Fun : l’interview façon « poil à gratter » d’Alexandre Boucheix

Ce texte a été publié dans le dernier numéro d’Esprit Trail et comme convenu, je le publie ici, puisqu’après tout, c’est moi qui l’ai réalisé 😉. Petite précision, cet entretien a été réalisé avant le lancement officiel du livre d’Alex et la déferlante médiatique dont il a fait l’objet, ce qui explique pourquoi je n’y fais pas allusion dans mes questions. Lui comme moi, à ce moment précis de l’année n’avions, je pense, la moindre idée de ce qui allait se passer… Mais promis on évoquera forcément le sujet très prochainement, vous vous en doutez !

L’interview

Comme le disait si bien Bree à Andrew dans un épisode de Desperate housewives : « Le contraire de l’amour n’est pas la haine ; c’est l’indifférence… ». Et quand on voit la haine qui se cache derrière certains commentaires, aucun doute là-dessus, Alexandre Boucheix alias Casquette Verte ne laisse personne indifférent. A défaut du questionnaire de Proust, nous nous sommes amusés avec un questionnaire façon poil à gratter après sa participation au Grand Sam à Hong Kong dans le cadre du HK100.

Dis-donc, ton bilan carbone avec le Grand Sam, tu le vis bien. Tu ne pouvais pas choisir une autre destination moins loin que Hong Kong ?

Ce sujet je l’ai déjà débunké en 2024 et je réponds maintenant : « Merci d’aller voir les commentaires ». Mais je vais te répondre quand même ! Hong Kong fait partie des courses qui sont légendaires pour moi. J’ai commencé l’apprentissage du trail et de l’ultra par l’UTWT, l’Ultra Trail World Tour à l’époque, qui était quand même mythique et qui proposait des vidéos sur YouTube que je regardais en boucle dont le fameux HK100. Elle est immédiatement devenue pour moi une course à faire au moins une fois dans ma vie, comme l’Ultra Trail du mont Fuji que j’ai donc couru l’année dernière. Mais si celui-là, tu le fais une fois et ça suffit, le HK100, c’est autre chose… Parce que dès que tu poses tes baskets là-bas tu découvres un lieu qui est fait pour l’ultra et tu n’as qu’une envie, c’est d’y revenir… Et pour en revenir à mon empreinte carbone, le seul moyen de faire changer les choses, c’est ta carte d’électeur, seulement moi je ne peux pas voter aux US ou en Chine, ni même en Inde. Et même si on nous rabat les oreilles avec l’effet papillon, le petit coup d’aile ne peut vraiment rien face au rouleau compresseur mondial qui clairement ne va absolument pas dans le sens que certains souhaiteraient lui faire prendre. Et ce n’est pas moi, Casquette Verte qui peut le faire bouger. Alors oui je continue ma pratique égoïste de l’ultra, et ce n’est pas parce que j’ai choisi la couleur verte qu’il faut m’associer à un quelconque discours écologique. Autre moyen d’agir, c’est de sortir sa carte bleue à bon escient. Je suis très « sensible » à la pollution et justement quand tu cours à HK, surtout à cette saison-là tu prends encore plus conscience qu’il faudrait beaucoup plus parler de la production. Avec les congés du nouvel an, les usines de Shenzhen, proches des nouveaux territoires tournent à plein régime pour assurer leurs commandes avant une fermeture qui peut aller jusqu’à un mois. Autant dire que l’organisateur n’a pas sur son téléphone une application pour suivre la météo mais le niveau de pollution de l’air ! Tu la sens dès que tu commences à marcher et c’est une personne qui s’entraine exclusivement à Paris qui le dit ! Tu ressors avec les yeux qui grattent, le nez qui brûle et toutes les voies orales irritées alors que tu es en pleine nature, parce que tant que tu n’es pas allé courir là-bas, tu n’imagines pas les paysages que tu peux découvrir. HK* ce n’est pas seulement une ville, c’est aussi de la jungle, des plages de sable blanc…  

*retrouvez ici les 10 tops de Charlotte !

Justement pour en revenir à la course pure, tu t’es aligné sur le Grand Sam parce qu’il n’y avait pas d’élite de premier rang pour te faire de l’ombre ? Alors qu’en plus tu finis huitième derrière des « inconnus » ! Tout ça pour ça !

