Run : Eh oh les traileurs !

Oui je sais, je pompe de façon éhontée le nouveau slogan à la mode à gauche et donc le travail d’une agence de com mais bon connaissant un peu les montants facturés pour l’élaboration de ce genre de rigolade et le logo qui va avec, je me dis qu’au moins autant que j’en profite un peu… Faut le rentabiliser non ?

 
Plus sérieusement, je viens ici aujourd’hui râler un peu. N’y voyez pas là l’expression d’une dépression post marathum mais juste un léger ras-le-bol d’avoir quand même l’impression parfois de pisser dans un violon… Tiens pour que vous vous couchiez en ayant appris un truc, en fait cette expression viendrait d’une dérive d’une autre expression tombée en désuétude, « souffler dans un violon » ce qui évidemment ne sert à rien. Avec le temps souffler est devenu pisser… Mais l’idée reste la même ! Si j’écris des récits de courses, de mes ultras surtout, ce n’est pas uniquement pour pouvoir lire ensuite « bravo, c’est formidable ce que tu fais ». Même si ça fait forcément plaisir, ça n’est pas du tout mon but ni mon intention de me faire flatter de la sorte. Non, le but est avant de vous donner des infos précises qui pourront vous servir si la dite course vous intéresse et que vous vous lancez ensuite. C’est d’autant plus vrai lorsque je me lance sur une course qui est une première édition.

 
Je m’explique en prenant un cas très précis illustré hélas par un drame qui vient de se dérouler en Patagonie. Un coureur est décédé d’hypothermie et une vague d’accusation s’est déversée ensuite sur plusieurs personnes les rendant responsables du manque d’informations communiquées par les personnes ayant été « invitées » lors de cette première. Personnellement je ne me sens pas du tout concernée puisque j’ai écrit en français uniquement et apparemment personne ne lit notre langue dans le monde… Enfin en dehors des francophones ! Mais puisque je lis un peu l’anglais et l’espagnol, j’avais en son temps fait le tour des réseaux et constater à droite ou à gauche les mêmes remarques que j’avais pu faire sur le caractère totalement extrême de cette course qui n’est plus un trail au sens où on l’entend mais un trail aventure, plus proche de l’esprit Raid. Un raid aventure, c’est Koh Lantha les caméras en moins… On doit être totalement autonome, prêt à survivre plus qu’autre chose. C’est le Raid Gauloise, pas le Raid Amazone !

 
Même si de nombreux points ont été remontés à l’organisation, il semble de ce que j’en ai entendu auprès de plusieurs coureurs engagés cette année qu’elle a fait le choix de rester sur cet esprit. C’est son choix ! C’est une course où personne n’ira contrôler que tu as bien tes piles, ta veste ou ton pantalon de pluie… Tu es adulte, tu te débrouilles et tu assumes tes décisions. Mais quand tu vois toutes les photos des coureurs qui se retrouvent à traverser des rivières gelées avec de l’eau montant au nombril sachant que derrière ils auront un col enneigé à passer, parfois de nuit avec le vent qui va bien, tu en déduis qu’il va vraiment falloir se couvrir et prévoir tout ce qu’il faut en conséquence dans ton sac à dos puisqu’il n’y a pas de sac intermédiaire. Oui, ok ton sac sera surement lourd mais il pourra te sauver la vie et aujourd’hui encore, je suis parfaitement consciente que si je n’avais pas suivi les conseils de mon ami Alexandre présent à mes côtés et qui avait un peu plus étudié la configuration de la course, je ne l’aurais pas vécu de la même façon et à mon avis, je serai finisheuse du 30km et encore ! Je ne connais pas tous les éléments de l’affaire puisque tout n’est pas encore publié et qu’une enquête est bien entendu diligentée pour établir les responsabilités de chacun dans ce drame, mais j’ai vu de nombreuses photos prises durant cette édition et plusieurs coureurs (pas le concerné !) étaient très clairement pas assez vêtus pour ce type d’épreuve et la taille de leur sac supposait qu’ils n’avaient rien à y prendre de suffisamment chaud et couvrant. Je sais que les textiles techniques ont fait des progrès mais quand même !

 
Quand je suis partie sur mon premier MDS et que j’ai paniqué avec mon foutu sac, après une expérience un peu compliquée sur ma première course en étapes (la Trans’aq pour ne pas la nommer), j’ai passé des semaines à poser des questions à des personnes ayant déjà fait la course et quand j’ai compris qu’on pouvait espérer avoir un sac de 7kg maximum, j’ai écouté les conseils et surtout je les ai suivis ! Quand je vois qu’il y a encore des personnes qui partent avec des sacs de plus de 10kg à une époque où la terre entière est connectée et que les infos sont disponibles d’un simple clic, moi ça m’énerve… Surtout quand je lis ensuite « mon sac est trop lourd, je souffre énormément » ! L’impact du poids du sac ce n’est pas seulement le dos et les épaules, c’est tout le corps qui morfle, qui engendre une nouvelle foulée, qui engendre parfois et même souvent des ampoules, ampoules qui engendrent elles-mêmes une foulée encore modifiée et on se retrouve à gober des x-prim comme des cachous pour tenter de soulager les douleurs. Et ne venez pas me dire que c’est impossible, j’ai réussi à le faire en emmenant en plus ma brosse à cheveux géante et de la crème hydratante ! Si je vous raconte mes aventures, c’est pour que vous évitiez mes erreurs qui sont encore nombreuses et que pour vous, tout se passe bien le jour J, pas pour que vous me disiez « wouah super tu as réussi »… C’est bon tout le monde a compris ?