Run : le PRP* expliqué

J’ai eu la chance grâce à mon activité de journaliste de pouvoir passer une journée au sein de l’entreprise Arthrex qui est un des leaders dans cette nouvelle piste thérapeutique très prisée des sportifs à qui l’on promet souvent une guérison miracle pour leurs soucis de tendons ou autres arthroses récalcitrantes avec une simple injection. Alors mythe ou réalité ? L’abc du PRP, c’est parti !

Petits rappels

Avant toute chose, commençons par le commencement… Le PRP qu’est ce que c’est ? C’est du plasma riche en plaquettes*. Dans notre sang nous avons tous des globules blancs qui nous protègent, des globules rouges qui véhiculent l’oxygène et des plaquettes qui jouent le rôle de samu vasculaire. Un vaisseau est en détresse ? SOS, Il appelle le 112 et les plaquettes arrivent sur leur cheval blanc pour mettre en place le protocole de réparation tel un chef de chantier. Oui merci je sais, je simplifie à l’extrême un phénomène beaucoup plus complexe mais vous êtes sur un blog… Pas dans un amphi de médecine 😁 . Le principe donc du PRP c’est de se dire que si tu envoies sur zone tous les spécialistes pour prendre en charge de façon plus efficace le problème, tu as plus de chance de guérir, que si tu envoies un vieux médecin généraliste de 80 ans dans sa 4L, certes surement adorable et très compétent mais ça va prendre plus de temps.

Les débuts du PRP

Les recherches sur cette piste thérapeutique ont commencé il y a plus de 20 ans avec 3 médecins : les docteurs Sanchez, Misha et Benezis. On a commencé tout simplement par réinjecter du sang dans les tendons et puis année après année, on en est arrivé à injecter le fameux plasma après un épisode peu glorieux du recours à la taurine, stoppé net par tristement célèbre affaire de la vache folle. En 2009, à quelques jours du Super Bowl, une des équipes a un gros souci : 2 de ses meilleurs joueurs sont blessés… Jouant le tout pour le tout, l’équipe médicale leur injectent des PRP 3 jours avant la compétition et l’équipe gagne. Le NY Times s’empare de l’affaire, publie un article en première page en mode « notre propre sang, ce nouveau médicament » et c’était parti. Pour la petite histoire, il faut 3 mois pour que ce traitement soit réellement efficace, donc là clairement, c’est l’effet placebo qui a fonctionné à plein régime, mais cela ouvre la porte à des études cliniques, à des recherches de plus en plus poussées et l’effet Nadal va emporter le morceau. 2012, il communique sur le fait que le PRP lui sauve son genou… On ne peut pas meilleur ambassadeur ! Même si dès 2010 on comptait 86000 sportifs aux USA traités par cette technique, l’emballement médiatique autour du PRP est lancé. Et oui, en toute logique au départ ce fut très vite classé comme protocole dopant, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Comme vous avez le droit d’aller vous entraîner sur les hauts plateaux kenyans, vous avez le droit de vous soigner avec une injection de PRP.

Le PRP expliqué

Mais au fait, c’est quoi exactement cette fameuse technique ? Alors là encore finalement c’est plutôt simple : on vous prend votre sang (la quantité prélevée va dépendre de la zone à traiter, on prend plus pour une hanche que pour un canal carpien), on met le tube dans une centrifugeuse et 5 min après, vous obtenez un liquide biphasé où dans le fond vous avez les globules rouges et les globules blancs, et au dessus le plasma où sont concentrées vos fameuses plaquettes. Avantage de cette méthode : c’est votre propre sang, c’est ce qu’on appelle un procédé autologue (comme l’autotransfusion) donc au mieux ça fonctionne, au pire il ne se passe rien mais il n’y a pas d’effet secondaire. Il n’y a aucun additif rajouté, vous êtes votre propre laboratoire. Il n’y a plus qu’à injecter sous le contrôle d’un échographe, ce qui explique pourquoi certains radiologues formés peuvent très bien faire ce geste. Mais la majorité des praticiens sont des rhumatologues, des chirurgiens ortho et des médecins du sport. Concrètement l’injection ne doit pas faire mal (ou vraiment très peu) lorsqu’elle est faite dans une articulation, mais dès qu’on touche au tendon… c’est une autre rigolade. Et il est impossible d’anesthésier la zone, le produit annulerait l’effet du plasma. Il faut donc avoir en tête qu’il faudra serrer les dents même si aujourd’hui, certains médecins essaient de palier à ça en mettant en place, comme on nous l’a présenté, un casque de réalité virtuelle qui peut plonger le patient dans un état d’hypnose thérapeutique. Il faut ensuite attendre environ 3 mois pour voir les effets et si tout va bien ils seront définitifs même si certaines pathologies ou l’âge du patient, peuvent nécessiter de recommencer ce protocole tous les ans. Il n’y a pas de règles précises, c’est le patient qui va les déterminer, au cas par cas.

