Run : 4 trails pour le prix d’un !

Comment me suis-je retrouvée à prendre le départ du 30 km de Val Cenis quelques jours après mon excursion sur la 6000D le week-end précédent et surtout mon plantage en beauté au trail des Fiz le lendemain ? Je m’en vais vous raconter toute l’histoire qui bien entendu n’a rien de calme et reposant comme il se doit avec moi !

Premier épisode : Je vais finir par la randonnée !

Pour résumer rapidement ce mois de juillet plutôt lamentable… Verbier, plantage en règle, bachage lamentable, arrêt pitoyable… Bref pour résumer, comment ai-je pu croire une seule seconde qu’un ultra en montagne de ce niveau passerait la fleur au fusil sans prépa ? Franchement par moment je me fais peur moi-même. Comme le disait si bien Stéphane, mon compagnon de route et d’infortune « heureusement que tu n’es pas passé, parce que franchement c’était trop injuste pour les autres qui préparent si durement ce type de course »… Certes… Qu’il soit ici rassuré, ça n’est pas passé, mais alors pas du tout passé. J’ai vécu un truc que je ne connaissais pas, que je n’avais jamais expérimenté et qui est fort désagréable dirons-nous. Je me faisais des poussées de fièvre ou des coups de chaud genre ménopause avant l’heure, je ne sais pas trop, qui trempait mon tee-shirt comme jamais, même par 50° au fin fond du désert d’Atacama je n’ai jamais vécu un truc pareil. On voyait mon tee-shirt se tremper à l’œil nu. Seule solution pour tenter de récupérer un peu de fraicheur : j’allais de fontaine en fontaine, de tuyaux en tuyaux, pour tremper mon tee-shirt dans l’eau fraiche. Combien de fois Stéphane a-t-il vu ma brassière et mon nombril vergéturé par 4 grossesses à la Kim Kardashian plutôt qu’à la Kate Middleton, je ne saurai trop le dire… Mais je ne vous dis pas la vitesse horaire ! Au 40ème je suis une loque, je m’écroule sur un banc, je tente juste de reprendre mon souffle. Ah oui, ai-je oublié de vous dire que j’ai aussi fait de l’arythmie cardiaque ? Pour une fille qui a un rythme cardiaque équivalent à son niveau en montagne, à savoir proche du zéro, ça fait sacrément bizarre. Pourtant je repars, devant le regard affolé de Stéphane qui se dit que son martyr n’est pas fini et qu’il va devoir encore jouer les Saint Bernard pendant quelques km. Oh je vous rassure, le ravito suivant règle mon compte, je capitule sans trop de difficulté, laissant enfin mon speedy gonzales partir ravi d’être allégé de 58kg officiellement, surement 60 officieusement (les muscles sont plus lourds que la graisse, j’y peux rien !).

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Dire que cet échec m’a filé un coup au moral est encore très en dessous de la vérité… Heureusement je rentre chez moi et le bouclage de Running pour ELLES m’empêche de trop ruminer. J’envisage de me remettre vraiment officiellement au point de croix, de faire un 5ème enfant histoire de me planquer derrière un congé maternité quoique tomber enceinte naturellement à 43 ans c’est aussi difficile que de finir le Tor des Géants à cloche pied… Bref je suis mal…

Malgré tout cela je confirme ma présence au week-end de la 6000D sur le trail des 2 lacs (ça me fait marrer, j’ai commencé par l’ultra sur cette course et année après année, je diminue la distance, je vais finir par la marche nordique !) parce que je dois y bosser de toute façon et tant qu’à faire des conneries autant les faire par deux, je confirme aussi ma présence au trail des Fiz sur le 60… Mais bien sur…

