Récit : 42 marathons, le compte est bon !

En ce temps de disette question dossard, je me suis dit que vous raconter ma dernière petite aventure rhétaise pourrait vous occuper un peu l’esprit. Comment, pourquoi je me suis retrouvée à courir 42km et des brouettes le 28 octobre dernier ? Je vous dis tout et même plus encore !

Comme celles et ceux qui ne me suivent depuis plusieurs années, petit éclaircissement : j’ai décidé après un marathon de Boston, dramatique pour mon dos, où j’ai passé 15 bornes à regarder la ligne de métro à proximité en imaginant tous les stratagèmes du monde pour grimper dedans sans payer, de courir là mon dernier marathon. Aucun regret, j’en avais 41 à mon actif, je n’étais pas la plus à plaindre et surtout j’avais découvert le trail qui me procurait toute la joie et le bonheur du monde. Seulement voilà, forcément dans mon esprit tordu au possible que tout marathonien comprendra je pense, le 41… ça la foutait mal… Plus les années passaient, plus je me disais « allez un petit dernier pour au moins finir sur un 42, ça aurait un peu plus de gueule ». Et puis fin 2019, les astres s’alignent comme un signe du destin, j’ai la possibilité d’avoir un dossard « sec » pour New York, chose dont je ne me vante pas, les initiés comprendront que c’est quelque chose de suffisamment exceptionnel pour garder ça pour soi.

Tout de suite tout s’organise dans ma tête, début novembre, je vais être à New York avec mes enfants pour fêter mes 50 ans avec eux qui m’attendent sur la ligne d’arrivée qui, des années auparavant, a changé la vie de leur mère à tout jamais. J’ai trouvé une maison à louer à Brooklyn, retrouver le restaurant que j’avais adoré pour mes 30 ans où j’ai fermement l’intention de souffler mes bougies sur le lobster sandwich, prévu la soirée au Metropolitan Opera et forcément la soirée à Broadway. Et puis… et puis la suite, vous la connaissez toutes et tous, 2020 et son foutu virus viennent gâcher la fête. Dès le printemps je comprends que quoiqu’il se passe, ce ne sera pas possible. De toute façon marathon annulé ou pas, tout mon projet familial tombait à l’eau. Je n’ai d’ailleurs à l’heure où je vous écris, toujours pas fêté mon anniversaire, j’attends que mon fils aîné puisse sortir de son pays d’adoption.

Evidemment, me direz-vous certains marathons ont pu être organisés, j’aurais pu prendre un dossard mais la symbolique n’y était pas. Je n’avais pas envie seulement de courir 42km, je voulais que tout ça ait un sens pour moi également. Et puis un jour, je vois passer le post de Mymy sur FB (encore merci à toi !) qui annonce que New York organise son marathon virtuel et là ça fait tilt dans ma tête. En quelques heures, je me décide, je réactive mon compte chez eux, clique sur le machin, ma carte bleue à la main et je me mets en tête de courir mon marathon sur mon île, à Ré juste en face de cette Amérique qui nous ferme les portes pour le moment. Tout prend alors un sens : je n’ai pas commencé à courir sur les pistes cyclables de Ré mais c’est certainement là que dans un coin de ma tête, une graine s’est plantée. C’est là que j’ai accompagné mon premier amour à vélo pendant qu’il courait en me disant « mais pourquoi je reste avec ce mec qui court sérieux ? », c’est surtout là que j’ai passé des déjeuners à écouter les histoires de son père, ami du fondateur du marathon de la Rochelle qui me racontait ses marathons de New York, l’émotion sur le pont, dans Central Park où son épouse l’attendait des heures, en groupie absolue qu’elle était. J’avais 16 ans, je détestais le sport, mieux j’en étais dispensée, mais la vie est pleine de surprises, et je n’imaginais pas à ce moment que la fameuse petite graine allait finir par pousser.

Les jours passent, nous sommes début septembre et force est de constater que le confinement n’a pas aidé à la préparation. Le premier entraînement en club est catastrophique… Je suis au bout de ma vie et même si je sais que ça va forcément revenir, il me reste peu de semaines pour me remettre en état de marche. Prise de panique, je contacte un ami coach, Olivier pour lui demander s’il veut bien m’accompagner dans ce défi un peu fou, préparer un marathon en 7 semaines sans m’abimer le dos pour espérer finir ailleurs que dans le cabinet d’un ostéo. Sans son aide « technique » mais surtout morale, je crois que j’aurais été capable de me débiner au dernier moment. Si j’avais un doute sur l’utilité d’un coach perso, je n’en ai plus du tout aujourd’hui ! Il s’adapte en fonction de mon état, de mes retours mes séances. Je me retrouve à 7h du mat à fractionner en côte dans mon village devant le regard éberlué des voisins parce qu’il fait trop chaud pour le faire en fin de journée. On combine vélo et running pour que mon dos tienne la distance et pour la première fois depuis longtemps, je reprends plaisir à courir. Pour rester dans le thème virtuel, je cours même les 20km de Paris en mode sortie longue prépa, qui me rassure pour mon endurance mais pas vraiment pour ma vitesse !

