Jungle Marathon, Episode 2 : et c’est parti pour le show !

Petit retour en arrière… Pour ceux qui ont raté le premier épisode, session de rattrapage ici. Pour les autres, nous sommes donc sur la plage, jour 1, il est temps de lâcher les fauves dans la jungle hostile qui n’attend que nous pour nous dévorer tout cru…

 

Etape 1 – 22km
Nous partons pour 22 km pour ce qui est officiellement annoncé comme une session de découverte de ce qui nous attend les jours suivants. Élément dont je ne vous ai pas parlé précédemment et qui pourtant est important, pour des raisons de sécurité et d’adaptation au climat, nous sommes tous obligés de respecter une pause de 15 min à chaque CP avant de pouvoir repartir. Sachant qu’on nous annonce 4 CP pour le premier jour (c’est pire que la Parisienne !), cela nous fait donc une heure perdue à regarder notre montre en espérant qu’on nous libère bientôt… Sans parler du fait qu’on nous demande de partir de chaque CP avec 2 litres et demi d’eau… Mais pour le moment c’est le cadet de mon souci ! Je découvre très violemment que la forêt amazonienne, ça n’est pas la forêt de Fontainebleau… J’adore ce genre de phrases débiles qui enfoncent des portes ouvertes ! Pour faire simple : courir là-dedans, perso je ne vois pas. Enfin si y en a qui ont essayé mais comme avec la SNCF, ils ont eu des problèmes ! Entre les arbres tombés à terre qu’il faut escalader à tout bout de champ, les racines, les lianes planquées à terre qui te font des croche-pattes dès qu’elles le peuvent, les branches que tu te prends dans la gueule dès que tu regardes par terre où tu mets tes pieds, c’est un peu compliqué. Sans parler des trous béants que tu te demandes qui est venu avec sa pelle et son seau s’amuser ici à jouer à « et si on creusait jusqu’au centre de la terre pour voir s’il y fait chaud ? ». Bon on peut trottiner par moment mais franchement pendant 20 bornes je me suis dit une chose « punaise l’ONF connaissent pas au Brésil ? ». Mais il n’y a pas que la végétation, il y a aussi l’eau, la boue qui te fout dans les choux et qui ne monte pas qu’aux genoux… Je me suis retrouvée à un moment avec de boue collante, gluante à souhait jusqu’à mi-cuisse ! Et bon je ne veux pas me vanter mais j’ai des jambes plutôt longues qui me valent le surnom d’Adriana Karembeu du trail quand même. Oh ça va, je rigole ! Mais bon sérieusement je me suis dit qu’on plongeait ma copine Mia dans le bordel, je vous dis pas sa galère pour s’extraire du truc, surtout qu’on a toujours un sac hyper lourd sur le dos qui ne facilite pas la chose. Autre réjouissance, le dénivelé… C’est bête à dire mais je voyais ça plutôt plat moi et du coup j’avais volontairement laissé mes bâtons à la maison. Certes ce n’est pas l’Everest mais quand ça grimpe c’est ambiance km vertical et quand ça descend… ben c’est pareil… et là tu n’as pas le choix tu dois t’accrocher à tout ce qui tu peux pour éviter de débouler en mode roulé boulé 300m plus bas. Inutile de vous dire que je me suis évidemment pris des épines, enfin des épines, des sabres oui ! Ce qu’il y a de dingue dans cette région du monde c’est que tout est d’une dimension exagérée : les sauterelles font 15 cm, les araignées sont des tarentules, les serpents des anacondas, et les épines des trucs noirs acérés qui font 5cm de long. Question climat, je comprends vite que le principe de l’humidité c’est que tu vas être trempée pendant toute la course. Bonjour l’odeur de chacal après quelques jours de course… En attendant j’avance, je profite des ravitos forcés pour manger comme je n’ai jamais mangé sur une course et boire jusqu’à avoir envie de faire pipi et je finis par arriver au camp où stupeur j’apprends que je suis deuxième féminine. Ah ben mince alors, elle est bonne celle-là ! C’est toute contente que je vais installer mon précieux hamac, me laver, laver mes vêtements, manger ma gamelle de soupe miso nouilles chinoises en regardant mes petits camarades arrivés les uns après les autres. C’est terrible à dire mais comme il n’y a pas de barrière horaire, je vais en voir arriver 4h après moi ! Punaise mais ils ont fait quoi ??? Il semble évident que certains ne pourront pas tenir la distance et cela se confirmera très rapidement. Cette course est réellement totalement à part, son climat, son terrain particulier font un cocktail explosif qui mettent à rude épreuve les organismes. Et il me semble déjà très compliqué de conseiller une prépa parce que franchement rien ne prépare à vivre ça… Enfin si déménager en Guyane…

 