Le truc le plus couillon dans l’histoire c’est que je suis un peu dans ma phase huitre et que je suis en mode autiste. Entre tous mes soucis perso (et c’est comme les médailles de marathon à une époque, je les collectionne !) et les soucis pro, j’avoue ça me fait mal au cœur d’aller y trainer le clavier. Je vois les copines qui s’entrainent sérieusement, qui ont des objectifs qu’elles atteignent et moi je végète depuis le début de l’année. Je sais bien que mes problèmes de thyroïde sont beaucoup plus handicapants que je ne veux bien l’admettre mais je m’entête en bonne bourrique bretonne que je suis. C’est terrible quand même cette manie de foncer dans le mur de granit même pas rose tête baissée comme ça… Je devrais me résoudre à une année blanche mais pour le moment c’est encore trop dur. Je ne vais pas vous mentir, j’ai le sentiment de faire une « mini dépression » post super année de dingue à travers le monde. Le désert me manque… mes aventures à la noix me manquent et j’ai du mal à repartir, à retrouver la niaque. Je sais aussi que mon corps a morflé. Qu’on le veuille ou non, je ne suis pas une athlète de haut niveau (ça je l’avais remarqué !), je n’ai aucun passé sportif, je suis juste une desesperate housewife qui tout d’un coup s’est piquée d’aller faire des trucs de malades à l’autre bout du monde sans passer par la case entrainement et apprentissage tout ça en perdant 20 000€ ! Mon corps se venge et mon esprit aussi je pense.

Enfin bon je vous raconte mes états d’âme à deux balles tout ça pour dire que je me retrouve sur la ligne de départ du trail des 2 lacs en me demandant bien ce que je fous encore là… Top départ, on attaque de toute façon par une montée hyper raide, ça calme tout le monde… Je pars seule parce que dans ma tête je suis terrorisée à l’idée de revivre ce que j’ai vécu au Verbier et franchement je refuse de faire vivre ça aux copains que j’ai retrouvé sur la ligne de départ. Ils sont là pour leur premier trail en montagne, pas pour une mission humanitaire et comme je ne sais pas du tout comment je vais réagir, je préfère vivre ça seule. Et puis courir à plusieurs en montagne ce n’est pas très simple de toute façon. J’ai mis mes écouteurs, je plonge dans ma bulle donc je sors quelques instants pour claquer la bise à mon kiné préféré à savoir Thomas Lorblanchet et son épouse qui nous encouragent. Thomas est blessé, je n’ose imaginer sa frustration dans ces moments là. Je vais vous épargner les commentaires du style « ça monte et ça descend », c’est une course de montagne… Il y a même des cailloux ! Nan sans rire ? Un truc de dingue quand même ! Surtout il fait super beau et ça, ça fait un bien fou. Pour une fois, je respecte aussi un protocole nourriture et boisson plus sérieux qu’à mon habitude. Je sais que ça va faire un peu pétasse ce que je vais écrire là parce que je sais qu’il y a des gens derrière moi sur la course mais je prends mon temps en fait. Je prends des photos, je papote un peu, je suis à l’écoute de mes sensations avant tout pour éviter de me griller. J’avoue que le fait d’être en terrain connu ça aide aussi un peu. Il faut dire que la 6000D tous les ans, à la fin tu finis par connaître un peu les lieux ! Le ravito est là en bas du glacier et je n’ai même pas envie d’y monter ! Je prends le temps de bien boire parce qu’il fait vraiment très chaud et je file sans demander mon reste. Je sais qu’il y a un autre ravito avant l’Arpette, donc pas de souci. Je fais surtout bien attention de regarder où je fous mes pieds parce que je suis tétanisée à l’idée de ma Sylvaine Cussot et me faire une entorse. C’est le seul truc que je pourrais faire comme elle d’ailleurs, une entorse… Parce que pour la petite histoire, même blessée elle me met un truc comme 15 minutes dans la vue sur ce parcours, à se demander s’ils n’ont pas construit un salon de coiffure sur le parcours et que j’ai profité de l’occase pour me faire faire des mèches… Le ravito est là, je demande combien de km il reste et un mec chargé du pointage me répond « 4km500 ». Ai-je oublié de vous dire qu’évidemment je n’ai pas pensé à faire charger mon GPS qui m’a lâché au bout de 4 km ? Un grand classique dont on ne se lasse pas une seule seconde, c’est ce qu’il y a bien avec moi. Bref je repars le cœur léger et surtout la gourde remplie au ¾ à peine pour ne pas me charger. Nouvelle erreur de débutante… ne jamais écouter ce que dit un bénévole !!! Allez savoir pourquoi, tout bénévole de son état ou presque (je n’ai pas fait de statistique précises mais je pense que 90% est un chiffre proche de la vérité) est atteint d’une maladie rare que l’on appelle « la diminuonite aigüe ». Il enlève systématiquement 40 à 50% de la distance réelle. Je le sais pourtant, mais je me fais avoir comme une bleue ! Le col de l’Arpette grimpé comme je peux, à savoir comme une limace sans bave, j’arrive en haut et force est de constater qu’il reste encore quelque km à parcourir. Une bénévole tenue à l’abri de la contagion de part sa situation géographique élevée me confirme qu’il reste 4km et moi je suis quasi à sec. Je quémande un peu d’eau pour finir et je repars de plus belle. Là je sais qu’il ne reste que de la descente alors je serre les dents et je file sans demander mon reste et sans avoir aucune idée du temps que je mets. J’aide un peu un coureur qui est en souffrance en lui filant un cachet de sportenine (c’est nouveau pour moi, ça ne marche pas, ça tient du placébo je le sais bien mais bon…) qui lui redonne la pèche et il s’accroche à mes côtés. Je connais les derniers km par cœur et j’avoue que l’idée de ne pas aller plus loin que la Plagne me réjouit au plus haut point ! Je suis contente parce que finalement, à part dans les vraies grimpettes j’ai couru tout le temps, ce qui est rare pour moi, bref je suis limite euphorique. Je passe la ligne d’arrivée, demande à mon voisin le temps que nous avons mis et il m’annonce 3h17. Je n’ai aucune idée de ce que cela représente, mais je suis plutôt contente, les sensations étaient bonnes, j’étais bien, bref je suis heureuse.

