7 marathons, 7 continents, 80 jours : Episode 1 – Orlando

Un Goofy Challenge c’est un semi et un marathon en un seul week-end au pays de Mickey. 

Nous sommes lundi matin, il est 10h00 et je suis sensée prendre l’avion pour la Floride demain matin et ils annoncent une tempête de neige sur la route. Du coup, je suis en train de sérieusement envisagée de rejoindre la capitale en train. Ça va être rigolo avec les bagages pour la semaine, les 4 enfants, la poussette, doudou (enfin non les doudous !!!), sans oublier mes baskets bien sur. Tiens en parlant de baskets, je pense que sur l’échelle de préparation pour un marathon et encore plus un goofy challenge je suis à des chiffres négatifs…

chateau de Cendrillonça c’est du château de princesse !

J’ai coupé pour la première fois 15 jours et dieu que la reprise est dure ! Je n’imaginais pas avoir autant de mal à repartir mais je pense sincèrement qu’il le fallait. L’année 2008 n’a pas vraiment été de tout repos et le dernier enchaînement marathon de La Rochelle – Sainte Lyon en 8 jours n’a pas été du plus raisonnable. J’ai dormi comme un bébé, enfin non pas vraiment comme un bébé car comme le disait Mc Cain candidat malheureux à la maison Blanche, un bébé ça dort 2 heures, ça se réveille, ça pleure et ça se rendort. Je mange également, beaucoup, pour ne pas dire trop mais bon ce n’est pas de ma faute si j’ai coupé en pleines fêtes de fin d’années où buchette au café, chocolat et autre boudin blanc compote me tendent les bras. Je me rassure en me disant qu’avec tout ça je vais forcément tenir la distance et mieux vaut faire pitié qu’envie comme le dit si bien Mamy Pauline (la grand-mère de Guillaume !). Pour me donner bonne conscience j’arrose le tout de thé vert et je bois consciencieusement ma cure de jus de bouleau de Weleda. J’ai repris mon entraînement sur tapis pour des raisons d’organisation. C’est marrant, j’avais perdu l’habitude de cet appareil. Il me faudra 2 séances pour retrouver mes sensations. Depuis quelques jours ça y est, j’ai l’impression de courir de nouveau. Je ne travaille pas ma vitesse, juste l’endurance. Comme je l’ai déjà dit, je n’ai d’objectif de temps sur mes marathons, pas question pour moi de faire une vraie prépa. Comme en plus je veux bien sur profiter de l’occasion pour prendre des photos, je vais forcément perdre du temps. L’idée est vraiment pour moi de m’imprégner de l’ambiance, des gens que je vais rencontrer au gré de mes voyages.

Enfin bon ce n’est pas tout ça, je bavasse, je bavasse mais il va falloir passer aux choses sérieuses à savoir préparer les bagages, essayer de rien oublier même si ce ne serait pas grave puisque nous ne partons pas dans le désert non plus mais vous savez que je suis la professionnelle de l’oubli ! Histoire de compliquer les choses en plus du semi j’ai rajouté 4 enfants au voyage. Le choix de cette première étape n’a pas non plus été fait au hasard. Vous vous doutez sûrement que cette balade autour du monde ne va pas se faire sans absence un peu prolongée de ma part et que ce ne sera pas facile pour la petite famille. Lorsque j’ai entendu parler de ce marathon à Disney World j’ai tout de suite pensé que ce serait l’idéal pour à la fois allier famille et course à pied. C’est sur, le livret A y est passé mais avec ce qui se passe en ce moment on se dit qu’on a bien fait de ne pas acheter d’actions avec ! Ce qui est également plutôt bien conçu pour moi c’est l’horaire très matinal de la course. D’abord parce que j’adore courir le matin tôt et qu’avec le décalage horaire, nous les français sommes souvent debout avec les poules américaines. Ensuite parce que justement cet horaire très matinal va me permettre d’assouvir ma passion sans trop perturber l’organisation familiale. A Guillaume les petits déjeuners avec Mickey, Minnie, Tic et Tac, à moi la course avec 13000 fous furieux…