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ça commence… 

Etape 2 – 24km
L’étape est annoncée plus roulante que la veille, histoire de continuer l’adaptation au climat et au terrain. Mais faut pas rêver ça ne va pas non plus être facile puisqu’on attaque par une traversée de rivière avec notre sac à trimballer. J’oubliais le détail qui tue : on n’a pas pied donc la nage s’impose. Je vous résume le truc pour que vous ayez l’image en tête… C’est un peu comme si en triathlon, au lieu d’enchaîner les épreuves, vous faisiez tout d’un coup : nager avec votre vélo démonté dans le dos en tenue de running… Il va y avoir pleins d’écoles différentes pour affronter la blague : ceux qui arrivent en slip de bain (de toute façon sur ce genre de course y a toujours des mecs qui se foutent en slip dès qu’ils le peuvent !) avec lunettes de piscine sur le nez, ceux qui arrivent avec leur sac dans un grand sac poubelle, ceux qui arrivent comme moi exactement comme la veille sur la ligne de départ. Ayant testé mes chaussures lors de la Tough Mudder donc, je sais que je peux nager avec. Evidemment se pose le problème du sac qui va trempouiller allègrement dans un bras de l’Amazone. J’ai pris l’option « tout est rangé dans des petits sacs imperméables », histoire de pouvoir, enfin je l’espère, ne pas perdre de temps en sortant de ce bordel. Parce que bon la « lessiveuse » en tri fonction j’ai connu mais avec le sac sur le dos et des baskets aux pieds… pas vraiment ! Je me lance sans réfléchir et je commence à nager. Il y a une corde tendue quand même pour permettre à ceux qui voudraient souffler un peu de le faire mais très vite je comprends que mes petits camarades ne vont pas vraiment me laisser y accéder. Ok, très bien je me débrouille comme une grande. Je nage la brasse tranquillement mais surement. Certes je ne suis pas Manaudou mais le bord se rapproche et enfin je finis par retrouver pied. Je suis sur la berge, je pars immédiatement. Alors que beaucoup vont perdre de longues minutes pour remettre leurs chaussures et sortir leur sac de son emballage, je suis déjà loin. Bon évidemment je fais floc floc mais j’essaye de taper des pieds au maximum pour évacuer l’eau au plus vite. Le parcours est annoncé plus plat et il le sera bien même si l’orga nous a quand même réservé deux ou trois grimpettes qui te coupent les jambes. Je veux bien qu’on court dans le poumon vert de la planète mais je vais finir par y laisser les miens à ce rythme ! Autre réjouissance, les quelques passages sur la piste, bien roulants forcément engendrent presque à tous les coups une erreur et un loupage de balise… Evidemment quand on commence à pouvoir courir on en profite et paf le chien… Cela va permettre à la coureuse de Nouvelle Zélande de passer devant moi et de finir deuxième. Petit aparté : si personnellement ça m’a fait carrément marré de finir deuxième la veille, j’ai très vite compris qu’il n’en était rien pour mes poursuivantes. La blonde qui débarque avec son t-shirt orange 10km Nike pour les filles et sa jupette, elles ne l’avaient pas vu venir… Donc pour faire court, il y a eu une vraie bagarre pendant toute la course et je me suis battue pour conserver ma foutue place beaucoup plus que je ne l’avais prévu. Déjà parce que je n’avais même pas prévu de me battre pour quoi que ce soit, à part finir évidemment ! Mais voilà je me suis un peu prise au jeu et j’ai décidé de m’occuper l’esprit comme je le pouvais. Revenons-en à la course… On avance, on s’arrête 15 min et je boue littéralement sur place… Je me rattrape sur les parties piste en plein cagnard qui me rappelle mon terrain de jeu favori. D’ailleurs ça se sent puisque je double du monde à ma grande surprise. J’arrive au camp, installé au milieu d’un petit village, les enfants m’accompagnent et j’évite de mal prendre le fait qu’ils courent plus vite que moi en tongs en plastique… Laisser son égo dans l’Amazone ce sera la leçon du jour !
Je m’installe tranquillement après voir déguster mon jus de fruits frais offert sur la ligne d’arrivée, trouvant une place un peu à l’écart du camp pour être bien tranquille. Il est midi, j’ai tout l’après-midi pour profiter du lieu. Douche (il y a eu des douches sur 4 étapes, le grand luxe !), baignade dans le fleuve, ma gamelle de nouilles chinoises soupe miso traditionnelle, lessive avec le prêt d’une immense bassine par une femme du village, sieste dans mon hamac… Ce n’est pas le bonheur mais ça y ressemble quand même un peu ! J’ai des pieds dégueu de chez dégueu mais pour le moment sans ampoule. Je passe par la case doc parce que je me suis foutue deux belles épines dans la main droite et je suis bien incapable de faire ça avec ma main gauche sans risquer l’amputation. Et du coup comme il n’y a pas la télé et que je n’ai plus de livre à lire, j’en profite pour observer les gens, genre mégère à la terrasse d’un café et je délire un peu (la chaleur et le soleil… ça n’aide pas aussi !). Nous avons chez les docs le sosie de Brienne de Thorth, une femme tellement impressionnante que si elle te dit en salle de travail « tu pousses et tu te tais », ben tu pousses en silence… Nous avons aussi le docteur Doug Ross, qui sait qu’il est beau et qui se balade sur le camp torse nu, ses abdos saillants brillants à souhait. Nous avons aussi un coureur brésilien qui est le sosie d’Aldo Maccione… Il se balade tous les jours dans son impayable petit caleçon rouge moulant Under Armour dans lequel il glisse toujours un truc, puisque dans son fameux caleçon, il n’a pas de poche ! J’ai aussi Crocodile Dundee ou plutôt Mister Australie qui maîtrise à la perfection le port du short juste en dessous des abdos à la façon taille basse, histoire que l’on voit bien les creux sur les côtés. C’est exactement le protype du mec beau avec la barbe de 3 jours et que tu ne reconnais pas tout propre et rasé de frais à la soirée de remise des prix. Il se partage le prix de Mister Bombasse avec le doc. Nous avons Miss America qui arrive à se maquiller tous les jours, ou presque, moi je dis respect total. Nous avons aussi Miss Boobs qui devrait avoir une pénalité puisqu’elle bénéficie de l’aide de deux bouées dans les traversées de rivière et c’est pas du jeu… Quoi ? Oui je suis jalouse parce qu’elle est super bien faite pour une fille de plus de 40 ans… Oh ça va j’exagère mais je m’ennuie alors quand je m’ennuie, je délire un peu ! Pour être parfaitement honnête, tout le monde est adorable sur le camp et il va régner une super ambiance. Le seul truc à noter si vous y aller un jour : installer son hamac le plus loin possible des brésiliens qui émettent un niveau sonore qui renvoient les italiens au rang de petits slips des populations bruyantes. En plus ils se lèvent à l’aube ! Et tu les retrouves immanquablement 30 minutes avant le départ avec leur cartable sur le dos qui attendent qu’on veuille bien ouvrir la grille de la cour de récrée. Bon allez zou au lit, demain on y retourne.