Episode 2 : tu l’as bien cherché !

Je récupère mon tee-shirt dix fois trop grand, mon verre de coca, je claque la bise à deux amis venus en spectateurs et je file à mon hôtel prendre une douche et rendre mes clés. Arrêt technique à Megève pour ravitailler, poser mes affaires pour les vacances puisque je suis sensée rester sur place 8 jours pour attendre l’arrivée des troupes familiales et m’entrainer un peu en vue du Tor des Géants qui me trotte toujours dans la tête et découverte surprise que mon grand copain Pascal Boutreau (que les filles de RPE connaissent puisqu’il écrit pour nous) est là pour commenter le jumping ultra mondain de la station alpine préférée de La Baronne de Rothschild, la vraie celle là. Inutile de vous dire que je me fais légèrement sonner les cloches quand je lui explique que je file dormir au camp de base pour être au plus prêt du départ le lendemain… Mais bon, il a l’habitude le garçon et je sens un regard légèrement désespéré lorsque je repars vers la voiture pour filer sans demander mon reste. Et c’est là que tout part en vrille… Et c’est surtout là que j’aurais du me douter que j’allais encore faire une connerie… Ma voiture est à plat, plus de batterie. J’ai laissé mes feux de position allumés et ma vieille voiture ne supporte pas la blague. Du coup je dois attendre qu’on me dépanne pour pouvoir enfin partir à l’arrache et très tardivement. Il faut dire que j’ai un rendez vous en plus sur place : je dois à la fois récupérer mon dossard mais aussi ma tente pour pouvoir dormir sur la ligne de départ. J’ai la chance d’entretenir des relations privilégiées avec les gens de Quechua qui est partenaire de cette course. J’ai donc passé un petit coup de téléphone pour savoir si on pouvait me prêter la célèbre tente 2 secondes pour la déplier, 2 heures pour la replier  (enfin je parle pour moi là !) et pas de souci, elle m’attendra sur le stand. Sauf que là j’arrive après la fermeture du stand… Heureusement tout rentre dans l’ordre, je récupère ma maison, mon dossard et mon assiette de pâtes. Je retrouve également un ami « virtuel » qui ne savait pas que j’étais là, Philippe qui était lui aussi au Verbier et qui lui aussi n’a pas vu le Col Saint Bernard. C’est dire si notre conversation était gaie ! Il part du principe que de toute façon ça ne passera pas le lendemain et j’avoue que même si je suis encore sur l’euphorie de ma course du matin, je sais aussi que je vais au devant d’un plantage en règle, je le sens au fond de mes tripes et pas la peine de tenter de lire l’avenir dans le marc de ma gourde d’overstim. Pourtant je vais dormir comme un loir, m’écroulant sous ma tente, la tête sur mon vrai oreiller, luxe suprême que je me suis offert puisque je venais en voiture. Réveil très matinal, frontale, petit déjeuner le regard vaseux, je ne pense qu’à un truc : mais qu’est ce que je fous là… Le départ est donné avec un lâcher de lanternes magiques, on se croirait dans Raiponce, et moi j’ai Maximus, le cheval, qui hennit mort de rire sur mon épaule…

