Run : Marathon de Paris 2015, Paris vaut bien… qu’on se blesse…

Je suis restée quelque peu silencieuse depuis la fin de mon marathon de Paris, me demandant en fait si oui ou non je devais communiquer à ce sujet et puis zut à la fin, il n’y a pas de secret non plus. Je vais donc vous parler de ma vie, pas celle de Barbie, ma vraie vie. J’ai grandi avec un problème de dos suffisamment grave pour qu’un jour on me dispense de sport à l’école. J’ai grandi dans la souffrance de ce dos qui ne me laissait que peu de répit. J’ai toujours considéré que si j’étais aussi « à l’aise » dans l’ultra, c’est que j’ai repoussé l’acceptation de la douleur à un niveau assez élevé. C’est aussi pour ce problème que je n’ai pu avoir de péridurale pour mettre au monde mes 4 enfants. Pour les pros des anesthésies, suite à un souci pour mon petit dernier, ils ont même tenté une rachis sans succès. Bref tout ça pour dire que lorsque je me suis mise à courir à haute dose diront certains, j’ai très souvent entendu dans mon entourage proche « mais ton dos ? Tu es sure là ? » J’appréhendais comme une folle mon premier ultra parce que je n’étais jamais restée debout aussi longtemps, moi la fille qui un jour a reçu une carte « handicapée station debout pénible » pour ne pas faire la queue à la poste ! Et puis ça a tenu, j’ai souffert évidemment mais pas pire que d’habitude. J’ai même eu le sentiment que ça s’améliorait mois après mois.

Et puis il y a eu 2015… Depuis le début de l’année ça devient vraiment compliqué. Je me retrouve de plus en plus incapable de bouger ou de marcher. Les crises violentes se succèdent à un rythme effréné. Heureusement que je peux bosser de chez moi ! Bien entendu je refuse de prendre le moindre antidouleur ou autre drogue en vente libre. J’ai toujours géré sans, pour le moment je continue. La journée de vendredi sur le salon fut terrible pour moi évidemment. J’ai veillé à m’asseoir autant que possible pour limiter la casse mais bon c’est toujours compliqué. Samedi matin il m’a fallu plusieurs heures pour me lever. Je ne suis retournée au Salon que pour voir comme promis mon copain Vincent parce que j’avais promis. Et surtout j’avais le diner avec mes petits camarades du Seven Continents Club. Hors de question de rater ça pour tout l’or du monde ! Et c’est pour eux que j’ai pris le départ du marathon dimanche. Entre notre super vétéran et surtout mon petit camarade qui a surmonté un cancer du poumon d’un fort beau gabarit pour dire les choses joliment, je n’allais quand même pas me désister. J’avais aussi promis que je calmerais les ardeurs d’une amie de la team Challeng’elles d’Asics qui courait son premier marathon et qui avait peur de partir trop vite.

C’est comme ça que je me suis retrouvée sur la ligne du départ, souffrant déjà et sachant qu’à un moment ça allait devenir l’enfer sur terre. C’est arrivé au 7ème km environ, ce truc infernal qui te coupe le souffle tellement c’est violent. J’ai laissé très vite partir ma petite camarade qui a assuré comme une chef comme je l’avais prédit. Et moi j’ai serré les dents… J’ai sorti ma radio (merci Nadia ton casque m’a sauvé la vie !), et j’ai avancé comme je pouvais. J’ai cherché des visages amis dans le public (Michel ta petite liquette de poire m’aurait été fort utile au ravito du 15ème !) et grâce à ça j’ai pu embrasser mon Pierre qui m’a reboosté pour repartir sur ces foutus quais de Seine qui n’en finissent jamais. J’ai même fini par appeler chez moi, ce que je ne fais jamais pour entendre comme je m’y attendais « bon sang, mais arrête et rentre là », ce qui m’a bien entendu décider à continuer coute que coute. J’ai même aidé un petit jeune en galère pour me changer les idées. Et Didier dans son beau tee-shirt gris, membre émérite de notre petite confrérie, est arrivé pour me sauver ! Il m’a emmené sur la ligne d’arrivée pour mon plus grand plaisir. Voilà je suis finisher et pour le moment je n’ai même pas été voir mon temps, franchement là je m’en fous. J’ai essayé de marcher le moins possible puisque de toute façon j’avais aussi mal en courant qu’en marchant. J’ai fait ce que j’ai pu et puis c’est tout.

Je ne sais pas ce que va être mon futur… Il va déjà falloir que j’aille enfin passer les examens qui s’imposent, l’ordonnance est sur mon bureau depuis des semaines. Je crois que j’appréhende énormément ce que cela peut révéler alors je repousse l’échéance. Le dernier spécialiste rencontré m’avait dit qu’un jour, je viendrais le supplier de m’opérer tellement la douleur deviendrait ingérable. Il m’avait parlé de 45 ans, je vais les avoir dans 3 mois… Il faut croire qu’il était plutôt bon ! Il m’avait surtout dit que pour faire face aux semaines de rééducation et autres réjouissances, il fallait que je sois le plus jeune possible évidemment. Bref on verra bien. Il faudra alors que je pense à ma reconversion professionnelle également ! Quoiqu’elle est toute trouvée : avec les centimètres perdus que je vais enfin récupérer grâce à l’opération « on redresse tout ça et on coince tout avec des plaques », je vais pouvoir devenir top model et faire les défiles haute couture ! A toute chose malheur est bon !