7 marathons, 7 continents, 80 jours : Paris, enfin !

Le philosophe a dit : « plus c’est long, plus c’est bon ». Si vous voulez mon humble avis, ce brave monsieur ne parlait pas de marathon… 

Comment vous parlez de mon dernier marathon ? De celui le plus attendu mais aussi le plus redouté… Eh oui la peur de dépression post marathon vous connaissez ? C’est celle qui ne manque pas de vous tomber dessus quand vous avez préparé une course pendant des semaines, voir des mois. Seule solution : rebondir, repartir sur un autre projet et voilà comment on se retrouve sans comprendre à 10 marathons par an… De toute façon c’est ça ou le prozac alors ! Imaginez ma peur, mon inquiétude, comment allais-je vivre cette course qui signifiait la fin de mon projet lancé il y a plusieurs mois et qui prenait fin aux pieds de l’Arc de Triomphe parce qu’il ne pouvait pas avoir meilleur endroit pour fêter ça.

Mais revenons à vendredi qui précède la course, jour où je rejoins la capitale pour vivre les derniers kms de mon tour du monde. Direction la Mecque du coureur à pied, à savoir le marathon expo, supermarché non pas à ciel ouvert mais à ciel fermé de tout ce qui peut rendre le coureur heureux. Il peut trouver là tout ce dont il a besoin, et surtout, tout ce dont il n’a pas besoin. Je ne parle pas bien sûr de toutes les courses qui sont présentées et qui lui feront tellement envie, un peu comme une femme devant la vitrine des Galeries Lafayette. J’en profite pour déposer mes baskets usées au stand d’Africa Run, passage obligé pour la coureuse enragée que je suis devenue. Je passe également chez Brooks récupérer la tenue que je porterai dimanche puisque j’ai eu l’idée saugrenue d’oublier ma jupette et mon tee-shirt dans le placard de ma chambre d’hôtel de Buenos Aires (petit rappel cette marque m’avait fait la joie de me suivre sur mon projet pour la dotation et une aide financière très appréciée !). Je n’oublie pas de passer par le stand officiel pour la casquette du marathon, tradition commencée au début de mon tour. Il n’y a que Puerto Montt qui me manque parce que vu la taille de la course ils n’ont pas prévu de casquette. Mais je me suis offert un bonnet chilien pour compenser que je porte toujours d’ailleurs l’hiver !
Je retrouve Eric un copain qui décide qu’il est temps de recharger nos réserves de sucres rapides à coup de macarons au chocolat (mon poids de forme s’éloigne à grands pas…) mais une amie me l’enlève pour aller faire les boutiques. Heureusement Olivier (Le Olivier de Marrakech) prend la relève et m’offre un coca glacé pour les calories négatives, me permettant de déculpabiliser à mort pour le macaron précédemment avalé. Bien entendu, en passant devant le stand Raidlight, j’ai discrètement acheté la jupette et le haut assorti pour la course du petit déjeuner mais ce n’est pas ma faute si je n’ai plus rien à me mettre… C’est en dégustant mon coca et en regardant de temps en temps les stands m’entourant que le doute me prend. Peut-être est-ce aussi le fait qu’Olivier soit là et que forcément nous parlions de Marrakech, le marathon que nous avons vécu ensemble… En tout cas, une chose est sure : j’ai beau repassé les images dans ma tête plusieurs fois, je dois me rendre à l’évidence, j’ai encore oublié mon soutif… « Bouge pas, je reviens, j’ai une petite course à faire ». Je n’ai pas besoin d’en dire plus qu’Olivier a déjà compris : « non, ne me dis pas que tu as encore oublié ? ». Quoi ? Oui c’est bon j’ai compris, faut que j’en parle à mon psy et ça tombe bien mon psy, je le vois le lendemain à la pasta party ! Je vous laisse aller relire le CR de Marrakech pour comprendre l’allusion !