Barbie chez Mickey

Ca n’a pas été facile, les éléments étaient contre nous mais Dieu a oublié une chose : je suis une femme et il ne faut pas chercher une femme qui veut aller courir un marathon… Pendant quelques temps, nous avons bien cru que nous n’arriverions jamais à l’aéroport, puis dans l’avion… Départ à poltron minet avec la smala à peine réveillée, entassée dans une voiture pas vraiment faite pour ça. Par prudence, j’ai décidé de rejoindre la capitale en train plutôt qu’en voiture. On nous annonçait neige, verglas, gymnase de village de campagne perdu, j’ai préféré me reporter sur la SNCF. Mardi matin départ donc pour Roissy avec à la radio en boucle pour résumer et dire les choses comme elles sont un message clair : c’est le foutoir !!! Avions annulés, retardés, bref les2 cmde neige ont encore paralysé le premier aéroport de Paris. Je leur propose d’ailleurs un stage, je ne sais moi, au Canada ou en Russie, histoire qu’ils voient ce que c’est que la vraie neige. Enfin je m’accroche à l’espoir que tout va bien se passer. D’ailleurs il y a un signe : nous trouvons le parking longue durée tout de suite, sans nous « engueuler » Ken et moi ce qui est un exploit ! Nous arrivons dans notre hall et là il faut se rendre à l’évidence : Houston, on a un problème ! Il est bondé, les gens ont clairement campé là pour pas mal d’entres eux, d’autres courent dans tous les sens pour essayer d’avoir des infos, et comble de l’horreur notre vol est annoncé « retardé » sans plus de précision. Là franchement je commence à stresser tout en me disant que nous sommes que mardi, que j’ai plusieurs jours pour rejoindre la Floride. Une chose est sure en tout cas, je vais au moins prévoir 48 h de battement pour chacun de mes déplacements ! Nous commençons à faire la queue pour enregistrer les bagages dans une cohue inimaginable. Au bout de 20 min, j’aperçois un couple d’américains avec 2 enfants qui passent devant tout le monde et qui entrent tranquillement dans la zone d’enregistrement avec le personnel qui leur fait de grands sourires. Et là je réalise une chose : je n’en ai pas 2 des enfants, j’en ai 4 !!! Je lâche Ken et je fonce vers l’agent d’accueil : « hello madame, I have 4 childrens, I can pass devant every body non ? » que je lui fait. « yes of course madame ». Je reviens vers les miens fière comme tout et hop nous passons devant le regard furibard de la dame devant nous qui déjà jouait avec son chariot pour être sure que nous ne passions pas devant elle ! Ce petit manège va se reproduire au passage des douanes où, imaginez le bordel avec 4 enfants à déshabiller, rhabiller, moi qui bien sur porte ma ceinture spécial détecteur de métaux à savoir celle avec les clous et Ken pour compléter le tableau qui a une clé de 10 dans la poche !!! Ne me demander pas pourquoi… Nous allons décoller avec 1 bonne heure de retard mais notre correspondance est sauvée. Dans l’avion bien sur il était difficile de caser toute la famille au même endroit. C’est donc seule avec Paul, le petit dernier, que je vais faire le voyage. Sur le coup, je me dis dans mon fort intérieur que cela risque d’être un peu pénible. Il n’a jamais pris l’avion et il est plutôt du genre hyperactif, le genre à courir plutôt que marcher. Quoi ? Les chiens ne font pas des chats ! Finalement je dois bien reconnaître que d’avoir à m’occuper de lui tout le temps me permet d’oublier que j’ai peur en avion. Oui je sais, je suis sensée enchainer les vols dans tous les sens mais vous devez savoir que je suis tétanisée pendant les vols. Un bruit suspect, une turbulence, c’est la panique… Heureusement que je ne porte pas de cardio dans ces moments là parce que ce serait l’implosion assurée. Pour Paul par contre pas de souci ! Non seulement il n’a pas peur mais en plus il sautille sur son fauteuil pendant les turbulences en me disant : « golo maman, avion bouge ! » (golo voulant dire rigolo). Mouais j’ai déjà vu des trucs plus drôles… moi je suis blême et je cherche le sac à vomis… Nous allons changer d’avion à New York où il fait 0° C avec la neige qui tombe pour repartir vers Orlando où il fait 26° à 19h. Nous avons fini notre périple épique dans notre hôtel qui est à la hauteur de nos espérances. Imaginez en plus il y a une piscine chauffée à 30°, du délire. Première journée sur Magic Kingdom Park, le classique, le vrai avec le château de la belle au bois dormant. Nous avons hésité à le faire parce que nous avions lu dans le guide du routard qu’il était décevant pour ceux qui avaient fait celui de Paris. Alors que les choses soient claires : le type (je ne sais pas pourquoi je me dis que c’est un mec qui a écrit ça) n’est jamais allé aux US, n’est jamais allé à Paris ou alors ne sait pas faire la différence entre un sac de chez Champion et un Kelly d’Hermès mais sincèrement si vous avez la chance d’aller là bas n’hésitez pas une seule seconde ! Tout est extraordinaire, plus grand, plus beau, plus grandiose qu’à Paris. C’est la magie Disney puissance 10. Je sais que certains, voir beaucoup de gens sont allergiques à ce type de parc mais moi franchement j’aime. Pendant 24h nous sommes dans un monde parfait où tout est propre, où les gens sont gentils, serviables et souriants, où les visiteurs sont là pour affirmer haut et fort leur côté Peter Pan. Ce qui est complètement dingue en plus c’est que le parc n’est pas vide du tout, il y a des gens partout et pourtant nous n’avons pas fait plus de 10 min de queue aux attractions. Bref une belle journée, totalement épuisante mais belle journée quand même. Comme le disait un coureur rencontré sur l’attraction « it’s a small word » :  » ce sont des journées terrific pour samedi et dimanche ! ». C’est clair je sais que je vais le payer mais bon la famille est quand même plus importante que 10 min de plus ou de moins sur un marathon non ? Allez, je vais me coucher parce que demain il y a plage !