 

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Je ne suis pas un poisson ! 

Etape 3 – 38km
Bon ça recommence… Il faut encore traverser une rivière mais là franchement ça commence à faire super long ! Mais vu que mon sac est envahi de bestioles rouges bizarres qui le squattent par dizaines, un coup de flotte devrait régler tout ça. Nan parce que bon le respect de la nature et tout et tout, ça va aller deux minutes hein ? Vous m’attaquez, je me défends. Je suis plus loi du Talion là que « je te tends l’autre bras pour que tu me piques encore ». Le programme est clairement annoncé, on doit dormir ce soir au sein de la réserve de jaguars du coin… Chouette, je me réjouis à l’avance ! En attendant d’être dévorée, il faut déjà nager et là franchement ce fut un peu plus compliqué parce que vraiment plus long mais bon on reprend les mêmes et on recommence. Bonne nouvelle du jour, je peux enfin m’arrêter le temps que je souhaite aux CP, ce qui me permet de repasser en mode F1. Je veux bien m’arrêter au bout du 3ème mais dès le premier, j’avais vraiment du mal. Le terrain reste toujours aussi escarpé, accidenté… Je passe mon temps à escalader des troncs d’arbres plus ou moins hauts, ce qui ne permet pas de tenir un rythme régulier et efficace mais bon on avance quand même. La chaleur est bien présente, ce qui m’inquiète vraiment pour le milieu de journée mais bon je ne vais pas me plaindre, je n’avais qu’à aller courir à la Motte Beuvron aussi ! Au 3ème CP qui se tient au cœur d’un village indigène adepte des peintures et autres tatouages rituels, j’arrive cuite de chez cuite. Oh miracle, il y a un tuyau d’arrosage et un volontaire brésilien m’offre une douche tiède certes mais douche quand même. Je repars avec dans mes pas le photographe qui joue les paparazzis. Comment te dire mon garçon… Tu as vu ma tronche ? Tu crois vraiment que je vais acheter un pack de photos hors de prix pour afficher sur mes murs mon visage boutonneux ? Eh oui j’ai oublié de vous parler de mon acné d’effort… Certains font de l’asthme, moi je fais de l’acné… C’est quand même pas de bol ! Et à mon avis l’eau précieuse n’est pas dopante, donc pas la peine d’en trimbaler un flacon dans mon sac… Du coup j’assume le fait d’être défigurée pendant 48h le temps qu’ils disparaissent d’eux-mêmes. Franchement entre les boutons, les griffures façon fifty Shade of Grey, je ne risque pas de gagner le concours de Miss Camp dans la jungle ! Avec les deux chutes du jour, à mon avis les bleus vont se rajouter histoire de mettre un peu de couleur dans tout ça. En tout cas, je reprends ma deuxième place parce que bon, faut pas me chercher quand même. Et ça me vaut un accueil des plus chaleureux avec un « ben t’es déjà là ? » d’un des coureurs russes. Nan mais oh, va te faire voir chez Poutine oui !
Du coup en arrivant tôt, ça me laisse le temps de récupérer un peu. Pas de douche donc rinçage à la mode gourde et luxe total, massage. Du coup je sens un charmant cocktail de produit de massage, de produit anti-moustique et d’odeur corporelle qui de toute façon devrait tenir les jaguars très éloignés de mon hamac cette nuit ! Les enfants s’amusent avec une gentille araignée de la taille d’une main pendant que je dine tranquillement dans mon hamac, me réjouissant au plus haut point à l’idée de renfiler ma tenue sale et humide du jour… Chouette ! Il est temps de dormir parce que demain c’est marathon et j’aime pas les marathons…

 

