Run : Kaçkar by UTMB ou le trail à la turque version eneigée

Ma course de rentrée comme toujours ne s’est pas passée comme je l’avais envisagée, alors qu’il y a presque un an, je la mettais à mon calendrier 2025. Neige, boue, parcours annulé, report d’inscription pour finir avec une nouvelle running stone au sens propre comme au figuré ! Je vous emmène avec moi vivre mon 20K du Kaçkar by UTMB ou le trail à la turque 😉.

La genèse

Comme toujours avec moi il y a une petite histoire derrière la grande histoire. Août 2024, je reçois une invitation pour la conférence de presse présentant les 2 petites nouvelles « BY UTMB ». Si la première au Mexique ne m’intéresse pas, j’ai un coup de cœur immédiat pour celle en Turquie. Les images présentées sont à des années lumière de ce que j’imaginais pour ce pays… Pour la touriste que je reste, quand je pense Turquie je pense Istanbul, la ville qui a un pied en Europe et un autre en Asie, la Cappadoce, ses ballons multicolores et ses cheminées rocheuses, et Antalya… avec ses touristes couverts de coups de soleil, les pieds dans leurs Birkenstock chaussettes. Plus caricatural, tu ne peux pas !

Alors lorsque je découvre ces montagnes enneigées, ces forêts et ces prairies verdoyantes, je suis en mode « nan mais c’est où ça » ! Pourtant il suffit d’avoir deux sous de jugeote et de connaissances géographiques pour réaliser que bien entendu situé au nord du pays au bord de la mer Noire, au nord-Est de l’Anatolie, c’est la partie la plus élevée des Alpes pontiques. Kaçkar signifie d’ailleurs « bien enneigés » et j’apprendrais plus tard que le lieu est ultra prisé des amateurs de poudreuse façon héliski.

Je lève donc le doigts pour dire que je suis très intéressée pour venir couvrir en tant que journaliste (et coureuse bien entendu) la première édition. Lorsque l’invitation officielle tombe, je suis en train de construire mon année 2025 et donc encore pleine d’optimisme ou de naïveté, c’est comme vous voulez. Je décide donc de partir sur le 50K, histoire de ne pas venir pour rien, le 100K était un peu trop long et le 20K beaucoup trop court pour justifier un tel voyage. Je préviens aussi tout de suite que je vais m’arrêter au retour à Istanbul pour enfin aller voir Sainte Sophie en vrai. Des mois en fac d’Histoire à étudier la période de sa construction, et d’ailleurs aussi un peu de sa destruction*, il est grand temps à 55 ans d’aller voir ça de plus près. Seulement voilà, je ne vais pas vous refaire toute l’histoire mais ma saison 2025 ne se passe pas comme prévu… Blessure, convalescence, 6000D défi que je gère lamentablement ne me permettant pas de finir les 3 étapes… Je connais les barrières horaires, sur le papier c’est jouable mais dans ma tête, c’est un peu plus compliqué.

Tout se complique…

Le destin s’en mêle avec une météo qui décide de jouer les troubles fêtes. Des pluies torrentielles dans les jours qui précèdent détruisent 6 villages aux alentours, même la route qui est en rénovation est en partie détruite (des travaux colossaux vont être réalisés en 3 jours pour rétablir l’accès à Ayder)… Et la météo du jour même de la course n’est pas des plus propices à la fête… Il neige en altitude et l’organisation n’a pas le choix : elle doit annuler le 100K qui passait trop haut pour assurer la sécurité des coureurs. Cela implique 2 choses : forcément une grosse frustration pour tout le monde mais sécurité First on le sait bien, et un report de tous les inscrits sur le plus long format sur les deux autres distances puisque l’organisation permet de le faire. Et là j’avoue, j’ai vu une porte de sortie à mon manque de prépa, même si c’est un peu plus compliqué que ça.
D’abord, rappelons le parce que c’est important, je suis là pour le travail, pour écrire un article pour Esprit Trail et l’idée c’est de parler d’une course qui existera l’année prochaine. Or le parcours du 50K a été modifié, rallongé en km mais diminué en dénivelé. Concrètement, en 2026, ce n’est pas celui là que les coureurs auront à affronter. Galérer pendant des heures pour parler uniquement d’un parcours de repli… Bof… Autre point de réflexion, et oui j’assume totalement ce que je vais écrire : j’ai douté sur la capacité de l’organisation à gérer tous ces changements. Surplus de coureurs sur une course qui n’était pas prévue pour ça, gestion des ravitaillements, du balisage… C’est une première édition et nous ne sommes pas vraiment dans une région qui est mondialement connue pour ses trails. Bref tout ça pour dire que je saute sur l’occasion pour basculer sur la petite distance. Je n’attends pas plus loin dans mon texte pour dire les choses clairement : mes doutes n’étaient absolument pas fondés ! Non seulement ils ont géré mais ils ont hyper bien géré ! J’ai été totalement bluffée par cette organisation qui a non seulement su gérer une météo compliquée mais qui a surtout offert à des coureurs turcs pour la plupart une logistique réglée comme une horloge suisse.

