C’est le truc le plus dingue que j’ai fait au Japon… Certains faisaient le tour de Tokyo à fond dans les rues déguisés en Pokemon😉 pendant que moi je passais 2h hors du temps à vivre une expérience totalement à l’opposé de celle que je suis vraiment. Forcément je tenais à vous partager les détails ici parce que j’ai eu pas mal de questions !
Pourquoi ?
Vaste question que celle-là… J’ai, comme beaucoup d’entre vous je pense, vu récemment à la télé que la ville de Kyoto avait du mettre en place une « safe zone » pour protéger les vraies Geishas du comportement quelque peu outrancier des touristes en manque de selfies. Sur le papier forcément la féministe que je suis ne peut pas vraiment adhérer à ce métier quelque peu spécial puisqu’il s’agit ni plus ni moins de se mettre au service de l’homme, même si, c’est quand même important de le rappeler, il n’y a rien de sexuel là dedans. Je ne me voyais pas non plus faire comme pas mal de touristes aperçues dans les rues de Gion, le quartier où elles vivent, à savoir louer un kimono le temps d’aller faire des photos dans le parc voisin. C’est en tombant sur un blog au hasard de mes recherches sur les « 10 trucs à faire absolument à Kyoto » que je suis tombée sur l’adresse de ce studio qui propose cette prestation et tout de suite ça m’a parlé. J’ai réalisé que cela serait assez dingue à faire, à vivre, moi qui suis blonde avec des formes qui ne correspondent pas du tout aux physiques des japonaises, qui ne me maquille quasiment jamais et qui se contente d’une queue de cheval vite fait comme coiffure journalière. J’ai envoyé un mail, réservé un créneau et c’était parti !
Comment ?
Le studio est planqué dans une toute petite rue et on ne peut pas dire qu’ils fassent beaucoup de publicité à l’extérieur… Comme toujours au Japon, tu enlèves tes chaussures à l’entrée et tu passes d’abord dans un petit bureau où une adorable personne va venir prendre toutes les infos nécessaires pour la suite des événements en remplissant comme une fiche technique qui te suivra tout au fond de l’expérience. C’est légèrement vieillot, ce qui rend la chose encore plus sympathique je trouve. Elle parle suffisamment anglais pour qu’on se comprenne, et d’ailleurs c’est quand même un truc à savoir avant de se lancer, même s’ils ont des documents avec des images, y aller sans parler un traitre mot d’anglais… Vous avez vraiment intérêt à installer google translate sur votre téléphone, sinon ça risque d’être assez compliqué.
On choisit à ce moment là avant tout le style de photos que l’on souhaite puisque dans le forfait de base que j’avais choisi il y a une séance avec 3 clichés pris par un professionnel inclus. C’est là d’ailleurs que j’ai commencé à avoir des « soucis » parce que dès le début, je suis partie sur des codes qui ne sont pas ceux des geishas traditionnelles. Mais rien de bien grave et surtout cela n’a posé aucun problème, c’est juste que ça les surprenait. Après que toutes les infos aient été notées sur la feuille de suivi, direction le vestiaire où tu te changes pour enfiler un premier vêtement en coton qui sera le premier d’une longue série ! Tu enfiles aussi tes chaussettes spéciales, tes tongs pas du tout confortables et c’est parti pour le maquillage.


Comme vous le savez la base du maquillage de la geisha c’est le fameux blanc derrière lequel la personne s’efface totalement. Elle commence d’abord par préparer la peau avec un truc hallucinant qui vraiment lifte un maximum ta peau pour limiter les ridules. Clairement tu réalises que tu ne peux pas être geisha à 60 ans… ça fait moche le blanc dans les plis. Ensuite il y eu ce qui lui posa le plus gros problème : le domptage des sourcils… Qui chez moi sont un peu épais. Là encore ils doivent être le plus discret possible. Ensuite seulement elle applique le blanc qui en réalité est blanc pour une partie du visage et légèrement rosé pour une autre. A ma grande surprise, le maquillage de la geisha est en réalité basé sur un contouring qu’on ne devine pas sur les photos.