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Bref ce n’est pas tout ça, avant que la carte de crédit ne demande grâce il faut partir et surtout rejoindre ma petite sœur qui m’invite dans sa grande bonté au Théâtre. Dieu que cela fait du bien de passer une soirée à rire avec Feydeau. Merci encore Constance ! Bon le seul souci c’est que question régime alimentaire, je n’ai pas vraiment le même style de vie que ma petite sœur (qui n’a de petite que le nom, puisqu’elle me dépasse de plusieurs cm !). Elle a décidé de fumer et de boire pour 2 mais question heure des repas, ce n’est pas tout à fait conforme à la tradition française. Pour faire court à 20h30 je calme la faim avec des petits beurres achetés au distributeur du théâtre et je finirais par demander grâce vers 1h du mat pour avoir un bol de pâtes dégustées à 2h… Je ne vais même pas être à jeun pour la course du petit déjeuner !!!
Je pose la tête sur l’oreiller et il faut déjà se lever. Ok je m’appelle comment déjà ? Ah oui, je cours ce matin ? Quoi encore ? Direction l’Unesco avec un petit voyage en métro comme je les aime, plein de rencontres. Je discute avec une coureuse d’origine wallonne mais vivant à Shangaï, un anglais et un monsieur charmant venant directement d’Afrique du Sud. Elle est pas belle la vie ! Si ce n’est pas une course Unesco je ne sais pas ce que c’est.
Je retrouve toute la petite bande de Courir au Féminin et Courir le Monde associée. Nous avons réussi à convaincre l’amie d’Eric à venir se joindre à nous plutôt que de rester au lit et c’est avec son superbe chien que nous allons nous échauffer. Très honnêtement je n’ai pas vu passer cette course. Quelques foulées et c’est déjà fini. Petit détail frustrant pour moi : je dois me sauver tout de suite puisque je suis attendue de nouveau au marathon expo pour une petite intervention en direct sur RMC, la radio partenaire du marathon. Heureusement que je sais que je vais retrouver tout le monde pour la pasta party du midi, cela rend les choses moins pénibles. Je fonce de nouveau au marathon expo et je refonce dans l’autre sens pour revenir au César, notre restaurant fétiche. Je suis ravie de retrouver les copines de courir au féminin, les anciennes comme les nouvelles. Elles ont vécu mon aventure à mes côtés et leurs messages étaient précieux pour moi. L’après-midi, ok j’avoue je ne fais pas grand-chose… Pas le courage de retourner au marathon expo et c’est avec le Prince Vladimir que je vais laisser passer le temps (c’est le nom du thé voyons !!!). De nouveau une pasta party avec les CLM cette fois-ci parce que plus on est de fous plus on rigole… Je sais surtout que je vais retrouver tous ceux qui ont décidé de vivre mon dernier marathon avec moi et déjà je peux leur dire merci. J’ai beaucoup de chance d’avoir autour de moi des personnes qui sont prêtes à sacrifier un temps pour être à mes côtés.