Encore quelques heures… avant le grand saut !

Ça y est nous y sommes : j’ai les dossards, les tee-shirts, je suis crevée et j’ai mangé des chips pour le diner, pas de doute demain c’est le grand jour ! Nous y voilà… plus moyen de reculer il va bien falloir y aller. Évidemment, j’ai fait tout ce qu’il ne faut pas faire les jours qui précèdent une course importante : mal manger, mal dormir, beaucoup marcher. Mais bon on ne vient pas ici pour s’enfermer dans sa chambre et rester les jambes en l’air au pied d’un mur pour la circulation sanguine ! Première journée au vrai pays de Mickey avec la Belle au bois dormant et tout et tout, deuxième jour changement de décor puisque nous louons une voiture pour partir un peu sur les routes américaines. Nous avons décidé d’aller voir la mer. Je sais c’est un peu cliché mais bon tant que nous y sommes… Destination Daytona Beach, connue pour ses voitures sur la plage et bien sur son circuit automobile (je dirais bien Tom Cruise dans Jour de Tonnerre mais là Ken va encore s’énerver !). Dieu merci, nous avons pris l’option GPS qui est vraiment tout à fait indispensable dans ce pays où même les routes sont multipliées par 4. Alors que nous nous approchons de la ville je pousse un cri d’effroi : un motard vient de nous doubler sans casque ! Je me demande ce que fait la police et le guide du routard nous donne l’explication. Certains états ne rendent pas le port du casque obligatoire. Nous allons voir débouler des harley énormes avec des types justes coiffés d’un bonnet. Je dois dire que la motarde que je suis en est encore toute retournée. Daytona est vraiment une ville étonnante qui longe la mer pendant des kms et des kms. La plage est blanche avec un sable dur qui permet en effet sans problème de rouler dessus. Marée montante pour nous donc pas de 4×4 qui déboulent et nous pouvons donc profiter de la plage ce qui ravit les enfants. Direction Saint Augustine, un peu plus au nord, qui se prévaut d’être la ville la plus ancienne d’Amérique. Ce n’est pas tout à fait vrai puisque la première a en fait été rasée 6 ans auparavant. Là franchement je ne sais quoi dire. C’est une ville historique mais restaurée à tel point qu’on se croirait non pas à Disney où tout fait presque vrai mais à Las Vegas ! Des boutiques d’un goût douteux font de notre Mont Saint Michel le temple du commerce équitable, c’est dire. Retour à l’hôtel avec arrêt à la pharmacie, car bien sur je suis malade… J’ai été incapable de courir plus de 20 min le matin même à cause de mes poumons en feu qui n’ont pas supporté la clim. Il faut absolument que je trouve quelque chose. Me voilà donc à tenter d’expliquer à ce charmant pharmacien que je cherche un médicament because when I’m running it’s burning here… And I run on saturday of course !!! Je repars avec des cachets que je ne connais pas en me jurant mes grands dieux que plus jamais je ne pars sans ma propre pharmacie. Ce matin, nous sommes allés retirer les dossards. J’avais naïvement pensé y aller à pied parce que sur la carte cela ne me paraissait pas très loin. Le concierge de l’hôtel en rigole encore ! Le juste à côté doit bien être à 15 kms… Là encore l’organisation américaine fonctionne à plein. Retrait plutôt rapide avec pas mal de personnes du côté des guichets du goofy. Les cranes rasés sont là, pas de doute il y a un look coureur quelque soit le pays. Histoire d’être bien sur que vous passiez au marathon expo les tee-shirts se récupèrent là bas. Comme pour celui de Paris c’est de la folie pure. Je suis toujours surprise de voir des gens acheter des chaussures la veille d’une course mais bon. J’y vais bien sur de mon petit achat parce que j’ai promis à la tortue de revenir avec du Princess Running ! Journée épuisante mais absolument fantastique à Epcot. Là franchement je suis sous le charme. Dans la fameuse grosse boule nous avons assisté à un voyage dans le temps (en français s’il vous plait !) autour du thème de la communication. Les enfants ont adoré. Nous allons continuer avec un tour du monde à l’américaine. Certes c’est kitch par moment mais je vous jure que le pavillon du Japon avec le spectacle de tambours est merveilleux. Chaque pays est tenu par du personnel d’origine et j’ai donc pu papoter avec les serveuses marocaines de mon 2° marathon. Elles étaient ravies de voir quelqu’un prendre un thé à la menthe, plutôt qu’une pinacolada pas très marocaine… Histoire de finir cette journée en beauté nous avons fait escale vingt milles lieux sous les mers pour rester dans le thème Jules verne. L’attraction Nemo nous plonge dans un aquarium où des hologrammes des poissons du dessin animé se mêlent aux vrais dauphins, requins et autres poissons dont un vol de raies toujours aussi fascinant pour moi. Nous n’avons qu’une envie : rester dans les petits wagonnets coquillage pour refaire un tour ! Maintenant je vais me coucher parce que demain je me lève à 3h45 du matin pour un départ de course à 5h50… Vive celui qui a inventé l’anticerne !!! A demain pour la suite et la première étape du Goofy challenge.