Retrait dossard, changement distance, tout se fait tranquillement et c’est une Cécile ravie d’un départ à 10h du mat qui se couche à une heure on ne peut plus raisonnable. C’était sans compter ma bronchite qui semblait être derrière moi et qui se réveille brutalement. En une courte nuit, je me suis un mixte entre Violetta de la Traviata et Barry White… Bien entendu j’ai trouvé très malin de ne pas prendre mon traitement avec moi puisque j’allais beaucoup mieux avant de partir et qu’il était quasi terminé. Je pense que j’ai fait un mixte entre la clim, l’altitude et l’humidité qui règne en montagne. Je n’ai aucune fièvre, sinon bien entendu jamais je ne prenais le départ, je tiens trop à mon cœur, mais j’ai une grosse toux en mode crachat des plus charmantes. Après quelques hésitations je décide de rejoindre le départ, bien décidée à surveiller mon cardio comme le lait sur le feu, au moindre signe de débordement, je mets le cligno. J’avoue que j’ai un peu le moral dans les chaussettes à ce moment-là, le sentiment que quoique je fasse, il y a toujours un truc qui vient perturber mes plans et ça devient usant. Mais l’ambiance qui règne sur la ligne de départ me change les idées.

Une organisation au niveau des exigences « by UTMB »

Là encore je vais être bluffée par tout le protocole. Je vous passe l’hymne turc chanté par tous mes voisins qui fout les poils, le choix de la musique, le speaker… En matière « d’expérience UTMB » comme on nous la vend, je peux vous dire que je mets une note de 10 sur 10. L’ambiance est top même si je comprends vite que je vais avoir du mal à me faire des copains, le turc étant réellement une langue où tu ne peux pas choper un mot de temps en temps, ou juste rajouter un o ou un a à la fin. Un peu de ralentissements le temps que le peloton s’affine un peu mais franchement c’est bon enfant, personne ne bouscule personne et en quelques minutes, je suis dans mon rythme prête à affronter la première difficulté à savoir 6km de montées… Pour résumer le truc, on est sur un double km vertical d’un beau gabarit, les eaux et forêts turques n’ayant pas envisager de nous faire monter façon serpent, préférant largement le « dré dans le pentu ».

Mais force est de constater que même si je n’ai pas pris mes bâtons et que je manque sérieusement de dénivelé dans les pattes, j’avance plutôt régulièrement sans trop souffrir. Mes épisodes de tachycardies semblent être de l’histoire ancienne et ça fait un bien fou. Liés à ma pré ménopause, je savais qu’en toute logique, lorsque les hormones seraient stabilisées, cela devrait se calmer mais le constater sur le terrain est sacrément agréable. Reste que le truc le plus frustrant reste la météo… On avance dans une purée de pois façon « ici à Nagano » et se dire que derrière ce smog compact il y a des montagnes enneigées de toute beauté est vraiment rageant. Premier ravitaillement, et là encore force est de constater que l’orga assure : on trouve tout ce qu’il faut, les bénévoles, presque tous des jeunes sont ultra efficaces, je sors de là en quelques instants, prête à repartir dans le brouillard glacé. J’ai tellement froid que je sors mes gants imperméables, en plus de ma paire de gants classiques, c’est dire !

Le parcours va être plus ou moins en crêtes le temps de rejoindre le deuxième ravitaillement et comme la météo ne veut décidément pas s’améliorer, aucun regret de ne pas quitter une seconde ses pieds et le chemin boueux à souhait. Autre bon point de l’organisation (oui je sais ça n’arrête pas !), on trouve des bénévoles chargés d’assurer notre sécurité à chaque point qui pourrait le nécessiter. Récupère petite descente devenue dangereuse parce que la boue s’est évidemment invitée, un gentil bénévole jette du sable avec ses mains qu’il récupère dans la pente pour assécher comme il peut et nous sécuriser ! J’essaie bien entendu de bien contrôler la moindre de mes foulées, je n’ai pas envie de réveiller le kraken que j’ai mis des mois à rendormir. Je suis concentrée dans ma musique, je double un peu, je suis parfois redoublée dans les descentes mais franchement n’ayant absolument aucune idée de mon classement, et surtout n’ayant aucune autre ambition que de voir la ligne d’arrivée, je me pousse bien sur le côté pour ne pas gêner.
Le deuxième ravitaillement est là, et tout de suite derrière commence une partie que beaucoup ne vont pas apprécier, à savoir 2 ou 3km de route en ciment en descente. Personnellement pouvoir enfin souffler un peu me réjouit au plus haut point. Et comme j’ai choisi les Mafate 5 HOKA qui ont un bon amorti, je ne souffre pas du tout de ce changement de terrain. Je suis tellement bien que j’en viens à espérer que ce soit comme ça jusqu’à l’arrivée… Evidemment il n’en est rien et nous retrouvons la boue, les racines et les cailloux avant de retrouver enfin la civilisation. Sprint final et j’arrive à me faire doubler par une autre femme quasiment sur la ligne d’arrivée… Je me fais la réflexion que franchement j’aurais pu me bouger un peu mais tout est vite oublié lorsque je récupère ma grosse médaille !