Raphaël et ses copains

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la fine équipe

Mirelle, Olivier et Dominique

Il est temps de vous les présenter :
– honneur aux dames avec Mireille. Je l’ai rencontrée lors de mon stage à Marathon avec comme coach de luxe Monsieur Dominique Chauvelier pour préparer NY et tout de suite nous nous sommes bien entendues même si je la déteste au fond de moi-même d’avoir les jambes parfaites qu’elle a !!! Elle est accompagnée d’Yves son mari, coureur lui aussi. Ils ont tous les 2 tout à fait ma façon d’aborder la course à pied à savoir que c’est un bon prétexte pour voir du pays. Comme ils sont sur Londres juste après ils vont faire les 10 premiers km avec moi et me retrouver pour les 10 derniers.
Pour vous présenter les autres, je vais utiliser l’ordre alphabétique pour ne vexer personne :
– Aurélien, rencontré sur la France en Courant. Notre amitié a commencé autour d’une canette de coca tendue spontanément à une arrivée d’étape bien chaude. S’en est suivi des longues discussions et la volonté de garder le contact. Je lui ai proposé de venir et comme lui aussi a un marathon en vue (Marseille) il sera avec nous à partir du 15° km.
Dominique, dit Basilio. Ah Dominique, comment parler de lui sans tomber dans les excès ? Il est « trop » ce mec !!! Non seulement il est là à mes côtés alors qu’il court le marathon en 3h à reculons avec un sac de cailloux sur le dos mais en plus il m’a brodé un dossard extraordinaire et m’a offert un trophée qui me fout la pression puisque je n’ai plus le choix, je dois finir !!! C’est la première fois que nous allons courir ensemble puisque d’habitude il est douché, coiffé et rentré à l’hôtel que j’en suis à peine à envisager de finir…
Olivier qu’on ne présente plus puisqu’il était déjà à mes côtés à Marrakech. Il m’avait promis d’être là pour le dernier, il a tenu promesse. Je dois avouer que sa présence est très rassurante pour moi qui stresse un peu.
Raphaël, mon alsacien, sera dans le sas de départ avec nous mais il a prévu d’accompagner des amis et sera peut être à nos côtés en fonction du rythme de chacun. Oui je sais, ça tient de la pop star ce cortège mais le ton est donné, on est là pour rigoler !
Nuit courte bien sur, comme il se doit, pas reposante pour un sou… Réveil douloureux et force est de constater que rien ne va. Je suis chez ma petite sœur qui habite à quelques minutes de la ligne de départ pour m’éviter le stress des transports en commun et pourtant il est bien là le stress. C’est la première fois que cela m’arrive : je ne peux pas manger. Mon gatosport me tend les bras mais rien à faire, j’avale à peine une demi-tranche. J’ai des nausées violentes que j’essaye de faire passer avec un thé mais il n’y a pas à dire, ça part mal cette histoire.
Je retrouve tout le monde sous l’Arc de Triomphe pour la photo traditionnelle et là je découvre mon Basilio. Il m’avait prévenu il n’avait pas l’intention de passer inaperçu… Ah ça je suis gâtée !!! Entre la cape du magicien, la boule à facette piquée au Queen en partant et les sacs de confettis, je me demande s’il a l’intention de courir ??? Ah oui j’oubliais, le chapeau de cow boy texan sous champignons hallucinogènes… Bref avec mon petit diadème, je fais assez minable !
Direction les SAS après avoir embrassé tout le monde et souhaité bonne chance à toutes les filles qui vont courir leur premier marathon. Je suis rassurée puisque je confie tout ce petit monde à Eric qui a décidé de prendre sous son aile Véro pour son premier. Je sais qu’il fera ramassage scolaire au cas où donc je peux courir sur mes 2 oreilles.
Passage obligé par le parking souterrain avenue Georges V où j’affirme haut et fort que bien sûr ma voiture est garée là sinon vous pensez bien que je ne me permettrais pas de venir faire pipi là au chaud ! Oui je sais, ce n’est pas bien de mentir et je vais griller en enfer pendant des siècles et des siècles mais bon d’un autre côté je suis plutôt frileuse comme fille alors autant aller là où il fait chaud et pis si je peux éviter de montrer mes fesses à 40 000 coureurs, ça m’arrange !
Enfin la ligne de départ. Il y a un monde fou dans les SAS et cela ne calme pas mon stress. Dernières photos dont la traditionnelle «2 pieds » avec Olivier et ça y est nous sommes partis ! L’avantage du SAS des 3H30 c’est que nous courrons très vite. Même si nous avons décidé d’adopter un rythme cool, c’est vrai que c’est agréable. Il fait beau, Basilio est déchaîné, j’ai mes amis autour de moi, la vie est belle.
Rue de Rivoli, et là c’est le drame : Basilio a oublié de démarrer son chrono ! Mince alors. On crie au faux départ, on demande un retour immédiat sur les Champs Elysées mais rien n’y fait, la foule de coureurs n’en a que faire du désespoir de Basilio. Bon, ça a un avantage, grâce à son oubli, nous allons mettre à peine 30 min pour 10 km, lui donnant presque l’illusion de courir pour de vrai.