Le départ est très roulant et dès ce moment là je comprends que c’est foutu. Je suis incapable de prendre un rythme, mon cœur s’emballe littéralement, j’ai coup de chaud sur coup de chaud, j’ai l’impression d’avoir la capacité respiratoire d’un bulot, je ne vais pas vous mentir, j’ai failli faire demi-tour au bout de 2km. Dans ma naïveté déconcertante, je décide de tenter le tout pour le tout et de partir en randonnée. Une sortie longue de 60km, si je passe les barrières horaires, ça peut toujours servir pour ma prépa du Tor. Eh bien même ça je n’y arrive pas. La première grimpette me laisse totalement exsangue et pour la première fois de ma vie, je vais faire la connaissance des serre-files… qui se rebaptisent immédiatement les « serre-filles » ! Ils sont deux, Louis et Philippe et non pas Louis Philippe comme je l’ai d’abord cru. L’organisation, joueuse ne leur a donné qu’un seul dossard avec leurs deux noms inscrits dessus.

Nous faisons connaissance, ils sont adorables avec moi et mon agonie passe du coup un peu plus vite. Louis est devant, il ouvre la voie en me racontant des histoires et Philippe ferme le convoi, se calquant sur mon rythme, si tant est qu’on puisse parler de rythme au demeurant. L’idée est d’aller au premier ravito, de faire un petit bout encore ensemble et je mettrais le cligno à droite pour redescendre sur le camp de base par mes propres moyens, histoire de mettre un terme à mon calvaire. En fait j’enrage de cette situation. Je vais devoir rentrer chez moi alors que les conditions météo sont parfaites, qu’il fait grand beau et que le parcours doit être à tomber à la renverse de beauté. Enfin c’est comme ça… Pas la peine de s’énerver, il faut juste accepter la fatalité. Je tiens 30 km, une fois par semaine, au-delà, ça ne passe plus. Retour au camp de base, je rends mon dossard et constate (j’avoue ce n’est pas bien du tout !) que je ne suis pas la seule à avoir déjà rendu mon dossard. Je file sans demander mon reste, un peu honteuse, tout en sachant qu’il n’y a qu’une seule chose à faire : me reposer et aller voir mon médecin pour faire un point.

Retour à Megève pour une sieste et un après midi à regarder les purs sangs qui sautent, les cavaliers vêtus de leur plus beaux atours en me disant que je vais de ce pas arrêter la course à pied pour me consacrer corps et âme à l’équitation (enfin corps surtout parce que bon sang de bon soir certains cavaliers semblent tout droit sortis d’une pub Ralph Lauren !). Je vais même apercevoir la Baronne, la vraie celle là venue remettre les prix aux champions. Et tant que j’y suis, j’aurais même la chance grâce à Pascal de croiser le grand Philippe Durand que j’ai failli appeler Guillaume Canet au demeurant et lui demander des nouvelles de Jappeloup. Retour chez moi plus tôt que prévu, aller m’entrainer dans ces conditions ne rime à rien, je dois d’abord savoir ce qui ne va pas. Bilan sanguin complet de chez complet, elle ne prend pas des tubes, elle me prend quasiment une poche de sang et force est de constater que tous les compteurs sont au plus bas. J’ai une tension de 8, je suis en pleine hypothyroïdie, et le reste n’est pas très brillant. Mais comme je ne manque pas d’humour, je demande quand même à mon généraliste de me faire un certificat médical d’aptitude à la pratique de la course à pied en compétition pour le Tor des Géants et je profite de cet instant d’éternité où sa mâchoire se décroche et où il ne peut articuler un mot pour attraper ma carte vitale, mon précieux sésame et filer sans demander mon reste !