J’en viens à douter parce que j’ai trouvé le moyen d’embarquer un ami dans l’aventure de mon marathon. Christophe, nous avons fait connaissance lors d’une émission où j’étais invitée. On parle souvent de coup de foudre amoureux mais peu du coup de foudre amical qui pourtant existe tout autant lui aussi. Surtout quand on découvre très vite que nous fréquentons régulièrement le même village de l’Ile de Ré. Fin novembre 2019, il m’avait appelé 8 jours avant la Saintelyon pour me dire « tu sais qu’il reste des dossards sur la Saintepress ? Tu viens ? » … Voilà comment je m’étais retrouvée dans la boue jusqu’aux chevilles, gelée sur les hauteurs de Lyon au lieu d’être au chaud sous la couette à regarder « Echappées Belles » avec ma verveine citron. N’étant pas à un projet à la con près, il m’avait sous-entendu que faire le tour de l’Ile de Ré en courant pourrait être une bonne idée un jour non ? Alors forcément, j’ai fini par l’appeler pour lui proposer mon idée à la con à moi : « et si on commençait déjà par un marathon ? ». Il a dû passer 5 minutes entre le premier sms et le dernier qui disait « je suis inscrit, on fait ça quand du coup ? ».

Le concept que j’avais en tête lui convenait tout à fait : faire un marathon certes mais en mode américaine justement avec photos mais aussi ravito terrasse coca à mi-parcours parce que très vite nous avons l’un et l’autre compris que nous allions être seuls pendant cette aventure. J’ai bien tenté le « tu sais Mamy a un vélo électrique si tu veux m’accompagner » à mon petit dernier mais vu son regard épouvanté, j’ai abandonné l’idée. Pour aller au bout du concept « on court un marathon mais on ne se prend pas la tête non plus », nous avons organisé un séjour récup à ma thalasso préférée le jour d’après. Cryo, massage, baignoire à jet… de quoi me motiver à passer la ligne d’arrivée virtuel de mon petit défi perso. Tout semble se dérouler à merveille jusqu’à ce que je reçoive un appel de mon coéquipier : « Cécile, j’ai un problème, je dois absolument être rentré à Paris jeudi soir, pour le boulot ». Ah… Ok pas de panique, on change le programme, on se fixe le marathon le mercredi matin, j’appelle la thalasso, on décale la cryo mercredi en fin de journée, les soins le jeudi matin, l’idée est maintenant de déjeuner tranquille pour lui permettre ensuite de filer à Paris. Ma dernière semaine de prépa n’en est plus une mais au point où on en est.

Mardi, c’est la tempête sur l’ile et quand je dis tempête, je pèse mes mots. Je me marre en me disant qu’en courant ce jour-là et en jouant avec les vents, je peux claquer un 3h30 easy ! Rendez-vous est fixé mardi en fin d’après-midi pour affiner notre parcours du lendemain. Pour l’heure de départ, je propose 7h du mat pour avoir de la marge afin d’avoir le temps de rejoindre la thalasso qui se trouve à l’autre bout de l’île, prise d’assaut par les vacanciers de la Toussaint. Après réflexion, décision est prise de tout simplement partir de la patache, la plage où j’ai fait mes premiers pâtés de sable et pleins d’autres premières fois aussi mais bon on s’éloigne du sujet-là ! On file vers le port de Loix en restant sur les pistes tout le temps, retour par Ars, le Phare des Baleines et si tout se goupille bien, nous devrions atteindre les 42km. J’avoue que j’ai vérifié avant, la gaufre au caramel au beurre salé à la Martinière du Phare n’est jouable que si on la jour en mode rando, ils ouvrent à 13h30, dommage il faudra revenir.

Mercredi matin, nous y voilà. 7h du matin, le soleil se lève sur une plage où les ostréiculteurs s’agitent au loin. C’est amusant de se dire que nous allons en réalité faire le tour de la baie, puisque le village de Loix est en face de nous à ce moment-là. J’enclenche mes deux GPS (oui j’ai carrément pris les deux, mon fénix 6 et le Coros que je teste en ce moment au cas où), Christophe lance le sien et l’application du marathon créée à cette occasion qui permet aux participants de suivre le parcours réel. Il aura de la musique, des récits, des informations du genre « bravo vous rentrez dans le Queens » pendant notre petite balade. Et c’est parti ! Très vite, je dois freiner mon coéquipier qui clairement a décidé de torcher ce marathon en moins de 4h… Au bout de 2 ou 3 kilomètres, on a pris notre rythme de croisière, on quitte les Portes pour basculer dans les marais salants. C’est incroyable, les lumières sont dingues, on est seul au monde avec des dizaines d’oiseaux un peu partout. Sincèrement, on se retrouve à Ars sans que j’aie vraiment eu le temps de le réaliser. Petite pause ravito et c’est reparti pour Loix. Les pistes sont toujours calmes, il n’est que 8h du matin après tout, le marché d’Ars se réveille doucement lui aussi.