CIMG2077Le ravito à la Michel…

Et déjà nous apercevons la Bastille. Je crains cette place comme beaucoup de places à Paris parce qu’elle est pavée et du coup dangereuse avec l’eau des bouteilles jetées sans être finies. Oh l’avantage c’est que comme l’année dernière le goulot d’étranglement est tel que nous allons marcher, que dis-je être compressés pour en sortir. Ça m’amuse parce que Basilio est sidéré de voir ça. Eh oui, il découvre ce que c’est que de courir avec le petit peuple et la compression de coureurs hormis chez le sculpteur César il ne connaissait pas !
Allez ce n’est pas tout ça mais nous ne sommes pas d’ici et il faut repartir. Direction Nation où nous allons déposer Mireille et Yves qui vont sauter dans un métro pour nous retrouver quelques heures plus tard. C’est dingue parce que je les envie déjà… D’abord parce qu’ils vont avoir la chance de voir les élites passer et surtout parce que j’en ai marre… Ok j’avoue, je sens déjà que la fin va être dure. J’ai beau être entourée, chouchoutée par mes bodygards, j’ai du mal. Ce n’est pas physique, c’est psychologique. Pourtant je vous jure qu’ils y mettent du leur pour me changer les idées, la joyeuse bande ! Entre Basilio qui crie, jette des confettis sur les spectateurs complètement ahuris de voir un marathonien déchaîné et Olivier qui joue son zébulon comme d’habitude en courant à droite pour aller chercher de l’eau, à gauche pour aller prendre une photo, je n’ai pas le temps de m’ennuyer (quand il court un marathon avec moi, en fait il fait au minimum 50 bornes lui !).
Je passe à côté de l’endroit où je suis tombée à moto quelques semaines auparavant et Basilio propose d’arrêter la course pour respecter une minute de silence. Personne n’a l’air décidé et franchement je ne comprends pas pourquoi. Du coup ce sera un lâché de confettis pour marquer le coup. Nous fonçons vers le 15° km où nous attend la fine équipe CLM et Aurélien. Mais également, et là franchement je me demande si c’est une bonne idée, mon ravito perso (oui oui comme les élites !) à savoir une bonne rasade de liqueur de poire. Je l’avais dit et comme pour les sauterelles je n’ai pas le choix, je suis filmée ! Bon ok je tousse… Moi d’habitude la liqueur c’est en fin de repas bien lourd et ça sert à dissoudre les graisses. Mon estomac a jeun en prend un sacré coup. 2, 3 bretzels pour éponger tout ça et me voilà reparti avec un garde du corps supplémentaire, à savoir Aurélien, plutôt en forme le garçon. Nous continuons dans le bois de Vincennes et une coureuse superbe m’aborde. Elle est de Clermont et a suivi mon périple, elle tenait juste à me saluer. Quel bonheur ces quelques secondes, ces rencontres furtives pendant une course. Il y en aura pleins d’autres grâce aux cris de Basilio. Bon il s’emmêle parfois un peu les pinceaux et je me retrouve très vite à avoir couru 80 marathons en 7 jours… Eh oh je ne suis pas Serge Girard !

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Aurélien en noir et jaune nous rejoint !

Nous continuons notre retour vers Paris et le semi arrive. Vous auriez vu la tête de Basilio quand il a regardé son chrono à 2 fois… Il n’a jamais couru aussi lentement le pauvre ! Et là petit miracle du marathon comme je les aime : j’entends un « Barbie » derrière moi et vois tout d’un coup débarqué Shéhérazade, ou plutôt Linda, Tata Linda pour les intimes qui me lit depuis pas mal de temps maintenant. Elle ferait un beau couple avec Basilio dans le genre «animateur de course ». Je repars de plus belle, reboostée par ses encouragements.
Enfin ça ne va pas durer parce qu’il faut se rendre à l’évidence, j’ai envie de faire pipi. Et comme vous le savez sûrement, il y a 2 choses qui peuvent rendre une femme méchante : un estomac vide et une vessie pleine. Mince alors il y a la queue aux toilettes… Et je sens que mes hommes en ont marre de se traîner. Tout d’un coup j’aperçois une petite rue tranquille alors je fonce et je me planque. Quelques secondes plus tard je suis de retour et j’ai le droit à un accueil tout ce qu’il a de plus discret. Eh les mecs j’ai juste fait pipi…
Retour Place de la Bastille et début des quais et surtout des fameux tunnels. Pour certains ce sont des moments difficiles mais pour moi j’adore ! Ce que j’adore encore plus ce sont les plongeurs à l’entrée du premier tunnel. Bouge pas je veux une photo ! Les pauvres ils sont en train de bosser et vu qu’il y a un bateau et des plongeurs sous le pont je me doute qu’ils sont en train de chercher quelqu’un. J’ai vécu sur une péniche pendant quelques temps et hélas je connais ce ballet.
Allez changeons de sujet et fonçons tête baissée dans le premier tunnel. L’ambiance monte comme d’habitude. Les coureurs sont entre eux et font ce qu’ils peuvent pour évacuer la tension accumulée par leurs premières heures de course. C’est marrant parce que mes comparses n’avaient jamais connu ça. Apparemment les coureurs qui vont vite ne sont pas aussi démonstratifs. Bon le problème c’est que tunnel est aussi synonyme de sortie et donc de montée… La première passe tant bien que mal mais la 2°, bon sang la 2°… Je ne sais pas ce qu’il se passe mais je bloque. J’arrête de courir et je marche pendant 10 m. Je n’ai pas mal, j’ai juste besoin de marcher. Mon corps ne répond plus. Cela ne dure que quelques mètres mais cela me fait un peu peur pour la suite. La montée suivante se fera sans trop de problème. Je ne sais pas ce qui s’est passé. Nous sommes au Troca et je sais qu’il nous faut maintenant guetter Mireille et Yves qui nous attendent. Ils sont là, superbes tous les 2 dans leur tenue skin et je crie : « zou hou les copains on est là ! ». Allez maintenant c’est carrément une colonie de vacances qui se dirige vers l’arrivée.