Etape 4 – 42km
L’étape est annoncée roulante, je t’en foutrais oui ! C’est Kiki qui a fait le parcours ou quoi ? Bon ok les 7 premiers kms sont relativement roulants dans la forêt c’est une réalité mais était-on obligé de rajouter histoire se marrer 2.5km de descente de rivière certes fraiche, ce qui nous changeait un peu de l’eau tiédasse de l’Amazone, mais avec de nombreux troncs d’arbres et autres branches sur lesquelles on venait s’empaler à toute vitesse ? Je ne crois pas non… Pour le coup mon sac va vraiment prendre l’eau et je découvrirai toute dépitée à l’arrivée que j’avais mal fait l’étanchéité de certains et que ça marine un peu. Je vous jure, vous nous auriez vu dans la rivière, on aurait dit des navy seals ! Au début on trouve ça rigolo mais au 3ème tronc d’arbre pris dans le mollet, ça commence à vraiment devenir légèrement lassant. Mes superbes manchons imprimé girafe sont définitivement perdus pour la cause puisque déchirés mais ce n’est pas bien grave. J’ai vraiment peur de me faire carrément mal pour la suite de la course. Ah j’ai oublié un détail rigolo, je suis avec une camarade de jeu qui me laisse ouvrir la route. Tu m’étonnes… A moi les troncs d’arbre, à elle les solutions d’évitement. Bon je suis mauvaise parce qu’elle se prend les arbres tout autant que moi hélas. Je sors enfin de l’eau épuisée et contente d’avoir survécu pour replonger presque toute entière dans une espèce de mangrove boueuse qui monte encore mi-cuisse. Il faut s’extraire de ce truc, ce qui est réellement épuisant pour le corps et l’esprit… tenter d’avancer mètre par mètre parce qu’il s’agit bien de ça et repartir avec des pompes gorgées de boue, comme dire. Enfin un tronçon plat me permet de recourir un peu avec un coureur qui sera mon compagnon de course par alternance durant tout ce marathon. Nous profitons d’une petite source d’eau pour nous rincer un peu les pieds et là première connerie de la journée. J’avais la veille eu la très mauvaise idée de confier mes pieds à un des membres du staff. Une ampoule sous cutanée mal située comme toujours chez moi, à la base des orteils l’avait inspiré. J’avais eu le droit à un strap qui allait immanquablement se terminer en ampoule monstrueuse avec l’eau et l’humidité résiduelle. Ça m’a pas loupé… Au lieu de tout arracher tout de suite, je préfère le laisser jusqu’à l’arrivée. Et c’est pas fini ! Arrivée au CP suivant je découvre consternée qu’il me manque une gourde, surement perdue pendant que je m’amusais à jouer les Rambo d’opérette. Je suis peut-être un chameau mais de là à faire la course avec 650ml d’eau, on oublie tout de suite. Du coup je dois basculer sur ma solution de secours : les deux flasques que j’avais prises pour le contrôle matériel qui sont certes de la bonne contenance mais pas compatible avec le type de sac que j’ai. Du coup je noie mon chagrin dans un verre de jus de carambole, petite surprise du chef qui fait un bien fou. Il est 10h du matin, la chaleur est étouffante, écrasante et on doit courir des kms sur une piste qui n’en finit pas. Au bout de quelques kms j’aperçois un pont qui enjambe une petite rivière superbe, claire et tout et tout. Ni une ni deux, je jette mon sac et je fais mon Chassignol : je plonge totalement dans l’eau où je reste jusqu’à ce que j’ai la chair de poule. Je peux enfin repartir pour les quelques kms qui me séparent du CP suivant. Alors que j’arrive, je raconte mon petit bain improvisé et un volontaire m’informe qu’il existe une douche à 100m derrière le CP. Ni une ni deux j’y retourne parce qu’on le veuille ou non, c’est la meilleure solution pour supporter de telles chaleurs écrasantes. Surtout que je ne verrais jamais le point mobile d’eau… CP3, piste caillouteuse mais piste quand même, rouge qui me rappelle l’ambiance australienne du Track. Mes pieds souffrent vraiment et la solution musique s’impose pour éviter de penser et tenter de donner un rythme aux 13 derniers kms. L’arrivée se fait sur une plage après la traversée de villages où les brésiliens planqués dans leur hamac nous regardent en se demandant bien ce qu’on a fait dans une vie antérieure pour s’imposer un truc pareil… Comme toujours les derniers kms n’en finissent pas… Mais alors que je prévoyais une arrivée à 3h, je suis au camp à 2h15. Je continue d’assurer ma deuxième place et surtout je gagne 45 min de récup pour me laver, laver mes vêtements et même mes cheveux, tant qu’on y est dans le délire ! J’ai la chance de trouver une place pour mon hamac à distance du camp pour être sûr de pouvoir dormir un peu. Je profite aussi de ce temps pour faire sécher mes affaires mouillées. Enfin surtout mon sac « technique » avec ma trousse de santé et ma frontale qui en plus d’avoir pris l’eau a trouvé le moyen la veille de s’allumer toute seule comme une grande dans mon sac à dos. J’étale mon bordel un peu partout, ma lessive sèche, et je me repose tout en dégustant un jus d’açaï offert par l’orga, parce que la bonne blague, on a juste 107km à faire demain… Mais bien sûr !