Le PRP pour qui ? pour quoi ?

Cette méthode fonctionne sur vraiment un paquet de problèmes : dès qu’il y a un tendon ou une articulation mais pas seulement.

Indications du PRP :
– Arthrose légère à modérée
– Lésions méniscales
– Tendinopathies, lésions ligamentaires et musculaires
– Pathologies du rachis

Mais aussi pour faciliter la réparation d’une plaie ou en chirurgie (quelque soit la chirurgie ou presque !) pour booster l’efficacité et faciliter la récupération par exemple. Pour vous donner une idée de l’étendue des recherches actuelles, la technique est en ce moment même testée avec un succès très encourageant pour la fertilité féminine pour faciliter la nidification de l’embryon ! Et les effets bénéfiques sont reconnus de 7 à 77 ans… Oui on fait du PRP en pédiatrie tout comme en gériatrie. Mais alors si c’est si génial, pourquoi ça ne marche pas à tous les coups ?

Bon à savoir

Et c’est là que ça devient légèrement problématique… Déjà du côté du patient tout simplement. Même si je vais de nouveau simplifié à l’extrême, « appelez moi Jamie 😁 », l’efficacité de votre PRP dépendra de la qualité de votre propre sang. C’est pour cela qu’on demande normalement de respecter un protocole assez précis dans les jours qui précèdent le prélèvement et l’injection pour mettre toutes les chances de votre côté, si je peux dire ça, d’avoir un carburant de bonne qualité à réinjecter dans votre moteur. Le souci c’est que pour le moment on n’a pas de « super plasma synthétique » qui serait compatible avec tout le monde.

Toujours du côté du patient, il faut également suivre un protocole précis après l’injection et là c’est toujours compliqué… Entre celui qui, impatient de retourner courir, n’attendra pas le délai préconisé, ou celui qui, à l’inverse, est sédentaire et ne fera pas l’effort de mettre en place une reprise d’activité, le résultat est un peu le même : tu risques de gâcher ton injection. Et il y a aussi tout simplement des personnes qui viennent vraiment trop tard, quand il n’y a plus rien à sauver et qui vont tomber sur un praticien qui leur vend du rêve alors qu’il sait déjà très bien que ça ne pourra pas fonctionner. C’est comme pour un jardinier… Si on lui amène une plante vraiment morte, il pourra mettre tout l’engrais du monde, il pourra l’arroser autant que possible, elle ne repartira pas.

Mais ce n’est pas le seul souci, et c’est ce que j’ai découvert lors de mes échanges avec les médecins présents lors de la conférence dont le docteur Dahan, rhumatologue à Strasbourg, c’est que du côté du praticien aussi, on peut avoir de vrais disparités dans la prise en charge. Toutes les centrifugeuses ne se valent pas… Et l’utilisation d’un compteur plaquettaire le démontre très facilement. On prend un même prélèvement sanguin qu’on répartit dans 4 centrifugeuses de marques différentes, tu comptes tes petites plaquettes…Et là tu découvres parfois des écarts allant du simple au quadruple en partant bien du même sang ! Mais bien entendu, tu peux pas communiquer au grand public ce genre d’informations. Elles resteront dans la sphère médicale et scientifique.

Arthrex a également développé et brevetée une double seringue spéciale qui permet de garder sous vide le plasma pour le mettre à l’abri de l’air le temps de la manipulation, ce qui permet de limiter les manipulations. On a donc un principe mais plusieurs méthodes. Autre problème, la prise en charge même du patient et là on va rentrer très clairement dans un dossier hautement sensible… Les praticiens n’apprennent pas à la fac de médecine à pratiquer ce type d’acte. Cela relève pour le moment de la formation continue qui ne bénéficie donc pas d’un diplôme. Elle est assurée par le fabriquant de la centrifugeuse mais derrière on ne délivre pas de diplôme. Petit rappel tout de même avant d’aller plus loin : lorsqu’une nouvelle technologie chirurgicale arrive sur le marché, les chirurgiens concernés ne retournent pas à la fac, ce sont toujours les sociétés qui fabriquent les appareils qui assurent la formation des praticiens, il n’y a donc rien d’anormal ! Mais c’est ce qui explique que vous ne serez pas forcément opéré à Marseille comme à Lille pour un même problème et que chaque médecin est libre d’utiliser le matériel qu’il souhaite ou de mettre en place un protocole chirurgical qui peut lui être propre. C’est aussi comme ça que la médecine et la recherche avancent.