Une running stone virtuelle et une très réelle !

Alors que je retrouve le wifi, tombe un premier message : « bravo pour ton classement, tu as perdu ta première place presque à la fin, c’est dommage ! ». Mais de quoi me parle-t-on ??? Je me dis qu’il y a dû avoir une erreur de destinataire, surtout que ce message vient d’un ami commun avec Serge Moro, mon camarade d’Esprit Trail qui est un habitué des podiums lui. Dans le doute je finis par aller voir Live Trail et là je découvre que je suis 2ème de ma catégorie d’âge !!! Et là tout de suite je me dis « punaise si ça se trouve, la coureuse qui m’a doublée sur la ligne m’est aussi passée devant dans le classement ». En attendant, je suis agréablement surprise de constater que je ne me classe pas dans les 10 derniers coureurs, même si bien entendu, ça m’aurait été hein ? N’allez pas me faire dire ce que je n’ai pas dit ! Mais constater qu’il y avait encore un paquet de monde derrière me fait dire que j’ai été régulière et que ça se voit sur le classement. Les données de ma Huawei confirmeront d’ailleurs tout ça.

La nuit passe, il est temps d’aller à la remise des prix. Bien entendu vu le nombre de catégories, je me dis que seuls les premiers doivent être récompensés, et c’est donc avant tout pour acclamer les copains qui ont performé sur les deux distances que je me joins au petit groupe de français. Lorsque j’entends « Cecile Bertin » prononcé avec un fort accent turc, je ne comprends pas… je me dis que peut être ils font monter les trois premiers et je file sur la scène. C’est quand je me retrouve avec mon prix, à savoir un gros caillou bien lourd avec une plaque dorée qui dit « première catégorie d’âge » que je comprends qu’il y a eu du changement. En réalité, le seul petit hic qu’il y a eu ce sont quelques ajustements dans le classement à la suite des multiples changements de distances la veille. Il y a eu un ou deux hommes qui se sont retrouvés dans le classement féminin parce que mal enregistrés, ou des erreurs d’années de naissance, bref des pétouilles qui ont été corrigées pendant la nuit, et si un ami a perdu une place, moi j’en ai gagné une !

Inutile de vous dire qu’au moment où j’écris ses mots, je n’ai pas la moindre idée de ce que cela va donner au passage de la sécurité à l’aéroport alors que je m’apprête à rentrer à Paris… Comme toujours j’avais prévu une valise cabine qui ferme aujourd’hui difficilement ! (Mise à jour : les deux contrôles de sécurité ont été l’occasion d’une franche rigolade mais j’ai eu l’accord de garder ma valise avec moi !).

J’avoue tout de même que même si ce résultat reste totalement anecdotique, cette course a eu un impact ultra positif sur mon mental. Cela faisait longtemps que je n’avais pas vécu un moment comme celui-là, où pour une fois, ton corps semble raccord avec ton activité. Mon cardio est resté stable, me permettant d’à défaut de vitesse d’avancer régulièrement quelque soit le dénivelé à affronter. Et ma toux m’a laissé tranquille, j’ai juste craché un peu mais c’était totalement anecdotique, le temps de la course. J’avoue que cela a immédiatement entraîné une phase de réflexion qui n’a pour le moment pas donné lieu à une prise de décision mais ça cogite quand même pour 2026. J’avais renoncé à pleins de projets, mon cœur n’étant pas du tout coopératif mais les médecins consultés à l’époque avaient été unanimes sur le fait qu’il fallait que j’accepte de faire le dos rond, qu’il n’y avait aucune raison pour que cela soit totalement définitif. Et j’ai vu de tels signes d’amélioration que je me demande si je ne devrais pas les croire… Bref tout ça pour dire qu’on en reparle prochainement ! Allez savoir… Je n’en ai peut être pas fini avec l’ultra.

S’il avait fait beau, nous aurions vu ça !

*le gros des destructions et des pillages n’a pas été fait par les musulmans mais bien lors du siège de Constantinople de 1204 par les Croisés qui avaient besoin d’argent pour financer la IVème croisade. Les fameux chevaux de la Place St Marc à Venise ont été volés à l’hippodrome romain de Constantinople entre autres exemple. Cela termina le travail déjà entamé en 726 par l’empereur Léon l’Isaurien qui ordonna la destruction de pas mal de fresques et icones. Vous rajoutez quelques tremblements de terre… Et vous avez aujourd’hui une pâle copie de l’œuvre originale voulue par Justinien.