 

Ambiance au camp…

Etape 5 – 107km
Alors état de lieu et présentation de la rigolade : nous devons donc courir 107km sachant que nous devons avoir fait 57km et être arrivé au CP5 avant 15h pour avoir le droit de continuer… Comment te dire… C’est le temps qu’il m’a fallu pour faire 42km la veille… Mais bon la chaleur a ramolli mon cerveau et c’est bien décidé à passer cette foutue BH que je m’apprête à prendre le départ à 4h du mat. Je me dis qu’en tenant le rythme ça devrait passer raz les fesses mais passer quand même. L’idée est ensuite d’aller au CP6 manger et dormir un peu au CP7. Je vous jure ma naïveté me réjouit toujours autant ! Je boucle mon sac, enfile ma frontale et je file faire un dernier pipi de la peur avant de partir. Et là, alors que je tourne le bouton de ma nao, rien ne se passe… Je suis dans le noir complet… Et merde… Je suis à 5 min du départ et c’est la panique totale. J’ai une deuxième lampe mais un truc pour le camp, la toute petite la e+lite parfaite pour me laver les dents mais certainement pas suffisante pour aller courir en pleine jungle ! Alors que je m’énerve elle m’échappe et tombe, je vous le donne en mille dans le trou qui nous sert de toilettes… Bon ok j’étais en train de dire que c’était de la merde mais de là à aller la rejoindre directement, je n’en demandais pas tant ! Je me vois obligée de demander sa frontale à Crocodile Dundee qui était venu faire pipi avec moi (j’en ai de la chance…) et là miracle elle s’est juste coincée dans le sable sur le côté. Je continue de la cogner et nouveau miracle, elle se rallume. Je file sur la ligne de départ alors qu’il vient d’être donné et je n’ai pas fait 100m que je suis de nouveau dans le noir. Ok elle veut jouer à « jour, nuit, jour, nuit » c’est ça ? Autant dans « les visiteurs », c’est drôle autant là, franchement c’est nettement plus limite. Je suis en mode panique, je ne sais plus quoi faire. Un coureur brésilien est à mes côtés et me demande ce qui m’arrive. Je lui explique rapidement le problème et il me dit calmement « ok, on doit tenir 1h30 avant que le jour se lève, j’ai une lampe, tu restes à mes côtés et tout va bien se passer ». Je n’ai plus le choix, je dois adopter le rythme plutôt soutenu d’Ivan mais si je veux avoir une chance de finir cette foutue étape, je n’ai pas le choix. Je vais donc parcourir presque 10km avec une frontale qui tantôt éclaire, tantôt me plonge dans le noir absolu. Heureusement nous avons le droit à un terrain plutôt facile avec de la plage, du sable et de la piste. Le premier CP est là, le jour se lève. Je laisse filer Ivan et je décide de prendre deux minutes pour comprendre ce qui arrive à ma lampe. Je démonte le bordel et je découvre de l’eau dans la partie batterie. Mais c’est pas vrai… Tu as passé l’après-midi sur la plage à t’occuper de tes cheveux alors que tu savais que ta lampe avait pris l’eau. Tu me désespères pauv’fille va ! J’avais tout le temps de la faire sécher, de même tenter un rechargement mais non… Je démonte tout, tente de sécher au maximum la bestiole pour espérer que peut-être oh miracle, si jamais je passais la BH elle soit opérationnelle pour la nuit mais je sais déjà au fond de moi-même que c’est mort.
Et c’est pas fini… Quitte à enchaîner les conneries autant y aller carrément ! La balade façon rando rapide sur le plat prend évidemment fin très rapidement pour attaquer une partie jungle des plus sympathiques ! Grimpettes à te décrocher les poumons, descentes à te flinguer les quadri, je tente tant bien que mal d’avancer quand tout d’un coup sortis de nulle part des dizaines d’insectes volants me tombent dessus et me dévorent sur place. Je viens de faire la connaissance, violente la connaissance… des guêpes de jungle qui ressemblent à des porte-avions et qui en ont surtout la force de frappe… Je hurle littéralement de douleur alors que je me débats pour me débarrasser de ces monstres. Les brûlures des piqures sont littéralement des tisons ardents. Je panique totalement et dans la panique je prends ma gourde pour tenter avec l’eau de calmer cet enfer. Il me reste à vue de nez 6km à parcourir avant le prochain CP dans une jungle dense et je n’ai presque plus d’eau… Mes jambes me font pleurer de douleur et je suis totalement seule, ne pouvant appeler personne puisque de toute façon personne ne viendra me chercher. Je repars tant bien que mal, totalement paniquée parce que ma main gauche touchée elle aussi commence à gonfler et je ne sens déjà plus mon pouce. Si je suis allergique, je ne vois pas comment je vais pouvoir me sortir de là… Au bout de, je ne sais pas, 10 min je tombe nez à nez avec Ivan qui est perdu et qui rebrousse chemin. Il voit alors débouler sur lui une fille totalement hystérique, en larmes qu’il tente tant bien que mal de rassurer. Il fait le tour de mes piqures, enlève tous les dards que je n’avais pas vus, sacrifie, lui aussi, un peu d’eau