Fun : Thermalisme, les vrais et les faux d’une cure expliqués

(spoiler : ce n’est pas que de la détente) 💧

Tremper ses jambes fatiguées dans une eau à 55°C sortie tout droit d’une faille du Massif Central, et repartir soulagée pour plusieurs mois ? Dit comme ça, le thermalisme sonne à la fois très « cure pour occuper les retraités  » tout en étant ultra tentant pour nos genoux de coureuses et de coureurs. Sauf qu’entre les clichés (« c’est du pipeau ») et les promesses miracles, on ne sait plus trop quoi en penser. Alors on démêle le vrai du faux, chiffres et études à l’appui. Et vous me connaissez, j’ai réussi à vous faire une petite leçon d’Histoire 🏊

D’abord, c’est quoi une (vraie) cure thermale ? 🤔

Une cure thermale conventionnée, ce n’est pas un week-end spa. C’est un soin médical, prescrit par un médecin généraliste ou spécialiste, qui dure 18 jours de soins effectifs, soit 21 jours, soit environ 3 semaines sur place en continu dans un établissement agréé. Il existe 12 orientations thérapeutiques reconnues, de la rhumatologie aux voies respiratoires en passant par la dermato, la phlébologie ou encore les affections psychosomatiques. La rhumatologie truste à elle seule près de 75 % des prescriptions, et en 2025, la France a compté près de 468 000 curistes.

Le grand vrai / faux 💧

« Le thermalisme, c’est juste de la détente, rien de vraiment médical. »

❌ Faux. C’est une médecine à part entière (complémentaire, mais reconnue), avec ses indications, ses protocoles et son remboursement. On ne va pas aux thermes pour seulement barboter et se faire masser, on y suit un parcours de soins encadré : bains, boues, douches, mobilisation en piscine, massages (et encore pas toujours), kiné. Rien à voir avec une bougie parfumée et une serviette moelleuse. Pour dire les choses encore plus clairement, je viens de commencer la mienne et il n’y a aucun massage prévu au programme. Je compte les rajouter mais ils sont intégralement à mes frais.

Un peignoir blanc accroché à un crochet sur un mur blanc.
Ma tenue !

« C’est remboursé par la Sécu. »

🟠 Vrai, mais pas n’importe comment. Pour être prise en charge, la cure doit cocher trois cases en même temps : être prescrite par un médecin généraliste ou spécialiste, correspondre à l’une des 12 orientations reconnues, et durer 18 jours dans une station conventionnée. La Sécu rembourse alors le forfait thermal à 65 % et la surveillance médicale à 70 %, le reste étant souvent couvert par la mutuelle. Le piège classique : réserver une « mini-cure » ou une formule bien-être de quelques jours en pensant être remboursée. Résultat ? zéro prise en charge. La durée, c’est non négociable. Il existe une aide pour le logement, financée là aussi par la Sécurité Sociale mais bien entendu, elle dépendra de vos revenus. Et elle s’élève à un montant maximum de 150€01 (j’adore ces chiffres improbables) donc si vous pensez que la sécu finance des séjours palace pendant 3 semaines, vous vous trompez. Certaines mutuelles proposent un forfait pouvant aller à 400€ qui peut être utiliser pour le logement et/ou le transport. Pendant votre cure, vous verrez 3 fois un médecin, à l’arrivée, à mi-parcours pour changer les soins si besoin et à la fin. Dans mon cas, j’ai un protocole de 3 soins quotidiens qui changeront au 10ème jour (en réalité j’ai deux soins en baignoire que j’enchaîne donc je les compte pour un seul).

Bon à savoir : l’arrêt maladie n’est pas possible pour suivre une cure donc vous devez prendre ces 21 jours sur vos congés payés ou prendre un congé sans solde. Il y a des exceptions comme par exemple certaines cures de réabilitation après un cancer du sein qui peuvent être envisagées pendant l’arrêt maladie lié aux traitements. Mais ce sont réellement des exceptions ! Autre point bon à savoir, vous ne pouvez pas rater une journée de soins sous peine de non remboursement de la cure, sauf là encore exception médicale (vous avez le droit d’être malade mais il faudra un arrêt maladie prescris par un médecin), comme vous ne pouvez pas modifier vos horaires de soins, établis au début de la cure.

