Depuis que de plus en plus de courses se jouent à la loterie, une idée revient régulièrement dans les posts et les discussions : et si on « faussait » l’algorithme pour imposer un tirage au sort à parité hommes-femmes ? Sur le papier, l’intention est belle. Mais est-ce vraiment la bonne façon d’attaquer le problème ? Je t’avoue que, sur ce coup, j’ai un peu de mal à trancher. Alors posons les choses, avec mon vécu et mes doutes. 🤔
De quoi on parle, au juste ? 🎟️
Le raisonnement de celles et ceux qui défendent l’idée est le suivant : puisque les femmes se sentent parfois en « infériorité » numérique sur une ligne de départ, savoir à l’avance qu’elles auront plein de copines autour d’elles pourrait les mettre en confiance et les décider à s’inscrire. Concrètement, il s’agirait de pondérer le tirage au sort pour garantir autant de dossards aux femmes qu’aux hommes, quitte à « corriger » l’algorithme de la loterie dans ce sens.
Perso, la minorité ne m’a jamais fait peur 💪
Je vais être honnête : à titre personnel, le fait d’être plus ou moins nombreuse au départ n’a jamais été une source d’inquiétude pour moi. Je suis d’une génération où, au départ d’un ultra, on savait déjà qu’il y aurait, inclus avec le dossard, une bonne plongée dans un bain de testostérone. Parfois un peu pénible, c’est vrai, mais ça faisait partie du package, et on faisait avec. Mon ressenti ne vaut évidemment pas pour toutes, mais il colore forcément ma lecture du sujet. Il faut dire que j’ai un passif particulier… Deux ans en pensionnat de garçons parce qu’il n’y avait plus de place chez les filles, ça vous forge une bonne répartie. Pas de panique, je ne partageais pas ma chambre avec un collègue masculin, j’avais la mienne chez un professeur d’Histoire juste en face du lycée mais je partageais tous les repas avec eux, les études le soir, bref pas mal de moments de vie. Et si tu rajoutes un an de fac avec une prépa St Cyr… 😂 Bref, vous avez compris l’idée !
Mais j’ai vu, de mes yeux, la différence 👀
Et pourtant… j’ai vu ce que change une ligne de départ plus équilibrée. Aux États-Unis, il y a presque 20 ans déjà, on était facilement 40 % de femmes au départ d’un marathon. J’ai surtout senti la bascule sur des ultras en étapes, comme celui que j’ai couru en Jordanie avec Ultra X, où l’on frôlait la parité. Je crois qu’il faut avoir vécu les deux, des ultras à 90 % d’hommes et des ultras à 50 %, pour vraiment comprendre ce que je veux dire : les comportements étaient différents, et, je l’avoue, l’ambiance était nettement plus agréable. C’est tout l’argument de la « masse critique » : tant qu’on reste une petite minorité, l’expérience peut être rude, et certaines renoncent justement à cause de ça. Ce qui entretient le cercle « vicieux ».
Le vrai sujet : l’offre ou la demande ? ⚖️
Voilà où le bât blesse, pour moi. Trafiquer l’algorithme d’une loterie, c’est agir sur l’offre : combien de femmes on laisse entrer. Or le vrai problème se situe plutôt du côté de la demande : combien de femmes ont envie, ou osent, s’inscrire. On peut bien forcer la parité sur une ligne de départ une année donnée, si les raisons pour lesquelles les femmes postulent moins n’ont pas bougé (charge familiale, sentiment de légitimité, sécurité, barrières horaires serrées, imagerie des courses encore très masculine…), on n’a rien réglé en profondeur. C’est précisément ce qui me gêne : ça ne traite qu’une partie infime du problème de fond.
Ultra X : l’autre chemin, celui que je préfère 🙌
Ce qui rend l’exemple d’Ultra X intéressant, c’est qu’ils ont pris le problème dans l’autre sens. Ils ne sont pas arrivés à la quasi-parité en « trichant » avec un algorithme, mais en travaillant en amont pour que les femmes se sentent suffisamment en confiance pour s’inscrire d’elles-mêmes. C’est plus lent, c’est moins spectaculaire, mais c’est durable. Et surtout, ça évite un écueil que je trouve majeur : le malaise du « j’ai eu mon dossard parce que je suis une femme », qui peut être vécu comme dévalorisant par celles-là mêmes qu’on cherche à encourager.
Ma ligne rouge : la transparence 🚦
S’il y a une chose dont je suis sûre, c’est que tout se joue sur la transparence. Un quota de dossards ouvertement réservés aux femmes, annoncé et assumé, n’a rien à voir avec le fait de « fausser » discrètement une loterie. D’ailleurs, le vocabulaire employé dans ces fameux posts (« fausser », « tricher ») dit déjà tout le malaise.
Et puis il existe tout un éventail de leviers plus efficaces et bien mieux acceptés pour faire venir les femmes : des barrières horaires généreuses même si je considère qu’on doit continuer à proposer des courses avec des BH strictes, à nous ensuite de faire notre choix, une vraie attention à la sécurité sur les parcours, une communication et des photos qui montrent enfin des femmes et pas que des élites auxquelles on s’identifie rarement, des résultats féminins réellement mis en avant, voire des solutions de garde d’enfants sur les grosses épreuves… La liste est encore longue… Bref, lever les freins, plutôt que redistribuer les places en douce.
Alors, pour ou contre ? 🤷♀️
Tu l’auras compris, je ne te donnerai pas de réponse toute tranchée, et c’est volontaire. Je comprends l’intention, je reconnais même, mon propre vécu à l’appui, qu’une ligne de départ plus équilibrée change vraiment les choses. Mais forcer la parité au tirage au sort, ça me semble soigner le symptôme en oubliant la maladie. Je préfère mille fois qu’on s’attaque aux vraies raisons qui tiennent les femmes éloignées des départs. Le reste suivra, et de façon bien plus solide.
Et toi, tu en penses quoi ? Team « on force la parité pour amorcer la pompe » ou team « on attaque le problème à la racine » ? Est-ce que le nombre de femmes au départ a déjà pesé dans ta décision de t’inscrire (ou pas) à une course ? Je suis hyper curieuse de te lire en commentaire ! 👇