La météo est parfaite, c’est même totalement surréaliste parce que la veille, c’était vraiment l’enfer, comme si le ciel nous faisait une fleur. Juste pour la blague, il a recommencé à pleuvoir de nouveau à peine une heure après notre retour chez nous, si ce n’est pas un signe ! Bon, ne rêvons pas non plus, le vent est forcément un peu de la partie et quelques bourrasques nous ralentissent bien quand même. Loix, son village, son port, nouvelle escale. Je profite de notre pause pour prendre des photos, envoyer des nouvelles et Christophe fait quelques étirements. Il est un peu comme moi, un peu cassé de partout, ce qui me permet de me sentir moins seule ! Nous repartons doucement sans pour autant faire demi-tour, la piste permettant de faire une boucle. Retour au Martray, la partie la plus fine de l’île puisque construire en réalité par la main de l’homme. C’est là que commence la rencontre avec les cyclistes qui se sont réveillés et le vent qui s’est vraiment levé. J’avoue, plusieurs fois je suis restée en retrait pour me planquer derrière Christophe…

Ars de nouveau et clairement je suis ravie qu’on fasse une pause. Comme prévu, nous nous arrêtons au Café du Commerce, mon fief l’été, nous commandons deux cocas, pause pipi en règle, et je fais même remplir ma flasque par le gentil serveur, n’ayant pas vraiment prévu assez d’eau pour une balade pareille (ouais je sais… pitoyable). Et c’est reparti ! Destination le phare des Baleines cette fois. Cela nous oblige à faire quelques mètres sur la route mais le bas-côté est large et ça ne dure que 500m. C’est totalement dingue, il est enfin là, je ne réalise pas encore vraiment que c’est bientôt la fin. Pour celles et ceux qui ont couru NY disons qu’à ce moment-là je ressens la même chose quand on voit les premiers arbres de Central Park. On sait qu’on en a encore pour quelques bornes mais ça commence à sérieusement sentir l’écurie cette histoire. Petite pause compote Tucs… C’est là qu’on voit qu’on est vraiment traileurs tous les deux et plus vraiment marathoniens mais c’était trop drôle de faire ça.

On repart par une de mes pistes préférées, celle qui longe la Conche au milieu de la forêt de pins. C’est calme, on ne croise quasiment personne et à la vitesse où l’on court maintenant, on a le temps d’apprécier le moment forcément. La Rivière est déjà là et le village des Portes aussi. Mince, question kilomètres, on risque de manquer un peu alors nous prenons la décision de partir à gauche par les tennis et sa côte… Les portingalais la connaissent bien, c’est notre Mont Blanc à nous ! Elle doit faire 20m de D+ mais elle est digne d’une montagne pour nos jambes fatiguées. Petites ruelles typiques du village, roses trémières, pierres apparentes, volets verts, c’est une vraie carte postale. Ah mince j’avais oublié que ça nous menait tout droit vers la petite place du village où le port du masque est obligatoire… Nous la traversons le plus vite possible pour vite retrouver notre tranquillité.

Maintenant c’est facile, il nous reste juste à rentrer à la maison. Le truc amusant, c’est qu’évidemment, aucun de nos gps n’est d’accord sur la distance que nous avons réalisée, même nos deux garmin se contredisent ! Christophe passe la ligne le premier, moi quelques instants plus tard, on ne cherche pas à comprendre, le principal est d’avoir bouclé la boucle.

Voilà je suis marathonienne pour la 42ème de ma vie ! Finalement cette année 2020, totalement bouleversée m’aura permis de vivre la fin d’une histoire avec la distance qui a tout changé. Evidemment ça ne valait pas les rues de New York, cette folie qui y règne mais cette matinée passée sur mon île m’a fait un bien fou, surtout au mental et ça j’en avais bien besoin. Juste pour la blague et que pour vous réalisiez bien le hasard de dingue, c’est que le soir même, j’imagine que vous vous en rappelez, on nous annonçait le reconfinement, l’hôtel où nous avions à la base, prévu de passer le week-end fermait ses portes en catastrophe le vendredi. Sans ce changement professionnel impératif pour mon coéquipier, notre projet serait tombé à l’eau 24h avant ou presque !

Je n’ai pas encore ma médaille, elle ne sera là que début 2021 je pense mais je la dédie à Olivier qui m’a fait croire avec sa bienveillance que mon petit délire était possible, au serveur du Commerce pour sa gentillesse, à tout le personnel du Relais Thalasso pour la récup la plus agréable du monde et plus particulièrement à Audrey pour sa patience avec tous nos changements de dates et à Christophe évidemment qui n’a pas hésité très longtemps à me suivre pour mon petit délire à la con… On est à un partout maintenant, le prochain c’est toi qui décides !

41 médailles… en attendant la 42ème !

Ps : oui bon ok le prochain est déjà quasiment décidé, vous vous en doutez bien, on a eu plus de 5h pour le préparer !

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