Run : « UN mois avec » Evadict, rencontre avec Laurie Phai

On ne va pas se mentir, des dix femmes qui composent la Team Evadict, Laurie est celle que je connais le mieux. Des amitiés communes l’ont forcément amenée sur ma route de journaliste et c’est un vrai bonheur de partager avec vous ce portrait.

Son CV express

• Vainqueur du Trail d’Angkor 2017, 2018, 2019 et 2020
• Participation aux championnats du monde 2019 pour le Cambodge
• 5ème féminine à l’Ultra Trail du Mont Rose 2021 – 105km et 7000d+ (Suisse)
• 1ère féminine 6D Lacs La Plagne 2021 – 28km et 1500d+
• 8ème La Mascareignes 2018 – 65km 4000 d+
Et aussi membre de l’équipe de France de tennis de table de 2001 à 2007 (numéro 3 française) !

Deux cultures, deux drapeaux

Mais une vraie passion, la compétition !

J’ai 35 ans et je suis maman d’un adorable petit garçon ! J’ai une formation en droit et depuis le mois de janvier je suis devenue juriste indépendante, ce qui me permet d’organiser plus facilement mon emploi du temps pour m’entrainer mais aussi pour pouvoir gérer ma vie de maman. Sans parler de mes nouvelles responsabilités au sein de la Fédération d’athlétisme cambodgienne ! Aux prochains championnats du monde de trail, l’équipe du pays de mon papa sera d’ailleurs entièrement équipée par Evadict elle-aussi.

Je ne suis pas du tout d’une famille de sportifs. Mon père étudiait la médecine au Cambodge avant de devoir fuir les khmers rouges, c’est d’ailleurs pour ça qu’il parlait un peu le français. Mais à son arrivée chez nous, il a attrapé la polio et il en porte d’ailleurs toujours les stigmates. Mais devenu papa il a acheté une table de ping pong qu’on a installé dans le garage, comme ça se fait souvent et voilà comment tout a commencé pour moi. Chez nous la priorité était clairement donnée aux études, le sport venait après. Mais mon frère a commencé à s’entrainer en club sans forcément avoir l’esprit de compétition. C’est son entraineur qui m’a repéré quand je venais le chercher avec ma mère. Il m’a proposé de m’entrainer et c’était parti. Parce que si mon frère jouait pour le plaisir, moi j’ai toujours joué pour gagner ! Si on se pose souvent la question de l’inné et de l’acquis, moi je peux le dire haut et fort, l’esprit de compétition, je l’ai toujours eu en moi. Mes petits camarades du quartier s’en rappellent encore ! J’étais la petite dernière, un psy dirait avec raison d’ailleurs que je me suis surement servie du sport pour m’affirmer dans la famille.

Le tennis de table a carrément bouleversé ma vie puisqu’à 15 ans, j’étais indépendante financièrement, je vivais seule à Paris dans mon petit studio. Les années passent, je mets le haut niveau derrière moi, je me marie, je deviens maman. Et un jour arrive un drame que je ne souhaite à personne… Je perds mon deuxième enfant en le mettant au monde. Et là, forcément je sombre. C’est la course à pied qui m’a sauvé. Un jour je suis allée courir et pas après pas, kilomètre après kilomètre, j’ai réussi à respirer de nouveau. Le trail s’est imposé, je suis allée un jour courir l’UTAT en 2016 au Maroc que j’ai gagné (c’est d’ailleurs à toi Cécile que je dois mon premier article dans feu le magazine Running pour Elles !).

L’arrivée du trail dans ma vie n’a pas tellement surpris ma famille, j’étais la sportive du groupe, c’était donc finalement logique que je retrouve mon équilibre avec le sport. Pour mon mari, ça a été plus compliqué puisque c’est devenu mon ex-mari justement 😊, parce que je suis repartie à fond dans un sport. Les absences, les entrainements… ça a bouleversé notre quotidien. Mais tout va bien, j’ai refait ma vie avec un traileur qui accepte totalement les baskets sur le palier. C’est un vrai passionné lui aussi puisqu’il organise même son propre trail, le Serre Che Trail.

Cette année, je commence par un séjour au Cambodge pour leurs championnats d’athlétisme où je vais d’ailleurs aller courir un 5000m. L’idée est de pouvoir représenter le pays aux Jeux d’Asie en Chine en septembre prochain sur le 10000m cette fois. En 2023 je devrais retourner en Asie pour les Jeux d’Asie du Sud Est, les SEA Games qui seront organisés au Cambodge justement. Sur le thème de l’Asie, il y a aussi et surtout les Championnats du monde de trail en Thaïlande cette fois, maintes fois reportés pour cause de Covid mais cette année on y croit !!! Evidemment je serai aux championnats de France de trail en juin sur la Pastourelle, sans oublier le Trail du Tour des Fiz en juillet avec toute la team.

Ce documentaire est régulièrement diffusé dans des festivals, n’hésitez pas, foncez si vous avez la chance de pouvoir aller le voir dans une belle salle de ciné. Il mérite amplement le grand écran !

Si je devais retenir un meilleur souvenir de ma courte vie de traileuse, ce serait sans hésiter mes premiers championnats du monde de trail sous les couleurs du Cambodge. Déjà il y avait l’émotion de porter officiellement les couleurs du pays de mon papa, après avoir porté celles de ma maman en tennis de table, comme une façon pour moi de boucler la boucle de mes origines. Nous avions monté une équipe « à l’arrache », n’ayons pas peur des mots. J’arrive blessée, mais je tenais à être là pour ne pas lâcher ceux que j’avais embarqué dans l’aventure. Aline l’autre féminine était clairement, n’ayons pas peur des mots, une traileuse du dimanche qui s’est totalement dépassée ce jour-là. On avait 8h max pour finir la course, elle a mis 7h58 permettant à notre équipe d’être classée. Nous étions tous en larmes, cette émotion là je ne l’avais jamais vécu de façon aussi forte dans le sport et c’est au trail que je le dois.

Si j’ai accepté de rejoindre cette team incroyable c’est évidemment parce que c’était un honneur de pouvoir courir avec de grandes championnes mais aussi parce qu’on ne nous impose rien. Je peux choisir mes courses, continuer à faire justement des trails là où j’habite, des « petits » trails comme on dit à tort parce qu’il n’y a pas de petites et de grandes courses. Comme je le dis précédemment, je me suis aussi engagée vis-à-vis du Cambodge pour des épreuves d’athlétisme et personne chez Evadict ne m’a demandé de choisir entre les deux. Et surtout ils ont proposé de m’équiper pour la route également en Kiprun. C’est une vraie famille, ça se sent et franchement c’est super agréable d’en faire partie.

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