Run : Boston, le doyen des marathons

Une date particulière, une histoire particulière, des histoires particulières, un mode de sélection particulier et même un parcours très particulier… Le marathon de Boston n’est pas devenu une légende dans l’univers de la course à pied par hasard.

Le plus vieux marathon annuel du monde

Même si bien entendu la distance marathon, tout le monde le sait n’est pas née à la fin du 19ème siècle, le marathon de Boston a la particularité d’avoir été organisé tous les ans depuis 1897, ce qui en fait « le plus vieux marathon annuel du monde ». Mais s’il a autant marqué les esprits, c’est qu’un jour une femme Kathrine Switzer refusant l’ordre établi qui interdisait aux femmes d’y participer a pris le départ dans son jogging improbable et subira les foudres de l’organisateur sous les caméras du monde entier. La légende était née !

Le marathon de Boston a une autre originalité et non des moindres, il se court un lundi, le 3ème lundi du mois d’avril, le Patriots’Day, jour férié aux USA. Mais ce n’est pas tout ! Obtenir un dossard ne peut se faire que via un temps qualificatif obtenu sur marathon uniquement, il ne peut donc jamais être un premier dans une vie de coureur. Mais il existe depuis plusieurs années un système de charities qui permet à des participants plus lents de pouvoir prendre le départ, sachant qu’ils le feront dans la dernière vague qui leur est plus ou moins réservée. Il faudra tout de même collecter 5000$ pour vivre son rêve mais une bonne cause en profitera également, alors pourquoi ne pas y penser ?

Autre particularité et non des moindres, le parcours est considéré comme en légère descente (ce qui ne sera pas aussi évident que cela sur le terrain, croyez-nous sur parole !), ce qui fait qu’aucun record sur la distance n’y sera jamais validé par les autorités compétentes. Il est ce qu’on appelle en ligne comme celui de New York, ce qui sous-entend qu’il faille rejoindre la ligne de départ en bus scolaire jaune comme dans les films américains qui ont baigné notre imaginaire. La petite bourgade d’Hopkinton voit alors débarqué pas loin de 30 000 coureurs qui squatteront la pelouse du lycée avant de s’élancer pour rentrer à Boston en courant.

Si l’on a en tête de revivre le brouhaha de New York la déception risque d’être au rendez-vous. De nombreux coureurs américains parlent souvent de son calme pendant une grande partie du parcours, avec quelques épisodes plus bruyants comme celui du Wellesley College devenu lui aussi légendaire. Les étudiantes présentes en nombre sur le bord de la route encouragent les coureurs et leur proposent un baiser, ce que beaucoup de coureurs ne se gênent pas pour accepter. Quand on sait qu’Hillary Clinton y a étudié, il y a fort à parier que plusieurs coureurs ont embrassé la future première dame sans le savoir.

Pour en revenir au parcours, les 6 premiers kilomètres descendants sont à gérer avec intelligence pour ne pas se retrouver au 10ème km avec certes son record sur la distance mais surtout des quadriceps en feu ! Jusqu’au 25ème kilomètre, il faut profiter du plat pour reprendre des forces parce que les 10 prochains vont illustrer parfaitement l’expression « parcours casse pattes ». Enchaîner 4 côtes en plein « mur » c’est loin d’être une tache aisée et bon nombre de coureurs voient ici leur objectif de temps s’envoler. Elles sont tellement compliquées à gérer que la dernière porte le doux nom de « Heartbreak Hill » (crève-cœur), ce qui donne tout de même une petite idée. A partir du 34ème, on peut enfin souffler avec un faux plat descendant dans les faubourgs de Boston qui va amener le marathonien tout droit vers la ligne d’arrivée et la foule déchainée. Attention la dernière ligne droite sur la désormais tristement célèbre Boylston Street fait quand même 600 mètres (c’est là que l’attentat de 2013 a eu lieu). Enfin la ligne d’arrivée est passée et la fameuse médaille à la licorne brille au cou de tous les fiers marathoniens.

Les conditions de qualification sont à retrouver ici.


Eric raconte son marathon de Boston 2013*

Boston était un marathon que je regardais déjà à la télé avant d’y aller. J’ai le souvenir de ces fameux « school bus » où l’ambiance est à la fois tendue et excitée. C’est une longue ligne droite le long d’une voie ferrée où tu vois de temps en temps passer des trains. Entre les petites villes traversées c’est plutôt calme. Je me suis même arrêté m’acheter une petite canette de coca ! Je passe le 40ème heureux, je chantonne même dans ma tête et là tout d’un coup des policiers déboulent à vélo, une coureuse à côté de moi a un téléphone et nous dit qu’il y a une explosion sur la ligne d’arrivée. A aucun moment j’ai envisagé autre chose qu’un accident mais à aucun moment je ne pense à un attentat. Des barrières nous bloquent, je comprends alors que jamais je ne finirais le marathon. Sans réfléchir je sors du parcours avant que tous les coureurs ne soient bloqués et je file rejoindre mon hôtel. C’est là que je réalise… Je ne suis jamais retourné à Boston malgré l’invitation faite par l’organisation.

*2013 fut l’année terrible du double attentat sur la ligne d’arrivée qui tua 3 personnes, blessant 281. J’ai couru le mien en 2014… Autant vous dire que l’ambiance qui régnait sur la course fut très très particulière.

Bon à savoir

Même si on a tous en mémoire le nom de Kathrine, c’est Bobby Gibb qui est réellement la première femme à avoir couru Boston et son nom d’ailleurs a réintégré le « walk of fame » de l’organisation. Elle l’a couru en 1966, mais sans dossard, alors que Kathrine en 1967 a joué sur son initiale pour s’inscrire officiellement. Et si Bobbi n’est pas sur la fameuse photo c’est que cette année-là elle est déjà presque en vue de la ligne d’arrivée. Elle gagnera l’édition de 1968 également. Tous les ans la médaille est la même, seule l’année gravée dessus change. Le fameux coupe-vent de la course est également très connu dans l’univers des marathoniens mais grosse déception, il n’est pas remis aux finishers mais en vente tout simplement dans la boutique de la course. Son coloris change tous les ans et donne lieu à une annonce officielle. Retrouvez l’article que je lui ai consacré ici. Et écoutez mon podcast débrief là !

Crédit photos : organisation marathon de Boston