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Une des mes attractions favorites !

Et voilà c’est parti ! Pourtant le côté familial de ce premier marathon a bien sur changé la donne. Je n’ai pas l’impression d’être vraiment rentré dedans. Les 2 courses étaient un peu perdues au milieu de ce séjour parfait avec les enfants. Cela d’ailleurs va expliquer pas mal de choses dont une fin quelque peu laborieuse lors du marathon…

Mais revenons-en à la course. Retrait des dossards vendredi matin : notre GPS serbo-croate nous a emmené directement à Disney word sport où est organisé le marathon expo. Si je dis ça c’est que nous pouvions sélectionner la langue de Cunégonde et sa façon de nous dire : « dans 0,2 miles tournez à droiteeux… » nous amusait beaucoup.
Des bus entiers déversent des coureurs venus de tous les hôtels des parcs, les parkings se remplissent à la vitesse de la lumière, pas de doute il va y avoir du sport. Très vite on peut faire la différence : il y a les coureurs pour le semi et les coureurs plus aguerris qui se retrouvent invariablement au retrait du goofy challenge. Tout est vraiment bien pensé puisqu’ils ont même prévu des ordis avec imprimante pour ceux qui auraient oublié leur bon de retrait envoyé par mail quelques semaines auparavant. J’ai donc mes 2 dossards, mes 2 puces et un petit bracelet que je devrai présenter le lendemain à la fin du semi, que j’échangerai alors contre un 2° bracelet qui lui servira à retirer la fameuse médaille du Goofy (c’est bon là tout le monde a suivi ???).
Direction ensuite le marathon expo où nous attendent les tee-shirts. C’est l’Amérique quand même et il ne s’agirait pas de passer à côté du shopping. Je passe saluer les responsables du stand Spira qui ont eu connaissance de ma balade par leur responsable français. Ce sont les sponsors de la course et pour la petite histoire les sponsors du père et son fils handicapé dont la vidéo nous a tant marqué. Ils sont adorables avec moi et je repars avec sous le bras une paire de chaussures pour pronatrice que nous ne pouvons hélas pas encore trouver en France. Il nous faut rentrer d’abord parce que nous devons rendre la voiture et surtout parce que nous avons Epcot à faire ! Profitons d’ailleurs de ce petit aparté pour parler des parcs justement. Il faut reconnaître que Mickey a vraiment mais alors vraiment bien fait les choses. Qu’on soit fan ou pas, la magie opère. Je ne sais pas comment ils se débrouillent mais malgré la foule présente tout se passe bien. Nous enchainons les attractions sans grand souci et sur chaque parc il y en a pour tous les goûts ce qui est parfait pour notre famille qui va de 3 à 16 ans. La végétation est luxuriante, l’illusion est quelque fois saisissante. Bien sur dans Epcot la représentation de la France est quelque peu caricaturale mais le Japon est fascinant. Le concert de tambours à côté d’un jardin traditionnel restera un grand moment pour moi. Cela ne fait que me conforter dans l’idée que je vais adorer aller voir ce pays. J’ai lu dans l’avion un article sur « Mickey vu par un psy ». C’est un peu le pays de Candy, on y pleure, on rit, il y a des méchants et des gentils… Les adultes ont l’air aussi ravi que leurs enfants et je pense que si Disney lançait la robe de princesse taille adulte il aurait un succès ! Il règne une telle atmosphère de confiance que tout le monde laisse ses affaires dans les poussettes. Nous avions au début le reflexe français, à savoir embarquer tous nos sacs et laisser une poussette vide à l’entrée des attractions. Mais nous étions bien les seuls… Les gens laissent leurs achats, leurs sacs en toute confiance. Ce que nous allons d’ailleurs finir par faire nous aussi sans problème il faut bien le noter.