Inconnu pour nous ! Alors pourquoi j’ai fait le Grand Sam ? Déjà parce que je me suis rendu compte l’année dernière en me contentant du HK100 classique que j’étais mauvais. En soit, pas une grosse découverte non plus puisque cette distance ne m’a jamais été favorable. Mais si tu rajoutes le fait qu’ils sont sur leur terrain d’entraînement qui n’est pas du tout le mien, tu te prends une bonne claque qui te remet à ta place, et l’humilité tout le monde le sait, ce n’est pas mon fort 😊. Mais comme je n’aime pas rester sur un échec, j’ai cherché un moyen de mettre plus de chance de mon côté. Le format Grand Sam s’est donc vite imposé après avoir tenté de motiver l’organisation d’organiser un 100 miles mais sans grand succès à ce jour. Et même en m’inscrivant sur ce format, je me suis retrouvé derrière des coureurs certes inconnus chez nous, mais pas chez eux où ils performent vraiment sur ce type de terrain. Et j’avoue que j’adorerais les voir courir sous nos latitudes ! Parce que bon, je termine 4ème du classement du grand Sam sur le 100k mais les 3 premiers ne sont vraiment pas loin du top 10 au général de la course, après avoir enchaîné 2 jours à haut niveau. Ce sont des monstres ! L’engouement pour l’ultra est dingue en Asie et ça se ressent vraiment, rien qu’au niveau des inscriptions. L’année dernière ils étaient 10 à tenter l’enchaînement, cette année ils étaient presque 200.

On va quitter Hong Kong avec ta course à Montmartre, tu as quand même un peu privatisé un lieu public. Ça va, les chevilles ? Ça ne te dérange pas ? C’est quoi le prochain truc ? Privatiser Notre-Dame de Paris ?

Alors non, je n’ai rien privatisé du tout puisque c’est justement un lieu public et par définition il appartient au public. Les marches appartiennent à tout le monde, coureurs, marcheurs, parisiens et touristes. Mais oui on ne va pas se mentir, on a été très surpris de l’engouement que l’événement a suscité cette année mais surtout on a découvert des gens dont la passion c’est de supporter, même s’ils ne sont pas concernés par le sport en question. Au même titre que tu as maintenant tous les ans un groupe qui fout le feu à Notre Dame de la Gorge sur l’UTMB qui ne sont pas forcément des traileurs, là on a découvert des personnes qui adorent encourager des heures sans jamais avoir chaussé la moindre paire de baskets. J’avais totalement en tête les risques juridiques que je prenais parce que là il aurait été impossible de me planquer derrière mon alter égo Casquette Verte… S’il y avait eu un problème c’était pour la pomme d’Alexandre Boucheix. On a vu ce qui s’est passé pour certains gros influenceurs… Donc oui j’ai bien conscience qu’il va falloir prendre tout cela en compte pour les prochaines éditions. J’ai deux options : en faire un événement officiel et créer une association qui va bien en demandant toutes les autorisations ou (et c’est plus probable) rebasculer dans quelque chose de plus pirate où seuls les participants connaîtront la date par exemple pour limiter les risques du côté des spectateurs. Après tout Laz le fait pour la Barkley et ça fonctionne très bien. Mais c’est vrai que vu la configuration de cette course, il y a rarement foule à pouvoir se déplacer le jour J… On verra bien l’année prochaine quelle option je retiens finalement.

Quittons l’organisateur pour revenir au coureur, ne t’en as pas marre d’être « toujours » blessé ? Tu sais que plus personne ne te croit ?

Je n’attends pas à ce que les gens me croient, donc moi je n’ai pas besoin d’être cru. J’ai toujours pratiqué la course à pied non pas comme un « truc » où je donne des leçons, je partage la course à pied comme je partage ce que je fais mais je n’ai aucune maîtrise sur les réactions que cela provoque chez les gens qui me suivent. Ma réalité c’est que cela fait 6 mois que j’ai mal quand je cours et qu’à HK j’ai enfin eu quelques heures où j’ai retrouvé le plaisir de courir, et encore pas pendant toute une course ! Sur 6 mois, j’ai quasiment arrêté de courir pour repartir du fin fond de la piscine, il y a 3 mois seulement et ça s’améliore jour après jour. Donc j’ai bon espoir de pouvoir enlever ce petit émoticône blessé qui énerve le temps, parce qu’en fait il indiquera juste qu’enfin le plaisir revient à 100%. Après j’aurais aussi très bien pu mettre l’émoticône biberon !

Mais tiens, justement, en parlant de biberons, tu cours pendant que Charlotte* gère le bébé, ça va, patriarcat ?

J’ai beaucoup de chance concernant ce sujet, Charlotte s’en charge pour moi ! Ce qui est terrible avec notre société actuelle, c’est qu’elle semble oublier le fait que celui avec qui je passe en réalité le plus de temps dans une journée, c’est mon fichier excel… Je passe beaucoup plus de temps avec mon employeur qu’avec ma famille ou même à courir. Pour gérer ma double vie, j’ai transformé la ligne 1 du métro en bureau. Je gère aussi mes interviews en courant. Et surtout j’ai beaucoup de chance parce que Charlotte court également. Elle a couru jusqu’à la maternité ou presque puisqu’elle courait la veille de la naissance de « junior ». Et si j’ai bien couru solo les quelques semaines en attendant sa reprise, depuis qu’elle a reçu le top des médecins, nous avons repris les sorties duo avec la poussette. Au même titre que très peu de personnes ont su pour la grossesse de Charlotte, très peu de personnes savent exactement comment nous organisons notre quotidien, le rôle des supers mamies aussi d’ailleurs et cela vous va très bien. D’ailleurs je tenais à remercier toutes celles et ceux croisés pendant ces 9 mois qui ont su respecter notre souhait de ne pas communiquer et qui ont attendu très gentiment la naissance pour nous envoyer un petit message, se contentant de petits clins d’œil via messagerie privée.

