Dire au revoir à une amie est toujours quelque chose de compliqué… Comment lui rendre hommage, sans tomber dans le pathos ou même dans la colère, parce que oui je suis un peu en colère j’avoue contre cette saloperie de cancer qui emporte les gens biens, les gens volontaires qui pourtant perdent finalement leur combat contre la maladie. J’ai finalement décidé de publier ici un article que j’avais écrit sur notre aventure commune, un off inoubliable sur la trace de la XGTV, la fameuse course qu’Alexandre vient de gagner dans le cadre de la VVX. Il fut publié en son temps dans « Jogging International » mais jamais sur mon propre site. Puisqu’on dit que les écrits restent… Géraldine, où que tu sois, A jamais « Les Trois Mousquetaires » du Sancy !
Un off façon Vivaldi !
Ça aurait dû être le premier gros objectif de l’année 2021 mais comme tout le monde le sait déjà, le dossard est devenu en ce moment une denrée rare… Comment faire d’une déception une aventure humaine exceptionnelle avec de l’amitié, de la neige, de la pluie, des raccourcis et de la tarte aux noix ? Je vais vous raconter tout ça !
Des 4 fantastiques…
Lorsque la VVX a lancé son grand format il y a maintenant deux ans, la XGTV, l’idée de partir à l’aventure en ralliant Le Lioran à Volvic nous a emballées : un peu plus de 220 km en non-stop dans nos montagnes, forcément ça donne envie pour les « ultra frappées » que nous sommes. Mais voilà, la première édition ne collait pas dans nos emplois du temps, la deuxième fut évidemment reportée, et la troisième, qui est en réalité la deuxième donc, fut à nouveau annulée. Il en fallait plus pour nous décourager ! Valérie, la locale de la troupe (elle vit à Chamalières) envoie un premier mail en mode « dites les filles, et si on partait en off ? ». Je marque une seconde d’hésitation parce qu’entre elle que j’ai affectivement surnommée « le métronome du désert » pour sa capacité hallucinante à trottiner l’air de rien pendant 200km et Géraldine qui s’est inscrite pour son premier dossard à la Diagonale des Fous et qui a fini en se disant « ah c’est tout ? », j’avais clairement peur de ne pas être au niveau. Je vous spoile la fin tout de suite, ce fut bien le cas ! Histoire de ne pas être seule à tenter de rattraper le duo de tête, j’embarque un camarade de jeu dans l’aventure, Christophe, qui s’offre une parenthèse de deux jours pour venir s’aérer l’esprit, au milieu d’une période professionnelle très agitée. Le quatuor à cordes ne serait rien sans son chef d’orchestre, j’ai nommé Jean Paul, l’époux de Valérie qui organise la logistique d’une main de maître, tel un Karajan de l’assistance.

L’arrivée au Lioran pour y dormir la première nuit est totalement surréaliste. La station semble totalement abandonnée et afin de rajouter à l’ambiance déjà particulière, la météo nous fait la surprise d’annoncer de la neige pour les jours prochains. Première conséquence positive pour moi, nous devons raccourcir la première étape. Notre assistance ne pourrait pas nous rejoindre là où nous l’avions prévu, au lieu de faire presque 70, ce sera à peine 50, ce qui me réjouit au plus haut point j’avoue. Je sors de presque trois semaines d’arrêt pour cause d’inflammation au pied, et reprendre par une telle distance n’était de toute façon pas très raisonnable. Nous voici donc partis couverts comme en plein hiver, les pieds dans la neige fraiche, maudissant nos gants pas assez imperméables et surtout pas assez chauds… Tout s’est plutôt bien passé jusqu’à ce que nous arrivions face à des névés tellement pentus que mes chaussures refusent d’y rester accrochées. Je dévale à plusieurs reprises la pente, incapable de tenir debout plus de quelques secondes. Il faut parfois descendre pour mieux remonter ! La petite troupe me rejoint avec quelques jolies chutes à notre actif. C’est fou… Nous sommes presque fin mai et nous sommes tous totalement frigorifiés. Heureusement que cette première étape fut écourtée… Notre quatuor se sépare pour laisser filer nos deux mobylettes, elles seront les premières à la douche mais ça évitera qu’on s’y bouscule. Nous avons retrouvé des chemins plus praticables, la forêt est superbe, mousseuse à souhait. Les petits villages que nous traversons sont hélas à l’image d’une partie de la campagne française… quasi abandonnés de leurs commerces. C’est d’ailleurs une chose à savoir avant de se lancer, l’autonomie en mode « on s’arrêtera dans les boulangeries pour se nourrir » est quasiment impossible sur cette première partie du trajet, confinement ou pas, tout est fermé depuis des années hélas. Condat est enfin là, Valérie nous avait prévenu, le gite est à la sortie du village. Village qui se révèle être une petite ville, et je vous le donne en mille, le gite est évidemment haut perché pour nous obliger à travailler notre dénivelé !