Le rhumatologue nous expliquait qu’il arrivait régulièrement que des collègues venus en formation parce qu’ils changeaient d’équipement n’avaient pas le reflexe de vider les épanchements avant d’injecter. Le PRP se retrouve alors dilué dans un liquide qui annule quasiment tout l’effet réparateur. Bref pour faire simple, c’est comme les chasseurs… Tu as des bons et des mauvais… mais tu n’as même pas de permis de chasse pour t’aider à faire le tri. Et le souci c’est que sur le marché du PRP tu as une dizaine de marques de centrifugeuses et que tu as donc une dizaine de formations différentes également. Mais comme bien entendu, ces informations ne peuvent pas être données en amont au patient, il ne peut pas faire un vrai choix éclairé.

Autre problème et non des moindres là encore, c’est que puisque la technique n’est pas remboursée par la Sécurité Sociale et que ce n’est pas à l’ordre du jour (l’explication vaudrait un article à lui tout seul) pour le moment, c’est le far west pour les tarifs pratiqués. La moyenne nationale est autour de 250€ mais on se retrouve avec les mêmes disparités que pour les autres spécialités médicales où les praticiens en secteur 2 à Paris ou dans le sud de la France peuvent facturer jusqu’à 3 fois ce montant là.

Vous l’aurez compris, si cette méthode est très clairement une réelle avancée dans la prise en charge des tendinites récalcitrantes à tout traitement ou autres arthroses invalidantes, elle a aussi des limites que ce soit du côté du patient mais aussi du côté du praticien. Si je devais vous donner quelques conseils de ce que j’ai retenu de ma journée de présentation, ce serait ceux-ci :

  1. Ne pas forcément attendre que tout soit foutu avant d’envisager cette méthode mais ne pas non plus y aller en première intention. C’est un outil de la boite à outils globale de la prise en charge d’un patient, pas la baguette magique qui va tout résoudre en un claquement de doigts. Donc on commence par la kiné, le podo, le renfo, le collagène & co avant de passer à la méthode Dracula 😉
  2. Se renseigner auprès du praticien avant de se lancer, en n’hésitant pas à poser un maximum de questions. Je vais écrire quelque chose volontairement choquant mais vous me connaissez, je dis ce que je pense : puisque vous êtes à la fois patient mais aussi client (vous allez régler de votre poche la totalité de la prestation), il n’y a aucune raison qu’on ne vous réponde pas et qu’on ne vous informe pas. Comme expliqué plus haut, si le praticien ne vous donne pas un protocole à suivre avant et un protocole après, c’est déjà mauvais signe. Le bouche à oreille doit fonctionner également à plein régime. On trouve aujourd’hui des praticiens qui en ont presque fait une spécialité, il ne faut donc pas hésiter à peut-être aller les voir, même si cela engendre un déplacement plus conséquent.
  3. Suivre scrupuleusement le protocole imposé par le praticien, que ce soit avant ou après l’injection pour mettre toutes les chances de votre côté que cela fonctionne.
  4. Ce n’est pas Lourdes et encore moins la solution à tous vos problèmes… Le médecin du sport présent était très clair à ce sujet, le PRP peut être un des outils de prise en charge d’un patient mais pas le seul. Se dire « pas le temps de faire la rééducation et le renforcement musculaire pour ma cheville récalcitrante, pas grave j’ai les moyens de me payer une injection tous les ans, ça ira bien » est totalement stupide !!!

Mais le vrai secret, ne l’oublions pas c’est de ne pas se blesser 😁. Oui je sais… Je suis une comique, on ne se refait pas !

J’espère avoir répondu à quelques questions et interrogations sur le sujet. Si bien entendu ce n’était pas encore le cas, n’hésitez pas à commenter, soit je complèterai, soit si je n’ai pas la réponse, je transmettrai aux praticiens compétents pour qu’ils vous éclairent sur le sujet. J’ai volontairement tenté de vulgariser et simplifier au maximum ces données médicales et scientifiques mais si vous souhaitez creuser vous aussi, là encore n’hésitez pas à me demander et je vous donnerais les liens vers quelques publi médicales (vous avez déjà pas mal d’infos ici).

Merci au docteur Dahan et au docteur Collado, médecin du sport à Marseille pour leurs interventions et le temps qu’ils ont consacré à répondre à toutes nos petites questions.