*Depuis cette interview, Charlotte a fini 3ème du trail du lac de Paladru, joli podium pour un retour sur le long, et de bonne augure pour son prochain défi, le 112km de la VVX.

Mais justement avec ces journées bien remplies, tu n’as pas autre chose à faire que de perdre du temps à répondre aux haters ?

Alors là, c’est vraiment une vraie question pour moi ! J’adore ça, vraiment, cela me divertit au plus haut point. Le truc c’est que les haters représentent en réalité une infime partie des commentaires, mais plus la communauté est grosse, plus ce pourcentage infime prend lui aussi de l’importance. C’est mathématique. Je travaille pour Decaux qui est une entreprise comme tout le monde sait d’affichage public mais j’aurais adoré travailler dans la publicité, dans la communication. Donc j’ai fait de la gestion de mes haters une activité proche de la communication. Je la gère dès que j’ai un moment, dans le métro, quand je fais la queue… J’essaie de répondre à presque tous les messages que je vois même si cela devient matériellement de plus en plus difficile. Après dieu merci, il y a aussi beaucoup de messages qui sont drôles. Je n’irai pas jusqu’à dire que certains messages sont constructifs mais presque ! C’est aussi le problème des algorithmes qui mettent en avant tout ce qui peut engendrer du buzz, qui donnent de l’importance au 3% négatif qui éclipsent le 97% positif. Mais j’avoue que j’apprécie plus le côté spontané de Twitch où je suis pas mal présent. En commentaires, les gens corrigent en direct les erreurs que je peux commettre et cela me va très bien.

Tu parles souvent de ton égo, maintenant tu fais des films quasiment sur toutes tes courses aventure. À défaut de gagner l’UTMB un jour, tu rêves d’avoir un Oscar ou quoi là ?

Alors figure toi que tu n’es pas très loin de la vérité ! Peu de gens le savent mais je viens de la vidéo justement. Déjà parce que j’ai appris l’ultra trail via YouTube, mais aussi et surtout parce que dès le lycée j’ai pris « spé » cinéma quand je passais mon bac S en classe européenne. J’adore le montage et si je pouvais, j’y consacrerais tout mon temps libre. Seulement comme je n’ai pas le temps, je préfère déléguer le travail à des professionnels, à savoir l’équipe de Julien qui me fait des supers films de vacances financés par des marques partenaires en plus ! Imagine, ça va être trop bien à la retraite de m’installer derrière l’écran avec mes petits enfants pour leur montrer la jeunesse de papy ! Le seul truc c’est que j’ai parfaitement conscience d’être très mauvais acteur derrière la caméra… Déjà que je ne sais pas sourire… Julien sait qu’il va falloir qu’il filme au moins 2h pour qu’enfin je lâche prise et j’oublie la caméra pour redevenir spontané. En fait, l’idéal serait de trouver un acteur professionnel pour jouer mon rôle ! Et non, je ne vise pas les festivals de films sur le trail, je ne cherche pas à créer quelque chose pour les passionnés mais faire découvrir le trail à un public qui ne paierait pas sa place pour une projection en salle. Je cherche à toucher avant tout un public de non-initiés, et YouTube avec sa gratuité me le permet.

Tu cours donc en Salomon, mais tu n’es jamais mis en avant par la marque. T’as pas envie d’aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte ?

Alors, ils ne parlent jamais de moi pour l’instant ! Ce n’est pas un mystère que la marque axe sa stratégie pour les années à venir sur Paris. Ils ont ouvert des magasins immenses dans les grandes capitales, quittant petit à petit Chamonix et Annecy. On le sait tous le lifestyle a explosé et certaines marques ont choisi de s’y engouffrer et clairement mon profil colle avec cette nouvelle stratégie. Ils m’appuient sur de nombreux projets puisqu’ils financent justement mes vidéos et plus important pour moi ils ne m’imposent aucune publication, aucun calendrier, je suis libre de faire ce que je veux et ça n’a pas de prix. Maintenant oui, mon contrat s’arrête fin 2026 donc si cela ne va pas au-delà, je ne dis pas que je n’irai pas voir ailleurs. Parce que oui, je rêve d’avoir une belle collection capsule à mon image et je suis persuadé que ça va forcément finir par arriver. Et il n’y a aucun égo mal placé là-dedans, rien qu’une analyse pure et simple du marché du trail running aujourd’hui. Après de façon encore plus pragmatique, je suis très bien dans mes baskets et vu mon kilométrage c’est plutôt une bonne chose non ? Même si forcément d’aucun diront à raison que je n’ai pas testé la concurrence ces 7 dernières années ce qui est la réalité. Bref tout ça pour dire qu’on en reparle fin 2026 !