Le deuxième jour nous emmène à Super Besse. La matinée se passe plus ou moins bien pour moi. Force est de constater que je manque d’entraînement pour suivre mes petits camarades. Je profite du pique-nique improvisé sur les bords du lac assuré par « Super Jean Paul » qui a même pensé aux tartes aux noix pour le dessert pour annoncer que l’après-midi je raccourcis et que je filerai seule vers la station. Je n’ai aucun regret, le parcours est absolument superbe. J’enchaîne un chemin de bois qui se faufile sur les tourbières avec un chemin qui zigzague dans la montagne, balisé par les croix d’un calvaire. C’est aussi ça le charme d’un off, pouvoir quitter le groupe pour faire sa propre trace en fonction de sa fatigue ou ses envies. Super Besse est là, tout aussi vide que Le Lioran. Quelques familles arrivent pour le week-end prolongé de l’Ascension qui s’annonce pluvieux. Le froid en décidera autrement.
Aux drôles de dames !
Troisième jour, nous ne sommes plus que trois et nous sommes attendues au lac de Servières pour la nuit. Si la forme revient, la neige fait elle-aussi son grand retour. Alors que nous grimpons vers le col de la Cabane, les conditions météo se dégradent aussi vite que notre moral. Nous ne voyons pas à deux mètres, le grésil nous gifle le visage, le vent rend notre avancée très périlleuse jusqu’au moment où Géraldine qui ouvrait la marche réalise qu’une corniche instable nous menace. Quelques secondes de réflexion, il faut se rendre à la raison, continuer nous mettrait toutes les trois en danger. Demi-tour toute, il faut rentrer à Super Besse et envisager un plan B. Le plongeon de Géraldine dans un trou de neige finira de nous convaincre que c’est toujours la montagne qui gagne à la fin. Epuisée, trempée, un peu secouée par les événements, je suis absolument ravie quand la décision de rallier Besse puis notre gite en voiture est prise. J’ai eu peur, je dois bien l’avouer et il me faut quelques heures pour pouvoir souffler.



Le lendemain sera plus calme dieu merci ! Plutôt que de rejoindre Volvic, nous avions pris la décision de rejoindre Chamalières pour le côté « vivre l’aventure en partant de chez soi ». C’est bête à dire mais ça rajoute au charme de l’expédition. C’est ce qui m’a tout de suite accrochée quand j’ai entendu parler du mouvement « Wildinism » qui prône le retour au naturel. Bon, nous, nous étions bichonnées et assistées d’une main de maître par Jean Paul mais cette idée de prendre le train, d’aller à 80 km de chez soi et de rentrer en courant me plait au plus haut point et notre expédition tenait un peu de ça. Finir ces quatre jours devant la porte d’entrée avait plus de charme que devant un parking à 20 km de là.
Dire que j’avais emmené des shorts… J’en rigole encore !
Ce que je retiens de ce premier « off en autonomie » ? Que le groupe, s’il est bien choisi, est une vraie force de motivation pour les moments où le corps, où le mental est un peu à la traîne. Que finalement différents niveaux peuvent cohabiter si on accepte sa place, sans chercher à être celle que l’on n’est pas. Le plus dur, c’est finalement pour les mobylettes qui doivent parfois attendre mais si c’est fait en bonne intelligence, tout se passe bien à l’arrivée. Que le matériel est vraiment un point à ne pas négliger. Avec le recul je regrette vraiment de n’avoir pas plus investi dans de vrais gants étanches, tout comme je regrette de n’avoir pas pensé à prendre quelques chaufferettes. Pour l’alimentation, heureusement que nous étions organisés parce que je ne m’attendais pas à traverser autant de petits villages abandonnés par leurs commerces de proximité.
Les 4 saisons en 4 jours… On aura tout vu et tout vécu !
Partir en totale autonomie, que ce soit pour la nourriture ou juste l’eau n’aurait pas été aussi évident que cela. Avoir une personne entièrement dédiée au confort des coureurs est un luxe inouï qui n’a pas de prix. En plus d’une trace, avoir des cartes papier ou virtuelles sur un smartphone est vraiment loin d’être une mauvaise idée. Cela permet de chercher un plan B facilement quand la météo vous joue des tours et qu’il faut improviser. Mettre en place une routine le soir lorsqu’on arrive au gite pour ne rien oublier. Ça a l’air bête dit comme ça mais je le faisais toujours pour les courses en étapes type Marathon des Sables et le confort de nos logements me l’a fait oublier. Je suis repartie dans des chaussures mouillées que j’avais tout bonnement oubliées de mettre à sécher le soir à mon arrivée. C’est un détail mais qui peut très vite faire la différence. Et n’oublions pas le principal : la paire de boules Quiès dans le sac à l’arrivée, parce qu’un traileur qui a bien dormi est un traileur qui toujours sourit