« Thermalisme et thalasso, c’est la même chose. »

❌ Faux. Deux univers ! Le thermalisme utilise une eau minérale de source, chaude et chargée en minéraux, dans un cadre médical conventionné. La thalasso, elle, mise sur l’eau de mer dans une logique de bien-être et de remise en forme, et n’est pas remboursée. On peut adorer les deux, mais on ne les confond pas. Ce n’est pas parce qu’elle n’est pas remboursée que la thalasso n’est pas efficace mais généralement le séjour dure une semaine, cela ne permet pas d’avoir les mêmes résultats qu’une cure qui dure 21 jours. J’ai pour ma part, alterner les deux quasiment toute ma vie puisque je suis adepte de ce type de soins depuis l’adolescence, à l’âge où j’ai commencé une prise en charge médicale de ma scoliose. Pour la petite histoire, j’allais à St Malo, à l’époque où les soins étaient encore ultra médicalisés, ce n’est que quelques années plus tard qu’ils ont pris le virage « thalasso confort ». Et Quiberon à ses débuts était vraiment axé médical également, là aussi l’orientation a changé avec les années.

« Une cure, ça guérit l’arthrose. »

❌ Faux (mais la vraie nouvelle est bonne). L’arthrose est une maladie chronique : on ne répare pas un cartilage usé en le trempant dans l’eau chaude, c’est du thermalisme… On n’est pas à Lourdes non plus 😉. En revanche, l’étude Thermarthrose (un essai randomisé sur 462 patients, la plus grosse étude jamais menée en médecine thermale) a montré que 18 jours de cure soulagent la douleur et améliorent la mobilité du genou nettement mieux que le traitement habituel seul, avec un effet qui tient jusqu’à 9 mois chez environ la moitié des curistes, et à la clé, moins d’antalgiques et d’anti-inflammatoires avalés. Soulager durablement, oui. Guérir, non. Nuance de taille. Mon père médecin généraliste était convaincu et me disait toujours qu’il voyait l’impact sur ses patients au niveau de la consommation de médicaments qu’il n’avait plus besoin de prescrire : « même si ce n’est que 6 mois, c’est toujours ça de pris ! ».

« De toute façon, c’est juste l’effet placebo (ou l’effet vacances). »

🟠 Ça dépend de ce qu’on appelle placebo. C’est le point faible historique du thermalisme : impossible de fabriquer une « fausse cure » crédible pour un test en double aveugle (difficile de faire croire à quelqu’un qu’il barbote alors qu’il barbote pour de vrai). Mais justement, Thermarthrose comparait « traitement habituel + cure » contre « traitement habituel seul », et la cure l’emportait. Et puis l’effet contexte (le repos, la remise en mouvement, la prise en charge globale, le sommeil, la coupure), ce n’est pas de la triche, ça fait partie du soin. Le mot placebo n’est pas un gros mot. Evidemment dans mon cas, c’est un peu différent, puisque je réalise ma cure tout en continuant à travailler… Vous me verriez répondre à mes mails dans mon bain bouillonnant… 😂. Bon à savoir, certaines cures proposent une à deux fois par an une cure spéciale pour les personnes ne pouvant pas prendre 3 semaines de congé pour ça avec des horaires « nocturnes ». Si vous vivez à côté d’un centre n’hésitez pas à vous renseigner.

Deux machines blanches dans une pièce carrelée, avec une fenêtre laissant entrer la lumière.
Mais qu’est-ce donc ???

« C’est réservé aux petits vieux. »

❌ Faux. On peut envoyer un bébé en cure dès 3 mois (eczéma, voies respiratoires, pipi au lit), et la clientèle est bien plus large qu’on ne l’imagine. Surtout, il y a de vraies indications qui parlent aux coureurs : arthrose du genou, tendinopathies, séquelles de traumatismes, fibromyalgie… La liste est longue… Bref, ce n’est pas que pour les grands-parents même si bien entendu leur emploi du temps leur permet plus facilement d’en suivre une. Mais à chaque fois que je fais une cure, je suis surprise de fréquenter des personnes comme moi, qui n’attende pas un âge très avancé pour se lancer. La dernière fois j’avais un jardinier paysagiste avec moi qui m’a dit qu’il n’avait pas trop le choix… Son métier physique le faisait déjà beaucoup souffrir et à 50 ans il savait qu’il avait au minimum encore 15 ans devant lui avant de pouvoir prendre une retraite correcte. Donc entre 3 semaines de congés sacrifiés pour sa santé et son avenir professionnel, il avait fait un choix.