Episode 3 : t’as voulu voir Modane, t’as vu Cenis…

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Toute personne normalement cortiquée avec un semblant de cerveau et de raisonnement lucide aurait en rentrant chez elle rangé les baskets et ressorti son abécédaire et le guide des thalassos de France et de Navarre. Seulement, pas de chance, je suis blonde et tout le monde sait que les blondes ont un centre de gravité plus bas, du à l’absence de matière grise et la présence de culotte de cheval (enfin apparemment trop de monde le pense !). Il faut dire que je suis poursuivie aussi ! On m’a invité à courir (enfin je pouvais aussi juste aller voir à quoi ça ressemble hein, le dossard c’est forcément mon côté professionnel qui ressort !) une course que je ne connais pas et joliment baptisée « Edf Cenis Tour ». On me parle de Modane dans le programme et croyez le ou pas, je vous jure que c’est vrai, je me suis vue en Italie faire un stock de vinaigre balsamique pour inonder mes salades tomate mozza tout le reste de l’été. Qu’EDF soit le sponsor clairement affiché ne me posait pas plus de problème que ça. J’ai bien rencontré un ingénieur breton de la maison et son épouse japonaise au fin fond du Chili qui bossait sur une centrale, donc pourquoi pas en Italie. Je me dis qu’un petit week-end entouré de mâles poilus la chemise ouverte sur leur poitrail triomphant, un tour à l’arrière d’une vespa sans casque, la queue de cheval au vent, les gelatti, les pièces jetées dans une fontaine, le vœu pieux fait de finir le Tor des Géants (il faut un miracle de toute façon maintenant), les pizzas les meilleures du monde… Bref je suis en plein trip « vacances romaines », je me prends pour Audrey Hepburn et d’un coup je me réveille en plein trip Barbie nulle en géographie… Le départ est donné de Lanslebourg et c’est dans le 73, pas du tout en Toscane mon histoire. Bon ok… ce n’est pas ma faute aussi, je suis nulle en géographie mes études d’histoire. Du coup moi qui me voyais déjà jouée à la madone des sleepings comprend que c’est totalement ridicule d’y aller en train puisque je vais mettre 3 heures de plus qu’en voiture. Et Cunégonde (ma jolie décapotable) reprend du service en plein cagnard avec coup de soleil sur les épaules à l’arrivée et coup de klaxon des camionneurs à mon passage en fond sonore. Me voilà donc dans les Alpes, d’un côté du parc de la Vanoise que je ne connais pas avec des barrages hydrauliques EDF partout… Je comprends mieux le nom du trail maintenant !

Je vais faire un truc de dingue samedi après midi : je ne vais strictement rien faire. Mais quand je dis rien, c’est rien de rien ! J’ai acheté Voici et je regarde tout en buvant de la San Pellegrino la énième diffusion de « un nouveau look pour une nouvelle vie » ou un truc dans ce goût sur M6. Résultat : Christina c’est moi, j’appelle tout le monde « ma chérie » depuis ce moment et j’ai tenté de relooker sans succès tous les traileurs que j’ai croisé, et croyez moi y a du boulot. Ah non, je mens, j’ai fait un truc : je suis descendue à la pâtisserie du coin pour m’acheter un éclair au café ! Diner avec les bénévoles et l’organisation, préparation de mes petites affaires pour le lendemain, tentative de visionnage d’une série sur M6 (j’ai dit que je débranchais, je ne fais pas les choses à moitié moi !) et je crois qu’à 22h je dors. Je conseille à tous les accros au somnifères et insomniaques de se faire injecter le virus (je sais que ce n’est pas un virus, pas la peine de vous énerver, c’est pour le mot !) de l’hypothyroïdie c’est d’enfer ce truc ! Je fais des nuits de 10 h à ronronner les papattes en rond sans bouger d’un millimètre !