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Ouais je sais… 

Basilio nous quitte pour aller rejoindre son propre fan club mais comme il a des soucis d’épingle à nourrice, je perds Olivier en charge de la garde robe de Monsieur, comme si s’occuper de moi ne lui suffisait pas… Nous continuons notre route et rentrons dans le 16°. C’est une partie que j’aime peu en fait mais une chose me tient : je sais qu’au 36° nous attend un petit groupe de Cafeuses (comme le dit si bien Eric) avec à leur tête Brinouille qui m’a l’air remontée comme un coucou suisse.
Nous avons récupéré nos 2 stars du jour et nous fonçons vers le ravitaillement du 35°. Enfin « fonçons » c’est une façon de parler bien sur parce que franchement je me traîne. Comme le dit Aurélien, j’ai une sale tronche… On voit sur mon visage que je suis fatiguée. Heureusement Miss Zèbre, à savoir Brinouille et son gang des pom pom girls en goguette sont là pour m’accueillir. Super je m’arrête pour prendre quelques photos mais déjà Brinouille, qui est beaucoup plus sérieuse que moi, me pousse aux fesses et me remet sur la route. « Allez zou, tu as un marathon à finir… ». Oh la la, même pas drôle… Bon le bois de Boulogne est là et je me souviens que l’année dernière au même endroit un autre Olivier commençait à se dire qu’il n’avait peut être pas eu une bonne idée en me proposant de m’accompagner pour battre mon record perso et me permettre d’être qualifiée pour Boston.

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L’équipe des 3 fantastiques !