« N’importe quelle eau chaude ferait pareil. »

🟠 Pas tout à fait. Ce qui est étudié, c’est un tout : une eau à la composition bien particulière (le soufre pour l’effet antalgique, le chlorure de sodium, le gaz carbonique vasodilatateur), la chaleur, et surtout un protocole complet étalé sur 18 jours. C’est la combinaison eau + chaleur + soins encadrés + durée qui fait le travail, pas le simple fait de tremper dans une baignoire. Votre bain brûlant du dimanche soir, c’est très agréable, mais ce n’est pas une cure même si vous jetez une poignée de sels de bain dedans. 😉

📜 Bourbon-l’Archambault, 2 000 ans d’eaux pour les os
Impossible de parler thermalisme sans faire un détour par chez moi, dans l’Allier.
Un nom qui vient d’un dieu gaulois. Bourbon doit son nom à Borvo (ou Bormo), le dieu guérisseur gaulois des sources chaudes, associé au « bouillonnement » des eaux. Fun fact vertigineux : c’est donc à ce dieu des sources que la dynastie des Bourbons, celle qui a donné des rois à la France (à partir d’Henri IV) et des souverains à l’Espagne, l’Italie ou le Luxembourg, doit son nom. Une lignée royale européenne baptisée d’après une source d’eau chaude bourbonnaise, avouez que je ne pouvais pas vivre ailleurs !
Déjà les Romains. Sous le nom d’Aquae Borvonis, la cité était un carrefour de voies romaines et un lieu de bains réputé, dont on a retrouvé des vestiges de piscines antiques. « Les eaux pour les os », comme on dit joliment là-bas, ça fait donc une vingtaine de siècles que ça dure.
Le grand siècle des curistes. Au XVIIe siècle, Gaston d’Orléans (frère de Louis XIII) fait bâtir un premier établissement, le Logis du Roy, et Charles Delorme, médecin de trois rois, envoie tout Versailles prendre les eaux. Défilent alors chez nous la princesse de Conti, Madame de Sévigné et, surtout, Madame de Montespan.
La favorite qui s’est éteinte à Bourbon. Françoise-Athénaïs de Montespan, favorite de Louis XIV pendant plus de dix ans, mère de sept de ses enfants, est même surnommée « la vraie reine de France » tant elle régnait sur la cour. Puis vint la disgrâce (l’affaire des poisons, la montée de Madame de Maintenon qu’elle avait elle même recrutée pour s’occuper de sa nombreuse progéniture) et l’exil loin de Versailles. Chaque année, elle venait alors prendre les eaux à Bourbon, dont elle raffolait au point d’embellir tout le quartier thermal : les fameuses Allées Montespan, plantées en amphithéâtre, portent encore son nom aujourd’hui. Et c’est ici qu’elle s’est éteinte, le 27 mai 1707, à 66 ans, en pleine cure. En bonne santé la veille, prise d’un malaise en pleine nuit, elle est emportée en quelques heures (un remède administré à trop forte dose aurait précipité sa fin, si l’on en croit Saint-Simon). La « reine de Versailles » déchue a donc rendu son dernier souffle dans notre petite ville bourbonnaise, un vrai destin de roman. Plus tard, Talleyrand y viendra régulièrement soigner son arthrose, en affirmant devoir aux eaux de Bourbon la vigueur de son corps et la vivacité de son esprit. Pendant la Révolution, la ville se rebaptisera même Burges-les-Bains, pour faire oublier ce nom trop royal 😉.
Fun fact (un brin macabre, âmes sensibles s’abstenir) 💀. L’histoire ne s’arrête pas au dernier souffle de Madame de Montespan. Dans son testament, la marquise demandait que ses entrailles soient envoyées à une communauté religieuse de Paris. Manque de chance, on est fin mai, il fait une chaleur d’étuve, et le convoi tourne court : le porteur, incommodé par l’état de son chargement, fait carrément demi-tour et confie le tout aux moines capucins de Bourbon. Lesquels, guère plus enchantés, auraient fini par les faire jeter aux chiens. Fin peu glorieuse pour celle qui fut la reine officieuse de Versailles…
Les thermes d’aujourd’hui. Le bel établissement actuel, avec ses céramiques et son allure fin XIXe, date des années 1880 et est classé Monument Historique. L’eau y jaillit à environ 55°C d’une faille du Massif Central, chlorurée sodique, bicarbonatée, sulfatée et carbo-gazeuse, avant d’être refroidie naturellement pour les soins. Exploités par la Chaîne Thermale du Soleil, les thermes sont spécialisés en rhumatologie (et depuis peu en gynécologie).

Et pour nous, coureuses et coureurs ? 🏃‍♀️

C’est là que ça devient concret. Nos points faibles à répétition (genoux, tendons, vieilles entorses mal digérées) tombent pile dans les indications rhumato, justement la spécialité de Bourbon-l’Archambault. Une cure ne remplacera jamais le renfo, la progressivité et de bonnes chaussures, mais pour qui traîne une arthrose de coureur ou une tendinopathie tenace, ça peut être un vrai coup de pouce, alors n’hésitez pas à en parler avec votre médecin traitant.

Si vous avez d’autres questions n’hésitez pas !

(Sources principales pour la partie médicale : étude Thermarthrose / AFRETH, ameli.fr.)