Réveil, petit déjeuner, derniers préparatifs et papotages de dernière minute en règle, je suis au départ, littéralement terrifiée de ce que je vais tenter de faire. 30km avec juste ce qu’il faut de dénivelé positif pour affoler mon cardio… Mais qu’est ce qui m’a encore pris ??? Je sais qu’on peut se rabattre sur le 15km de façon officieuse et je m’accroche à cette idée qu’au pire, je pourrais rentrer à la voiture discrètement et filer sans demander mon reste.

J’ai pris mes bâtons mais j’ai décidé de les laisser dans le sac le plus longtemps possible. Après avoir discuté avec Vincent Delebarre sur une rencontre Quechua je suis de plus en plus convaincue qu’il faut que je fasse le maximum pour m’en passer. Pour ceux qui adorent ce type de détails : j’ai mes adidas riot que j’adore de plus en plus mais histoire de compliquer les choses j’ai décidé de tester une nouvelle paire de semelles semi sur mesures. Je m’explique ! On m’a proposé de tester un système qui permet de faire réaliser une paire de semelles sans passer par la case podologue. Vous recevez chez vous le système pour faire vos empreintes, vous renvoyez tout ça avec la marque de vos chaussures et votre choix de modèle. J’ai choisi le modèle soutien parce que j’ai tendance à avoir les genoux qui cognent en courant et du coup ma cheville droite part un peu en cacahuète dans les descentes surtout, ce qui me fait toujours craindre l’entorse et me freine dans mon enthousiasme. Comme je suis joueuse mais pas trop non plus (j’ai appris à me méfier de mes tests grandeur nature qui partent parfois en vrille !) j’ai pris la paire de semelles originelles dans mon sac à dos (autant le remplir celui là, moi dès que je n’ai pas 8 kg sur le dos, je me sens toute légère !). J’ai de quoi manger un peu, une veste imperméable, des manchons s’il fait froid tout d’un coup (il fait 30° à 9h du mat mais bon « le jour d’après » est un de mes films préférés et la glaciation du continent peut nous tomber dessus plus vite que prévu), téléphone et couverture de survie obligatoires et il doit bien y avoir une paire de gants qui traine dans le coin. J’ai bien sûr mes portes bonheur et comme je me manque pas d’humour, je porte le tee-shirt de l’édition 2011 du l’UTMB, celle où j’ai abandonné pitoyablement à Arnuva… Je sais je suis bizarre comme fille mais c’est le seul qui soit assorti à mon sac Oxistis !

