Si vous demandez à Claire Bannwarth ses ultras préférés, le Trail Menorca Camí de Cavalls arrive en haut de sa liste. Même chose pour Christophe Le Saux, qui l’a faite 3 fois et qui s’étonne toujours que la course ne soit pas plus connue en France. Alors forcément avec de telles recommandations, et après avoir présenté cette course dans mon livre « Le tour du Monde en 60 courses » (à découvrir ici), j’avais très envie d’y aller moi aussi !*
*Maintenant qu’il n’est plus en kiosque, je vous partage l’article écrit pour Jogging International
On connait trop souvent les îles de Baléares pour de mauvaises raisons… Tourisme de masse, plages bruyantes et surpeuplées… Même si la vérité est plus complexe et pas aussi tranchée, cette image négative est bien ancrée dans l’imaginaire du touriste français. Et pourtant il y a une exception : Minorque, plus petite que sa cousine Majorque (c’est même tout simplement la signification de son nom) qui a su se protéger. Pour bien comprendre la différence entre Minorque et Majorque, il faut savoir qu’en 1993, elle fut reconnue par l’UNESCO comme réserve de biosphère. Concrètement entre la zone de protection des oiseaux, le parc naturel du S’Albufera des Grau (es), les aires naturelles d’intérêt écologique et la réserve marine, près de 50 % du territoire et du littoral de l’île sont protégés. Afin de préserver le littoral, aucune route nationale ne permet d’approcher des côtes, seulement des chemins à la circulation soigneusement régulée (notez bien cette information, si vous devez faire une assistance sur l’ultra, il faudra en tenir compte dans tous vos déplacements automatiquement rallongés). A la place, on trouve, comme à Belle Ile un GR, le 223 qui fait littéralement le tour de l’île et qui pour les locaux portent le nom de « cami de Cavalls ». De ce « chemin des chevaux », on ne connait pas vraiment l’origine mais aujourd’hui il permet aux randonneurs et donc aux traileurs de suivre une trace superbe entre mer et terre.




Une île ultra protégée pour le bonheur des ultra traileurs…
Ce parcours vraiment unique permet au traileur de découvrir des plages ultra préservées avec une mer turquoise digne des Caraïbes mais aussi des forêts, des pistes qui longent le littoral sans oublier un détail qui est loin d’être en être un… Une nuit dépourvue de pollution lumineuse permettant d’admirer un ciel étoilé et la voie lactée. Même les parties goudronnées souvent détestées sont les bienvenues parce qu’elles permettent de traverser des petits villages des pêcheurs tellement pittoresques qu’on s’en voudrait de les rater. Le long format est certes superbe mais il peut faire peur… Pas de panique, l’organisation a eu la bonne idée de le fractionner pour permettre aux coureurs de revenir plusieurs années de suite et de le faire façon puzzle. Quel que soit le départ, les fameux chevaux sont là pour assurer le spectacle et le nombre de participants limités rend les débuts des courses ultra fluides. Le retrait des dossards se fait sur une superbe place dans un décor qui rappelle les décors de « Game of Thrones », et pour une fois, même si on trouve bien entendu quelques stands pour les oublis de dernière minute, la part belle est donnée à l’artisanat local.
Il y a des courses dont on hésite à parler… Un peu comme certains influenceurs voyage qui hésitent à parler d’un petit restaurant de plage de peur qu’il y ait l’année suivante trop de touristes et que leur pépite soit dénaturée. Là, on a l’esprit tranquille puisque cette volonté de garder la maîtrise du nombre n’est pas uniquement du fait de l’organisateur mais d’un territoire tout entier qui a compris que pour vivre heureux, il ne fallait pas forcément vivre nombreux. Et le plus grand risque que l’on prend en venant à Minorque c’est de n’avoir qu’une seule idée en tête : revenir l’année suivante pour découvrir encore un peu plus ce petit bijou de la Méditerranée.
J’ai couru le 27km
A la base, je voulais me lancer sur le 58 mais une blessure m’a contrainte à un peu plus de raison. Le parcours est réellement superbe, c’est facile j’ai eu envie de m’arrêter tous les kms pour prendre des photos ou des vidéos ! Rarement il m’est arrivé de faire un parcours qui est beau de bout en bout comme ça. Même les parties urbaines de la fin sont belles et dépaysantes, avec des petites criques, des maisons traditionnelles ou rénovées de façon contemporaine, les petits bateaux de plaisance en bois… L’organisation est franchement au niveau, et je peux la vraiment la juger ayant fait partie du dernier tiers de la course, j’ai toujours trouvé de quoi manger sur les ravitaillements. Aucun souci de balisage à signaler mais bon, j’avoue je n’ouvrais pas la route non plus ! Sincèrement je n’ai qu’une envie aujourd’hui, c’est de retrouver un niveau en trail pour pouvoir m’aligner un jour sur le grand tour. A défaut, je compte bien retourner au moins faire le fameux 58km prévu à l’origine.
Minorque du côté tourisme
Attention, la ville de l’aéroport est à l’est de l’île et la ville de la course est à l’ouest, plus opposé on ne peut pas ! Cela sous-entend une chose, il faudra louer une voiture si l’on veut pouvoir circuler plus facilement. D’ailleurs la course a un partenariat avec un loueur de voitures, @cochesmenorca.es pour faciliter les démarches. Pour l’hôtellerie, là aussi, l’organisation a mis en place un partenariat avec un hôtel situé à quelques kilomètres du départ, le Lago Resort Menorca où un accueil privilégié est fait pour les coureurs. Mais l’organisation va plus loin avec des packages « tout compris » ou presque avec la navette de l’aéroport, l’hôtel, le dossard amené directement en chambre… Une option pour celles et ceux qui veulent se faciliter la tâche. Sinon on trouve facilement un appartement ou une maison à louer via les plateformes classiques.
La beauté de l’île est telle que vraiment, idéalement on restera quelques jours pour en profiter pleinement sans dossard cette fois. Il y a l’itinéraire des 7 phares qui permet de refaire le tour de l’île mais en mode touriste cette fois. Le village de pêcheurs de Binibeca Vell semble tout droit sortie d’une carte postale tout comme celui de Fornells. Pour les férus de préhistoire, il faut absolument aller visiter le plus grand village talayotique* de Minorque, déclaré patrimoine mondial par l’UNESCO. Et pour les amoureux des cailloux en sous-sol cette fois, la Cova de s’Aigua est une grotte naturelle de 2 500 mètres de long avec un lac intérieur spectaculaire qui se visite également.





Les grandes spécialités locales sont les fromages (de vache ou de brebis) et la charcuterie. Les boutiques regorgent de ces produits déjà emballés pour rentrer à la maison et passer la sécurité des aéroports sans problème. Attention ne demandez pas en cas de coup de soleil de la « pomada » à la pharmacie du coin, on vous servirait le cocktail local à base de gin et de limonade ! Les Anglais ont longtemps colonisé l’île, ceci explique cela. Mais la vraie spécialité, ce sont les fameuses chaussures, les minorquines, sandales au bout ouvert que l’on trouve dans tellement de couleurs que le choix en devient presque impossible !
*culture préhistorique qui s’est développée à Majorque et Minorque durant l’âge du bronze et l’âge du fer
Crédit photos : organisation et office du tourisme