pour me soulager et nous repartons tous les deux. Je suis dans un état second, la douleur est abominable, j’avance comme un zombi mais mon instinct de survie me dit qu’il faut absolument que je bouge, sinon ça va mal finir pour moi. Je peux vous dire que dans ma tête je gamberge sévère… Mes jambes gonflent, ma main gonfle… Je guette les signes d’un œdème de Quincke, sachant que je les connais en ayant fait un une fois dans ma vie. Chaque minute qui passe est une minute gagnée… Nous ne parlons que très peu, nous essayons d’aller le plus vite possible tout en essayant de ne pas rater ces foutues balises. Ces kms vont être les plus longs de ma vie mais au bout de 30 minutes, je sais que les risques d’allergie violente s’éloignent. Reste la douleur atroce et l’épuisement moral et physique dû au coup de stress. Nous arrivons enfin en vue du CP, je m’écroule en larmes avant de m’écrouler sur le tapis, avant surtout de m’écrouler de désespoir devant l’attitude des docs que je vais avoir en face de moi… Le problème quand tu as connu Isa ou même les doc’trotters du MDS, tu as toujours du mal avec les autres. Déjà ils ne prennent même pas la peine de regarder mes piqures, ils se contentent de me donner un tube de crème, le même qu’ils filent à tout le monde que ce soit pour une piqure de moustique ou une irritation due au sac… J’ai juste l’impression d’être porteuse de la peste bubonique et d’être contagieuse. Ils ne me proposent rien pour nettoyer les plaies, rien pour me nettoyer les mains avant que j’applique moi-même la crème… J’ai le droit à un « vous voulez du paracétamol ? ». T’as raison ma grande… 10 piqures sur les jambes et ton cachet de paracétamol va tout résoudre tiens. Je sais que dans l’absolu je suis sensée être en autonomie même question soin mais là quand tu récupères une personne paniquée qui a cru qu’elle allait y rester, un peu de compassion aurait été la bienvenue. Bref je me barre et tente de reprendre ma course puisque de toute façon, je pense sans trop me tromper que je ne fais pas d’allergie (sinon je serai déjà morte !) et que je ne vais donc avoir à gérer que la douleur, ce que je connais. Le reste de la journée va se passer difficilement mais bon j’avance quand même un peu. Le soleil est écrasant mais nous avons de plus en plus souvent de la piste, ce qui permet de trottiner ou à défaut de marcher vite. Je finis par rattraper Ivan qui semble souffrir de ses ampoules. Je lui dis qu’il doit s’accrocher, que de toute façon on aura la nuit pour se reposer et qu’il pourra repartir le lendemain matin. Alors que je finis par me retourner, il n’est plus là. Je pense qu’il va me rattraper à tout moment alors je continue. Après m’être un peu perdue et avoir été rattrapée au vol par un volontaire, j’arrive au CP4 à 14h15. La médecin me demande si je tente la BH. Sérieux, tu veux vraiment que je fasse 9km en 45 min épuisée, brûlée avec les jambes déformées par les piqures ??? Je décide de faire une pause et je me retrouve assise dans la rivière fraiche juste à côté du CP, ce qui soulage un peu mes jambes. Je grignote enfin un peu et je repars. Direction le CP5 où je sais déjà que je vais passer la nuit.
Alors que je m’attendais naïvement à un vrai camp, force est de constater que je vais passer la nuit sur un vrai CP qui va s’agrandir au fur et à mesure de l’arrivée des coureurs. Les volontaires brésiliens débroussaillent pour trouver de la place pour les nouveaux arrivants et les singes nous font bien comprendre par leurs cris incessants que nous sommes sur leur territoire… ça fait un boucan ! On dirait des alarmes de voiture ! Tu bénis le bon dieu d’avoir pris des boules quiès même si finalement la nuit, ils finiront par se calmer. Je suis épuisée, je ne me nourris presque plus… J’ai pris mon plat de récup mais je suis bien incapable d’avaler mon plat principal. Je m’écroule dans mon hamac, espérant pouvoir trouver le sommeil malgré la douleur de mes jambes. Réveil prévu demain matin à 5h pour un départ collectif à 6h et pour 50km restant. Sincèrement ? Je pouvais à ce moment-là me téléporter chez moi, je le faisais dans la seconde… Je n’ai qu’une envie, que tout cela s’arrête… J’ai tenté d’assécher mes pieds meurtris avec de la bétadine et de l’éosine et je croise les doigts pour que ma frontale assure au moins les 45 minutes avant le lever du soleil. Une seule chose raisonne dans ma tête : « pourquoi ? »… Pourquoi je m’impose ça, pourquoi j’accepte ça… Pour une médaille en terre cuite qui rejoindra les autres médailles dans un tiroir chez moi où je l’oublierais avec les autres ? Mes enfants me manquent, je ne pense qu’à ce qui aurait pu arriver le matin si la situation avait basculé dans le grand n’importe quoi. Oui bon je sais je l’ai cherché aussi… Je m’écroule malgré le bruit assourdissant et abrutissant des singes hurleurs et finis par trouver le sommeil, l’épuisement étant le plus fort.