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Départ est donné et je regrette très vite d’avoir fait le choix de me mettre en fond du troupeau. Certes mon niveau est bien celui là mais du coup au bout de 2km je me retrouve bloquée pour pouvoir passer la première « difficulté » à savoir un tout petit passage de monotrace derrière l’église du village d’à côté. Je vais perdre facilement 5, si ce n’est 10 minutes mais bon, c’est comme ça, tous les coureurs autour de moi sont logés à la même enseigne et force est de constater que tout le monde garde son calme, que la bonne humeur est là et que la galanterie reste de rigueur puisqu’on me laisse passer. C’est reparti et même si je tente de courir, dès que ça monte un peu trop, je dois marcher (Pierre Convert je sais, pas la peine de crier, ça ne me fera pas avancer plus vite !). Mais je résiste et je garde mes bâtons dans mon sac pour le moment. Dès que ça descend ou que ça redevient un peu plus praticable, je cours si tant est que le 7 à l’heure soit considéré comme de la course mais bon je regarde où je mets les pieds ! Je fais coucou à Emmanuelle une copine qui fait des photos en priant le bon dieu pour qu’elle soit autant la reine de photoshop qu’elle est la reine du bitume (et du sable en plus parce que 9ème féminine au MDS, fallait se bouger un peu !) et j’avance. Comme souvent j’ai mal regardé le parcours et j’étais persuadée qu’il y avait un ravito tous les 10 km. Seulement il faut plutôt attendre  le 15ème km pour enfin pouvoir boire un verre de coca et grignoter des raisins secs. Je vais prendre 2 minutes pour ravitailler correctement parce que je sais que derrière j’aurais la dernière grosse difficulté de la course à avaler, à savoir la grimpette au Col du Mont Cenis. J’attaque sans mes bâtons mais au bout de 500 m je comprends que là ça va être un peu coton. Je me résous à les sortir de mon sac, bien décidée à les ranger dès que je serai en haut. Je sers les dents, j’avance mètre après mètre. Je tente même d’encourager certains coureurs littéralement exsangues sur le bord du chemin. La délivrance est là, le sommet m’appartient, j’en profite pour admirer la vue sur le lac du Mont Cenis, pour poser mon sac et ranger mes bâtons et surtout avaler une compote histoire de prendre de l’énergie pour attaquer ce qu’il reste, à savoir 10 km de descente endiablée. Et c’est parti mon kiki ! Ceux qui sont habitués à ne courir que sur bitume n’ont pas du tout idée de ce que 10 km de descente représente comme effort en fait. En théorie, tu te dis « youpi, je me fous en boule et je descends jusqu’en bas », en réalité l’effort est tout aussi violent qu’en montée, différent certes mais il y a bien un effort à fournir, surtout quand vous êtes comme moi un peu tétanisée par la vitesse. Même si j’ai la chance de ne pas souffrir des quadri (preuve surement s’il en est que je ne donne pas tout ce que je pourrais donner), c’est fatiguant également nerveusement. Il faut être attentif en permanence si on ne veut pas partir en vrac sur la première racine qui surgit d’on ne sait où. Une chose est certaine : cette dégringolade sur Lanslebourg va être un test parfait pour mes semelles qui tiennent leur promesse. Je vois vraiment la différence, mes genoux ne cognent pas et j’ai le sentiment d’être un peu plus stable que d’habitude. Il y a un arrêt supplémentaire avant l’arrivée et je fais le plein de coca avant de repartir de plus belle. Nous ne sommes que quelques coureurs mais l’ambiance est vraiment agréable. On s’encourage, on s’entraide un peu, c’est vraiment conviviale même si la fatigue est bien présente. Le fait qu’on soit finalement assez peu sur le parcours et que le balisage soit réduit à son strict minimum vital me donne le sentiment d’être avant tout entre amis traileurs plus que sur une course et c’est très agréable en fait.

On commence à entendre les micros de l’arrivée, on voit le village en contre fort de toute façon. Enfin la rivière est là et après avoir passé le pont, nous piquons à droite en direction de l’arrivée. C’est enfin plat, ou tout du moins nous avons le sentiment que c’est plat. En fait c’est plutôt un léger faux plat qui me prend en traitre. Je sers les dents, marche quelques mètres pour reprendre mon souffle, et repars. Il faut en finir parce que je sens que je ne maîtrise plus ma température corporelle. Je suis en train de commencer à revivre le Verbier. J’ai à la fois très chaud tout en ayant des frissons et la chaire de poule. Je sens bien qu’il est amplement temps que tout cela finisse et je suis ravie d’avoir su être raisonnable ce coup ci. Le 50 km ne serait surement pas passé. Je passe la ligne d’arrivée avec de nouveau Emmanuelle derrière l’appareil pour immortaliser l’évènement, il faut au moins ça, je cours toujours ! J’ai mis un truc comme 4h41 pour faire 30km… Pas de quoi publier mais bon j’ai fini et ça fait du bien au moral. Une petite douche au camping, un arrêt au mac do d’Albertville comme toujours, et je rentre à Megève où ma petite famille m’attend. Thomas m’accueillera par un « Bon alors ta course tu l’as terminée ? » « Ouais, je l’ai terminé et même que cette fois, je n’ai pas vu le serre file » « eh ben ça nous change ! Sinon t’as prévu quoi pour le diner ? »… Ah la réalité… Y a pas à dire, y a que ça de vrai !

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