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Allez ce n’est pas tout ça mais il faut courir ! Je prépare mes petites affaires le soir pour pouvoir partir le plus discrètement possible et programme mon portable à 3h45 du matin… gloups…Déjà le stress monte : « et mon réveil ? il va marcher mon réveil ? ». Je ne sais pas vous mais moi j’ai toujours la trouille qu’il ne marche pas uniquement quand il doit sonner à des heures indues. Jamais je ne me pose de questions quand je le programme à 8h du mat. Je manque quelque peu d’organisation puisque je n’ai pas prévu de mode de transport pour le matin et mon rendez vous avec Olivier et Georges des amis de Courir le monde est quelque peu vague, genre « avant la course devant les consignes ». La concierge de l’hôtel m’avait indiqué qu’il y a toujours plein de monde dans le hall le matin des courses et que prendre un taxi en groupe ne pose aucun problème. Je me retrouve donc à 4h du matin en bas à la recherche d’une âme charitable pour m’emmener. Je passe d’abord par le starbuck histoire de prendre un grand thé qui fera passer le gatosport amené de France. Je lance un petit appel à la caisse mais les personnes autour de moi ont réservé un taxi pour 6 et ils sont complets. Je repars vers dans le hall et je sors pour me trouver un taxi pour moi toute seule quand soudain la fenêtre d’une voiture s’ouvre. Une charmante jeune femme m’appelle, elle m’a entendu et propose de m’emmener. Elle n’est pas belle la solidarité !!! Comme en plus la musique est bonne je monte avec plaisir. Nous voilà parties toutes les 2 à papoter comme je peux avec mon anglais un peu limite parfois. Elle est adorable et va participer à sa première course. Eh oui un semi tout de suite, la Audrey américaine ! Ce qui est un peu plus surprenant pour moi ce sont ses motivations. Elle souhaite travailler chez Disney et cette participation sera un plus pour son CV. Elle est un peu paniquée à l’idée de courir un peu plus de 13 miles alors je la rassure en lui parlant de mon expérience. Je lui vends la méthode cyrano et elle me dit que si je peux le faire avec 4 enfants, elle va y arriver elle qui n’en n’a qu’un seul ! Nous arrivons au parking et je la quitte d’un « yes you can ! » qui l’a fait rire. Oh la mais c’est qu’il y a du monde… Nous serons 12434 finishers ce qui est plutôt pas mal mais le chiffre à retenir est celui là : 7181. Pourquoi ce chiffre ? C’est le nombre de femmes qui vont finir ce semi, sachant qu’il n’y a que 5253 hommes, cela prend toute son importance. C’est une des principales raisons qui m’a fait choisir cette course parmi toutes celles des US : plus de femmes que d’hommes, comme ça naturellement et un quasi 50 – 50 sur marathon, ça mérite d’aller voir ça non ?