 

Nous partons à 3 alors que le camp s’éveille. Certains sont arrivés pendant la nuit (quel courage… quelle folie même…) et partiront après nous. Ma lampe joue à « jour nuit » mais je suis incapable de rester dans la roue de mes 2 camarades. Tant pis, je me débrouillerai toute seule comme une grande. Le CP6 est installé sur une plage et le premier reflex que j’ai est d’aller me rincer et me savonner, histoire de calmer les douleurs. En enlevant mes chaussettes je constate dépitée que mes soins de la veille n’ont pas suffi. C’est un massacre… Et là miracle ! Je tombe sur quelqu’un de gentil mais surtout compétent. Ce para médical comme on dit est anglais et bosse si j’ai bien compris sur les bateaux de croisière. Il a donc l’habitude de tout voir et surtout de savoir gérer tout seul comme un grand beaucoup de choses. Il s’attaque à mes pieds par la face nord et mettra 45 minutes à tout bien emballer proprement en utilisant un produit, genre coussinet rose douillet que je n’avais encore jamais vu. Je repars en ayant certes perdu pas mal de temps mais à ce moment-là je sais que j’ai enfin une chance d’en voir le bout. Ne rêvez pas ce ne sera pas non plus un long fleuve tranquille ! Il fait une chaleur à crever et je n’arrive pas à boire suffisamment ou à m’alimenter et le parcours n’est qu’une suite de plages. Je ne peux plus voir l’eau chaude en peinture… Je rêve d’un coca frais ou de n’importe quoi de frais d’ailleurs ! Sans parler du vent qui pourrait décoiffer une bigouden ou décorner un charolais qui non seulement épuise mais surtout dessèche… Alors que mes pas me ramènent sur Alter Do Chao, je repasse à côté du restaurant où j’avais déjeuné le jour du départ. Je ne pense qu’à une chose : « putain mais pourquoi tu n’as pas gardé de l’argent sur toi ? ». Je me retrouve en train de réfléchir à ce que je pourrais trouver comme solution pour m’offrir un repas de poisson frais, du riz et la canette qui va bien. Bon mon alliance ou ma bague Fred dans l’absolu même si je le voulais je ne peux pas les enlever, mes mains sont tellement gonflées qu’il faudrait m’amputer un doigt. Et bon s’il faut que je rapprenne à taper avec 4 doigts… Ma frontale est foutue… J’ai bien ma spartan au poignet mais bon 690€ pour une assiette de riz ça fait cher quand même, et en plus je n’ai pas le chargeur. Bon du coup je continue mon petit bonhomme de chemin mais que les choses soient très claires entre nous, j’aurais eu de l’argent sur moi, je m’arrêtais et je mangeais ! Oui, c’est interdit le règlement mais là, à cet instant présent, le règlement je n’en avais strictement rien à secouer !

 

Ce qui est le plus regrettable dans tout ça c’est que j’ai la chance d’être sur des plages à tomber à la renverse de beauté mais je n’apprécie pas puisque je suis en mode zombie… Je suis là à râler comme un gamin sur la route des vacances « dis c’est quand qu’on arrive ? »… « et pourquoi je m’impose ça ? » et patati et patata… Je finis par jeter mon sac, mes chaussures et foncer dans l’eau faire l’étoile de mer. Ce petit bain me fait du bien mais surtout me remet d’aplomb. Tu vas arrêter deux secondes de chouiner comme ça et mettre ta musique parce que là il devient urgentissime d’arrêter de penser. Je passe donc en mode warrior et je vais même me retrouver à courir une dizaine de km alors que mes pas me ramènent sur un chemin de plage praticable. Alors que je suis de retour sur la plage, j’aperçois un petit bateau qui arrive à vive allure vers moi et j’entends Shirley, la big boss de la course « dis Cécile tu veux un verre de coca frais ? ». Après avoir analysé la situation et réalisé que, non ce n’est pas un mirage mais bien la réalité, évidemment j’accepte ! Dieu du ciel mais que c’est bon… Personne ne peut comprendre le caractère orgasmique du coca frais tant qu’il n’a pas passé 90km en plein cagnard ! Je repars pimpante, bien décidée à finir cette foutue étape avant la nuit. Après deux ou trois passages épiques avec traversée de mangrove et boue jusqu’à mi-cuisse encore… et une balade en barque pour me faire rejoindre l’autre rive (j’ai cru que je devais encore nager !), je finis par arriver au dernier CP. Il me reste 5 km et je n’en peux plus… et apparemment ça se voit ! Les docs présents semblent un peu inquiets de me voir dans cet état et refusent de me laisser repartir tout de suite. Sérieux les gars, il reste 5 bornes là… Je ne vais pas faire une pause de 30 min, je ne vais jamais finir à ce rythme ! Il faut dire que j’ai en tout et pour tout manger 6 amandes et une barre de pâte d’amande sur la journée… plus le verre de coca frais… Pour 50 bornes ça ne suffit pas j’en suis bien consciente mais rien ne passe et le seul truc qui pourrait me faire envie ce sont mes nouilles chinoises dans mon sac, mais encore faut-il qu’on me laisse rejoindre le camp pour pouvoir les manger ! Je finis par repartir un peu contre leur accord bien décidée à en finir au plus vite, même si je suis tout à fait consciente de ma faiblesse. Heureusement, Jamon, mon copain argentin déboule avec son sourire légendaire ! Je lui explique avec mes 3 mots d’espagnol que je ne mange plus et ne bois plus vraiment non plus d’ailleurs depuis des heures et que je ne suis pas très solide sur mes pattes arrières. Il me rassure en me disant qu’il reste avec moi et qu’on va finir ça tous les deux. Ce que nous allons faire tout en profitant d’un incroyable coucher de soleil sur l’Amazone, rouge flamboyant d’une intensité à couper le souffle. Nous arrivons juste au camp pour le voir disparaître derrière l’horizon, voilà c’est fini… Je sais que je serai finisheuse du jungle marathon !