Ce qui est marrant c’est que finalement, malgré mon rythme plus que lent j’ai l’impression que le temps passe super vite. Les garçons qui, il faut dire n’ont vraiment pas l’habitude de courir à ce rythme en profitent à fond. Et que je te mange des rillettes, de l’andouille, avec un coup de cidre par la-dessus. On arrive Cécile il y a du beaujolais… Au milieu des coureurs qui souffrent leur légèreté tranche vraiment !
Un ami d’Olivier s’est joint à nous pour quelques km et des petits groupes se forment au gré des ravitos ludiques. 40° km, j’avale une gorgée d’eau et je redémarre tout de suite. J’en ai marre, je veux finir. J’obéis à tout ce qu’on me dit (comme quoi pour faire ce qu’on veut d’une femme il suffit de lui faire courir 40 km…). On me tend des bouteilles d’eau et je bois. Tiens des raisins secs, je mange. Gentille fille ! Raphaël surgit tel Zorro pour se joindre à moi pour les derniers km, les amis qu’il accompagnait allant bien il m’a attendu. C’est pas gentil ça ?
Ça y est enfin la porte Dauphine, synonyme de fin est devant nous mais surtout pour moi. Basilio part devant pour annoncer mon arrivée même si je me demande si quelqu’un ignore encore que je finis mon tour du monde dans le public et parmi les coureurs. J’attrape la main de mes comparses pour passer la ligne avec eux. Ce marathon ce n’est pas seulement mon marathon, c’est notre marathon. Dieu que j’ai de la chance d’avoir des gens comme ça à mes côtés ! Nous passons la ligne ensemble et c’est dans leurs bras que je tombe. Ça y est c’est fini !!! Honnêtement je n’en peux plus et je suis ravie d’avoir fini… Bizarre comme sensation d’ailleurs, heureuse d’avoir fini, inquiète aussi pour ce qui va se passer après.
Il faut d’abord que je trouve Isabelle qui m’attend à la remise des médailles. Vous vous souvenez, Isabelle du marathon de Tokyo ? Elle est bénévole ce jour là et j’ai à peine le temps de l’embrasser parce que je ne peux pas gêner plus longtemps le flot des coureurs qui veulent leur médaille tant méritée. Comme d’habitude je n’ai qu’une envie : une douche ! Et là surprise mon portable sonne : c’est ma petite sœur ! Quoi ? Elle est réveillée ? Et même pire elle est déjà dehors et elle me cherche ! Alors ça, ce sera le miracle du jour. Encore plus fort qu’une mère de famille qui court 7 marathons en 80 jours, Tata Constance qui est dehors un dimanche à 14h ! On se retrouve chez elle et enfin je prends ma douche. Histoire de bien la dégoûter de la course à pied je lui montre ma nouvelle ampoule apparue sous la peau de la précédente née à Tokyo. J’hésite à la prendre en photo pour la postérité mais devant l’air effarée de Constance, je me ravise.
Voilà c’est fini… Et pour moi je ne vais pas mentir, c’était déjà fini quelques jours auparavant. Ce marathon de Paris fut le plus dur surtout parce que je n’avais pas envie de quitter les miens une nouvelle fois. Cela fait plusieurs semaines que je vis dans les hôtels, les avions et cela m’a permis de réaliser à quel point j’avais besoin d’eux. Je regrette vraiment à cet instant de ne pas les avoir fait venir à Paris en fait. Mais bon, cela n’aurait pas été simple à gérer, je ne pouvais pas être auprès d’eux avec le programme intensif qui m’attendait. J’en ai 4 quand même, de tous les âges et on ne peut pas dire que la course à pied les passionne. Le petit dernier m’a dit alors que je déposais à l’école vendredi avant de sauter dans le train : « courir beaucoup marathons Maman quand même… ». Je crois que le message est passé. Du coup, je fonce gare de Lyon et je me surprends à courir plus vite que pendant le marathon alors que j’ai des bottes de motarde aux pieds et un sac lourd comme Hérode au bras. Comme quoi… Pas une courbature, rien le lendemain qui pourrait me rappeler que j’ai couru un marathon. Cela fera dire à Aurélien que la prochaine il sort le fouet pour me faire avancer plus vite !
Et voilà, un 7° marathon pour moi et le dernier de mon tour du monde. J’ai réussi mon pari et je crois que j’en suis la première surprise. Moi la fille incapable de finir un cross au collège sans risquer l’asphyxie, je suis là avec mes 7 médailles devant moi, ne réalisant pas vraiment ce qui s’est passé.
Merci encore à tous ceux qui ont sacrifié leur dimanche pour moi, pour m’accompagner km après km et m’offrir un marathon qui restera gravé dans ma mémoire comme un de ceux où j’ai le plus rigolé !!!
Merci à Aurélien, Basilio, Mireille, Olivier, Raphaël et Yves pour tous ces moments inoubliables et surtout merci à Philippe Paillaud, le premier français du Seven Continents Club pour avoir ouvert la voie ! Parce que sans lui et sans son livre, jamais la dispensée de sport au lycée se serait retrouvée en Antarctique.
Merci évidemment à mes proches sans qui cela n’aurait pas été possible et surtout les grand-mères qui ont assurées la logistique pendant mon absence. Sérieux, le plus compliqué ce n’est pas de courir 7 marathons sur 7 continents en 80 jours, le plus compliqué tout le monde le sait, c’est de faire garder 4 gamins pendant mon absence !