Maintenant 2 questions m’agitent :
– comment je vais faire pour retrouver quelqu’un au milieu de cette foule ?
– pourquoi ils ont tous le sac transparent distribué hier avec les tee-shirts ?
Pour la première la réponse va venir très vite puisque cela ne fait pas 2 min que je cherche que je tombe sur Olivier et Georges déjà sur place. Je sais que cela peut paraître idiot mais ça fait du bien de retrouver des visages amis à l’autre bout du monde. Une petite photo souvenir et nous nous séparons déjà. Georges court pour une charity et va accompagner des malades. C’est donc un tout autre type de course qu’il s’apprête à faire, sachant qu’il sera là bien sur le lendemain pour le marathon. Je lui en tire d’autant plus mon chapeau. Direction les consignes donc où je dois bien me rendre à l’évidence : j’aurais peut être du lire la brochure qui accompagnait les dossards… Si tout le monde a un sac transparent, le même, celui distribué la veille c’est pour une raison toute simple : ils l’ont exigé pour une question de sécurité. Alors bien sur moi mon grand cabas en tissu épais avec ou non la tête de Mickey dessus, ils n’en veulent pas… 2 min de négociation plus tard nous trouvons un accord : je vide mon sac devant eux pour prouver que je ne laisse pas de bombe et ils le prennent. Il est clair que mon statut de française parlant anglais comme une vache espagnole m’a très sérieusement aidé sur ce coup là. Direction la zone de départ après un traditionnel arrêt pipi facilité par la quantité phénoménale de toilettes présentes sur les lieux. Je trouve l’ambiance très calme, voir concentrée avec finalement très peu de personnes déguisées. Je m’attendais à plus de Blanche neige et autres oreilles de Mickey. Bon j’ai quand même vu Flora, Pimprenelle et Paquerette, les célèbres fées de la Belle au bois Dormant. Tout d’un coup j’entends l’hymne américain et qui dit hymne dit départ imminent alors que nous ne sommes pas dans les SAS de départ. C’est donc parti pour un petit échauffement à fond les ballons et nous arrivons sur le fil pour entendre le décompte. Je vais partir tellement vite que je vais bien sur oublier de démarrer mon chrono…Mais bon je compte m’en remettre comme d’habitude à Olivier et ne pas me poser de questions. Nous voilà donc partis pour notre première course du we. Les conditions sont idéales pour l’instant. Il fait frais mais sans plus, je suis plutôt en forme ou du moins j’en ai encore l’illusion et je suis contente de courir. Je ne vais pas vous raconter tous les miles parce que franchement cela manquerait sérieusement d’intérêt mais je peux vous avouer une chose : j’ai été déçu par cette première course. Pas par l’organisation très au point mais par le parcours. Comme Olivier a eu le même ressenti je me dis que je peux en parler. Les passages dans les parcs sont très brefs et même si je vais faire ma photo avec Cendrillon et son Prince j’aurais aimé en avoir plus tout de suite. Il faut noter que tout est prévu et organisé. Si vous courez tout seul, pas de souci, Mickey a pensé à tout. Une personne dédiée à prendre des photos avec votre appareil vous attend à chaque fois. Il y a finalement très peu de personnes qui s’arrêtent, sans doute du au fait que les gens qui sont autour de nous sont vraiment là pour courir. Mais moi qui m’attendais à faire la queue en zig zag je suis ravie puisque je vais pouvoir faire toutes les photos que je veux. Question course, c’est un peu perturbant bien sur. On s’arrête, on redémarre, on s’arrête, on redémarre, du cyrano quoi… Comme je n’ai pas de chrono je fais entièrement confiance à Olivier qui donne le rythme. Nous avons nos habitudes maintenant. Je ne cours jamais avec lui mais derrière lui à 2 mètres environ. Avec sa tenue skin nous ne passons pas inaperçu il faut dire ! La mode aux US est plutôt au flottant, pas au moulant, alors encore moins au compressif. Les miles passent et pour le semi ils passent vite il faut bien le reconnaître. La fin est déjà là et les difficultés aussi. Enfin façon de parler… il y a des ponts à passer et qui dit pont dit montée. Je peine un peu, il fait déjà chaud (et il n’est qu’à peine 8h du matin…) et il faut avouer que les jours précédents avec les kms parcourus à pied n’arrangent surement rien. Alors que je me plains en disant : « oh là ça grimpe… » J’entends un « Pour quelqu’un qui a fait le Mont Blanc t’abuse non ? ». Oh ça va, d’accord j’avance… Nous passons la ligne en 1h53, ce qui compte tenu de nos arrêts est un sacré temps pour moi. Je récupère ma médaille en tête de Donald, ma couverture de survie. En quelques minutes nous sommes sortis de la zone pour les coureurs. Il faut dire qu’à la consigne mon sac était facilement repérable !!! J’ai aussi mon petit bracelet sésame pour le goofy du lendemain, bref tout roule.