Vient le plus compliqué chez moi : les cheveux… Je n’ai en réalité pas eu le choix pour la perruque pour des histoires de couleur de cheveux. Hors de question d’utiliser mes vraies cheveux vous vous en doutez, il fallait donc choisir une forme spéciale pour les recouvrir entièrement. Inutile de préciser que bien entendu j’ai eu le droit à un bonnet et un filet pour planquer ma blondeur sous la noirceur de la perruque. Le poids du truc est dingue et soyons honnête l’inconfort est clairement au rendez-vous. J’imagine aisément que les professionnelles ont des perruques sur mesure, sinon je ne vois pas comment tu tiens une journée, ni même une demi-journée avec ça sur la tête.
Direction ensuite la salle des kimonos et alors là… Commence un ballet inouï ! J’ai choisi un kimono noir, alors que j’avais choisi un fond noir… La jeune femme a du me demander 10 fois si j’étais sûre de moi ! Mais je n’en démordais pas, j’avais une idée précise en tête, un rendu précis en tête et je voulais du noir. Et nous voilà parties pour de longues minutes « d’empilage » de kimonos, de ceintures, de carton et de noeud pour obtenir le fameux rendu final. Ça pèse une tonne, et tu comprends mieux pourquoi elles se limitent à la cérémonie du thé avec une telle tenue, tu ne peux pas faire grand chose de plus.
Direction le petit studio où le photographe me redemmande une nouvelle fois si je suis bien sûre de mon noir sur fond noir et c’est parti pour l’exercice que je hais le plus au monde… Une séance photo ! J’ai le droit à 3 poses, 3 fonds différents pour 3 photos en format tirage papier. Et pendant que le photographe s’occupe des dits tirages tu peux rester dans la pièce et faire des propres selfies. Il y a une possibilité de faire des photos à l’extérieur dans leur petit jardin mais, j’ai eu du nez, il y a eu un orage dantesque à ce moment-là, de toute façon ça n’aurait pas été possible. On peut aussi je crois aller dans le parc à côté mais ça ne correspondait pas à l’expérience que je voulais vivre. Entre la perruque et le kimono, je zappe la séance de photos perso, de toute façon vous le savez, je ne suis pas selfie et je voulais justement l’expertise d’un photographe pour immortaliser cela, pas moi qui tends le bras en l’air en tentant de trouver mon meilleur profil.
Retour au vestiaire pour le démaquillage (pas une mince affaire !) qui se fait là aussi avec des produits spéciaux. Il y a une douche pour celles qui auraient choisi l’option geisha avec tes propres cheveux (elle rajoute un peu de noir pour obtenir la teinte souhaitée) afin d’éliminer les produits mis dans les cheveux et tous les produits nécessaires pour retrouver visage caucasien. Je retourne à l’entrée où m’attend le photographe qui me dit « ok, j’ai compris votre histoire de noir, ça rend super bien avec vous ! Vous n’avez pas suivi les codes mais ça en valait la peine ».



Et après ?
Ce que j’ai vécu là correspond exactement à ce que j’avais en tête : une expérience totalement hors du temps qui m’a sorti de ma zone de confort. Cela va vous faire surement sourire mais je mets ça à égalité avec mes sauts en parapente, moi qui déteste le lâcher prise et confier ma vie à un bout de toile dirigé par un illustre inconnu… Pendant 2h j’ai été une femme ultra maquillée, ultra habillée et ultra photographiée… Tout ce que je ne suis pas et pourtant c’était fou à vivre. Je sais que certains crieront à l’appropriation culturelle, mais pour moi c’est autre chose. Découvrir une part importante de la culture d’un pays cela fait aussi parti du voyage. J’avoue que je ne me voyais pas pour autant déambuler dans les rues habillée et maquillée de la sorte… Là c’était juste parfait !


Question tarif, j’ai payé un peu plus de 80€ (le taux du yen était vraiment en ma faveur en ce moment). Pour info on peut le faire en couple et j’ai cru comprendre qu’ils avaient quelques kimonos pour les petites filles également. On peut donc réaliser le shooting en extérieur dans leur petit jardin mais aussi dans le parc à proximité. Avec la prestation que j’ai eu, je ne regrette pas un euro dépensé ! C’était au delà de mes attentes. Le lien du studio est à retrouver là.
