Run : Emilie Maroteaux nous parle périnée et prévention

J’avoue et comme elle le sait, je peux le dire, je ne connaissais pas Emilie avant sa superbe victoire lors de la dernière Diagonale des fous en octobre dernier. J’ai alors réalisé une petite interview pour Jogging International et ce fut l’occasion de découvrir la femme, mère de deux enfants et surtout la kinésithérapeute qui avait envie d’aller plus loin que d’une simple déclaration en mode « je me suis entraînée, j’ai bien géré et j’ai gagné »… Elle voulait également qu’on aborde un jour un sujet encore hélas beaucoup trop peu évoqué et qui lui tient à cœur en tant que femme sportive de haut niveau et professionnelle de santé : les fuites urinaires.

La parole à Emilie : C’est un sujet encore vraiment trop tabou et je le réalise à chaque fois que j’évoque le fait que sans mon pessaire, ma Diagonale ne se serait surement pas passée aussi bien. Oui, on lit des articles dans les magazines, les femmes l’évoquent un peu sur certains groupes FB mais concrètement tu sens très vite une gène quand tu en parles ouvertement. Je le constate au quotidien dans mon cabinet et sur les chemins.

Une femme sportive, qu’elle soit amatrice ou encore plus dans une idée de performance doit absolument envisager d’aller consulter un kinésithérapeute dès qu’un désir de grossesse est évoqué. La prévention… C’est ça le vrai secret ! Evidemment que les séances de rééducation sont déjà une très bonne chose mais elles sont souvent réalisées par des personnes qui n’ont pas du tout eu de formation autour de la réathlétisation d’une personne pratiquant un sport à impact, ce qui est normal puisque cela ne concerne bien entendu absolument pas toute la population féminine.

La parole à Cécile : j’ai souvent évoqué le sujet avec des personnes comme Bernadette de Gasquet pour ne citer que la plus connue d’entre elles et souvent la femme va bien faire sa rééducation avec une sage femme mais va ensuite reprendre le sport en faisant des séances d’abdos mal contrôlés qui vont clairement « foutre en l’air » tout le travail effectué en amont. Il n’y aura peut être pas de conséquences visibles immédiatement mais les fuites commenceront à arriver petit à petit, insidieusement quand la pratique sportive redeviendra plus intense. Et souvent hélas on n’osera plus passer la porte d’une personne qualifiée à la prise en charge de ce souci, comme si on n’avait le droit de s’occuper de son périnée que quelques semaines après une naissance.

La parole à Emilie : Idéalement, on essaiera de trouver un kinésithérapeute qui a suivi les formations de la Clinique des Coureurs, qui justement, consciente du travail d’information qu’il y a encore à faire, a mis en place des cycles de formation autour de ce sujet. Mais n’allez pas croire que ces problèmes concernent uniquement les femmes ayant eu des enfants, j’ai eu des cas dans mon cabinet chez des adolescentes de 14 ans ! Apprendre à bien faire des abdos c’est important et ça dès le plus jeune âge quand on est sportive. Il y a des solutions, pas forcément aussi invasives que les bandelettes souvent recommandées par les urologues qui prêchent un peu pour leur paroisse, ce qui est normal mais qui connaissent mal le fameux pessaire qui existe sous forme d’anneau et pas unique de cube comme on le trouve souvent sur les sites, pour plus de confort et que j’ai personnellement adopté. Il permet de limiter sérieusement les sensations de gène, surtout lorsque les efforts sont longs comme peuvent l’être un marathon ou un trail. N’hésitez pas à en parler, à vous renseigner, il n’y a aucune honte à avoir et surtout ce n’est pas une fatalité !

Il ne faut surtout pas hésiter à prendre plusieurs avis parce qu’hélas cette question est encore trop peu enseignée chez les médecins. Et chaque spécialité abordera le sujet de façon différente : une sage-femme vraiment de façon localisée peut-on dire, un kiné de façon un peu plus globale. Donc envisager de cumuler les deux prises en charge est loin d’être une mauvaise idée. Ce qui est vraiment problématique c’est qu’on n’envisage jamais ou presque ce problème du côté de la prévention. En gros le monde médical s’occupe de tenter de réparer les dégâts mais ne fait rien ou presque pour les limiter. Il faut à un moment oser dire les choses, une péridurale, surtout lorsqu’elle est mal dosée peut faire « plus de mal que de bien » pour l’après naissance. En ralentissement le temps d’expulsion, elle augmente aussi les risques de lésions dans toute cette zone, plus fragile qu’on ne veut bien le dire. Il faut vraiment également aller voir du côté de la sophrologie, du yoga pour préparer la naissance, ces disciplines sont vraiment très intéressantes et permettent d’apprendre à ce connaître, à connaître son corps et son fonctionnement pour le jour J être capable de l’accompagner. Comme je l’évoque précédemment, le pessaire peut être une très bonne solution qui permet d’apporter du confort pour tout ce qui est fuites urinaires à l’effort, et je suis la preuve vivante que ça se supporte très longtemps puisque j’ai porté le mien pendant toute la durée de mon ultra. Je le vois beaucoup trop peu évoqué dans les échanges sur le sujet, c’est pour ça que je tenais à en parler aujourd’hui. Bien sûr il existe la solution des bandelettes mais posées très tôt dans la vie d’une femme, on prend le risque d’avoir à les changer, et c’est rarement bon de réopérer cette zone.

La parole à Cécile : on entend de plus en plus parler de péridurale ambulatoire, qui a l’avantage de soulager la douleur tout en permettant de bouger, de marcher jusqu’à l’expulsion. C’est clairement quelque chose à évoquer avec l’anesthésiste dans le projet de naissance. Limiter la douleur, voir la supprimer tout en permettant un accouchement physiologique, ça c’est un vrai progrès !

En bref : on n’attend pas l’accouchement pour s’occuper de son périnée, on n’a pas de honte à évoquer le sujet et surtout on ne lâche rien tant qu’un praticien n’a pas trouvé une proposition thérapeutique compatible avec sa pratique sportive. Il faut aussi accepter que cela va parfois demander un peu de temps mais que 3 mois de plus de prise en charge avant une reprise sportive ça peut aussi changer tout le reste d’une vie ! Les fuites urinaires ne doivent plus et ne doivent pas être une fatalité !

Pour aller plus loin : si le sujet vous intéresse, je vous mets ici à lire le mémoire très bien écrit et franchement très accessible de Sarah Troël et surtout très éclairant dès son introduction. Sur 66 athlètes de haut niveau interrogées, 60.6% déclarent avoir eu des fuites, sachant que seulement 9 avaient déjà eu des enfants !

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