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Il faut rentrer déjà pour replonger dans l’univers familial parce que ce n’est pas tout ça mais les enfants m’attendent pour aller visiter Animals Kingdom !
Petite déception due à la magie de l’informatique : ils connaissent déjà mon temps donné quasi en temps réel sur le site de l’organisation. Je suis 1166° sur 12434. C’est merveilleux et frustrant à la fois. Je suis arrivée toute fière et j’ai entendu : « ouais ouais on sait déjà, on t’attend Maman pour le petit déj. ». Allez direction le monde merveilleux de l’Afrique, du Tibet et de l’Inde avec les enfants. Il faut reconnaître que le safari est une pure merveille. Tout est un savant mixte de ludique, éducatif et fort en émotions pour ceux qui aiment se jeter dans le vide par exemple. Le système de fast past permet de réserver sa place à une heure précise et il n’y a ainsi pas plus de 5 min d’attente ce qui est formidable avec un petit de 3 ans. Quand les grands font les fous, je reste avec Paul et nous profitons de ces moments pour le stand maquillage, les toboggans… C’est là d’ailleurs que je vais retrouver pas mal de coureurs venus se planquer en prévision du lendemain. Parce qu’il y a un lendemain ! Je passe sur le régime alimentaire suivi pendant ces 2 jours parce que j’ai peur que Kécily fasse une attaque mais disons pour faire court que j’ai plutôt privilégié les sucres rapides que les sucres lents… A défaut d’une pasta party, nous allons faire une riz sauté party au restaurant japonais de l’hôtel. « sauté » dans les 2 sens du terme d’ailleurs puisqu’il s’agit d’un restaurant à plaques chauffantes où un cuisinier joue des couteaux devant nous.
Dimanche matin : réveil à 3h45… Quoi ? Déjà ? Mais je viens de me coucher !!! Franchement là je me demande si tout cela était bien raisonnable. J’ai bien tenté un « oh là là c’est dur d’enchainer les 2 courses » mais Ken m’a juste répondu « t’étais pas obligé non plus… ». Certes il n’a pas tort mais venir si loin et ne pas tenter le Goofy c’était dommage non ? Retour dans le hall de l’hôtel pour chercher des compagnons de route et ce matin là je vais rencontrer un jeune couple un peu dans notre style, les 4 enfants en moins… Elle court, lui porte le sac ! Et tout de suite j’ai senti qu’elle courait bien. Je ne peux pas vous expliquer pourquoi mais j’ai ressenti que je n’avais pas à faire à une coureuse du dimanche. Elle me le confirme : en moyenne 3h sur marathon mais là en raison du Goofy elle vise plutôt 3h15… Un ange passe… Je leur raconte ma petite aventure et cela les amuse au plus haut point. Je rejoins la zone des consignes, là où j’ai donné rendez vous à Olivier et il faut se rendre à l’évidence, l’ambiance n’a plus rien à voir. Autant hier tout semblait calme, serein, autant là l’ambiance est électrique. Les coureurs ont l’air surexcités à l’idée de courir un marathon, on crie, on s’encourage, certains nous font un hakka en groupe… Je me demande juste ce qu’ils ont pris et je veux la même chose !!! Je suis également surprise parce que tout le monde part vers la zone de départ alors qu’il n’est que 5h à peine. Je finis par me demander si l’heure n’a pas été avancée pour éviter les grosses chaleurs qui s’annoncent. En plus je ne trouve pas Olivier et franchement l’idée de partir sur cette course toute seule ne me réjouis pas une seule seconde. Alors qu’il y a moins de coureurs que la veille, on a l’impression d’une foule compacte qui envahit tout l’espace. Je trouve un petit coin pour préparer mes pieds (je suis d’ailleurs la seule à faire ça) tout en regardant au loin si je n’aperçois pas la fameuse tenue skin. Tiens en parlant de tenues, là aussi il y a un changement. On voit des chaussettes de compression, des tenues de marathoniens, des ceintures, bref tout indique qu’aujourd’hui ça va vraiment courir. Alors que je désespérais et que je partais toute seule rejoindre mon sas de départ, Olivier apparaît un peu tel le messie pour moi ! Nous partons ensemble et là encore grand changement. Autant la veille tout le monde faisait la queue bien sagement pour faire pipi autant là c’est un peu plus l’anarchie. Les filles super organisées ont gardé les couvertures de survie et font des cabines improvisées, on se planque derrière les arbres ou on ne se planque pas du tout d’ailleurs. Bref la pudibonderie américaine a volé en éclat pour un peu plus de 23 miles ! Cette fois-ci nous sommes en temps et en heures pour l’hymne américain et je ne vais pas le regretter. Un silence assourdissant se fait pour écouter une chanteuse à la voix superbe il faut bien le reconnaître. Autant celui de NY m’était totalement passé au dessus de la tête en raison du bruit ambiant (trop d’étrangers qui ne respectent pas le silence), autant là j’en ai encore des frissons rien que d’y penser. Ce silence parfait, ces coureurs la main sur le cœur, fiers d’être là, émus pour beaucoup, me transmettent tout ça. J’en aurais presque les larmes aux yeux. Il faut déjà partir alors que j’aurais presque eu envie de crier « encore » histoire de revivre ce moment là. Le feu d’artifice est tiré, les confettis sont lâchés et le chrono enclenché (je progresse moi…), nous voilà repartis. Est-ce que je suis sereine ? Que les choses soient claires entre nous, non… J’ai peur parce