 

Je file installer mon hamac à l’écart comme d’habitude et surtout me laver parce que j’ai vraiment besoin de me sentir enfin propre ! Je vais m’offrir le luxe d’un bain au crépuscule dans ce fleuve incroyable qui est d’un calme absolu la nuit. Je vais même m’offrir un shampoing et un masque Christophe Robin (merci les échantillons !), c’est vous dire si je me bichonne ! J’entends au loin un happy birthday bruyant, on fête l’anniversaire d’un des participants. Je vais avoir le droit à ma part de gâteau crémeux à souhait en rentrant sur le camp, propre comme un sou neuf. Comme je le prévoyais, seules mes nouilles chinoises passent… Mais c’est toujours ça ! Nous sommes installés dans le jardin d’une maison qui possède une cuisine ouverte au milieu des palmiers où le propriétaire fait griller son poisson et une pièce de viande indéterminée. L’odeur du barbecue me rend dingue ! Je n’en peux plus du lyophilisé !!! Le départ est prévu le lendemain à 8h, carrément la grasse mat quoi… Pourtant je ne vais pas réussir à dormir, la pleine lune s’étant invitée à la dernière minute. Croyez-le ou pas je vais me retrouver à regarder sur mon téléphone un film américain plutôt nul racontant l’histoire d’un sauvetage sur les flancs du K2… J’avais besoin de me refroidir l’esprit ! Le soleil se lève alors que j’ai à peine fermé les yeux mais je sais que c’est fini dans quelques heures alors c’est d’un cœur léger que je fais le vide dans mon sac pour ne garder que le matériel obligatoire en cas de contrôle à l’arrivée. Ce serait trop con de se prendre une pénalité pour ça, parce que la bonne blague c’est que je suis toujours deuxième féminine ! J’avais pris tellement d’avance sur mes poursuivantes que finalement mon plantage sur l’étape longue n’a pas suffi et je garde ma place durement acquise. Oui je sais que nous n’étions pas 50 femmes au départ et que beaucoup se moqueront de ce podium mais franchement le niveau de mes poursuivantes était sacrément relevé. Elles étaient préparées comme jamais et pas du tout des débutantes qui étaient arrivées là par erreur parce qu’elles avaient vu de la lumière.

 

Vue du hamac !

Etape 6 – 25km
Le départ est donné et très clairement, à part deux ou trois qui semblent avoir fait le pari du « le premier au bar ne paye pas la tournée », tout le monde passe en mode plaisir et « profitage » des derniers kms. Je trottine pas trop mal à ma grande surprise parce que si nous avons 25km sur une plage à faire, finalement le sable est relativement dur et permet d’avancer à un bon rythme. Par contre je suis en mode foulée ultra rasante parce qu’en fait je ne peux plus plier les genoux, ceux-ci étant totalement déformés par les piqures. Nous sommes samedi et les brésiliens profitent des congés pour envahir les plages et s’amusent de notre passage, nous ultra traileurs puants et transpirants ! On va m’offrir un verre d’eau fraiche que je vais accepter avec grand plaisir, je vais même avoir le droit au selfie souvenir en haut d’une dunette avec des naïades qui portent un maillot de bain totalement improbable pour la bretonne que je suis ! Ce qui me surprend c’est que j’ai à mes côtés ou juste derrière moi Isadora, la première féminine. Brésilienne, jeune et habituée des raids multisports elle a survolé l’épreuve en toute logique. Je finis par lui proposer de faire route ensemble parce que bon finalement j’ai bien dû faire 90% de la course seule et autant cela ne me gêne pas pendant l’épreuve, autant finir toute seule m’emballe moyen. Elle accepte avec joie et nous papotons tranquillement (elle parle anglais alléluia parce que force est de constater qu’après 8 jours je ne sais toujours dire qu’abrigado en portugais !) en cherchant désespérément où est cette foutue ligne d’arrivée ! Enfin elle est là, enfin la médaille. C’était un honneur et un vrai bonheur pour moi de passer la ligne avec Isadora qui a été tout bonnement incroyable toute cette semaine. Elle était la première à venir t’accueillir sur la ligne, attendant les derniers jusqu’à la nuit, leur proposant son aide. Quelques minutes plus tard, j’ai pris une douche, jeté l’intégralité de ma tenue que je ne peux plus voir et surtout sentir et je suis là les pieds abimés dans le sable à boire une bière offerte par la troisième féminine histoire de fêter dignement notre podium.

Putain de bordel, je l’ai fait… je suis finisheuse du Jungle Marathon !

 

Un soleil qui se couche, une caïpi et un prix… mais c’est le paradis ! 

Désolée j’ai pris très peu de photos… Mais il y a des vidéos et .