent en plaine sont obligées d’aller le week-end s’entrainer en montagne. Du coup, les plans peuvent paraître bizarres vu de l’extérieur comme celui que Sylvain Court a suivi. On concentre un maximum sur 2 jours pour profiter d’un séjour en montagne.

Photos championnats du monde 1

Encaisser du dénivelé ça ne s’improvise pas quand même quand on vient du plat ?
Le gros souci ce n’est pas la montée, contrairement à ce que beaucoup de coureurs amateurs pensent, le problème c’est la descente ! On monte toujours… plus ou moins vite mais on peut monter mais la descente hormis en faire et en refaire, ça ne se travaille pas. C’est ça qui va casser la fibre et c’est ça qui va t’empêcher de remonter derrière parce que tu auras des cuisses pulvérisées… Quand on se retient, on se crispe et on casse encore plus. C’est compliqué tout au long de l’année parce que ça reste très traumatisant. Il faut travailler mais pas blesser… il faut donc bien cibler les moments pour l’entrainement.

Quelles équipes te font peur* ?
Les Espagnols ont comme toujours un très haut niveau en inviduel. Les américains et les anglais aussi mais après il y a pleins de pays qu’on ne connait pas. Il peut y avoir des surprises. Les italiens sont aussi forcément à surveiller puisqu’ils ont aussi les Alpes pour s’entrainer. Après il y a des individualités et des équipes. Mais c’est vrai que l’internationalisation des courses permet de voir un peu de nouveaux visages. Tous les français sont susceptibles de faire podium, après ça reste une course qui se rapproche d’un ultra où tout peut basculer. Beaucoup de nos coureurs connaissent cette course donc forcément ça aide, c’est un avantage indéniable. On est chez nous et il faut en profiter. Plusieurs sont revenus de leur propre initiative pour repérer le parcours. On sent une super motivation de groupe. Ils ont fait le maximum, tous, et ça a été extraordinaire. Ils n’auront rien à regretter.
(*réponse très marrante maintenant qu’on a les résultats !)

Article complet de la Fédération d’athlétisme à lire ici

Les résultats
Statistiques : 39 pays engagés – 286 inscrits (178 hommes – 108 femmes) – 37 pays partants (forfait Sierra Leone et République démocratique du Congo) – 259 partants dont 95 femmes

Champion du monde homme : Sylvain COURT (FR)

Championne du monde femme : Nathalie MAUCLAIR (FR)

Sur la base des 3 meilleurs temps réalisés par pays

Équipe homme Championne du monde : France

Équipe femme Championne du monde : France

PODIUM complet
Hommes
1- Sylvain Court (FR) en 8h15’38 »
2- Luis Alberto Hernando (ES) en 8h19’06 »
3- Patrick Bringer (FR) en 8h21’43 »

Femmes
1- Nathalie Mauclair (FR) en 9h30’59 »
2- Caroline Chaverot (FR) en 9h33’21 »
3- Maite Mayora (FR) en 9h39’36 »

Crédit photos M.COTTIN – FFA