que je n’ai pas fait ce qu’il fallait la veille : j’ai marché, sauté les étirements et ma récup d’entre 2 courses se résume à 2 min les jambes sous l’eau froide et un massage des jambes avec de l’huile à l’arnica. Un peu léger tout ça… Pour ne rien arranger je suis bien sur dans mes mauvais jours et même mieux dans le pire jour de mon cycle (autant être franche et dire les choses comme elles sont non ?). Je sais que je pars avec un handicap sévère. Et ça ne va pas louper… Au 14° miles, le mur, que dis-je la muraille de Chine ! J’ai des jambes comme des bâtons, genre les quais de Saône à la fin de la Saintelyon c’est dire. Au lieu de rester calme et de laisser couler, je panique. Ces sensations je ne les connais qu’en fin de course, pas au milieu et je ne suis pas habituée. J’ai très peur pour la fin du marathon qui est encore loin. Au 15° miles croyez le ou pas (mais j’ai un témoin !), nous passons à côté de baffles qui diffusent de la musique pour nous encourager et démarre à fond « I’m a Barbie Girl » ! Nous éclatons de rire tous les 2, si ce n’est pas un signe ça… Le long de la route ils ont disposé des petits panneaux. Il me faudra plusieurs minutes avant de réaliser qu’en fait il y a des petites phrases, des aphorismes ou autres rigolades destinés à tenir notre esprit en alerte. Nous pouvons lire entre autre des phrases telles que : « une conscience éclairée est souvent synonyme d’une mauvaise mémoire » ou « pourquoi désinfecter l’aiguille de l’injection létale ? » (je vous jure que c’est vrai !)… J’en passe et des meilleures. Nos passages dans les parcs sont de vraies bouffées d’oxygène pour moi qui ne vais pas bien. Nous prenons des photos, nous ralentissons par la force des choses. Le soleil se lève sur Magic Kingdom et les lumières sont fabuleuses. Les ravitaillements sont là également, nombreux, presque trop en fait parce qu’ils me font perdre mes repaires. Je sais que c’est idiot de dire ça parce que vu la chaleur qui règne, je suis sacrément contente de pouvoir boire mais j’ai tellement l’habitude de mes ravitos tous les 5 kms que j’ai l’impression de ne pas avancer. Comme cela se fait là bas, ils distribuent des gels et pour vous donner une idée de l’organisation, un bénévole est là avec une paire de ciseaux pour les plus fatigués. Les stands médicaux aussi sont efficaces : vaseline pour les frottements et « biofreez » sont distribués très rapidement. Je vais d’ailleurs testé ce dernier avec bonheur.
Miles après miles, j’avance. J’ai l’impression de faire du sur place mais le 20° est là et le 21° encore plus vite. Cette sensation ne va pas durer hélas et je ralentis encore. Nous arrivons enfin dans une zone qui est de toute beauté. Ils ont reconstitué une station balnéaire américaine typique avec une plage de sable blanc le long d’un étang. Les transats me tendent les bras ! Le public est là et le fait savoir. Il n’y a pas à dire, question ambiance les américains savent y faire. Ça crie, ça sonne, ça agite des cloches, tout est là pour vous réveiller. Les 2 derniers miles vont être longs, trop longs d’ailleurs mais je sais que c’est la fin. J’ai lâché Olivier qui est parti devant pour pouvoir prendre une photo de mon arrivée. Je suis heureuse que ce soit fini pour être très honnête avec vous. La foule est là et me rappelle NY. J’en profite pour encourager ceux qui sont plus à la peine que moi. J’aperçois enfin le panneau « finish » et je passe l’arrivée soulagée ! Olivier est bien là avec mon appareil photo pour immortaliser le moment. Je m’amuse parce qu’il m’avait dit quelques miles auparavant : « on est sur du 4h07… ». Et j’ai mis 4h08 ! Pas mal la prévision ! On récupère notre première médaille de la journée impatients il faut bien le dire d’aller chercher la 2°, celle durement méritée, enfin je parle pour moi parce qu’Olivier a l’air frais comme un gardon. Le bonheur est à son comble quand j’aperçois des montagnes de canettes de coca… le gentil bénévole me propose light ou pas. Non mais franchement je viens de courir un marathon et un semi la veille, tu m’étonnes que je vais prendre un vrai de vrai avec du sucre s’il vous plait.
Les médailles sont enfin à notre cou et nous marchons légèrement inclinés vers l’avant tellement elles sont lourdes ! Ce sont de vrais morceaux d’anthologie à elles seules.
Les familles sont là, avec des ballons, des bouquets de fleurs pour accueillir les héros du jour. C’est ce que j’aime là bas. Les gens sont démonstratifs. Je pars chercher un taxi et plusieurs fois on va m’arrêter pour me féliciter. Je vais faire le chemin avec des « congratulations » pendant tout le trajet. Je sais que cela a un côté un peu ridicule pour beaucoup mais je vais garder ma médaille autour de mon cou jusqu’à l’aéroport. Nous sommes pleins dans la même situation et c’est un peu notre signe de ralliement. Immédiatement nous parlons, nous nous félicitons. Et puis je ne connais personne alors je peux en profiter pour faire ma kéké non ???
Et voilà un premier marathon sur les 7 qui m’attendent. Celui là était vraiment particulier puisqu’il était un peu perdu dans des vacances en famille. Les suivants vont être différents je le sais déjà puisqu’ils se feront juste entre coureurs. Rendez vous est pris pour Marrakech dans 10 jours à peine… Mon dieu 10 jours seulement !!!